Comprendre l’Italie à travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


De la télé aux webTV, un formulaire pour payer, un formulaire pour diffuser.

internet, television, société

31 janvier. Minuit une. Trop tard pour payer le canone Rai. Et pourtant, pendant des jours, surtout dans les 72 dernières heures, les 3 Rai ne cessaient de rappeler l’échéance.

 Il Canone Rai est l’équivalent de la redevance audiovisuelle. C’est comme si sur France 2 et France 3, tous les présentateurs (journaux, magazines) animateurs (jeux, variétés, divertissement, humour) concluaient leurs apparitions par : “et n’oubliez pas de payer la redevance. Dimanche soir au plus tard.”

Un véritable matraquage.

 Vite remplir le formulaire reçu par voie postale et vite le retourner avec son mode de paiement.

Evidemment, les contestations sont nombreuses.

Les électeurs de centre droit ne veulent plus payer une Rai de communistes, faisant référence aux émissions Annozero, Parla con me et Ballaro

Les électeurs de centre gauche ne veulent plus payer une Rai soumise au pouvoir du monarque Berlusconi et devenu pâle copie des chaines commerciales du même Berlusconi.

Et voilà que se profile à l’horizon un canone Rai qui s’appliquerait aussi aux détenteurs de PC. Ceux qui regardent la télévision sur leurs ordinateurs.

Ce qui nous amène d’ailleurs dans l’univers des WebTV et du projet de loi Romani, (Paolo Romani) qui vise à contrôler les vidéos mises en ligne. Un projet bien avancé puisque déjà approuvé par le Sénat et la Chambre et en passe de devenir une loi adoptée par le prochain Conseil des Ministres: En jeu, notamment,  le contrôle des videos mises en ligne.

Désormais, il faudra réclamer une licence, disons une autorisation préalable avant de diffuser une vidéo. Remplir un formulaire, l’envoyer au ministère de la Communication et attendre son accord pour intervenir sur Youtube et Dailymotion.

Quand on connait les joies de la bureaucratie italienne, bonne chance mon gars.

Les images concernées par le texte sont celles  tournées soit avec sa propre webcam, soit des extraits d’émissions de télévisions qu’on aimerait partager avec des amis.

Il ne sera plus possible de publier sans une autorisation de tutelle ce genre de montage . Le soir du désaveu de Romano Prodi au Sénat….  Prodi tombe et de nouvelles élections s’annonce, le présentateur du TG 4 Emilio Fede croit avoir en direct au téléphone le sénateur Renato Schiffani qui deviendra plus tard Président du Sénat. En fait, c’est Silvio Berlusconi qui a pris le téléphone et surprend ainsi le journaliste. Emilio Fede (panico (panique)) puis (gaudio : joie, félicité) ne sait plus quoi dire, quelles questions poser… et Berlusconi parle pour lui. “Il n’ y a pas de questions ni de reponses, il faut simplement etre heureux que le vote du Sénat corresponde au vote des italiens“.

Impossible donc de reproduire des extraits de TV comme celui là sur Youtube, ou même simplement des extraits du Grande Fratello (émission de télé réalité) repris en grande quantité sur Youtube.

Mais impossible de reproduire aussi des images qui témoignent d’une réalité que les caméras de journalistes n’ont pas tourné pour x raisons.

La semaine dernière à Ischia, le Parquet de Naples ordonne la démolition de maisons construites abusivement…  et dans un premier temps l’évacuation de leurs habitants.

La population locale se mobilise pour empêcher l”expulsion, arguant que “c’est toujours les plus faibles qui payent. Des villas et des complexes hôteliers construits aussi abusivement ne sont pas inquiétés mais les familles modestes, oui.”

Les habitants du quartier font barrage, la police arrive, renvoie journalistes et appareils photos. Les uniques images tournées sont celles faites avec les moyens du bord, une webcam, un téléphone portable. Ce sont des images qui n’ont aucune valeur journalistique mais dont la seule finalité est de  porter un témoignage sur la toile. (vu que les moyens traditionnels d’info n’y ont pas accès)

Là aussi, prière de remplir le formulaire pour demander l’autorisation au ministère de la Communication.

Articolo 21, association qui défend la liberté d’expression visé par l’article 21 de la Constitution voit “disparaitre sous cette loi des milliers de témoignages directs de la vraie vie quotidienne des italiens

Les responsables italiens de Google et Youtube s’entretiendront cette semaine avec les membres du gouvernement pour mettre au point les modalités techniques.

Le Parti Démocrate (centre gauche) a tenu une conférence de presse. “Assujettir la retransmission d’images sur le web aux mêmes règles spécifiques à la télévision, c’est une limitation incroyable de l’outil Internet“.

