Comprendre l’Italie Ă  travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


L’inexorable baisse de Silvio Berlusconi dans les sondages

politique

Ce n’est pas une chute, c’est pire. C’est un effritement rĂ©gulier. Une Ă©rosion. Mois après mois, le baromètre mensuel IPR Marketing/Repubblica montre une courbe qui flĂ©chit. En gĂ©nĂ©ral, quand un gouvernement chute dans les enquĂŞtes d’opinion, les observateurs trouvent toujours deux ou trois raisons majeures pour l’expliquer : une rĂ©forme impopulaire, un virage mal nĂ©gociĂ©. LĂ , ce n’est pas le cas, la cote de popularité de Silvio Berlusconi flĂ©chit parce les italiens s’Ă©loignent de lui. Lentement.

D’abord les chiffres. Silvio Berlusconi recueille encore 56% d’opinions favorables. Deux points en moins par rapport Ă  DĂ©cembre.  6 points en moins dans le trimestre. Pour le gouvernement, c’est encore pire. Moins 4 points en un mois, et voilĂ  sa cote de confiance Ă©tablie Ă  46%.

MĂŞme chute pour le Parti de la majoritĂ©, Il Popolo Della LibertĂ  perd deux points. Mais la gauche de Veltroni n’en profite pas. Le Parti DĂ©mocrate, Ă  l’exception de l’automne social oĂą la vague de mĂ©contentement avait grossi ses rangs, laisse Ă©galement des points en route tous les mois. De 29 Ă  27% encore en janvier. Depuis les Ă©lections d’avril, la baisse est spectaculaire : - 11.

Et le grand vainqueur est encore la Ligue du Nord. Pas de progression dans les sondages. Stable, mais dans une pĂ©riode de baisse gĂ©nĂ©rale, c’est dĂ©jĂ  un acquis. Et surtout, les ministres du gouvernement les plus populaires sont ceux de la Ligue. Roberto Maroni, le ministre de l’IntĂ©rieur avec 64 % d’opinions favorables gagne encore deux points. + 5 pour Umberto Bossi.

Berlusconi ne fait plus recette, et c’est vraiment une question de confiance. Les italiens s’Ă©taient dĂ©tournĂ©s de la gauche de Prodi qui avait affectĂ© les budgets familiaux (hausse spectaculaire des impĂ´ts pour rĂ©tablir les finances italiennes). Silvio Berlusconi avait promis la rupture et des lendemains meilleurs. Rien ne change. Et les messages optimistes du septuagĂ©naire ne trouvent plus d’Ă©chos. La situation sociale des familles empire jour après jour,  quand le PrĂ©sident du Conseil reste obsĂ©dĂ© par son destin politique et judiciaire. Echapper aux poursuites et gagner le Palais Quirinal pour devenir PrĂ©sident de la RĂ©publique. Bref, Silvio Berlusconi, bien qu’il se dĂ©fende du contraire, ne donne pas le sentiment de travailler pour le bien collectif. Alors que la Ligue du Nord se dĂ©mène pour passer ses rĂ©formes, bousculant le PrĂ©sident du Conseil au passage : immigration, sĂ©curitĂ©, fĂ©dĂ©ralisme fiscal.

Silvio Berlusconi n’est pas en danger pour autant. Le Parti DĂ©mocrate n’a aucune lisibilitĂ© et commet l’erreur de l’anti-Berlusconi à tout prix. Chaque intervention de Walter Veltroni cherche Ă  mettre en valeur des frictions entre Bossi et Berlusconi, entre Fini et Berlusconi, guettant la moindre crise au sein de la majoritĂ© gouvernementale pour la faire tomber. Mais quel serait le programme de la gauche ? Que propose ce gouvernement de l’ombre qui reste tapi dans l’ombre et muet ?

Aucune rĂ©jouissance dans le sondage de ce matin qui confirme les abstentions records des dernières Ă©lections. (LĂ©gislatives et des rĂ©gionales dans les Abbruzzes), sans pour autant provoquer de rĂ©actions notables dans la classe politique. On fait mine de regarder ailleurs. En France,cette attitude porte un nom :  la politique de l’autruche.   

