Benedetto, le super héro à la soutane blanche (fiction pour enfants)
Souvent le dimanche à Rome, quand Benedetto parle à la fenêtre de chez lui, il évoque le douloureux phénomène de l’immigration. Il dit qu’il faut repenser l’aide au développement, travailler les notions d’intégration et que le fait d’immigrer n’est pas une partie de plaisir pour des populations entières qui fuient la misère ou la guerre.
Quand Benedetto en parle, ça ennuie Roberto et Silvio. Mais la semaine dernière, Benedetto a du partir pour régler d’autres affaires sur les deux rives du Jourdain. Trop occupé à propager la paix, loin de chez lui, là bas au Moyen Orient,  il ne sait pas encore que Roberto et Silvio en ont profité pour changer la législation, avec l’aide d’une Chambre et d’un Sénat.
L’immigration clandestine devient un délit passible d’une amende de 5 à 10 000 euros. La période d’incarcération pour nécessité d’identification passe de 60 à 180 jours. Et tous ceux qui leur louent un appartement ou une maison, (voire une cave) peuvent écoper jusqu’à à 3 ans de prison. Une demande de séjour coutera désormais 200 euros.
Roberto a même imposé le principe des rondes. De petites milices citoyennes qui tournent pour vérifier que tout soit en ordre. Le gros Massimo au nom d’une Italie des Valeurs a dit que les rondes étaient l’antichambre de la police d’Etat et privaient les corps policiers traditionnels de moyens. Roberto a ricané.
Et puis le Grand Gianfranco s’est levé de son lit dans sa Chambre pour exprimer sa perplexité. Silvio et Robert se sont cachés debout sous une table en riant à gorge déployée.
Et puis une fois dans la rue, Roberto et Silvio sont tombés sur le grand Giorgio.
Son ombre recouvrait leurs petites silhouettes. Le grand squelettique d’une voix trainante  : “Ce que vous faites n’est rien d’autre qu’une forme du racisme“.
Roberto et Silvio ont tremblé des genoux et se sont chamaillés : “C’est pas moi, c’est lui”.Â
Puis une fois que le grand Giorgio a eu le dos tourné pour entrer dans son Palais Quirinal, Roberto et Sivio ont sauté en l’air en hurlant : “Hé le vieux tu nous fais pas peur “. Silvio a même ajouté, “Hé le vieux je vais prendre ta place”.
Et ils sont partis en courant, renversant une vieille dame au passage, l’aidant à se relever devant une caméra qui les filment : “pardon madame, c’était pour rire, on est pas comme la gauche, ils savent pas rire”.
Et une fois la caméra partie,  ils repoussent la vieille dame. En riant aux éclat.
A Verone, dans un palais qu’on appelle tribunal, Guido avec une grande cape noire dit que Roberto avait déjà introduit le phénomène des rondes dans le nord du pays en 1997 quand il revendiquait l’autonomie de sa région. C’était illégal.
“Mais aujourd’hui c’est légal” ricane Roberto. Silvio rigole et tire sur la moustache de Roberto : “C’est pas bien ça, tu vas énerver la gauche”. Et ils éclatent de rire.
Dans une église, Gianromano, un curé, pleure. “Les notions d’intégration élémentaires sont bafouées”. Roberto et Silvio se moquent de ces larmes.
Mais Gianromano dit qu’il va appeler Benedetto. Â LÃ , Silvio palit :Â ”Gianromano, calme toi, on n’a pas du se comprendre”.
Trop tard, Gianromano vient de joindre ses mains pour joindre le super héro à la soutane blanche.
Mieux que les pouvoirs surnaturels de Spiderman et Batman, le pouvoir spirituel et mystique de Benedetto. Le pouvoir de la croix sur le bulletin de vote aussi. Benedetto dans un pays lointain, là  où le soleil se lève, revient aujourd’hui. Et ça va barder.
C’est la bande annonce d’un film. Une musique rock, la voix de Stallone. Benedetto le retour. Après avoir défendu les opprimés, réconcilié des frères différents, après avoir distribué généreusement des pains de toutes natures, il revient encore plus fort que jamais.