Les bloggers italiens hurlent au scandale. “La concurrence des webTV doit être écrasée, écrit Alessandro Gilioli journaliste de L’Espresso sur son blog , c’est la méthode Berlusconi, écraser la concurrence indépendante tant qu’elle est embryonnaire. Berlusconi se souvient comment a démarré son aventure audiovisuelle dans les années 80. Le petit était devenu grand. Alors aucune pitié pour les WebTV qui démarrent aussi dans des garages de fortune. Se dresse en obstacle une multitude de barrières administratives“.

Coté gouvernement, le rapporteur de la loi Paolo Romani proteste : “Cette loi n’est que l’application d’une directive européenne. Le reste n’est que polémique stérile“.

Etrange intervention en revanche de Nicola d’Angelo, conseilleur juridique, commissaire de l’Autorité des Communication directement reliée au Ministère. Nicola D’Angelo dont la parole ne peut apparaitre partisane  : “Cette loi est contraire à la directive européenne qu’elle est censée décliner. L’Italie sera le seul pays occidental dans lequel une autorisation sera obligatoire pour un tel service. C’est un risque pour la démocratie“.

Enfin, l’ancien ministre des communications, Paolo Gentiloni (Parti Démocrate) sur son blog fustige la suppression de l’enveloppe budgétaire qui devait être allouée au développement du net italien. Sur son blog, il écrit : “la raison invoquée est la crise économique alors que pendant des mois, ce gouvernement nous a dit que la crise était exagérée et que nous étions épargnés“.

Quoiqu’il en soit, ce débat sera clos (ou pas) par l’adoption de la loi. Un fait est certain : il ne faut pas surévaluer l’importance du web italien. C’est un phénomène encore marginal. On s’informe avant tout avec la télévision aujourd’hui.

La loi Romani ne concerne pas seulement le contrôle des vidéos mises en ligne sur Internet. Le texte comprend aussi plusieurs articles établissant un plafond  sur les quotas publicitaires imposés aux groupes satellites.

Et entre Mediaset (Berlusconi) et Sky (Murdoch), devinez qui sera pénalisé par ces nouvelles contraintes.

4 commentaires pour “De la télé aux webTV, un formulaire pour payer, un formulaire pour diffuser.”

  1. sophie dit :

    Prenez garde Eric… Big Brother is watching you…

  2. Francesco dit :

    Beh Eric, la situazione effettivamente, per usare un eufemismo, non è delle migliori. Il Governo cerca da tempo di imbavagliare la rete, una delle poche voci in cui il dissenso è ancora ingestito e ingestibile! Il decreto Romani è veramente vergognoso e il fatto che possa, in settimana, essere approvato fa veramente spavento! La cosa peggiore è che l’arretratezza web della politica italiana è bipartisan (quella sì)… e soprattutto non è un argomento importante per la politica, quindi diciamo che il dibattito è ovviamente solo in rete (che come sai ha un’incidenza molto bassa in Italia). Si rischia di arrivare a una legge liberticida senza che la maggior parte delle persone sappia di cosa stiamo parlando. Incrociamo le dita e speriamo che si trovi una soluzione.

    Complimenti per il lavoro che porti avanti (Ischia, l’amianto, Rosarno, Messina, Riace), un lavoro che molti in Italia non si sognano neanche… tanto ci sono le agenzie!

  3. karlo dit :

    Que dire si ce n’est que le rêve de Berlusca et compagnie devient réalité : TOUT contrôler ! Même le web ! Bientôt pour sortir de la “vérité gouvernementale il faudra faire comme pendant la 2de guerre mondiale : tirer des journaux clandestins et les vendre sous le manteau ! J’exagère à peine … Ceci est bien triste et surtout un exemple dangereux pour nos petits “dictateurs” en puissance ( je lorgne chez nous par exemple … ) .

  4. Paolo dit :

    Je ne sais pas si la taxation des supports numériques fait partie de la même loi. “Petit” pourcentage à calculer par MB ou GB sur la vente des CD, DVD, clé etc…
    Une pierre deux coups: un côté recettes, un côté contrôle-dissuasion. Dans le même registre à signaler les tracasseries pour les connections free, non pas pour des retards techniques, aucun, mais pour une loi soi-disante antiterroriste qui voudrait traquer les pistes cybernétiques. Le propriétaire du café, la collectivité locale ou autres sont obligés d’identifier les usagers, ce qui ralenti la diffusion des points d’accès gratuit. En y réfléchissant un peu, plus que la traque aux méchantes cellules, ce sont plutôt les compagnies de téléphonie à en bénéficier avec leurs clés au trafic limité, à des prix “illimités”.
    Au risque d’être ennuyant et répétitif, quelle définition donner à ce pays un peu “1984”, un peu “New brave world”, un peu mafia ?

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