De la jetée de Stromboli, une bouteille lancée à la mer
J’allais écrire : “Une vielle dame s’avance sur la jetée”, et je me suis souvenu de l’éclat de ses yeux, ses prunelles vives, son corps vif malgré l’épreuve du temps… Pourquoi “vielle dame” d’abord ? Parce que cette expression souligne encore plus avec force les actions qu’elle mène à Stromboli ? Se voit-elle comme une vieille dame, elle ? Depuis 40 ans qu’elle est sur l’île, elle s’est toujours battue pour améliorer le quotidien de tous. C’est le combat d’une femme, et la “vieille dame” n’est qu’une enveloppe dans laquelle vivent avec intensité les convictions d’une femme…
Donc cette femme aux cheveux blancs s’avance sur la jetée, une bouteille à la main, avec un message à l’intérieur que des yeux liront peut être, là bas au délà de l’horizon… Et si ce message… c’était le mail qu’elle m’a écrit après mon départ de Stromboli ?
“Cher Eric, j’espère que vos interviews se sont bien passés, moi je n’aurais pas su quoi vous répondre. Je trouve que le témoignage des autres est plus intéressant, mon histoire est trop personnelle, je n’avais pas choisi de vivre ici, mais j’ai trouvé sur l’île des éléments qui ont donné un nouveau sens à ma vie. Et ça je ne pouvais pas le dire. Il y a 40 ans, j’ai trouvé un “coin” très pauvre, des ”strombolani” dans la misère qui n’avaient pas d’électricité, des enfants sans écoles, des gens sans médecins, analphabètes, hospitaliers, gentils et soumis à un pouvoir arrogant. Et eux fatalistes “C’est comme ça, qu’est ce qu’on peut y faire ?”…/…
…/…Alors j’ai retroussé mes manches, je me suis battu pour la création de l’école maternelle et primaire, l’ouverture d’une pharmacie, l’instauration d’un centre de premier secours. J’ai montré la voie, et tous m’ont suivi, et on a obtenu ce qu’on voulait. Aujourd’hui le combat porte sur la gestion des déchets, pas de container, déchets à l’air libre. Le tri sélectif est une notion très lointaine dans ces conditions…/…
…/… Mais nous sommes seuls et le pouvoir municipal qui est sur l’île de Lipari ne fait rien pour nous, au contraire, ils vont nous supprimer des bateaux, notamment celui de Naples. Et nous voilà encore plus isolés…/…
…/…Et pourtant, nous sommes classés à l’Unesco “Patrimoine de l’Humanité”…/…
…/… On est aux portes du découragement. Mais je me demande si vous ne pouvez pas nous aider Eric. Il y a quelques années, un maire plus éclairé avait eu l’idée de créer un Parc des Volcans. Mais battu aux élections municipales, le projet est resté dans les cartons…/…
…/…Et là j’ai entendu parler d’un label qui marchait fort en France. “Le Parc des Volcans d’Auvergne.” M’est venue l’idée d’un partenariat, un jumelage entre les parc des volcans éteints et le parc des volcans en activité. Avec des échanges, de rencontres, des “séminaires”, des projets étudiants…/…
…/… rien ne se fait sans connaissance. Si je n’avais pas sollicité un ami qui connaissait la femme du neveu d’un ancien Président de la République, je ne suis pas certaine que Stromboli aurait une pharmacie aujourd’hui…/…
…/… Alors je me demandais Cher Eric, si vous pouviez faire passer le message. Cette idée de partenariat et d’échange avec votre pays…/…”
Le message est plié avec soin. Le bras prend un peu d’élan pour assurer le lancer. Le plus loin possible. Le verre ne doit pas se fracasser contre le quai, et la bouteille doit voguer vers le large.
Sur le port, il y a d’autres voix qui critiquent la gestion communale… Deux hommes discutent entre eux…
“A la dernière éruption en 2003, ils nous ont tous évacués à Lipari. Logés dans les hôtels avec le fric de la Protection Civile. Ah oui… Au fait… Vous ne le savez peut être pas ? Le patron des hotels, c’est le maire. C’est aussi l’actionnaire principal d’une compagnie maritime privée qui assure des liaisons entre les îles, et si le bateau de Naples est supprimé, il aura quasiment le monopole. Le conflit d’intérets, ce n’est pas seulement Berlusconi”.
Un guide excursionniste répond : “En plus la dernière trouvaille, ce sont des tours opérateurs qui arrivent avec un bateau le matin, ils montent sur le volcan, pique niquent dans la descente et reprennent la mer aussitôt. L’exploitation d’un tourisme à nos dépens, en courant. La seule chose qu’ils laissent, c’est leur papier gras”.
“Mais malgré toutes les contraintes commente Davide Liuny, un musicologue installé à Stromboli et assis ce jour là sur la plage de sable noir, on ne parvient pas à quitter l’île. Tout le monde croit que nous vivons dans le passé parce qu’on est confronté à des urgences comme l’eau et l’électricité. Mais ces urgences appartiennent au futut. Le problème de l’eau et l’electricité n’est il pas celui qui attend les grandes métropoles dans les 30 prochaines années ? “

















4 juillet 2009 à
Je suis allée dans les Îles Eoliennes en 1996, je résidais sur l’île de Salina. Un soir, je traînais sur la terrasse de la maison que nous avions louée et soudain j’ai vu une gerbe de feu dans le noir, j’ai mis longtemps à comprendre que c’était le Stromboli. Du coup tous les soirs je scrutais l’horizon pour voir ce feu d’artifice “naturel. Mais le moment le plus important de ces vacances fut bien sûr l’ascension du volcan ; pendant que nous grimpions dans un décor impressionnant (anciennes coulées de lave contrastant avec la mer bleu turquoise) nous entendions des explosions à vous donner la chair de poule et enfin ce fut la vue des cractères, j’ai dû rester 2heures assise sur un rocher totalement abasourdie par ce spectale, j’étais comme hypnotisée.