Roberto et Silvio ne rigolent plus. Roberto songe soudainement qu’il doit partir en week end avec sa famille. Silvio pense soudainement qu’il n’a plus à proprement parler de famille au sens traditionnel.
Roberto ironise : “t’expliqueras tout ça à Benedetto !” et décroche vite son téléphone pour dire à sa femme tout l’amour qu’il lui porte.
Silvio pense que c’est pas juste parce que le paquet sécurité, c’est pas son idée. Il se demande alors si Roberto n’est pas fourbe, tout en sentant déjà dans l’atmosphère le bruit cinglant de la soutane blanche qui fend l’air pour s’abattre sur lui. Â















15 mai 2009 Ã
Magistral.
15 mai 2009 Ã
Roberto disait l’autre jour qu’il ne fallait pas parler de rondes mais de “volontaires pour la sécurité”, petit rappel historique les chemises noires aimaient à s’appeler: “milice volontaire pour la sécurité nationale”. Lapsus révélateur ou pas ?
C’est sûrement triste de constater l’imparfaite sécularisation de la société italienne mais devant ce traitement de l’immigration, l’intervention religieuse n’est elle pas salvatrice ?
Cette fiction me laisse dubitative, et fait naître de nombreuses interrogations.
16 mai 2009 Ã
Avoir recours à la forme de la fiction pour enfants n’est pas seulement une heureuse idée pour raconter les intrigues des pantins du pouvoir en Italie, c’est aussi la forme qui convient le mieux au contenus d’une réalité socio-politique qui relève de la petitesse intellectuelle, voire de la stupidité absolue, de l’insensibilité aux questions éthiques, ou tout simplement humaines. Infantilisés par la dimension de plus en plus étroite, de leur vie, où tout ce qui compte c’est d’avoir voiture, portable, fringues à la mode, faire l’apéro, partir en vacances etc, barricadés dans leurs jolies maisons, un nombre d’italiens se montre indifférent à la dérive de leur pays; ils n’y pas d’inconvénients, tant que leur bien-être de base ne sera pas touché, je crois.
Et maintenant, une fois de plus, la vocation catho-modéré de notre pays est appelée à montrer son vraie visage: si le super héros en question ne surgit pas contre l’horreur mise en place par les pantins du pouvoir, pourra-t-on encore bercer dans l’illusion que l’église milite contre l’injustice ? Les modérés catholiques italiens, voteront-ils pour des racistes qui ne piétinent pas seulement la démocratie, mais font preuve d’une immoralité et d’une violence idéologique qui feraient pâlir Boniface VIII dans l’Enfer de Dante? J’attends avec beaucoup d’espoir.
16 mai 2009 Ã
Un sifflement d’admiration devant ce bel article. Certainement le plus affuté pour répondre à cette loi. On a souvent l’impression que les protestations de la gauche et des journaux de gauche restent stériles et moi je reste attéré par la faiblesse de l’Europe. Bien que laïque, je ne vois que l’Eglise pour mener la contre attaque et la manière dont cet article en parle (avec humour et justesse) me laisse comme Vincent dans une grande reflexion.
17 mai 2009 Ã
J’avais beaucoup aimé le billet d’humeur dessiné de Gipi sur les rondes paru il y a quelques semaines dans Internazionale :
http://www.flickr.com/photos/internaz/3311235535/sizes/o/in/set-72157608450593010/
Merci beaucoup pour vos articles toujours justes.
17 mai 2009 Ã
… toujours lectrice. Merci !
Ch.
18 mai 2009 Ã
Bien vu encore une fois. D’ailleurs, ça ne donne pas envie de voter pour les Européennes. Ce problème ne relève pas de l’Italie mais de l’Europe. Et que fait l’Europe ? Rien.
18 mai 2009 Ã
Bonne fête Eric !
Bises.
Laurence
19 mai 2009 Ã
Ne pas voter ?
Si facile de dénigrer sans le partage des tâches !
Ch.