Le blog de Eric Valmir

Comprendre l’Italie à travers ses nuances

Le tapis rouge de la Mostra de Venise est ailleurs…

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En italien una mostra est une exposition. A Venise, cette année c’est une exhibition aux portes de la vulgarité.

 La 66ème mostra de Venise (Art cinématographique) avait fait le pari de l’ engagement politique. Les paroles de George Clooneyle cinéma doit être ainsi” ont vite été étouffées par les flashs photos qui le mitraillaient au bras d’Elisabetta Canalis (starlette de la télé italienne).

Car si Paparazzo n’était qu’un personnage fictif inventé par Fellini dans La Dolce vità, (un photographe mondain sur les pas de Mastroianni), les paparazzi d’aujourd’hui sont les maitres d’oeuvres. Ils font le  baromètre de popularité d’une personnalité.

Rien à faire d’Hana Makhmalbaf, jeune cinéaste iranienne venue présenter “Green days“, un film autour des manifestations réprimées en Iran. Petit groupe de journalistes venus l’écouter “Ahmadinejad peut me pourchasser à travers la terre, mais il ne pourra le faire avec toutes les jeunes iraniennes qui se mobilisent“…

… en revanche, le gros du bastion de la presse est ailleurs…  sur un embarcadère pour ne pas rater l’arrivée de Patrizia d’Addario, (escort girl à l’origine du scandale “Berlusconi et les prostituées“) ou encore  Noemi Letizia (la jeune fille de 18 ans fréquentée par le même Silvio Berlusconi).

Une véritable foire d’empoigne autour de la jeune fille qui veut se lancer dans le cinéma. Déjà dans un entretien accordé dimanche à la presse anglaise, le cadreur télé zoomait son entrecuisse (façon Sharon Stone dans Basic Instinct), des jambes que la “gamine” gardait conscienceusement croisées et serrées.

A peine arrivée à Venise, photographes et caméras l’entourent. Dans les interwiews elle répète qu’elle sera la nouvelle Sophia Loren et qu’elle prend des cours de diction depuis des années “mais elle peine à conjuguer correctement les verbes écrit Stefania Ulivi dans Le Corriere della Sera.

Dans la vidéo qui suit :  le délire autour de Noemi et le pseudo réalisateur venu l’acceuillir. Massimo Emilio Gobbi est présenté comme cinéaste préparant un film intitulé “Camorra days“, c’est l’homme sur la vidéo avec le tee shirt “K Days”, et Noemi parait il aura un grand role dans ce long métrage.  

Mais dans le reportage vidéo ci dessous, le réalisateur qui n’a tourné aucun film jusqu’à aujourd’hui (personne ne le dit) mais ami de Berlusconi et Lele  Mora (voir post précédent), ce réalisateur est bien embarassé quand on le questionne sur le synopsis. Euh, pas prévu au programme ça les questions.

Et au sujet du rôle qu’elle devra jouer, Noemi répond “qui vivra verra

Les Kitano, Ang Lee, Sandrine Bonnaire, ou Herzog venu présenter un remake de “Bad lieutenant“,  n’interessent personne. Un seul film retient l’attention. “68, le grand rêve”  de Michele Placido.

Mais la polemique qui entoure la conférence de presse n’a rien à voir avec une critique de cette production italienne. Renatto Brunetta et Mariastella Gelmini, deux ministres du gouvernement Berlusconi s’étonnent publiquement et à haute voix que les pouvoirs publics et le ministère de la culture italien aient donné des subventions pour financer une “apologie du communisme”.

Est ce un bon ou un mauvais film ? quelle est la nature du propos ? L’intention artistique et son résultat ne sont pas à l’ordre du jour. On s’étripe à l’air libre sur des thématiques hors sujet et toute la caravane quitte précipitamment la conférence de presse… Le couple people Briatore/Gregoraci s’est attablée à la terrasse du Cipriani sur la Giudecca.

Le festival précise qu’ils n’ont pas invité les D’Addario, Letizia et autre people. Ces gens là gravitent autour.

De tous temps, de Cannes à Venise, on a joué la carte “tapis rouge” comme une vitrine pouvant attirer un public vers le cinéma et son actualité. Il y avait là comme un outil promotionnel. Aujourd’hui, les valeurs sont inversées.  Ce monde de paillettes sans talents vient chercher une crédibilité au Lido en plein festival de Venise. Et, du coup, ce phénomène étrangle un peu plus une Mostra en quête de sens.

