Comprendre l’Italie à travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


“Sale gay”, insulte suprême en Italie

social, société

Résultat d’une étude d’opinions qu’il faut considérer avec prudence. Une enquête commandée et publiée par Focus (magazine qu’on peut rapprocher de son cousin français “ça m’intéresse“) révèle que l’insulte la plus offensante pour les italiens est de se faire traiter de gay, au même titre que mafioso, terroriste, handicapé.

Le hit parade exacte. Insulte la plus blessante. 1 : gay. 2 : mafioso.  3 : handicapé. 4 : nazis. 5 : terroristes.

Au passage, notons aussi le difficile rapport à la maladie et l’exclusion. “Handicapé” représente une honte, ce qui en dit long sur sur les problèmes d’intégration en tous genre.

Sur le net italien, des bloggers confirment qu’ “être gay” est une maladie mentale. Et l’amalgame avec la pédophilie est récurrente. Evidemment, les associations homosexuelles ont été invités à réagir.

Imma Battaglia, president de Gay Project “aucune surprise, c’est le symptôme du danger homophobe. Si en Italie, gay était synonime de normalité civile et politique, nous ne serions pas marginalisés de la sorte”

Franco Grillini “Gaynews.it” : C’est une réalité que nous vivons au quotidien. Gay, voire des termes plus péjoratifs pour désigner les gays sont des insultes qui fusent avec violence“.

Campo di Fiori, cette semaine, au coeur du centre historique de Rome, un couple “gay” américain a été “massacré’” par une bande de six garçons (à peine 20 ans selon les victimes) vers 2 heures du matin. Sortant d’un pub,  les deux homosexuels rentraient à leur hotel main dans la main, ce qui a choqué le groupe qui les a insulté avant de les frapper et de s’enfuir, laissant sur place les corps sans connaissance dans une flaque de sang. La vie des deux agressés n’est pas en danger…

Des meurtres ont déjà eu lieu, à l’époque de Pasolini.

Giorgio et Antonio, à peine 30 ans, vivent ensemble. Dans leur immeuble ils sont tolérés, mais dès qu’ils se prennent la main dans la rue, les commentaires désobligeants sont chuchotés dans leur dos, mais  assez fort pour qu’ils les entendent. Ils vont quitter leur pays. Direction l’Allemagne.

Mario et Gino, la cinquantaine disent le contraire, ça ne va pas si mal aujourd’hui, on est accepté.

Pendant le débat du Dico (équivalent du Pacs) jamais voté, 7 italiens sur 10 se déclaraient favorables à la reconnaissance civile des homosexuels. Mais le poids du Vatican fut tel que (alla fine) les catholiques de gauche et de droite ont désapprouvé l’idée et rejetté le texte.

Depuis que la mairie de Rome est entre les mains de Gianni Alemanno (Centre droit, ex-MSI), les franges les plus radicales se sentent autorisés à manifester ouvertement des positions homophobles. Insultes, agressions, et vandalisme des locaux d’associations.

La Gay Pride de Rome peine encore à s’organiser. Aujourd’hui, samedi 13 juin, des chars partiront de la Piazza Repubblica jusqu’à Navona, via Piazza Venezia. Mais la mairie s’était opposée au défilé dans les rues du centre. Ensuite, le Conseil Municipal voulait réduire le parcours à 400 mètres. Finalement,  la Région et la Provincia ont incité Alemanno à plus de souplesse, et la Gay Pride défilera. “exhibitionnistes vulgaires”, fulmine le camp Alemanno.

Alemanno parodié par les comiques Fiorello et Baldini l’an dernier sur le même thème. Les paroles : un gay épris de Gianni, il sent tant d’amour déborder pour le maire, son style si mec, si sexy et dans refrain, cette complainte ”Alemanno, dis moi pourquoi on ne pourrait pas défiler toi et moi ?

 ev.rf

La mairie d’Alemanno et la politique du gouvernement ne font pas rire les homosexuels qui protestent ouvertement. Avec le char “Papigay”, o “Noemigay” est délivré un message : “ce qui est vulgaire, c’ est l’attitude des hommes politiques, mais pas les homosexuels et les lesbiennes qui défilent pour défendre leurs droits” hurlent les militants du Circolo Mieli... Derrière quelques chars très colorés, défileront 200 000 personnes, visages fermés. Ce n’est pas une fête, c’est une manifestation sociale et politique… que les journaux, même de gauche, évoquent à peine.

6 commentaires pour ““Sale gay”, insulte suprême en Italie”

  1. Vincent dit :

    Vu de ma fenêtre d’étudiant turinois j’ai envie de dire que l’homophobie n’est pas aussi prononcée que le laisse entendre ce sondage sur les insultes les plus blessantes. Mais elle demeure latente.

