Comprendre l’Italie Ă  travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


Plutot frisquet, ce week end au Camping de L’Aquila

L'Aquila

A L’Aquila, fin septembre, il n’y aura plus personne sous les tentes ”. Silvio Berlusconi le 10 juillet 2009 au G8.

Au 30 septembre, selon les données fournies par la Protection Civile :

Sur les 67 500 personnes sans abris du 6 avril dernier, un peu plus de 34 000, soit la moitiĂ©, s’est dĂ©brouillĂ©e par ses propres moyens (en famille ou simplement en roulotte dans une zone pas trop Ă©loignĂ©e de la maison endommagĂ©e). Ces populations n’entrent pas dans les statistiques gouvernementales.  

Restent Ă  ce jour 32 949 personnes.

15 133 Ă  l’hĂ´tel. 9017 chez l’habitant. 8799 sous les tentes.

Deux semaines auparavant Ă  la mi-septembre, Silvio Berlusconi dans un show tĂ©lĂ©visuel donnait les premières clĂ©s des nouvelles maisons aux sinistrĂ©s de L’Aquila. Le PrĂ©sident du Conseil omettait de dire que son gouvernement n’avait rien Ă  voir avec la concrĂ©tisation de ce projet et que les maisons en question avaient Ă©tĂ© construites par les financements de la Croix Rouge et la Region Trentina.

400 maisons livrĂ©es Ă  1500 personnes reconnaissantes. De l’Ă©motion et des larmes de joie.

Les coulisses montrent un tout autre visage…

Les demi saisons n’existent pas dans cette rĂ©gion des Abruzzes. Il existe mĂŞme un proverbe qui le dit : “L’Aquila ne connait pas l’automne”. On passe de l’Ă©tĂ© Ă  l’hiver en quelques heures. La transition s’est faite brutalement jeudi dernier et la mĂ©taphore du camping faite par Silvio Berlusconi en Avril laisse un gout amer après six mois passĂ©es sous les tentes.

Silvio Berlusconi interrogĂ© par une tĂ©lĂ© allemande vante les qualitĂ©s des bĂ©nĂ©voles secouristes Ă  l’Ă©coute des sans abris et affirme que les sinistrĂ©s bĂ©nĂ©ficient de toutes les commoditĂ©s possibles, et qu’ils doivent imaginer qu’ils passent un week end en camping.

 Samedi 17 octobre. 7h45. -8° sur le campo del globo. Nom donnĂ© au campement installĂ© sur le parking de la grande surface. Le bout du nez gelĂ©. Dehors, ciel gris, un vent du nord gifle la peau, une petite pluie glaciale. En face de la tente d’Angelo, la famille Burci sèche son linge.

 © EricValmir.RF

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Comme le vent est fort, mieux vaut rester Ă  l’abri Ă  l’intĂ©rieur des tentes. A ne rien faire. Avec ce froid, personne ne songe Ă  sortir. Fini aussi les coquetteries vestimentaires qui offraient une certaine dignitĂ©, l’illusion d’une vie normale.

DĂ©sormais, on se rĂ©fugie dans le pratique. Un vieux et gross pull, de grosses chaussettes, un duvet. On n’imagine pas se dĂ©habiller pour se laver. On se recroqueville. Le corps enfermĂ© sur lui mĂŞme, une position qui ressemble Ă©trangement Ă  l’Ă©tat d’esprit qui prĂ©vaut 6 mois après la tragĂ©die. RepliĂ© sur soi , le sentiment d’ĂŞtre abandonnĂ©.

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Angelo est psychiatre. QuincagĂ©naire. Il travaille sous les tentes du Campo del Globo depuis le 6 avril. Dans ce camp, de nombreuses familles refusent la proposition de la Protection Civile : être hĂ©bergĂ© dans un hotel à 120 kilomètres dans la rĂ©gion de Pescara.  Personne ne veut s’Ă©loigner de l’Aquila.

On leur a promis un toit. Ils espèrent encore. Et puis les Ă©coles ont repris dans des installations prĂ©fabriquĂ©es. Comment gĂŞrer cette difficultĂ© ? Domir Ă  Pescara et emmener les enfants Ă  l’Aquila ? Ceux qui finissent par quitter les camps le font par nĂ©cessitĂ© mĂ©dicale. Un enfant victime d’eczema causĂ©s par le froid. Une personne agĂ©e en difficultĂ© cardiaque.

