Comprendre l’Italie Ă  travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


Y a quelqu’un qui m’a dit que Carla Bruni ne venait plus Ă  San Remo…

Carla Bruni, actualité, presse

Partout dans la presse italienne, la photo de Carla Bruni-Sarkozy….

Initialement programmĂ©e dans les soirĂ©es du Festival de San Remo pour interprĂ©ter un titre en duo avec Gino Paoli, Carla Bruni AURAIT dĂ©clinĂ© l’invitation.

En cause, le texte d’une chanson en compĂ©tition “Meno Male“, interprĂ©tĂ©e par Simone Cristicchi.

Et la presse italienne de ce lundi 1er fĂ©vrier donne de l’ampleur Ă  la polĂ©mique.

“Sarkozy contre San Remo, Forfait de Carla Bruni” titre la Repubblica (Centre Gauche).

“Carla Bruni : Non au festival qui se moque de Sarkozy” Ă  la une de la Stampa…

“Carla Bruni offensĂ©e, non Ă  San Remo, peut ĂŞtre le vĂ©to de Sarkozy” dans le Corriere della Sera.

“Derrière la diatribe de San Remo, il y a quelque chose de plus sĂ©rieux : le risque d’un dĂ©sagrĂ©able incident diplomatique entre la France et l’Italie” Ă©crit Matteo Buffolo dans Il giornale, journal Berlusconien.

 Pour Leandro Palestini dans La Repubblica, “Carla Bruni voulait Ă©viter d’être exposĂ©e devant une critique du couple prĂ©sidentiel français“.

 

Mais quel est ce texte responsable de tant d’Ă©moi ?

 

Meno Male, extrait. La chanson sera présentée le 16 février prochain en direct sur la Rai. Aucune diffusion audio ou vidéo avant.

 

Le refrain : ” Heureusement qu’il y a Carla… Nous sommes faits ainsi de Sarko-no, de Sarko-si… qu’elle est belle Carla Bruni… si on parle de toi, il n’y a plus de problèmes“.

 

L’entourage du chanteur se dĂ©fend d’avoir Ă©crit un texte satyrique. “Aucune moquerie Ă  l’Ă©gard du couple prĂ©sidentiel français, simplement l’intention de parodier que le fait que l’info people prend le pas sur la politique.

 

D’ailleurs la chanson commence ainsi “les gens n’ont pas envie de penser aux choses nĂ©gatives et veulent se rĂ©jouir des vacances estivales, on n’en peut plus d’entendre que tout va mal et d’ĂŞtre enseveli sous une avalanche de mauvaises nouvelles au journal tĂ©lĂ©visĂ© alors qu’il est si bon de penser Ă  comment s’habille Carla Bruni, ce que mange Carla Bruni, quand sortira le nouveau disque de Carla Bruni, comment marche Carla Bruni, comment se maquille-t-elle… Nous tous plus heureux avec Carla Bruni. “

 

Ironique, satyrique, irréverencieux, faussement gentil ?

 

Et ce texte serait susceptible de créer des tensions diplomatiques entre les deux pays ?

 

Mais oĂą est le communiquĂ© de l’ElysĂ©e ? Il n’y en a pas.

 

Une dĂ©claration de Carla Bruni ? Il n’y en a pas.

 

Comment se fait il que tous les journaux italiens reprennent alors en choeur cette information ?

 

La source vient d’un journaliste de la Rai, le prĂ©sentateur de L”Arène” le dimanche soir sur la Rai Uno. Hier soir en direct, Massimo Gileti a annoncĂ© : “Carla Bruni a dĂ©cidĂ© de ne pas participer au festival de San Remo. Parmi les hypothèses retenues, elle pourrait avoir reçu le vĂ©to de l’ElysĂ©e peut ĂŞtre indignĂ© par la chanson “Meno Male“.

 

Il y a lĂ  beaucoup de conditionnel et de “peut ĂŞtre” qui disparaissent au fil des reprises.

 

MĂŞme si Massimo Gileti affirme ensuiteje n’invente pas une chose de ce genre, il existe un mail qui annonce le dĂ©sistement de Carla Bruni”.

 

Mais pour quelles raisons ? Seulement des suppositions.