    Il n’est donc pas rare de croiser des homosexuel(le)s qui s’affichent en ville, la “gay pride” turinoise a été festive, elle a duré une après midi entière et beaucoup de gens ont eut le droit de défiler à cette occasion (pour le coup c’était vraiment vu de ma fenêtre).
    Jamais dans mon entourage les jeunes ne se traitent de “gay” …
    Bref on est plus près de l’assentiment majoritaire pour i DICO (cf l’avis de Mario et Gino) que du rejet à la Alemanno.

    Tuttavia, je parlais de quelque chose de latent. L’homosexualité (peut être au nom de certaines valeurs catholiques/teocon/ de droite ?) reste un facteur disqualifiant. Il existe une série de geste pour désigner les “homo”, comme se frotter le lobe de l’oreille. C’est probablement cette manière de suggérer plutôt que de dire qui est blessante ?

    Alemanno et la Destra dure jouent sur le ressort bien connu de l’exclusion. Il vaut pour les immigrés mais aussi pour les “gays”: il y a “nous” et il y a “eux”!

    Enfin je remarque que fasciste n’est pas une insulte, preuve peut être que le discours de A. Mussolini est plus admis qu’on ne le pense “Meglio fascista che frocio” (que je ne traduit pas :-S)!

    Espérons qu’un jour l’Italie suive la route de la très catholique Espagne sur le chemin de la tolérance.

  2. pin dit :

    Le Vatican, ou l’involution de la société italienne

    Il y a un insulte en Italie qui n’en est plus un : P2iste. Licio Gelli a été invité à Ostia où on lui a remit une prime pour son Å“uvre littéraire “Dizionario poetico” (dictionnaire poétique…)
    Prime financée par des fonds privée ET publiques.

    Il y a eu des protestations, bien sur, pour ce que ça puisse faire, en vrai pas grand chose pour la démocratie, nous sommes déjà en plein révisionnisme historique. Quelqu’un qui devrait être en prison s’exprime ainsi au sujet de Berlusconi : “Il devrait me verser des droits d’auteurs” - dit-il en parlant de sa politique, que personne ne l’ignore est l’application fidèle du programme du grand-chef de la loge Licio Gelli, que notre président connaissait fort bien pour en avoir fait partie également.

    Petit rappel : Licio Gelli (né en Toscane, le 21 avril 1919), était le Grand Maître maçonnique de la loge P2.

    Il a été soupçonné d’être impliqué dans de nombreux scandales italiens des années 1970, 1980 et 1990 (Tangentopoli, qui a menées à l’opération d’anti-corruption de Mani pulite ; Gladio, les réseaux anticommunistes stay-behind de l’Otan ; le scandale de Banco Ambrosiano, dont la Banque du Vatican était le principal actionnaire, et qui mena à l’assassinat du « banquier de Dieu » Roberto Calvi ; le meurtre du premier ministre italien Aldo Moro en 1978) ; l’attentat de la piazza Fontana (1969) et l’attentat de la gare de Bologne (1980), une tentative de sécession de la Sicile par la mafia avec l’aide de la Libye. Gelli était également un membre des chevaliers de Malte.
    Il vit maintenant en résidence surveillée dans sa villa en Toscane.

    Banco Ambrosiano : Banco Ambrosiano est une banque italienne qui a fait l’objet d’une des plus retentissantes faillites de l’après-guerre en 1982, suscitant ainsi l’un des plus gros scandales impliquant la mafia et la banque du Vatican, son premier actionnaire, qui ouvrira la voie à l’opération mani pulite dans les années 1990. Roberto Calvi, membre de la loge maçonnique Propaganda Due (P2) et directeur de la Banque Ambrosiano, a été retrouvé pendu sous un pont à Londres le 17 juin 1982. En 2006, le procès concernant l’affaire Calvi continuait, impliquant notamment Licio Gelli, le grand-maître de P2.

    La mort du pape Jean Paul Ier en 1978 a parfois été liée au scandale Ambrosiano, donnant ainsi le scénario d’une partie du Parrain III. La banque Ambrosiano a en effet été accusée de transférer secrètement des fonds au syndicat polonais Solidarnosc et aux Contras du Nicaragua, soutenus par Washington contre le régime sandiniste.

