Comprendre l’Italie Ă  travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


Article(s) du 8 mai 2009

Un après midi chez Khalid Jaar à Amman, prêtre engagé pour la paix

Vendredi 8 mai 2009

ev.rf © ev.rf

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Les quartiers nord d’Amman, la paroisse Sainte Marie de Nazareth,  une église construite récemment dans cette zone résidentielle…le père Khalid Jaar n’est pourtant pas un prêtre d’ambassade. Ce curé palestinien, né à Bethleem, veut en finir avec les lourdeurs de l’Histoire, ces plaies béantes sur lesquelles on verse du sel. Aux nouvelles générations d’opérer la cicatrisation sur cette Terre Sainte déchirée par les discordes religieuses, politiques et économiques.  

Partant de cette idée, le père Jaar, alors à Karak dans le sud jordanien, il y a neuf ans fonde une école élémentaire et secondaire dans laquelle se côtoient des élèves juifs, chrétiens et musulmans. L’idée : sceller une amitié dès l’enfance pour qu’elle se perpétue à l’âge adulte. Ce programme rencontre un vif succès dans une région où les heurts étaient une banalité du quotidien.  

En Jordanie, on le surnomme le prêtre pionnier. Ses écoles ont donné l’idée d’une université à Madaba. Benoit XVI posera la première pierre, demain samedi 9 mai 2009.  

Aucune éducation religieuse ne sera dispensée dans cet établissement ouvert à tous.  Le Père Jaar rêve d’un système scolaire neutre débarrassé de politique et religion. « On passe son temps à imposer son propre point de vue au voisin sans chercher à l’écouter. C’est l’Histoire que nous vivons depuis des siècles. Moi, je suis un prêtre de l’Eglise Catholique, je ne prie pas au nom de Jesus-Christ, mais au nom du Dieu créateur. Ma prière est universelle. Nous, chrétiens d’Orient, nous ne sommes pas persécutés comme le disent nos communautés et même le pape. Nous souffrons comme les sunnites qui se prétendent persécutés par les chiites et les chiites qui se prétendent persécutés par les sunnites. » 

Mais au sein de sa paroisse, le père Jaar rencontre parfois des résistances. Le père Bashir, chrétien arabe n’aime pas quand la télévision jordanienne parle de coexistence entre les communautés. « Avant de coexister, je veux exister en tant que chrétien arabe ».  

Le père Jaar, soupire d’un sourire. « La misère et la faim favorisent aussi un climat de violence et de divisions. Il faut le dépasser. De nombreux musulmans ont participé aux préparatifs d’accueil du pape, il n’y a pas que les propos hostiles des islamistes. Encore une fois, on cherche toujours à attiser les différences. » 

Près d’une de ses écoles, le père Jaar a découvert une citerne de l’époque romaine tarie depuis des siècles sur cette terre aride. La restauration du puits a permis d’approvisionner tout le quartier en eau potable. Mais ses missions ne se limitent pas à la Jordanie, surtout quand le pays frontalier ne vit que douleur, souffrance et tragédie. L’Irak. Pendant et après la guerre de 2003, il brave le danger et organise des convois pour apporter des médicaments. Aujourd’hui le nombre de  réfugiés irakiens avoisine les 2 millions. La capitale jordanienne ne parvient pas à réguler ce flux migratoire, cette surpopulation génère des tensions. La paroisse du père Jaar essaie de venir en aide à 1600 familles. Un travail difficile.   

« Gouttez ces biscuits fourrés aux dates. Ce sont les réfugiés irakiens qui les cuisinent en signe de gratitude. Cette tragédie humaine montre aussi le meilleur visage de l’homme : son humanisme. » 

Mais le père Jaar ne retournera plus en Irak. « Il y a deux ans, j’ai été retenu prisonnier par les terroristes. Enfermé dans une cave, les yeux bandés, les mains attachées. Je n’avais plus rien. Ma foi si solidement chevillée était broyée par la peur. Tout n’était qu’obscurité. Maintenant, fort de cette expérience, je peux évoquer « la peur », cet ennemi de la foi. J’ai finalement été libéré à la condition que je ne revienne plus jamais en Irak. Ceux qui œuvrent pour le bien sont les pires ennemis des terroristes. » 

Le père Jaar reste convaincu d’être dans LA vérité, non seulement la sienne. « Quand je vais au Vatican, que je vois ces lustres, que j’entends ces discours si éloignés de la réalité que nous vivons, nous fidèles d’Orient, alors je me fige sur place. Je ne comprends pas…/… je me souviens quand j’étais au séminaire, j’étais terrorisé par les livres de Ratzinger, si théologique, si obtus. Cet homme de bibliothèque n’a jamais été curé. Il a toujours été professeur, il lui manque l’expérience du contact humain et des difficultés de terrain vécues par les populations. J’espère que les voyages apostoliques l’enrichissent sur ce plan. Mais un pape est aussi un homme. Avec ses failles. Aucun d’entre nous n’est parfait.» 

Une autre tasse de thé… le temps suspendu… Mon regard balaie la pièce : un livre écrit en français  Les chrétiens d’Orient vont-ils disparaître ?  et puis une représentation de Shiva, divinité bouddhiste.  

« Pourquoi la religion divise les hommes ? Même au sein de la communauté chrétienne ? Pourquoi se revendiquer orthodoxes, protestants, catholiques et se battre et débattre au nom de valeurs somme toute dépassées. Nous vivons ensemble ou pas ? »