Guido Bertolaso, le patron de la protection civile s’est Ă©nervĂ©. Ceux qui restent sous les tentes ne sont que des “irrĂ©ductibles”. Une tension souterraine gronde.

Angelo : le climat de confiance a disparu et avec le froid les problèmes augmentent. Son . Audio. 2′25

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Comment qualifier d’”irrĂ©ductibles” des familles qui ont tout perdu ? Les paroles de Guido Bertolaso apparaissent dĂ©placĂ©es dans ce contexte. Après six mois passĂ©es sous les tentes, après 6 mois de paroles rĂ©confortantes promettant une maison Ă  l’automne, la seule proposition formulĂ©e serait  un hotel Ă  120 kilomètres de chez soi ?

 Et ceux qui refusent cette offre aimable seraient des irréductibles ? Des activistes ? Arrivé à ce stade, des communistes peut être ?  

Le camp de Poggio di Roio est fermĂ© depuis hier. Il n’y avait que 3 familles. C’Ă©tait la pointe Everest de la Province, la zone la plus haute. On ne pouvait plus utiliser l’eau qui risquait de geler dans les canalisations et de tout faire sauter.

Dans un camp du centre de l’Aquila, les wc chimiques sont emportĂ©s. Ici, la douzaine de famille ne veut pas quitter les tentes. Mais la Protection civile dĂ©monte le camp avec l’aide des forces de l’ordre. ” Il y a un journaliste parmi nous, hurle Paola” dans un ultime rĂ©flexe desespĂ©rĂ©. Les autoritĂ©s me repèrent vite. “T’as une camĂ©ra ? ” C’est leur seule prĂ©occupation. Voyant que je ne filme rien, ils poursuivent comme si de rien n’Ă©tait.  

TĂ©moigner ce que l’on voit ne vaut rien…. un tĂ©moignage, ça se dĂ©ment… mais si la scène avait Ă©tĂ© filmĂ© ?

Je ne m’attendais pas Ă  des scènes d’une telle violence, pas seulement psychologique…  physique aussi. Il y a Ă©videmment des mouvements extremistes qui cherchent Ă  rĂ©cupĂ©rer le malheur des sinistrĂ©s… En vain. Parmi les victimes du tremblement de terre, personne n’est dupe. Et les opĂ©rations de rĂ©cupĂ©ration ne fonctionnent pas. Les altermondialistes n’ont jamais rĂ©ussi Ă  infiltrer le noyau des dĂ©shĂ©ritĂ©s de l’Aquila pendant le G8.  VoilĂ  pourquoi il est injuste de ramener des revendications simples et lĂ©gitimes Ă  une protestation politique.

Mais dans le fond, tout le monde se moque pas mal de leur malheur. On est en présence de sans abris qui sont marginalisés, insultés, criminalisés.

Les journalistes ne sont pas nombreux, mais ils sont dĂ©jĂ  trop nombreux aux yeux des autoritĂ©s. Ce week end, la mini caravane de la presse n’est venu que pour recueillir la parole de ceux qui Ă©taient encore sous les tentes en ces premières matinĂ©es hivernales.

Disparitions de tentes = suppression des tĂ©moignages. Si les sinistrĂ©s sont Ă©parpillĂ©s dans les hotels, le seul reportage possible est de relater l’avancĂ©e du chantier et de solliciter leurs contremaitres. La parole des aquilani est dĂ©finitivement effacĂ©e. Alors le rĂ´le de la presse devient considĂ©rable, Ă  condition qu’elle accepter de le jouer ou qu’elle s’intĂ©resse au sort de victimes qui n’en finissent pas d’ĂŞtre victimisĂ©es.

Rai News 24, la chaine toute info de la Rai, a montĂ© une spĂ©ciale la semaine dernière. On y voyait Mauro Dolce de la Protection Civile. Cet homme, très agrĂ©able au demeurant, que j’ai rencontĂ© plusieurs fois, affirme que les maisons construites ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de normes anti sismiques avant gardiste. J’ai dĂ©jĂ  rapportĂ© ces propos en ajoutant que je ne disposais d’aucun Ă©lĂ©ment pouvant confirmer ces dires.