De cinéma, il n’en est plus question dans les conversations. Et l’on feuillète avec nostalgie des feuillets en noir et blanc qui parlent de Michelangelo, Vittorio et Sophia.

La jeune iranienne Hana Makhmalbaf regarde ce cirque médiatique avec perplexité “on m’avait pourtant dit que les européens étaient sensibles à notre combat“.

Aucun journaliste n’est autour d’elle…  elle boit un thé avec son équipe pendant que les photographes se battent pour prendre un cliché de Valeria Marini (dernier fait d’armes connu: poser dans Playboy) 

Hana Makhmalbaf soupire “Je ne sais pas si l’Occident pourra un jour aider le peuple iranien qui ne tient pas à ce que vous pensiez Ahmadinejad comme étant le seul réprésentant de notre nation. J’ai fait ce que j’ai pu : un film que je présente au monde. Je ne suis qu’une goutte d’eau dans l’océan. A chacun maintenant d’accomplir un petit pas“.

Ce soir, on connaitra le lion d’or de la 66ème Mostra de Venise. Mais cette reconnaissance cinématographique n’aura pas les faveurs des projecteurs.

Des millions de téléspectateurs attendent l’élection de…. Miss Italia qui se joue ce soir sur la Rai.

15 commentaires pour “Le tapis rouge de la Mostra de Venise est ailleurs…”

  1. karine dit :

    Du pain et des jeux…

  2. 7èmeArt dit :

    Eric, on vous aime, on aime le cinéma et on sait que vous aimez le cinéma.

    Ecco il palmares

    Le Lion d’or à l’israélien Samuel Maoz pour un très beau film sur le conflit au Proche Orient. Un choix militant politique et artistique

    Bravo à la jolie italienne Jasmine Trinca pour son prix d’interprétation (meilleur espoir féminin). On l’adore. Et pourtant elle était dans le film dit communiste :-) de Placido. Meilleur espoir fait sourire quand on sait qu’elle tourne depuis 6 ans.

    Et bien fait pour Medusa, Berlusconi et compagnie. L’argent ne fait pas tout. La superproduction de Tornatore n’a rien obtenu. “Baaria” un bon cinéma guimauve comme l’aime le gouvernement ne trouve pas son public.

  3. ou dit :

    Merci de cet article!
    Quelle consternation!..un tel vide, un tel rien et une telle cohue…

  4. Brescia dit :

    L’aspect le plus marquant est l’instrumentalisation. Nous connaissions l’instrumentalisation politique, voici l’instrumentalisation de la scène culturelle. Vous le dîtes fort bien dans votre article, le festival n’a pas invité ces personnes, elles se sont elles mêmes invitées. Le plus grotesque étant celui qui se prétend réalisateur et cherche ainsi à cautionner la venue de Noemi Letizia. Elle pose devant un panneau publicitaire pour la Mostra mais elle est interdite de tapis rouge. Mais elle veut faire du cinéma. Son futur réalisateur n’a aucun film à son actif sur son cv, si ce n’est un rôle dans Gomorra. Mais comme l’écrivez, c’est un ami des cercles du pouvoir. Qu’importe le scénario et le projet artistique, du moment qu’on a les moyens.
    Vous dites avec prudence que cette misérable comedia del arte est aux portes de la vulgarité. Mais tout est vulgaire dans ce cirque. N’ayons pas peur des mots.
    Et que deviendra cette malheureuse gamine, une fois que les spots vont s’éteindre autour d’elles ?
    L’Italie est un laboratoire, on peut répliquer que les travers cités dans cet article sont universels dans la nature humaine et dans les rouages de la presse, mais ils sont encore plus en évidence en Italie. Ces signaux constituent des alertes pour des sociétés occidentales qui basculent de la sorte.

    Le festival de Venise sans le vouloir est pionnier d’un style qui émerge. Votre article constitue en ce sens un éclairage bienvenu.

    Merci

  5. Marie dit :

    Attention ! C’est Melanie Griffith dans Body Double…
    Félicitations pour ce blog, pour la régularité de post de qualité, pour Ciao Ragazzi aussi.
    Et bon courage, parce qu’à vous lire, il en faut.

