Comprendre l’Italie Ă  travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


Article(s) du 7 mars 2009

La gauche italienne Ă  la recherche de son Barak Obama

Samedi 7 mars 2009

C’est une obsession. DĂ©jĂ  en octobre 2007, dans un discours programme fondateur du Parti DĂ©mocrate, Walter Veltroni lançait “Si puo fare“, traduction italienne de “Yes, we can”. Un vent nouveau soufflait sur la gauche italienne qui rĂ©ussissait le pari pĂ©rilleux de rĂ©unir les centristes et les anciens communistes.

Veltroni, ami d’Obama, part en campagne la fleur au fusil, sifflotant “mi fido di te ” de Jovanotti et adoptant un ton nouveau dans les meetings. Parler du programme du Parti DĂ©mocrate, ne pas citer son adversaire Silvio Berlusconi et ne pas tomber dans l’anti-Berlusconi.  Les Ă©lections lĂ©gislatives sont perdues mais avec les honneurs. 6 mois d’existence et  35% des suffrages, l’avenir est prometteur. Si puo fare revient sur toutes les lèvres.

Et puis la machine se grippe. Dissensions internes et messages moins lisibles. DĂ©sormais principal parti d’opposition, voilĂ  le Parti DĂ©mocrate, prisonnier d’ un jeu de rĂ©forme institutionnelle menĂ©e par le centre droit qui l’Ă©loigne des prĂ©occupations citoyennes quotidiennes. Silvio Berlusconi surfe sur la vague du succès. Les municipales confortent le Popolo della LibertĂ  et enfonce le Parti DĂ©mocrate qui perd une ville symbole : Rome

Et petit Ă  petit, se redessine une nouvelle stratĂ©gie hĂ©las dĂ©jĂ  connue : l’anti-berlusconi devient la raison de vivre de l’opposition. Le gouvernement de l’ombre (Ă©quipe de faux ministres de gauche censĂ© rĂ©flĂ©chir aux problèmes du pays pour formuler des propositions) reste dans la pĂ©nombre, invisible et muet. Et les seuls cris audibles visent Berlusconi auteur de provocations Ă  rĂ©pĂ©titions qui sont autant de pièges dans laquelle la gauche tombe à pieds joints. Critiquer Berlusconi, c’est le placer au centre de tous les dĂ©bats. Critiquer Berlusconi, c’est rĂ©agir Ă  ce qu’il fait et dans le mĂŞme temps ne rien faire. Critiquer Berlusconi, c’est toujours avoir un temps de retard.

Berlusconi adore l’anti berlusconi. D’abord parce que c’est lucratif. Sa maison d’Ă©dition publie des pamphlets contre lui qui deviennent des best sellers (tout le cynisme du système).  La presse Ă©trangère (surtout les anglais) dresse des portraits caricaturaux et forcĂ©ment loin de la rĂ©alitĂ©. Ce qui a pour effet immĂ©diat de le renforcer sur la scène italienne “regardez ce que les journalistes anglais et français disent de moi, ces fourbes ! ils ne connaissent rien Ă  notre pays”. Et ces gaffes, blagues, dĂ©rapages entretiennent la mĂ©canique.

L’image du dictateur sĂ©duisante pour un public qui lui est hostile sonne faux auprès des italiens, contrairement  Ă  ce que laisserait penser un succès en libraire italien “Le corps du chef” Ă©crit par l’essayiste Marco Belpoliti. Berlusconi prend soin de son image comme Mussolini dit la prĂ©face. Facile, facile…trop facile.  15 000 exemplaires vendus, c’est un succès mais ça ne reflète pas l’opinion, ça fait surtout plaisir Ă  tous ceux qui dĂ©testent Berlusconi.

Silvio mène le jeu. MĂŞme pendant l’automne chaud qui conduit la gauche dans la rue. Une gauche qui retrouve des couleurs avec la rĂ©forme de l’Ă©ducation. Obama gagne en Novembre, le Parti DĂ©mocrate triomphe au Cirque Maxime, gonflant les chiffres de participation et puis le soufflĂ© retombe. L’hiver est lĂ , les Ă©nergies faiblissent, Berlusconi retire les grandes lignes de sa rĂ©forme mais les remixe dans une version Ă©dulcorĂ©e qui passe inaperçu en janvier.

La gauche s’enferme dans ses divisions, dĂ©couvre dans ses rangs des scandales judiciaires liĂ©es Ă  des affaires de corruption, perd les Abbruzzes et la Sardaigne. 15 mois d’existence pour le Parti DĂ©mocrate, et pas une victoire Ă©lectorale, Veltroni Ă  force d’attaquer Berlusconi et de surveiller ses arrières dans son propre camp s’Ă©puise et abandonne.

La campagne sarde fut meurtrière. Parce que le Parti DĂ©mocrate y a cru. Il y a mĂŞme eu une campagne de presse dĂ©mesurĂ©e sur Renato Soru, le boss de Tiscali, le prĂ©sident de rĂ©gion sortant, le capitaliste de la gauche qui fait peur Ă  Berlusconi. Celui qui après avoir gagnĂ© la Sardaigne allait marcher sur Rome. Tu parles ? Il suffisait de se promener à Cagliari quelques jours avant le scrutin pour comprendre qu’il allait perdre. Berlusconi n’a pas gagnĂ©, Soru a perdu. La nuance est lĂ .

Franceschini remplace Veltroni et c’est la meme chanson. Berlusconi compose la musique et la gauche fait les choeurs “nanananannana, oh le vilain mĂ©chant berlu”. Et en toile de fond, arrive la jeune garde du Parti DĂ©mocrate, Sandro Gozzi qui affiche son sourire drapeau amĂ©ricain Ă  la main, Obama Ă©rigĂ© en exemple, en espoir. Et surtout Matteo Renzi, le plus jeune Ă©lu du pays prĂ©sident de la Province de Florence et vainqueur des primaires pour les municipales alors que personne ne l’attendait.

34 ans, 3 enfants, chef d’entreprise.  PassionnĂ© d’internet. Utilise tous les ressorts de site genre myspace. Quand il m’ a reçu dans son bureau florentin, son ordinateur Ă©tait allumĂ© sur mon profil Facebook, dĂ©solĂ© Matteo, FB, c’est pour le boulot, rien de perso, rien sur ma vie, mĂŞme pas une photo. Mais en mĂŞme temps, j’ai fait ma demande d’itw par Facebook. Et il a acceptĂ©.

Sur la page d’accueil de la province, il y a le contenu de son ipod. Et il se met en scène sur Youtube pour se prĂ©senter devant ses Ă©lecteurs.

 

Fervent catholique opposĂ© Ă  l’avortement et supporter de la Fiorentina, issu de la gĂ©nĂ©ration anti politique, il tape sur la nomenklatura du Parti DĂ©mocrate, on le dit populiste, mais il rĂ©torque “si ça veut dire près du peuple, alors je le suis“, son entourage le voit Ă  coup sur au Palais Chigi et les amĂ©ricains s’emportent. Times dans son Ă©dition du 20 fĂ©vrier publie la photo de Matteo Renzi avec ce titre “La gauche italienne a trouvĂ© son Obama”.

En politique, toujours la rĂ©fĂ©rence Ă  un symbole mĂ©diatique, un gout prononcĂ© pour la communication et puis la prĂ©cipitation, la gesticulation et tout s’enflamme.Â