Comprendre l’Italie Ă  travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


A Venise, la décrue inexorable du bassin de population

venise

Sous la barre des 60 000 habitants, un seuil psychologique pour les amoureux de la citĂ© des Doges qui veulent prĂ©server l’idĂ©e que Venise soit encore une ville.

59 984 habitants dans le centre historique de Venise, indique le dernier recensement et toute la presse locale s’en Ă©meut.

Le dĂ©clin est progressif depuis 1951. A l’Ă©poque, 174 808 vĂ©nitiens vivaient ici.

Massimo Cacciari, le maire centre gauche, s’Ă©nerve : “Rien de nouveau, aucune diffĂ©rence entre 60 000 et 59 999 habitants”.

Evidemment, quand un seuil est franchi, c’est de symbole et de psychologie dont il s’agit. Mais tout de mĂŞme, il y a sujet Ă  rĂ©flexion.

Massimo Cacciari peut toujours mettre en avant une courbe des naissances qui reprend, (Venise est une des villes dĂ©mographiquement les plus vieilles d’Europe), mais cette reprise de la natalitĂ© est encore trop faible pour avoir une incidence sur la courbe… Massimo Cacciari peut aussi indiquer que le dĂ©clin est moins important que la dĂ©cennie prĂ©cĂ©dente… 11 000 “envolĂ©s” dans les annĂ©es 90 contre  6 000 dans les annĂ©es 2000…  Massimo Cacciari sait bien que le sujet est propice Ă  “polĂ©mique politique”, la droite qui dĂ©tient la RĂ©gion (PDL)  et la Province (Ligue du Nord) ne se gĂŞne pas pour attaquer la politique municipale menĂ©e.

Pour l’historien vĂ©nitien, Gherardo Ortalli, “Venise n’est plus qu’un quartier destinĂ© Ă  devenir un parc thĂ©matique“…

Un quartier comme le serait Manhattan à New York, intégré dans une agglomération vénitienne qui court sur la terre ferme avec Mestre et Padoue.

Gherardo Ortalli remonte aux annĂ©es 70. “A partir de cette pĂ©riode, les politiques municipales successives ont produit des rĂ©sultats contraires aux effets recherchĂ©s. Simplement parce que les projets annoncĂ©s n’Ă©taient pas mis en place. Et au fil des ans, Venise est devenue l’opposĂ© de ce qu’elle voulait ĂŞtre. A Venise, on peut encore vivre bien, Ă  condition d’avoir des ressources Ă©conomiques, une bonne santĂ© et les moyens de supporter les nuisances provoquĂ©es par le tourisme de masse“.

Dans les faits statistiques, peu d’Ă©lĂ©ments sont susceptibles d’altĂ©rer le pessimisme de l’historien : des loyers de plus en plus cher, des personnes âgĂ©es malades et dĂ©pendantes qui quittent leur logement faute de structures sanitaires et se rĂ©fugient sur la terre ferme, et des “non rĂ©sidents ” de plus en plus nombreux. 

Qu’ils soient italiens (beaucoup de milanais) ou Ă©trangers, le pourcentage de cette population qui vient quelques jours ou quelques semaines augmentent sans cesse. Ils reprĂ©senteraient 29% de la population totale. Ce qui signifie près d’un tiers du parc immobilier vĂ©nitien non occupĂ© quotidiennement.

Dans “La Nuova“, journal vĂ©nitien, Enrico Tantucci Ă©crit : “En somme, c’est toujours un peu moins une ville, toujours un peu plus un lieu de sĂ©jour, parce que Venise, tout le monde veut la visiter ou y retourner pĂ©riodiquement”, mais peu ont l’envie de s’y installer en permanence. C’est comme une compagne avec qui l’on ne voudrait pas entretenir une relation stable.

Et pourtant qu’il est agrĂ©able de vivre dans le creux de ses canaux. Loin des axes autoroutiers touristiques San Marco/Rialto, et mĂŞme Strada Nova.

Encore la semaine dernière, journĂ©e de douceur de fin Octobre, une dĂ©ambulation Ă  partir du Campo dei Mori, dans ce nord du Centre Historique…..

Ou encore une flânerie dans les quartiers autour de l’Arsenal, oĂą se dĂ©gage quiĂ©tude et sĂ©rĂ©nitĂ©. Ici, Venise se laisse approcher parce qu’on prend le temps de la vivre et de la comprendre.

Avec les flux touristiques et la technologie numĂ©rique, le passant ne cherche qu’Ă  la capturer de son appareil photo, tous les angles possibles et imaginables, sans s’arrĂŞter, en courant pour ne rien perdre… et  au final passer Ă  cotĂ© de ce qu’elle est rĂ©ellement… Venise n’est pas qu’un joyau architectural, c’est une atmosphère, un parfum, une rencontre presque mĂ©ditative… 

Il suffit de s’arrĂŞter cinq minutes pour la regarder dans les yeux et se rendre compte qu’Enrico Tantucci  a raison : Venise est une personne. MystĂ©rieuse et complexe. Elle ne veut pas ĂŞtre prise, elle ne rĂ©clame qu’un peu d’attention . C’est le propre des ĂŞtres humains. 

Et au sujet de Venise, toujours l’incontournable blog de Lorenzo

http://tramezzinimag.blogspot.com/search?updated-min=2009-01-01T00%3A00%3A00%2B01%3A00&updated-max=2010-01-01T00%3A00%3A00%2B01%3A00&max-results=50

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