Rai News 24 a invitĂ© un sismologue californien très en pointe sur ces questions. L’amĂ©ricain a rĂ©agi aux dires de Mauro Dolce : “aucune invention pionnière, les techniques et les matĂ©riaux utilisĂ©s Ă  l’Aquila sont de bonne facture, mais c’est le minimum garanti.

A l’Aquila, se confirme au fil des semaines, un terrible pressentiment : l’instrumentalisation, la propagande.

Le chantier de la reconstruction n’a pas commencĂ©, seulement la construction.  Toujours au nom de l’Ă©tat d’urgence, on bĂ©tonne des lotissements pour les sinistrĂ©s en parlant de solutions provisoires et sans impliquer les principaux intĂ©ressĂ©s aux centres dĂ©cisionnels.

Alessandro, 34 ans,  vit depuis 6 mois sous les tentes de Paganica. Il ne veut pas partir Ă  Pescara dans un hĂ´tel. 2′35

ev.rf

Et si tout le monde s’en va, l’Aquila devient une ville fantome. De 70 000 habitants, le bassin de population descendrait Ă  10 000 avec une vie Ă©conomique rĂ©duite et des chantiers Ă  foison en pĂ©riphĂ©rie. Des hotels rĂ©quisitionnĂ©s par la protection civile et les ouvriers Ă  l’oeuvre sur les chantiers. Une ville ouvrière, rien d’autre puisque les sinistrĂ©s pris en charge ont Ă©tĂ© envoyĂ©s en vacances forcĂ©es pour une durĂ©e indĂ©terminĂ©e.

Le statut d’assitĂ© n’est pas aussi rĂ©confortant qu’on le croit. Inciter les populations Ă  vivre dans les camps de la protection civile, puis une fois l’hiver arrivĂ©, partir dans les hĂ´tels dĂ©serts de la cote adriatique avec des tickets repas n’est pas forcĂ©ment le cadeau royal qu’imaginent les services de la Protection Civile. Que fait on de ses journĂ©es sans ĂŞtre informĂ©s de quoi que ce soit ? On tourne en rond et on gamberge.

Et pendant ce temps lĂ , la maison oĂą l’on a toujours vĂ©cu n’est pas reconstruite. Le sera t-elle un jour ? Un matin, on te donnera une clĂ©, tu diras merci, tu n’auras rien choisi. Mais qu’importe, le secteur de l’hotellerie fonctionne sur la cĂ´te en saison morte et les mĂ©tiers du bâtiment ont de belles perpectives avec l’argent de l’aide internationale.

Aucune implication des entreprises locales dans le chantier de la reconstruction. C’Ă©tait pourtant une des nombreuses promesses de Silvio Berlusconi. Aucun appel d’offre, aucune transparence financière. C’est la protection civile qui dĂ©cide tout. MĂŞme le vice prĂ©sident de la Region Abruzze pourtant berlusconien s’en est publiquement Ă©tonnĂ©. “La protection Civile n’est elle pas en train d’outrepasser ses droits ?”

Le procureur antimafia Alfredo Rossini, bien seul dans cette histoire affirme que des entreprises directement liées à la Mafia travaillent sur place. Au moins une, au vu de tous : la IGC (Impresa Genrale Costruzioni) chargé de bâtir les maisons de Bazzano. Cette société visée par les enquêtes judiciaires appartient à une famille dite mafieuse et tout le monde se demande comment ils sont arrivés là.

L’enquĂŞte rĂ©vèle que le groupe Ă©tait dĂ©jĂ  impliquĂ© dans la construction d’une rame de mĂ©tro Ă  Milan, de la portion ferroviaire haute vitesse, Parme/Reggio Emilia et de tunnels sur l’autoroute Catania/Siracusa. A l’Aquila, l’IGC aurait enlevĂ© un contrat de 54 millions d’euros Ă  Bazzano.

Mais Ă  la tĂ©lĂ©vision, quand on parle de l’Aquila, c’est pour donner de bonnes nouvelles. Oui, c’est vrai les habitants d’Onna (surnommĂ© village martyre) sont heureux d’avoir un village reconstruit façon lotissement neuf avec une Ă©cole. Solution provisoire dit on, mais qui va s’Ă©terniser et s’Ă©terniser. Personne n’est dupe.

Les maisons d

Les maisons d

Ces maisons sont construites sur les pelouses de la commune.