6 commentaires pour “L’inexorable baisse de Silvio Berlusconi dans les sondages”

  1. Paolo dit :

    …la politica dello struzzo ici.
    Au-delĂ  des sondages on pourrait dire: mort un Berlusconi, on en fait un autre…! Le problème est que le “berlusconisme”, lui, a bien gagnĂ© se rĂ©pandant Ă  droite et Ă  gauche et jamais expression n’a Ă©tĂ© plus appropriĂ©e, bien sĂ»r, nuançons quand mĂŞme.
    Une société apeurée, ayant complètement perdu le nord, encline aux solution sommaires et aucunement réfléchies, quoi de mieux pour paver la voie aux petits malins ou grands malins et méchants de service, c’est le leg berlusconien. J’ai une hautaine indifférence pour le verbe de Berlusconi mais je suis très attentif à ses potentiels clônes, un exemple: Giulio Tremonti. Actuellement ministre des finances, il ne cesse d’attaquer l’amoralité du marché, les dérives de la finance mondiale se portant protecteur des petites gens et des valeurs saines. Serait-il atteint d’amnésie précoce ???
    Car c’est bien la mĂŞme personne qui entre 2001 et 2006 (toujours au mĂŞme poste sauf une brève parenthèse oĂą il fut Ă©loignĂ©e) vantait les bienfaits de la finance crĂ©ative, facilitait les mouvements de capitaux douteux – loi dĂ©nommĂ©e “scudo fiscale” de 2001 – et faisait grand recours Ă  la titrisation pour financer les dĂ©penses de l’état. Autre aspect du tableau la ligue nord puisant dans la mĂ«chancetĂ© et la stupiditĂ© que chacun de nous (j’ai bien dit chacun de nous) a en son for intĂ©rieur pour se crĂ©er ainsi une lĂ©gitimation, affaire Ă  suivre…
    Un drôle de casse-tête l’Italie.

  2. Vincent dit :

    Giulio Tremonti c’est Ă©galement (depuis quelques temps dĂ©jĂ ) l’homme du protectionnisme. Dans le programme du PDL dont on lui doit une bonne partie il fusille le libre Ă©change et propose le protectionnisme (hausse des “dazi”) comme dĂ©fense de l’Italie dans la tourmente de la mondialisation.

    Paradoxe Italien, la Gauche est (majoritairement) libérale et la Droite protectionniste

  3. sophie dit :

    A noter… Berlusconi fait partie de la poignĂ©e de dirigeants - avec Poutine - que Bush a pris la peine d’appeler hier afin de lui faire ses adieux, et le remercier leur enrichissante collaboration. Hum…

  4. laure dit :

    A quand un article sur le fĂ©dĂ©ralisme fiscal et ses consĂ©quences ? J’ai plus peur de ça que de Berlusconi.

  5. ericvalmir dit :

    Qui a dit qu’il fallait avoir peur de Berlusconi ?

  6. Paolo dit :

    Droite protectionniste et gauche libĂ©riste….on n’est pas Ă  un paradoxe près après tout !
    Je voudrais quand même nuancer un peu. Quand Tremonti parle de protectionnisme, au-delà de ses annonces fanfare, je vois plutôt un système où seuls quelques grands groupes, et plus financiers qu’industriels, seraient protégés. Dans les faits un marché oligopolistique où pouvoir jouir de rentes de position mais au détriment du consommateur final, quelque chose pré-Adam Smith en quelques sortes. Dans ce contexte il n’est pas étonnant qu’invoquer les lois du marché finit par être presque révolutionnaire.
    La saga Alitalia en est un bon exemple: entreprise en déconfiture offerte au meilleur offrant (y comprises ses dettes), choix libériste de Prodi; l’entreprise, par une loi spécifique, est divisée en deux, les pertes sont attribuées à l’état et ce qui est profitable à un cartel de détenteurs de capitaux qui en tireront profit pendant quelques temps, quitte ensuite à revendre leur part à Air France, choix de Tremonti que je définirais plutôt “féodal”. Et toujours dans la série des paradoxes: à la fin des années 70 le jeune Tremonti eut l’occasion d’écrire quelqus articles sur “Il Manifesto” , sans commentaire !

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