    Merci
    Marie

  6. humanrace dit :

    Que fera Noemi quand les projecteurs se seront éteints??
    Les professions ne manquent pas; elle sera invitée sur tous les plateaux de télé, surtout l’après-midi, pour la ménagère de moins de 50 ans (en italien: “la casalinga di Voghera”) qui fait son repassage… Puis, elle finira “velina”, “letterina”, “meteorina”.. tournera dans les films de série B qui se déroulent à Naples (vu qu’elle a, parait-il, un accent à couper au couteau). Elle écrira un bouquin ayant pour titre: “Ma vérité sur Papi” (écrit en sous-main par un attaché de la com de Berlu)… ou bien elle finira attachée culturelle d’un vieux dégoutant ministre bedonnant et dégoulinant…
    Pour le reste: @ Marcello/a :
    POURQUOI VOULEZ_VOUS QUE LES COMMUNISTES PD (ou pédé) SE CACHENT? C’est vrai qu’en ce moment, il n’est pas bon de le faire savoir en Italie puisqu’on risque le lynchage…
    Vous etes bien sur que vous n’aimeriez pas sortir en Drag Queen?? Essayez, vous vous amuseriez bien mieux que sur ce blog…

  7. flavia dit :

    Pour une fois je suis un peu déçue de cette article : on critique les paparazzis que sont tous pour Noemi &Co., et j’ai du aller chercher sur Arte quelque chose de plus sur La Mostra di Venezia.
    Eric, la polémique contre B. attire seulement de la m…..

    Merci à 7èmeart.
    Si on parle de cinéma, je reste sur le sujet.

  8. ericvalmir dit :

    Oddio, c’est un dimanche mouvementé ! Vous êtes tous à cran. il pleut en France ?

    Bon, une simple précision qui semble échapper à beaucoup. Ce blog n’est pas mon outil principal de travail. Je fais de la radio.

    Francesca, Flavia, avez vous entendu UN SEUL SUJET sur Noemi et la D’Addario sur les antennes de Radio France ? JE N’EN AI JAMAIS PARLE parce que j’estimais des sujets plus importants que ceux là.

    On va même dire que le blog représente à peine 10% de mon temps de travail. La production est radiophonique, essentiellement radiophonique. Quand je viens à Venise pour la mostra, c’est pour faire des reportages radio sur le cinéma et les enjeux de la culture en Italie, pas pour évoquer Noemi. Je le fais sur le blog parce que ça m’a frappé en passant, mais je ne l’ai jamais proposé en sujet radio…. ça me parait tellement évident.

    En plus l’audience du blog est confidentielle au regard de l’audience de productions ou reportages sur les antennes de France Inter, France Info et France Culture.

    Ce blog n’est qu’une manière d’écrire tout ce qui ne “va” pas à l’antenne”, comme un complément du travail fourni. Francesca, vous montez sur vos grands chevaux, mais cet article n’est qu’une légereté autour des mauvais cotés de la condition humaine, mais vous ne voyez que du racisme anti italien. J’en suis désolé pour vous, je croyais que vous compreniez la complexité et les nuances… Et encore une fois, je ne parle que de l’Italie, c’est mon cahier des charges. (Vous allez bien finir par le comprendre un jour)

    Bonne fin de dimanche à tous…
    Je replonge dans l’écriture de mon prochain post (le vin sicilien), ça va détendre tout le monde. :-)

  9. Corinne dit :

    Je sais bien que vous n’avez pas besoin de moi et que vous pouvez vous débrouiller tout seul pour répondre à Francesca.
    Mais son mauvais esprit et son agressivité m’ont énervée !
    J’ai trouvé le remède, je ne la lis plus.

  10. Gabrielle dit :

    Il est vrai que les Français ont souvent un regard condescendant sur les Italiens, et il est vrai que la presse française, la presse étrangère en général, nourrissent souvent les stéréotypes au lieu de les dépasser. Eric Valmir a le mérite de faire tout le contraire de ce que font les journalistes ignorants ou pressés - il y en a quelques-uns - qui parlent sans connaitre à fond une réalité: il n’use jamais de gros sabots simplificateurs, il donne vraiment la parole aux Italiens, il cherche souvent au-delà de l’écume de l’info, le tout avec humanité et talent. J’arrete ce panégyrique qui va le mettre mal à l’aise, mais franchement, moi qui suis française et vit en Italie depuis un certain temps, j’en apprends souvent plus sur l’Italie en le lisant qu’à travers la lecture de la presse italienne…
    J’attends avec impatience votre post sur le vin sicilien !!!