Et de l’autre cotĂ© de la rue, le village en ruine. Autant dire Onna, le vieux Onna, vestige d’un passĂ© qui restera passĂ©. Aucun travaux de dĂ©blaiement n’a Ă©tĂ© effectuĂ© depuis le 10 avril. Tout reste en l’Ă©tat, comme un traumatisme qu’on ne doit pas oublier. La coexistence du quotidien se fait avec cette rĂ©alitĂ©.

Et en face, les ruines d

Et en face, les ruines d

La gestion d’un tremblement de terre n’est jamais facile.

Gerer la douleur et la préoccupation des uns et des autres non plus.

Mais ce qui est dĂ©routant dans cette affaire, c’est la rĂ©cupĂ©ration. Silvio Berlusconi en tĂŞte, mais il n’est pas le seul, ont cherchĂ© Ă  tirer profit de cette situation, sans penser un seul instant Ă  la situation des sinistrĂ©s et Ă  rebatir un plan urbanistique et social cohĂ©rent pour les habitants.

Silvio Berlusconi a fait un show devant les camĂ©ras de tĂ©lĂ©. Les grands de ce monde dans un geste solidaire mais sans jamais renconter un sinistrĂ© sont venus dĂ©battre des enjeux de planète sur la terre des Abruzzes. A peine un mois après le tremblement de terre, un collectif d’artistes italiens a enregistrĂ© un disque sous la houlette de Jovanotti.

Aujourd’hui les artistes chantent ailleurs, Silvio Berlusconi livrera encore quelques maisons d’ici Noel en donnant l’image du sauveur providentiel, les sinistrĂ©s seront invitĂ©s Ă  dire merci et Ă  se taire… sur les ruines, les chacals se partagent le butin…. derrière, la magistrature verra son travail discrĂ©ditĂ©. Et tout un tissu social s’Ă©croulera dans l’indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale.

Ce qui se passe Ă  l’Aquila porte les traits de la vulgaritĂ© dans sa dĂ©finition la plus ignoble.

9 commentaires pour “Plutot frisquet, ce week end au Camping de L’Aquila”

  1. Humanrace dit :

    C’est dĂ©sespĂ©rant! J’en suis arrivĂ©e Ă  un constant: les populations, les gens “d’en bas” comme on dit en France, ne se rĂ©volteront pas tant qu’il n’y aura pas une lueur d’espoir. Pour penser Ă  se relever, Ă  regarder droit dans les yeux, il faut que l’on ait au prĂ©alable entrevu une trouĂ©e au bout du tunnel… Et j’ai bien l’impression que ce n’est pas près d’arriver!

  2. flavia dit :

    Et bon dĂ©solĂ©e de me rĂ©pĂ©ter, mais certain commentaires sur l’Italie, moi je ne peut que le lire en français. Si prĂ©cises et si ponctuels : bizarre n’est pas?
    J’ai Ă©coutĂ© tout Ă  l’heure ton reportage sur l’Aquila, un exemple de brĂ©vitĂ©, prĂ©cision et information : maintenant vous aussi, en France, vous savez que plus de 8.000 personnes sont encore dans les tentes et ne font pas du camping!!!!
    Merci Ă  Eric Valmir, encore une fois.

  3. Just dit :

    Juste une question.
    Si je comprends bien, dans certains cas de figure, des tentes sont démontées alors que les familles ne veulent pas quitter les lieux. Où vont elles et que deviennent elles ?

    Merci de votre reponse

  4. Sandra dit :

    Bravo pour votre reportage entendu ce matin. Bravo pour ce blog toujours passionnant.
    Le role de la presse est considerable, vous avez raison. Il faut des journalistes pour nous raconter les dessous de la com, et ces coulisses aquilane sont instructives, passionnantes et deprimantes.
    Ne renoncez jamais Eric. Restez sur ce chemin.