 

Comme dĂ©jĂ  Ă©crit sur ce blog, dès qu’il s’agit de Carla Bruni, il y a de la part de la presse italienne, une rĂ©action Ă©pidermique. Une hostilitĂ© irrationnelle.

 

Finalement, ce sera un joli coup de pub pour la chanson, en attendant les réactions officielles.

 

Y a quelqu’un qui m’a dit que Carla Bruni ne venait plus Ă  San Remo mais Carla Bruni, elle, elle n’a rien dit.

 

 

 

 

10 commentaires pour “Y a quelqu’un qui m’a dit que Carla Bruni ne venait plus Ă  San Remo…”

  1. Marinette dit :

    Et ils vont s’en remettre Ă  san Remo de l’absence de la chanteuse sans voix?

  2. Paolo dit :

    Rien qu’un petit accent que j’attendais et, ça n’a pas loupé, le Corriere della sera ce matin ne s’est pas démenti.
    L’accent c’est le “à” de Carla Bruni, que j’avais dĂ©jĂ  repĂ©rĂ© sur ce, disons, quotidien de “qualité”. Donc CarlĂ  Bruni n’ira pas Ă  Sanremo, bon et alors? mais cet accent…
    Pour la prononciation cela signifie accentuer le dernier A en donnant une accentuation française à un prénom italien d’une personne italienne. On s’en passerait, mais cela indique bien le mépris sous-jacent et bien mesquin à l’égard de quelqu’un, italien, qui fait sa vie, en la réussissant, ailleurs. Mesquinerie sans appel qui traduit bien l’esprit de ce journal, un peu le porte-parole de la classe dirigeante italienne de tout temps, lire l’un pour comprendre l’autre.

  3. Benjamin dit :

    Bonjour,
    Au passage Je vis en Italie depuis maintenant 2 ans… Ne pourrais tu pas parler de cette amour-haine qu’ont les italiens pour les français. De cette obsession qu’ils ont pour nous, leur cousins.
    En effet, je trouve les italiens obsédés par les français, empressés de souligner nos côtés négatifs.
    Je ne sais si tu as remarquĂ© ça. je trouve ça troublant. Nous ne parlons pas tellement des italiens, je ne sais si communĂ©ment nous avons une image nĂ©gative d’eux. Il est vrai que nous avons ces clichĂ©s sur les modes et comportements italiens, et surement parfois peut etre un sentiment de supĂ©rioritĂ©.
    Mais dans le cas des italiens, je sens souvent de la …comment dire…de l’amertume, presque de l’animositĂ© quant aux français.
    On parle beaucoup de la France, des français ici, en bien, et en mal, jamais de manière dĂ©tachĂ©e…
    “la france…Paris…FANTASTIQUE”, ” I francesi…puzzano del naso”.
    Ce discours peut sembler vide de sens, une idĂ©e gĂ©nĂ©rale, mais pourtant j’ai vĂ©cu Ă  l’Ă©tranger et mĂŞme si nous avions cette rĂ©putation (merci Paris et ses tendres parisiens…), je n’ai pas connu autant d’engouement ou si peu de dĂ©tachement comme ici en Italie.
    J’aimerais connaitre ton opinion sur la question.

    Saluti.

    PS: Je prĂ©cise comme ça que le nom insĂ©rĂ© comme anti-spam est “Zidane”.

  4. ericvalmir dit :

    @Benjamin,

    En tout premier lieu, je suis venu en Italie parce que de tous temps, l’Histoire et la culture de ce pays m’intĂ©ressent et j’avais envie de faire vivre sur les antennes de Radio France l’Italie des italiens, leurs accents et leur quotidien.

    Je venais animĂ© aussi d’une envie d’en finir avec les condescendances. Avant de parler des italiens, parlons des français et de leur perception de l’Italie : “ah le belpaese, les couleurs de la Toscane, la Sicile, Rome Ă©ternelle, le soleil, les glaces napolitaines… bon d’accord… mais les italiens ? Ah euh, ringards, parfois voleurs, mais bonimenteurs charmants mais alors qu’ils ont tant d’opĂ©ra ils ont une culture d’opĂ©rette et doivent ĂŞtre des abrutis pour porter au pouvoir un type comme Berlusconi… ”

    Un peu limité comme point de vue, non ?

