Comprendre l’Italie à travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


Sur les routes du Salento…

tourisme, culture

Bien sur, je pourrai présenter le Salento comme “la plus belle région d’Italie” en oubliant toutes les autres.  :-)

Pour être plus objectif, disons alors que ses couleurs et ses lumières (quelle que soit la saison) m’ont toujours interpellé.

Du port d’Otranto part un bateau pour Corfù et c’est vrai que la côte Adriatique a déjà un air de Grèce.

Le Salento est le sud des Pouilles, en regardant la carte de l’Italie, le talon de la botte en partant de la ville de Lecce. Dans les années 70, il fut même question d’en faire une région à part entière et de la détacher des Pouilles, mais un “salentino” alors dans les cercles du pouvoir, Aldo Moro s’y est opposé, estimant que son “paese” adoré n’aurait jamais eu les moyens de s’en sortir seul. Au moins intégré dans les Pouilles, le Salento profitait de la dynamique économique de Bari.

C’est un peu moins vrai aujourd’hui. La région ignorée, plongée dans une misère au soleil, (son cadre naturel paradisiaque), trouve aujourd’hui des moyens de subsistance à travers le tourisme. Il y a encore quelques années, se vendaient de splendides “masserie”, la masseria est un corps de ferme en pierre, on les vendait donc pour presque rien. Les Agriturismo ou plutôt Bed and Breakfast ont poussé à une allure vertigineuse (américains et allemands).

L’an dernier avec un ami de Lecce, Danielle (sa famille vit ici depuis 4 générations), on est allé visité une masseria à retaper. J’étais interessé par l’idée d’avoir une petite masure à rénover avec quelques oliviers.  E come no ?Et pourquoi pas ?  Mais là, la masseria était rovinata. En ruines. Il y avait en tout et pour tout une quinzaine de pierres. Pas de toits, deux oliviers, un bout de terrain. Pas grand chose à voir et à dire. J’attendais la sentence.

Le propriétaire, un sexagénaire au visage buriné, annonce la couleur : 350 000 euros ferme. Je réponds surpris qu’il n”y a même pas de murs. Alors, mon interlocuteur s’approche d’une des pierres. “Elle est historique, appartient au Patrimoine, elle dâte du XIVe siècle.”  Je refrène mon envie de rire, et joue le jeu en admirant avec lui d’un hochement de tete solennel la pierre historique, mais “purtroppo”, (c’est ma réponse)  je n’ai pas les moyens de m’offrir une si belle pierre.

Je ne lui en voulais même pas. Les gens du “paese” ont compris que les étrangers étaient prêts à mettre beaucoup d’argent dans leur région devenue à la mode. Alors ils en profitent, n’ayant aucun autre moyen de subsistance.

Le plus furieux, c’est Daniele. Il ne décolère pas sur le chemin du retour. A peine entré à la maison, il en parle à sa femme. “Tu comprends, on est en train de vendre notre Salento et il n’y a plus rien pour nous parce que tout le monde préfère vendre à l’étranger. Les jeunes doivent dégager de notre terre parce qu’ils ne trouvent pas de boulot, mais plus tard ils ne peuvent même pas revenir, la faute à la spéculation immobilière”.

Le Salento est beau mais y vivre n’est pas facile. Problème classique d’une province du Mezzogiorno.  Services publiques deficients, taux de chomage important, clientelisme. Pas de perspective. Ceux qui restent serrent les dents.

Le système D. Les olives et la vigne. Son coin de potager pour vivre comme on l’a décidé. Avec toute la famille… Tous les 11 novembre, on célèbre la San Martino dans les villages du Salento. Comme tout un chacun fait son propre vin, on décide de sortir les tables et de faire gouter sa vendange au voisin. Un air de liesse et de fête. Animations musicales. Musique populaire. Le village de Leveranno danse toutes les nuits.

Pour les promenades, on ne se lasse pas des circuits du Salento. On a l’impression d’être sur une île avec des oliviers à perte de vue.

Au centre, la ville de Maglie, au sud Santa Maria de Leuca.

Sur la côte Adriatique, Otranto, un peu plus au sud Castro Marina, louer une barque et longer les rochers blancs qui abritent des grottes sous marines. Sorte de Lascaux sous marins… Les criques pour des baignades dans une mer transparente.

Sur la mer ionienne, Gallipoli. Au bout de la ville nouvelle, un pont et le centre historique. Merveille. Au nord, jusqu’à Porto Cesaero, les plages de sables.