  5. Paolo dit :

    Un peu les frissons cet article en sus du froid prĂ©coce de ce mois d’octobre…
    Je me dis que c’est un peu un tout, le climat que l’on ressent un peu tous les jours dans ce pays, séisme ou pas, et ce tableau bien frisquet de ce séisme bien réel.
    1997, c’Ă©tait en Ombrie et Marche, tremblement de terre moins violents mais dĂ©gats considĂ©rables quand mĂŞme. Les administrations locales s’étaient engagĂ©es Ă  ne pas dĂ©placer les populations touchĂ©es, le pouvoir central avait acceptĂ© et la protection civile n’avait pas cet aspect de omnipuissance. Je ne me rappelle pas d’apothĂ©ose lors de la livraison des premiers logements provisoires. Un autre style et une autre Ă©poque probablement, pourtant ces rĂ©gions sont assez proches de L’Aquila.
    En 1976 c’était en Frioul, il y eut de nombreux morts, une mobilisation, certes, sans éclat mais très efficace, historiquement parlant c’était la préhistoire.
    2002 entre le Molise et les Pouilles, une école ensevelissant une classe et son institutrice. L’émoi fut là-bas de courte durée. Comment la reconstruction se passe-t-elle ??? un peu un mystère, disparition de l’écran médiatique ou disparition tout court ? (population peu nombreuse, facile a dispersée?).
    La perception actuelle, du moins la mienne, sur L’Aquila est celle d’un organisme (la protection civile) aucunement représentatif ni controlable mais doté d’un pouvoir absolu, qui décide, agit, sait quoi faire sans consulter, ni demander et laisse de côté les sinistrés, les considérant sans doute un potentiel frein à sa machine hyper performante.
    Perception qui va de pair à celle de cette société toute entière qui est en mutation rapide sans trop savoir où elle va

  6. Giovanni dit :

    L’Aquila : URGENCE HUMANITAIRE (octobre 2009)
    ================================

    Nous lançons un appel à tous ceux qui dans le monde se sont démontrés sensibles à ce qui s’est passé à L’Aquila. Un drame qu’ici nous continuons à vivre au quotidien.
    Un appel à ceux qui continuent à maintenir leurs sens en alerte sur la catastrophe qui a frappé notre territoire et sur la gestion de la situation de l’après séisme.
    Aujourd’hui, 18 octobre 2009, à L’Aquila il fait froid. Nous sommes dans la phase la plus dramatique. De nuit il fait -5°C. Et l’hiver approche. C’est une saison de L’Aquila qui comme à son habitude sera impitoyable.
    Les solutions d’habitation promises pour le début de l’automne ne sont pas au rendez-vous. Environ 6000 personnes vivent encore sous les tentes.
    Moins de 2000 personnes aujourd’hui ont reçu un logement prévu dans le cadre des plans “C.A.S.E.” (”M.A.I.S.O.N.S.”) ou “M.A.P.” (”Modules d’habitation temporaire”, les “case di legno”, maisonnettes en bois).
    La majeure partie des Aquilani a été dispersée ailleurs dans le pays. Depuis des mois ces personnes sont dans l’attente de pouvoir rentrer chez elles. Aujourd’hui, avec le démontage des camps sous tente (tendopoli), des milliers d’autres ont été elles aussi éloignées de L’Aquila, envoyées souvent loin, dans des lieux difficilement rejoignables.
    Nous, ceux qu’on a surnommé les “irréductibles”, sommes en fait tout simplement des personnes qui comme tout le monde travaillent en ville, ont des enfants qui fréquentent les écoles à L’Aquila, qui pour beaucoup ne possèdent pas de véhicules, et certains d’entre nous ont ici des terrains ou du bétail dont ils doivent s’occuper. Nous voulons rester ici. Pour participer aussi à la reconstruction de notre ville.
    VoilĂ  plus de six mois que nous vivons dans une tente et supportons de grands sacrifices, mais avec ce froid nous risquons de ne pas pouvoir survivre.
    Si nous n’acceptons pas la condamnation de ces destinations qu’on nous a assignées, toujours plus lointaines, on menace de nous couper l’eau, la lumière, et de nous supprimer les sanitaires.
    Aujourd’hui plus que jamais nous avons besoin de votre solidarité.
    Les autorités locales et la Protection Civile nous ont abandonnés. Aux dernières nouvelles, les modules d’habitation temporaire que nous réclamons de vive voix depuis le mois de mai 2009 arriveront peut-être dans 45 jours. “Peut-être”.
    Aujourd’hui nous avons besoin de roulottes, de camping-cars ou de containers habitables et “chauffages portables” (poêle, réchaud) pour pouvoir assurer ici un état de survie au minimum.
    Pour cela nous vous demandons d’organiser des “sit-ins” sur les places de vos villes ce SAMEDI 24 OCTOBRE 2009, et de vous y rendre avec des tentes, pour exprimer concrètement votre solidarité envers nous, ces 6000 personnes qui vivent encore sous une tente, plus de six mois après le séisme.
    Une autre situation d’urgence a commencé aujourd’hui, qui ne résulte pas d’une catastrophe naturelle mais de la gestion post-séisme par qui l’a menée, cette gestion, aux dépens des populations touchées par la catastrophe.