    C’est cette condescendance que je voulais combattre Ă  travers les reportages. Essayer d’expliquer l’Italie des italiens.

    Vous dites que les italiens sont durs avec les français…

    Le regard des français sur les italiens n’est pas plus doux. On peut multiplier les exemples de difficultĂ© d’intĂ©gration d’un français Ă  Rome (d’ailleurs les français de Rome cherchent ils vraiment tous Ă  s’intĂ©grer ? ) mais que dire d’un italien Ă  Paris ? La situation inverse n’est pas plus rose. Un italien qui dĂ©barque Ă  peine dans la capitale française devra “galĂ©rer” quelques annĂ©es avant de voir des portes s’ouvrir.

    Sur l’insulte, “les français puent”. Ceux qui profèrent ces formules dĂ©finitives ne s’arrĂŞtent pas aux français. Les allemands et les anglais ne valent pas mieux. Certains analysent ce comportement comme le fruit d’un complexe d’infĂ©rioritĂ©, peut ĂŞtre, moi je pense plutĂ´t qu’il relève d’un lien clanique. Si c’est un turinois qui parle ainsi, il pourra dire aussi que le napolitain pue du bec et par tradition qu’il est sans Ă©ducation. ça n’a pas grand chose Ă  voir avec les français.

    Sur l’aspect, faux cousins, c’est ce qui caracterise la relation entre les deux pays. Vous avez raison. Un italien dira que Paris et la France sont fantastiques mais les français bouh. Comme Ă©crit ci dessus, les français font pareil.
    Sur le plan politique, on dit les deux pays amis diplomatiquement. Que Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi sont amis. En apparence, Ă©change de sourire et mĂŞme famille politique, partenariat Ă©conomique assez dense. Mais en coulisse, les deux camps se jettent l’air de rien des peaux de banane en permanence. Et ces pseudos tensions sous jacentes se matĂ©rialisent avec le foot…

    Maintenant, je continue Ă  penser que l’Italie est le pays europĂ©enn le plus difficile Ă  comprendre. Et que tout est fait pour qu’une grille de lecture cohĂ©rente ne soit pas rendue possible. (lĂ  il faudrait des heures pour en dĂ©battre, mais je donne deux confĂ©rences Ă  Florence et Milan au printemps, on pourra en parler)… D’ailleurs quiconque essaie de parler de l’Italie le fait forcĂ©ment mal parce que le seul capable de parler, c’est toujours soi mĂŞme. Le voisin, l’ami, l’ennemi a forcĂ©ment une vision caricaturale du pays…Et mĂŞme entre italiens, le dĂ©bat est vif sur cette question… “Touche pas Ă  mon pays, tu n’as rien compris Ă  rien” D’oĂą le titre de ce blog qui n’est rien qu’une moquerie Ă  l’Ă©gard de ce terrain prĂ©servĂ©. Parce que l’Italie perçue par un autre que soi est forcĂ©ment une caricature.

    Pardon pour l’Ă©criture d’un seul jet, mais le temps manque aujourd’hui… Je file au Parlement pour les dĂ©bats et le vote autour de la justice.
    J’espère avoir rĂ©pondu Ă  votre question.

  5. Gabrielle dit :

    Des confĂ©rences Ă  Milan et Turin au printemps ! Enfin le retour de la belle saison… Ma dove? Quando?

  6. ericvalmir dit :

    @ Gabielle,

    Turin, c’est dĂ©jĂ  fait…

    Toulouse en suspens, Milan courant Mars, Florence et Venise, mai et juin mais les dates sont Ă  affiner… mais de toute façon j’en parlerai le moment venu.

  7. christian dit :

    @ Gabrielle ( et aux autres…)

    Si vous le pouvez, je vous engage effectivement Ă  assister Ă  une confĂ©rence d’Eric Valmir (ou plutĂ´t une rencontre, il n’aime pas le terme confĂ©rence, sa modestie l’honnore). J’ai assistĂ© Ă  une ( Ă  Nantes) et je confirme que c’est un moment très agrĂ©able (dialogue dĂ©contractĂ© avec le public) et très instructif sur l’Italie; une continuation de ce blog. Et je prĂ©cise que je ne fais pas partie du service de com d’Eric, c’est un conseil tout Ă  fait dĂ©sintĂ©ressĂ©.