On peut s’installer dans un transat avec un livre de Gianrico Carofiglio. Un ancien magistrat qui raconte les Pouilles à travers la vie d’un avocat Guido Guerrieri. Entre polar et déambulation existentielle, loin de la “chaleur de la pierre” du soleil des Scorta, Carofiglio raconte sa région avec amour et fluidité.

Ses romans sont traduits en français et je recommande dans un ordre chronologique de lecture : Témoin involontaire, Les yeux fermés, Le passé est une terre étrangère.

Et pour finir, si on mangeait la pasta locale, gli orecchiette. Attention, la vraie, celle qui se prépare 24 heures à l’avance.

http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/ete/ciao-ragazzi/index.php?id=80901

23 commentaires pour “Sur les routes du Salento…”

  1. Hubert PREUX dit :

    Et voilà que l’emission sur les Pouilles est à peine finie, que me voilà sur le net, et sur le Blog. L’histoire de la Masseria m’a bien fait rire, moi qui commence à regarder les annonces sur internet, mais plutôt dans les Marche, autour de Jesi, que j’aime autant que vous, pour sa tranquilité, et son absence de toutistes! Bien sûr, j’aurais aussi beaucoup aimé trouver autour d’Arezzo, vers Anghiari ou Borgo San Sepolcro, mais c’est vraiment trop cher!
    Autour de Jesi,on peut encore acheter un tas de pierre, avec 2 ou 3 ha d’oliviers autour, mais c’est quand même un peu n’importe quoi!
    Bon mais on les aime les Italiens, même s’ils ont bien compris que les anglais et neerlandais sont prêts à mettre beaucoup d’argent pour y être propriétaire.
    Allez Eric, en Habitant à Rome, il reste encore de quoi pouvoir trouver una casa dans les Abruzzi.
    Je réécoute chaque émission 2 à 3 fois dans la semaine! Merci, c’est un régal!
    La semaine prochaine nous serons en route pour Arezzo, puis Massif de l’Argentario
    Ciao a tutti

  2. Alain dit :

    Bonjour,
    Depuis quelques années, je découvre avec bonheur l”Italie (Toscane, Venise, lacs, Rome, Sardaigne, bientôt Sicile). J”ai appris l”italien pour l”occasion : en somme, l”Italie devient une passion (c”est même un retour aux sources). Votre emission est un bijou de sons, de saveurs, de chaleur. Grace à elle je poursuis mes balades et me donne des idées pour mes prochains voyages. Votre diaporama est superbe et j”aime beaucoup les sons qui accompagnent les photos. Vous utilisez quel logiciel pour votre diaporama ? Vous me donnez envie de faire un blog avec les photos de mes voyages. Un grand merçi pour votre emission. Dans l”attente de votre réponse. Ciao reggazi ! Alain

  3. ericvalmir dit :

    @ Hubert, merci pour ce gentil message, les amoureux de l’Italie finissent par former une communauté. :-)

    @ Alain, je vous réponds en privé dans les plus brefs délais pour l’info technique demandée

  4. sophie dit :

    J’ai beaucoup beaucoup aimé cette émission sur les Pouilles parce qu’elle reflète toutes les richesses et les contradictions de l’Italie. Évidemment, il y a la question de l’immigration, qui prend toute sa dimension. Mais surtout j’ai trouvé toute la réflexion sur la question de l’identité régionale, si forte en Italie, passionnante. Et si elle se cristallise sur une ligne de faille nord-sud, elle est en fait terriblement complexe… On se demande finalement si elle ne débouche pas sur une invalidation de la notion même d’identité. Qu’est-ce que ça veut dire, être italien aujourd’hui?

  5. sophie dit :

    En d’autres termes (et parce que je ne voudrais pas être mal comprise), existe-t-il une ou des identités italiennes? Et dans quelle mesure ces identités régionales sont-elles fondées sur des mythes ou des réalités, d’une part, et nuisent-elles à la cohésion - fragile - de la nation, d’autre part?

