Il Corriere Aquilano. Giorno 1/5. Lunedi.
Ce qui est étonnant dans le visage de Stefano, c’est la lumière radieuse qui l’anime. Cet éclat souriant tranche avec les propos qu’il tient, proches du désespoir. Le sourire n’est pas un trompe l’oeil, c’est une dignité, et même quand des larmes jaillissent parfois dans ses yeux, la bouche refuse de céder du terrain;  les lèvres gardent leurs commissures tournées vers le haut. Ne pas craquer pour rester debout et continuer de porter haut la belle quarantaine qu’il affiche.
C’est la même histoire que celle du voisin. Sa maison écroulée. Tout comme son studio d’affaires dans le centre historique de L’Aquila. Et depuis trois mois une attente interminable décuplée par l’absence totale d’informations. “On a assisté à des campagnes de dons, des banques internationales ont ouvert des comptes. Et puis plus rien. Aucune nouvelles sur les montants récoltés et leurs utilisations. Guido Bertolaso le patron de la protection civile affirme que ses services dépensent 3 millions d’euros par jour à L’Aquila. Mais comment est il dépensé cet argent ?”
Sans compter que la journée sous les tentes, il n’y a rien à faire. Alors comme toujours quand il y a une pénurie d’informations, les rumeurs se propagent vite. “Il parait que la société qui gère les wc chimiques facture 140 euros à l’unité l’entretien quotidien. T’imagines, avec des milliers de cabines dans les campements et dans la ville, c’est une honte et encore des magouilles. “Â
Alors, pour en avoir le coeur net, environ 1500 sinistrés sont allés à Rome le 15 juin dernier  pour s’asseoir devant le Palais Chigi et demander à Berlusconi ce qu’il avait fait de ses promesses et réclamer des comptes. Â
Mais à part un article dans Le Messagero et un reportage sur Sky, cette manifestation n’a reçu aucun éclairage médiatique. Même pas évoquéé par les journaux télés de la Rai. “On n’aurait pas du prendre en grippe le Président du Conseil et hurler qu’on voulait une transparence financière. Cette forme nous a desservi. En retour, les quelques photos prises de notre manifestation, ce sont les deux drapeaux de “Sinistra e liberta”, extrême gauche, ils n’étaient qu’une vingtaine quand on était 1500. En revanche personne n’a pris un cliché de Maurizio qui exhibait sa carte de militant berlusconien, sa carte qu’il avait déchirée. “
Le dénommé Maurizio pleure ”Je me suis battu pour Chiodi (candidat de Berlusconi pour les élections régionales dans les Abruzzes cet hiver), tout ça pour me faire écraser comme un moins que rien par les miens“.
 Ces damnés qui ont perdu leurs maisons, qui vivent sous des tentes à 12 et 18 sans aucune intimité espèrent une reconstruction urbanistique solide et redoutent une lente destruction de leur état psychique rongé par une précarité persistante.
Alors, ils créent des comités de citoyens apolitiques dont la fonction serait de solliciter des entrevues avec les institutions. Mais aucune réponse.
Quelque chose d’irréel, le 27 juin dernier, 2 000 personnes ont manifesté dans les rues de L’Aquila. Pacifiquement. Toujours le même motif. “Dites nous ce que vous faites, quels sont vos projets”… Quelque chose d’irréel disais je parce qu’il n’y avait aucun journaliste, le bruit avait couru dans les rédactions que c’était un cortège d’altermondialistes. Conséquence, les sinistrés défilent dans leur ville abandonnée, entre eux, sans aucune caméra pour amplifier leur message, sans personne pour les regarder, excepté le cordon de carabinier qui les attend au bout de la rue.
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Marco, ancien chef de la protection civile à l’Aquila aujourd’hui à la retraite ne comprend pas. “Nous, on est des montagnards, on connait l’importance des chemins à suivre, les voies qui sont dangereuses et celles qui le sont moins. Ce qui m’étonne, c’est de ne voir aucun chemin tracé, que tout se fasse sous le sceau du secret et qu’on soit ainsi mis à l’écart de tout centre décisionnel et opérationnel. Quel est notre carnet de route ?”
Un coup d’oeil vers sa petite fille de cinq ans “Plus tard, quand elle me demandera ce que j’ai fait pour la reconstrution de notre ville, je ne veux pas baisser les yeux. Il faut qu’on se retrousse les manches”.
Un autre argument qui revient souvent, appuyé par Stefano : “combien sommes nous à vouloir donner nos bras bénévolement ? Il ne s’agit pas d’aller sur les chantiers de professionnels mais de nettoyage, de classements. Rien qu’au tribunal et à l’Université, des milliers de dossiers ou d’archives sont dans la poussière. Et en s’occupant, en participant, on reprend peut être un peu espoir. Non seulement on nous demande rien, mais on laisse tout pourrir”
Luca, un jeune entrepreneur secoue la tête, les mots peinent à s’aligner les uns derrières les autres :  ”On nous confisque les clés de notre ville… Berlusconi nous a déjà menti…. Il avait dit que les entreprises locales seraient associées au chantier de la reconstruction… Il n’ ya pas eu d’appel d’offres et on voit rappliquer des engins de chantier venus du nord… Il nous a berné… On nous maintient enfermés sous nos tentes en répetant toutes les semaines “en septembre vous serez relogés”…Mais dans quelles structures ?.. Dans les préfabriqués où ils vont nous entasser et on devra dire merci ?
Et puis les écoles, elles sont loin d’être  reconstruites les écoles surenchérit Stefano… Et si les enfants doivent être scolarisés ailleurs, c’est toute une famille qui est contrainte au déménagement… L’inquiétude grandit…
Et le G8 ? : “On ne verra pas un seul journaliste. Tous dans leurs bus climatisé, en plus on les fait dormir à Chieti… Nous, on sera parqué dans notre coin pour raisons de sécurité et Berlusconi parlera en notre nom. Bien sur que l’opinion mondiale sera sensibilisée mais l’argent qui arrivera, en verrons nous la couleur ? Ou notre misère servira-t-elle d’autres intérêts ? “
Au même moment, passe devant les campements un convoi de poids lourds avec pour chargement des berlines neuves et grises, vitres fumées… Silence rompu par la voix de Mario :”Evidemment, vous ne croyez pas que Sarkozy et Obama vont trimballer leurs poules dans les jeeps de la protection civile ???!!! ” suit un éclat de rire général forcé, une femme au sourire triste pose sa main sur l’épaule de Gino “Sois gentil, ne sois pas vulgaire”…
Gino se raidit, fixe son regard sur le nuage de poussière provoqué par le convoi disparu à l’horizon…  et tire sur sa lèvre supérieure : “J’sais pas qui c’est les plus vulgaires !”















7 juillet 2009 Ã
Pari perdu Eric, le G8 aura bien lieu à l’Aquila!
Honnêtement je pensais qu’il serait maintenu en Sardaigne comme prévu initialement. Mais les scandales à répétition autour des fêtes données par le Cavaliere dans sa villa située justement sur la même île ont peut être rendu l’endroit politiquement gênant ?!
9 juillet 2009 Ã
C’est poignant ! Je suis éberluée devant cette situation de cauchemar que vivent ces habitants !
Les chefs d’Etat ont perdu tout sens du respect pour se comporter comme ils le font !
Que Berlusconi n’ait pas la moindre éducation, c’est une chose acquise ; que les autres se prêtent à cette mascarade, cela en dit long sur ce que l’on nous prépare de vilain, à nous les peuples…