    Il ne s’agit pas de mes archives secrètes, mais ce sont les informations grand publique diffusés par Wikipedia…

    “Oggi Gelli domani Hitler e i suoi acquerelli ” - dans une des banderole des contestataires “Aujourd’hui Gelli demain Hitler et ses aquarelles”

    Licio Gelli condamné pour dépistage de l’enquête sur l’attentat à la gare de Bologne, banqueroute frauduleuse, et pour la faillite du Banco Ambrosiano.

    ici l’article de sa célébration comme écrivain, poète même…
    http://iltempo.ilsole24ore.com/roma/2009/05/30/1030222-premio_citta_ostia_gelli_bufera.shtml

    Le Vatican est trop occupé à faire de l’obstructionnisme en matière de liberté dans les pratiques amoureuses et contre la contraception pour s’occuper de plus vastes injustices sociales. Injustices que souvent elle alimente. La gauche, même récemment Fausto Bertinotti (Rifondazione comunista) a déclaré :”la religion fait partie de notre culture, elle est incontournable” -
    Sérieux? Elle ne faisait pas plutôt partie de notre sous-culture, ce n’était pas plutôt l’opium des peuples?

    En Italie elle représente bien le frein à une évolution progressiste et anti-raciste de la société, c’est du moins ce que j’en pense et la raison pour laquelle j’ai arrêté de voter.

  3. collet chantal dit :

    Il n’y aurait que l’idéologie communiste qui soit “propre et juste “. Vraiment ?

    Il est tout à fait dommage que l’excès de vos propos enlève leur force. Car vous parlez avec enthousiasme d’un monde plus fraternel : c’est une espérance que je partage.

    Le Vatican est une institution avec la complexité de n’importe quelle gestion humaine. Dans un ” au-delà de la vie” auquel tout chrétien aspire, celui-ci aura à répondre à une seule question : “Qu’as-tu fait de ton frère ? ” Si le Vatican a tant de poids dans la société, c’est que les italiens le lui en donnent … mais en négligeant une réflexion suffisante en retour.

    Ch.

  4. pin dit :

    Il n’y aurait que l’idéologie communiste qui soit “propre et juste “. Vraiment ?

    Collet je ne suis pas communiste, mais je regrette cette confusions de propos qui brouillent les esprits et n’aident pas à comprendre.

    Les mafieux sont en premier rang à l’église, c’est un fait. La spiritualité n’a rien à voir avec le Vatican, c’est mon opinion mais si vous pensez que je me trompe donnez moi un seul exemple qui prouve le contraire. La laïcité est une valeur que même les pratiquants devraient poursuivre, parce-que voyez vous, tout le monde n’est pas catholique, il y a des musulmans aussi, ou des athées, même des anti-cléricaux, il y en a plein en Italie.

    Qu’est ce que vous pensez qu’il se serait passé si moi ou vous nous serions partis en Afrique pour diffuser notre bonne parole : “N’utilisez-pas des préservatifs, ils augmentent le risque de contamination du SIDA” - Je pense que nous aurions encouru en une dénonciation pour homicide involontaire. Il me semble que ceci n’a pas été le cas pour ce pape.

    Les agressions sur les homosexuels sont à l’ordre du jours, je suis désolée mais ce n’est pas de ma volonté si l’Italie va très mal…je peux éviter de vous en parler, c’est un peu ce qui fait ce gouvernement, mais ce n’est pas en mettant la tête sous le sable que les choses vont évoluer..

  5. sophie dit :

    Dans une société encore totalement régie par des codes masculins et virils, malheur aux femmes, aux gays et aux handicapés.

  6. Vincent dit :

    Citation de Ch. Collet: “Si le Vatican a tant de poids dans la société, c’est que les italiens le lui en donnent … mais en négligeant une réflexion suffisante en retour”.

    Le poids de l’Eglise (dans la multiplicité de ses ordres et de ses missions - Salésiens, Valdésiens …) dans la société italienne (outre le passé écrasant; de la Rome des Papes au Concordat de 1929) est aujourd’hui assuré par son rôle social. Dès 1891 l’église affirme avec Rerum Novarum (encyclique de Léon XIII) sa doctrine sociale. Aujourd’hui c’est la manière dont l’église se substitue à l’Etat en matière sociale qui assure sa popularité (écoles, orphelinats, hôpitaux). Un Welfare State dans l’Etat. Voyez également comme elle se préoccupe des immigrés.

    Bref ce qui légitime (donne voix au chapitre) la parole de l’Eglise c’est l’attention qu’elle prête aux nécessiteux (”ce que vous ferez au plus petit des miens c’est à moi que vous le ferez”).
    Le poids de l’église n’est pas quelque chose de consenti, c’est même pesant pour beaucoup d’Italiens mais on reconnait par acquis son oeuvre de “salubrité publique”.
    Et puis il ne faut pas mésestimer la prépondérance philosophique de ses valeurs et de sa doctrine (les personnes âgées vont toujours à la messe, et en politique on trouve des “athées/dévôts” - de droite et de gauche - sûrs sans être pratiquants que les valeurs chrétiennes sont structurantes et positives pour nos sociétés).

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