  6. Hubert dit :

    Cher Eric,
    Merci d’avoir lu mon message.
    J’ai oublié, mais j’y pense maintenant, de vous passer une information qui me gêne moi et ma famille: Il est en effet question que le consulat d’Italie de Lille ferme prochainement! Avec lui, disparaitraient, la bibliotheque, le DVDteque, l’hebergement des cours d’italien, et toutes les manifestations culturelles que le consulat organisait!
    Maria et Chiara, nos 2 professeurs d’italiens, continueront sans doute de dispenser leurs cours, mais il y manquera tout l’environnement qui facilitait bien les choses.
    Voilà, je sais que vous n’y pouvez pas grand chose, mais j’ai pensé que c’était interessant que vous le sachiez
    Alla prosssima settimana
    Hubert

  7. Paolo dit :

    Toujours bien ce film où l’auditeur, par le son, a le choix des images.
    Je voudrais aussi faire un petit clin d’oeil à l’anthropologue, dont j’ai oublié le nom (à reécouter) et dont ses propos sur l’identité, les racines et les sources me semblent bien appropriés, surtout en cette époque où ces recherches, légitimes, peuvent etre aussi exploitées pour ériger de nouveaux murs.

  8. flavia dit :

    C’est un plaisir écouter cette émission sur l’Italie.
    Le plus jolie? Que on entend claire et net la langue italienne(et Eric Valmir que nous parle avec un délicieux accent français!!!)
    C’est vraiment comme si on auriez les sous titrages en français, ce que on entend le plus est la langue italienne.
    Merci pour avoir interviouve la fille albanaise : dommage que cette interview ne sois pas écouté par tous les italiens.

    En ce qui concerne la description du Nord de la parte de la fille e du jeun homme : j’aurais volontier lui demandé si a vécu quelques années au Nord pour être si fier de ne pas y être allé. Quelque mois ne suffit pas.

    Pour moi est faux se qu’il dise avec autant de semblant honnête.

    Lui et sa famille est resté au sud simplement parce que il y a tiré ses privilèges : travail, nourriture, maison, tout est une avantage au sud, qu’on gagne avec “le conoscenze giuste”,comme vous avez justement argué, et la base est un manque de fois dans les institutions et un repli sur “la famille”: est la famille et ses connaissances qui vous donnent travail,l’argent pour acheter une maison, les services autrement quasiment inexistants.
    Est dans cet esprit que il faut écouter la “plaidoirie” du jeun homme : il n’y a pas de fierté à dire qu’il veut rester au sud. En effet il discrimine le nord.
    Et est dans le même esprit que on peut comprendre comment on est arrivé à faire semblant de ne pas savoir qu’il y a des esclaves pour les cueillettes dans les champs.
    La famille avant tout : même avant le droits de l’homme.
    Et est dans cet esprit que on peut comprendre que l’évolution du sud est beaucoup plus lente que au nord.
    Est le sens exaspéré de la famille et de l’identité que continuera à s’opposer au progrès, à la civilisation : merci de l’avoir si bien raconté, avec des personnes simples mais réelles.
    C’est ça l’Italie.
    Parole d’italienne.

  9. Francesco dit :

    bonjour,

    avez-vous jamais fait une emission de Verone, ma ville? si vous avez le temps je vous le conseille, elle a une histoire magnifique, et elle est très jolie! (en plus, on a un maire de ville qui fait beaucoup disuter…)

    Merci

    Francesco

  10. Nicolas dit :

    Bonjour,

    j”ai raté votre émission de samedi dernier, et elle ne semble pas encore disponible sur le podcast (flux rss qui pointe sur celle du 18). Si vous pouviez faire quelque chose pour moi… Sinon merci pour cette série d”émissions très intéressantes.

    Cordialement,

    Nicolas

  11. François dit :

    Bonjour et merci pour ces magnifiques balades. Une question toutefois : le podcast sur Roma n”est pas mis à jour ? Absent trois semaines, quelles possibilités ai-je pour écouter ces emissions d”Eric Valmir à mon retour ?
    Bonne journée et au plaisir de vous entendre sur les ondes.

  12. Manuela dit :

    Bonjour M. Valmir,

    je souhaite vous feliciter pour la jolie émission “Ciao ragazzi” que j”écoute avec plaisir sur france inter. Je trouve qu”à chaque fois vous dressez des portraits des endroits que vous visitez (villes où petits villages) avec sensibilité, humour et verité.

    manuela une italienne-romanista à Paris

  13. Anne dit :

    Bonsoir Eric,

    Juste pour vous dire : vos diaporamas sonores sont un vrai bonheur !…
    Surtout après s’être fabriqué ses images dans sa tête en écoutant vos émissions
    (Ô joies de la radio !… Irremplaçable.).
    Un grand merci pour vos émissions cette été !

    Anne T.