  11. Anne Marie dit :

    Félicitations et merci pour votre série Ciao ragazzi de cet été, très vivante et très intéressante pour moi qui apprends toute seule l”italien :d”habitude je m”abreuve d”Italie à Radio 24 (très sérieuse, très informée et aussi un peu trop berlusconienne évidemment..) Le plus compliqué à comprendre c”est comment un énergumène comme Berlusconi reste au pouvoir et aussi le système, quelque peu féodal semble-t-il, qui régit les rapports humains dans le mezzogiorno.
    Merci encore.

  12. picot dit :

    Les propos du ministre Brunetta sont cohérent . Il a dit qu’il n’était pas possible de continuer à subventionner des films pour des millions d’euros alors qu’ils n’en rapportent que quelques milliers . C’est l’ensemble des italiens qui payent pour des films qu’ils ne verront jamais .
    Que ces génies financent par eux-meme ou leurs amis leurs chefs-d’oeuvre . Trop facile de calomnier , d’insulter les méchants italiens qui votent à droite et puis de se sucrer sur leur dos . Le bénéfice pour la société de l’argent dilapidé par ces gauchistes est totalement nul .Moi je préfère de meilleures écoles et des hopitaux plus efficaces .

  13. sophie dit :

    picot, je vous reconnais bien là. Vous ne résistez pas à l’envie de lancer un débat constructif sur la question de la subvention de la culture dans un état démocratique (en totale harmonie avec f. qui soulignait son droit à laisser des commentaires sur ce blog, étant donné qu’elle paie la redevance française) (euh…. )
    Alors, allons-y… Mais, d’abord quelques questions préliminaires… Quel est l’avenir d’un état démocratique qui ne réfléchit plus, qui n’interroge pas son identité, qui ne remet pas perpétuellement en question l’ordre établi et les codes? Ne risque-t-il pas de se mordre inévitablement la queue? La perte de sens, dans nos sociétés modernes, se réduirait-elle un problème politique (qui répondrait à des clivages gauche-droite)?
    Un petit avertissement malgré tout. Vous risquez de perdre du temps et de l’argent, si vous commencez à réfléchir à ces questions totalement superficielles…

    (filtre anti-spam: “voltaire”… Ca ne s’invente pas…)

  14. Humanrace dit :

    MERCI ERIC pour ce blog… D’accord avec Gabrielle qui dit qu’elle en apprend beaucoup plus ici qu’en lisant les journaux italiens… Effectivement, on a plus de recul avec vous… Les Italiens écrivent toujours comme si on connaissait déjà tous les personnages, toutes les affaires avec leur scandales, leurs coups de théatre, les aveux des repentis, les contre-aveux des politiques, Bref, c’est un vrai cafoullis!
    Pour FRANCESCA: vous etes payée par la com de Berlu??? Pourquoi vous n’allez pas visiter ses blogs à LUI? Au moins vous vous sentirez chez vous! Je reconnais en vous la tactique des débatteurs de Berlu: noyer l’interlocuteur en déversant des insanités plus ou moins argumentées en espérant qu’il en restera toujours quelque chose, en faisant diversion et parler d’autre chose, “idéologiser” le débat d’idées; et,effectivement, vos interventions sont beaucoup plus longues que les autres… Vous pourriez pas racourcir un peu ou faire plus simple, plutot que d’essayer de faire de belles phrases ampoulées et vides de sens ??? Surtout on a l’impression que vous ne répondez pas vraiment à vos interlocuteurs mais qu’ON (sic!) vous charge de dire certaines choses que vous répétez sans cesse, peu importe le sujet traité…

  15. Marine dit :

    Ce que vous dîtes Humanrace coule de source. Chacune des interventions de Francesca est un tacle violent à l’égard de ce blog. L’idée est de le discréditer sous couverts d’arguments fumeux. C’est évident. Le but de cette Francesca est une opération d’harcelement qui ressemble à la tactique berlusconienne que vous mentionnez. Discrediter l’auteur par tous les moyens. Fort heureusement, Eric Valmir ne se laisse pas distraire et ne tombe pas dans le panneau. Et les lecteurs de ce blog semblent tous avoir compris les motivations de cette Francesca décidément TRES présente sur un blog qu’elle n’aime pas, TROP présente pour qu’elle soit honnête.

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