    Des habitants dans les campements
    (sous une tente à moins de zéro)

    Donations, contacts:

    emergenzaottobre2009@gmail.com
    +39-3391932618 / +39-3470343505

    /traduction:Vito Vespucci /

    http://www.3e32.com/main/?p=1917

  7. Vito Vespucci dit :

    Il y avait (a) aussi un lien vers ce formidable article d’Eric (ci-dessus) dans la version “originale”. Merci d’avoir postĂ© et partagĂ© l’appel.
    vV

    http://italopolis.italieaparis.net/articles/l-aquila-%3A-urgence-humanitaire-octobre-2009-248/

  8. Vincent dit :

    Un reportage intĂ©ressant sur la situation Ă  l’Aquila alors que le froid arrive et que le G8 est dĂ©jĂ  loin.

    Toutefois j’aimerai ajouter que si le comportement de Berlusconi est indĂ©cent face Ă  la souffrance des sinistrĂ©s; on peut se demander de quel leviers dispose vĂ©ritablement l’Etat italien ? Fort peu en dĂ©finitive: l’argent manque et l’Italie a refusĂ© l’aide internationale pour grande partie.

    Alors que faire ? Les meilleurs initiatives sont celles qui mettent en oeuvre les solidaritĂ©s entre les territoires. Au niveau europĂ©en: l’Allemagne pour des raisons historiques participera Ă  la reconstruction de Onna village deux fois martyre, au niveau local: les RĂ©gions italiennes, elles aussi s’engagent Ă  aider les Abruzzes (Ex: les maisons de bois construites par le Venezia Friuli Giulia).

    Enfin que penser des tentes ? La situation des Aquilani est prĂ©caire. Avec l’hiver les choses vont empirer. Toutefois, le courage de ceux qui rĂ©sistent, qui refusent le relogement se justifie. Il faut penser Ă  l’histoire italienne. Que s’est il passĂ© après le tremblement de terre au Venezia Friuli Giulia ? Les gens ont lancĂ© rapidement la reconstruction, se sont investis et n’ont jamais dĂ©sertĂ© les lieux. Tout fĂ»t reconstruit Ă  l’identique!
    Inversement Ă  Irpinia, on a optĂ© pour le modèle des “new towns” cioĂ© de la construction de nouvelles villes pour reloger les gens durant la reconstruction. Une fois les centres anciens restaurĂ©s, les gens ont refusĂ© de retourner y vivre. Bref les tentes sont une mauvaise solution mais elle assurent l’avenir de l’Aquila qui sinon risque de devenir une citĂ© morte!

    Par ailleurs le modèle “new town” a les faveurs des entreprises mafieuses qui y voient l’occasion de construire et reconstruire et donc d’empocher de l’argent par deux fois.

  9. ericvalmir dit :

    @Just,

    Pardon pour la rĂ©ponse tardive mais je travaille en Calabre sur l’histoire des cargos coulĂ©s…

    A L’Aquila, les sinistrĂ©s encore sous les tentes se sont TOUS vus proposĂ©s un logement dans un hotel. Problème les hotels sont loins, au moins 100 kilomètres sur la cĂ´te. Et les gens refusent pour les raisons dĂ©veloppĂ©s dans le post.

    Quand il reste 150 personnes dans un camp, les tentes ne sont pas dĂ©montĂ©es. Et les autoritĂ©s attendent que les gens craquent avec le froid et acceptent l’hĂ©bergement hotelier.

    Quand il reste dix personnes, les autoritĂ©s dĂ©montent le camp et disent aux dix personnes d’aller Ă  l’hotel, si ces personnes refusent, ça devient leur problèmes, elles deviennent SDF vu que le camp est dĂ©mantelĂ©.

    C’est aussi simple que ça.

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