  14. Françoise dit :

    Tous mes compliments, Eric Valmir, pour vos reportages passionnants et votre documentation si précise et précieuse!

    Passionnée par l”Italie, les Italiens,leur langue - que j”apprends avec zèle depuis 4 ans - et leur culture, je dispose depuis peu d”un ordinateur et peux donc réécouter vos émissions.C”est un bonheur d”avoir aussi découvert grâce à vous le site “Altritaliani” avec des articles d”une telle richesse et d”une telle sensibilité.

    Grand merci pour tout!

  15. Arnaud dit :

    Bonsoir,

    Je suis en médecine et je pars un an en Erasmus a Padova pour étudier et également pour découvrir ce merveilleux pays italien. Je viens de découvrir votre émission que je trouve vraiment très intéressante, je voudrais télécharger l”ensemble de vos émissions mais je n”arrives pas. Pouvez m”indiquer la démarche a suivre je vous en serais reconnaissant.

    Ciao tutti

  16. gaelle dit :

    Grazie Eric e tutti di France Inter …
    La tête en Italie c”est formidable … en attendant le prochain viaggio ça aide à tenir.
    Gaëlle

  17. ericvalmir dit :

    Déjà à tous un grand merci pour vos encouragements et vos délicates marques d’attention…

    Pour répondre d’un point de vue technique, notamment à François, le podcast n’est disponible que dans les 7 jours qui suivent la programmation d’une émission… Cela sous entend que si vous n’avez pas l’opportunité d’effectuer la manip une fois par semaine, c’est raté…Si vous vous absentez 3 semaines, à votre retour, ne sera podcastable que la dernière émission diffusée…

    Bonnes vacances en tout cas,

    Eric

  18. francesca dit :

    Le sud manque de beaucoup de touristes et d’étrangers, il n’y en pas assez y compris dans le salento par rapport au potentiel du sud.

    également la même litanie sur l’absence des services publics, alors qu’il y a plus de fonctionnaires au sud qu’au nord, il y a des millions de jobs dans le sud de l’italie mais c’est dans l’agriculture, le tourisme, à l’usine, dans le service à la personne mais beaucoup préfèrent les laisser aux étrangers car c’est trop difficile et pas assez bien payé (mais en comparaison avec le coût de la vie).
    il y a aussi les lois et les statuts laissés par les syndicats qui empêchent la souplesse du travail et qui favorise le travail au noir pour les plus jeunes.
    j’ai jamais aimé la victimisation ou les leguistes du nord ou du sud.

  19. Rachel dit :

    J’ai visité cette région il y’ a plus de 10 ans. Santa Maria di Leuca est magnifique . Toutefois, les problèmes d’immigrations se posaient déjà à Otrante…
    Les problèmes du sud, c’est un peu ceux qui sont inhérents aux périphéries: on les oublie …
    Allez donc faire un tour en Basilicate. A chaque fois que je dis que ma famille en est originaire, on me demande ou c’est ! Pourtant cette terre recèle de nombreux trésors, comme dans le Salento …

  20. Gabrielle dit :

    Bonjour Eric,

    merci pour l’émission sur le Salento, que je viens juste de découvrir. Je connais Lecce pour des raisons personnelles et la famille comme l’orgueil de l’identité salentine et les douceurs du paysage, de la cuisine, sont parfois un peu une prison dorée pour de nombreux jeunes.

    (Vous mentionnez “La luna dei Borboni” sur le site de France-Inter: avez-vous visité la maison-bibliothèque de Bodoni à Lucugnano ?)

  21. gabrielle dit :

    Bodini, et non Bodoni: scusatemi…

  22. ericvalmir dit :

    Merci Gabrielle pour ce gentil commentaire…

    Et : Non. Désolé, je ne connais pas cette maison biblio. Mais parlez en, en toute liberté, si vous le souhaitez.

    Belle fin d’été.

  23. julien dit :

    Bonjour,
    Merci de ces présentations très riches sur le blog, je n’ai pas encore écouté les émissions radios. Une question: est-ce vrai qu’en ce moment on assiste à la disparition rapide des très vieilles oliveraies du Salento? J’ai entendu que des sociétés de production d’énergie solaire privées, les rachètent pour quelques vieilles lires, les rases et plantent des champs de panneaux solaires… Belle perspective. En tout cas si c’est juste, on s’en sort pas… énergie propre mais destruction d’une richesse naturelle extraordinaire.
    Merci
    Julien

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