Donc en ecoutant cette émission ce soir, j’ai eu un p’tit pincement au coeur pour Stomboli !!!
5 juillet 2009 à
Belle restitution de l atmosphere de Stromboli, autant dans votre article que votre emission. Je m y rends regulierement et j ai retrouve l atmosphere de l ile. C etait une sensation tres agreable.
J ai decouvert votre blog depuis plusieurs mois. Bien sur, je n aime pas tout, il y a beaucoup de matiere mais votre travail me semble tres honnete, et cela me plait beaucoup.
En revanche, je n ai pas tres apprecie l emission de Naples. Autant Stromboli m a donne beaucoup de joie, autant Naples m a laisse de l amer.
Bien sur que la Camorra et la crise des poubelles existent VRAIMENT mais je trouve que la part qui leur etait accorde etait trop grande. Et ca me surprend beaucoup parce que je sais que vous connaissez TRES BIEN Naples.
Voyez vous le monde est petit, et nous avons connaissances communes. Je sais par Emilio (grande Emilio) que vous avez familles et amis a Naples et que vous y venez regulierement depuis 15 ans, donc vous connaissez parfaitement l humeur joyeuse et la psychologie de la ville, pourquoi ne pas avoir pris ce contrepied ? il arrive parfois mais c est tres leger.
Voila cher Eric, on est un peu a cran quand on parle des pays qu on aime, c est la passion qui parle. Et j espere qu on se verra un jour a votre prochaine visite napolitaine.
Vit.
5 juillet 2009 à
Merci pour Ciao Ragazzi. Pour ces rencontres, ces sourires, son depaysement. Merci
5 juillet 2009 à
Laisser que les mots et les sons attisent la fantaisie, excitent l’imagination…et sans aucun besoin d’images faire que mes jambes foulent le sol noir de Stromboli…puis à la fin le “réveil”: fin de l’émission, et s’apercevoir que ces 50mn ont défilées sans que je m’en rendes compte…Bravo !
5 juillet 2009 à
Vit,
Merci de votre message. Je ne pense connaitre TRES BIEN Naples, qui peut d’ailleurs TRES BIEN la connaitre, mais vrai (bravo pour vos sources), je connais pas mal de napolitains, et le parti pris de l’émission, je l’assume parfaitement… Une humeur joyeuse ? Oui, il y a de la joie, du chant, un tissu culturel dense, une fierté et un orgueil parce qu’il faut vivre et si on se laisse aller, c’est la fin de tout….
La Camorra n’est pas un gang de caids, c’est un système clienteliste qui pollue les circuits financiers européens, et comprime l’ascenceur social de toute une région. Il n’y a pas de salaires, pas de contrats de travail, la crise des déchets est une magouille entre milieux politiques et économistes. Et la première victime est Naples et surtout les napolitains qui à force de subir essaient de vivre heureux comme ils peuvent dans ce joyau de l’histoire et de l’histoire de l’art.
Ce qui me révulse, c’est tant d’amis napolitains qui ont été contraints de quitter leur ville parce qu’ils ne pouvaient pas y vivre. pas de boulot, pas de contrat, pas de perspective, comment tu fondes une famille ? . Et ces exilés espèrent faire du fric en France ou ailleurs car leur reve le plus cher est de REVENIR. Parce que pour eux rien n’est plus bon que de vivre à Naples….
Alors oui cette situation me dégoute, parce qu’elle repose sur un système biaisé qui salit une ville et ses habitants. Et le taire n’arrange rien. En parler, non plus, ce n’est pas une petite émission française qui va changer quoi que ce soit, mais c’est une réalité qu’il ne faut pas occulter… Alors au final c’est une mauvaise pub pour Naples. Sans doute… Surement même encore que je ne crois pas l’auditeur aussi stupide et qu’il est capable de faire la distinction entre les choses… Quoiqu’il en soit, il y avait un choix à faire… C’est le mien, je comprends que vous puissiez ne pas être d’accord et c’est avec plaisir qu’on en discutera derrière un verre à ma prochaine venue à Naples
6 juillet 2009 à
Très belle émission, dense et fraîche à la fois..
Question musicale: je cherche les références du tapis sonore électro vers 18-20 minutes.
Je pars à Naples le 7 aout. Merci pour l’émission.
6 juillet 2009 à
Un grand moment de radio que cette émission à Stromboli. Grace à vous, j’étais sur les pentes du volcan. J’étais en train de travailler, et j’ai cessé de le faire, tellement j’étais captivée par l’ambiance qui se dégageait de cette “promenade sonore”. Cette émission existera t-elle en cd ?
Cordialement
MAT
7 juillet 2009 à
Votre émission sur Stromboli est un BIJOU RADIOPHONIQUE. A ecouter, ré-écouter et ré-écouter encore… Vraiment on a l’impression de se promener avec vous et avec tous ces gens plus sympas les uns que les autres…
Bravo Eric à vous et toute votre équipe car on sent dans cette émission un boulot de dingue.