    @ Eric Valmir

    Vous ne m’en voulez pas trop ?? Votre modestie a dĂ» souffrir.
    J’ai lu que vous prĂ©pariez un livre, j’attends ça avec impatience.

    Pour en revenir Ă  la chanson, je viens d’assister Ă  un concert ( toujours Ă  Nantes ) de Gianmaria Testa. Il est aussi piĂ©montais, comme Carla, mais sa valeur artistique me semble autrement plus Ă©vidente; des textes poĂ©tiques et des mĂ©lodies superbes, dans la veine de Georges Brassens ( dont il chante d’ailleurs une traduction italienne très convaincante du ” Gorille”, avec une chute très drole.) Je me suis laissĂ© dire qu’il n’Ă©tait pas très connu en Italie, est-ce vrai? Ce serait bien dommage de passer Ă  cĂ´tĂ© de cet artiste.

  8. diego dit :

    Ceux qui affichent d’une manière flagrante un sentiment de supĂ©rioritĂ© le font presque toujours pour masquer une insĂ©curitĂ© de fond, un vĂ©ritable complexe d’infĂ©rioritĂ©.
    Les italiens n’ont pas un complexe d’infĂ©rioritĂ© spĂ©cifique envers les français, ils l’ont peut-ĂŞtre en gĂ©nĂ©ral envers l’europe ou l’Ă©tranger (une autre facette de notre “esterofilia”). Il ne faut pas oublier que ce pays est entrĂ© dans la misère dans la deuxième moitiĂ© du XVIIe siècle et il en est sortie seulement dans la deuxième moitiĂ© du XXe…300 ans de galère ne s’effacent pas en 30 ans, l’idĂ©e que l’Italie n’est pas un pays “normal” qu’il ne pourrait pas s’en sortir “sans l’europe” (mĂŞme si nous sommes un pays contributeur…) est bien enracinĂ©e dans les esprits.
    La France, Ă©tant un pays proche, est souvant citĂ© en exemple. Les italiens, mĂŞme s’ils sont en gĂ©nĂ©ral contents de leur pays, considèrent que l’organisation du service publique en France est un modèle Ă  suivre, et ils dĂ©plorent la situation de l’Italie. Les italiens en gĂ©nĂ©rale aiment la France et ils sont particulièrement fascinĂ©s par la ville de Paris.
    Cela dit, quand je suis arrivĂ© en France j’ai Ă©tĂ© quand-mĂŞme surpris d’apprendre que beaucoup de français affichaient ouvertement un sentiment de “supĂ©rioritĂ©” vers les italiens… j’ai longtemps cherchĂ© de trouver le fondement historique de ce sentiment…cela est du peut-ĂŞtre Ă  l’histoire rĂ©cente…
    Pour conclure il ne faut pas oublier que l’Italie n’est pas le seul pays dans le monde oĂą les français jouissent d’une rĂ©putation moyenne, alors le problème ne viens peut-ĂŞtre pas des italiens…

  9. ericvalmir dit :

    @ Christian, c’est touchant merci… J’essaie simplement de proposer des moments simples et dĂ©contractĂ©s oĂą l’on puisse avoir un Ă©change de fond dĂ©passionnĂ© (mais entre passionnĂ©s quand mĂŞme ) et sans esprit partisan.

    La rĂ©ussite de ces “rencontres ” est surtout due au public. Dans une notion interactive, le succès vient du collectif (desfois je parle comme un entraineur de foot)

  10. sophie dit :

    Bonsoir,
    Merci de l’info : j’ai aussi eu la chance d’ĂŞtre Ă  Nantes et de participer Ă  l’une de ces rencontres.
    Alors, vite, vite, la date et le lieu Ă  Milan que je puisse le transmettre Ă  ma fille qui vit Ă  Pavie cette annĂ©e…
    Je dĂ©couvre avec dĂ©lices l’Italie “par procuration”, et ce blog m’aide Ă  dĂ©couvrir un peu plus chaque jour nos voisins transalpins …
    Merci Eric !

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