Le dieu du stade
Vendredi 9 janvier 2009Les cheveux longs et blonds n’en font pas forcĂ©ment un ange pour les attaquants adverses, bien au contraire. Philippe Mexès ne s’est pas seulement imposĂ© comme un pilier de la Roma, Philippe Mexès n’est pas seulement un joueur français d’une Ă©quipe de foot italienne, Philippe Mexès est un romain.
Et dans la culture locale, cette nuance revet une importance particulière. L’AS Roma appartient Ă l’ordre de l’irrationnel. C’est un vecteur identitaire qui relève du lien clanique ou familial. C’est surtout une occasion de rassemblement autour d’une cause. La Roma est profondĂ©ment culturelle. Et le mot n’est pas trop fort. Il n’y a pas d’Ă©quivalence en France, ni Ă Marseille et Paris oĂą l’O.M et le PSG reprĂ©sentent beaucoup.
Les romains ne sont pas très ouverts Ă l’Ă©tranger. Je l’ai appris en arrivant. CoupĂ© des français que je voulais Ă©viter (non pas par snobisme mais pour ne pas ĂŞtre influencĂ© par une vision francophone de l’italie, )  j’ai cherchĂ© Ă nouer des contacts avec les italiens. Donc en premier lieu avec les romains. Molto difficile. Les français n’ont pas une cĂ´te de popularitĂ© extraordinaire. Les premiers mois furent difficiles jusqu’Ă ce que je trouve par hasard le dĂ©clic : la Roma. La Roma comme un vecteur d’intĂ©gration.
En tant que correspondant, je couvre tous les thèmes d’actualitĂ© et bien entendu, le sport. Et nĂ©gliger le football Ă Rome relève de l’erreur professionnel, mĂŞme si je suis loin d’ĂŞtre un journaliste sportif. (spĂ©cialisation vĂ©nĂ©rĂ©e par la jeunesse italienne). En suivant la Roma, j’ai appris Ă connaitre l’Ă©quipe et piano piano me suis laissĂ© happer par l’ambiance passionnĂ©e qui entoure chaque rĂ©sultat du dimanche. Donc, dans les conversations, j’Ă©tais loin d’ĂŞtre dĂ©crochĂ© et comble de chance, ici, il y a un joueur français considĂ©ré comme un dieu vivant : Philippe Mexes.
A partir de lĂ , les portes se sont ouvertes. On parle de la Roma, j’appartiens dĂ©sormais Ă la famille, et ensuite on parle d’autre chose. Et me voilĂ parfaitement intĂ©grĂ©, allant d’un rĂ©seau d’amis Ă un autre…. Point important, mes interlocuteurs ne sont pas des tifosi caricaturaux. Il en existe. Celui qui en se rĂ©veillant va acheter ”Romanista“, le journal de la Roma, parle ensuite de la Roma à l’apĂ©ro, rentre chez lui pour regarder Roma Channel, la tĂ©lĂ© de la Roma; cet individu identifie sa vie Ă la Roma. Cet Ă©nergumène existe bien sur,  mais le fait le plus notable est que la Roma implique toutes les couches de la population bien plus d’ailleurs que le club rival : la Lazio.
Un exemple. Je prends un café avec Giancarlo de Cataldo, magistrat et auteur de romans à succès comme Romanzo Criminale et  La saison des massacres. On parle de ses livres, de la guerre entre la classe politique italienne et les juges, on évoque mani puliti et soudainement il me dit :
- Mais au fait en tant que français, tu connais peut être Mexès ?
D’abord surpris,  je concède ensuite l’avoir rencontrĂ© une fois chez lui pour une interview.
- Et comment il est dans la vie ? je l’adore.
Je rĂ©ponds qu’il est effectivement très gentil, doux et posĂ©, l’inverse de l’image rebelle teigneux qu’il dĂ©gage parfois sur un terrain… et Giancarlo de Cataldo exhulte “mais alors, sei romanista“
Mexès est adulĂ© des romains parce qu’il s’est fondu dans la ”romanita”. Il parle le dialecte romain et chacun apprĂ©cie son franc parler dans les interviews, reconnaissant en lui des valeurs chères Ă la ville Ă©ternelle. Â
Les stars incontournables de l’Ă©quipe sont Francesco Totti, Danielle de Rossi et… Philippe Mexès plus romain que les romains, dĂ©terminĂ© et engagĂ© sur le terrain. Un peu trop d’ailleurs… Sa grinta lui joue parfois des tours… Et quand son comportement sanguin lui vaut carton rouge ou autre rĂ©primandes arbitrales, je me fais tout de suite engueuler sur le marchĂ© oĂą je fais mes courses “HĂ© Calma Philippe”…. Et tous de dire “le jour oĂą il maitrisera ses nerfs, il sera plus grand que les très grands”… Une phrase dĂ©clamĂ©e sur un ton solennel. Grande Mexès. Et l’apprĂ©hension de le voir rejoindre le Milan AC est grande dans le camp romanista, avec tout de mĂŞme l’espoir que leur protĂ©gĂ© francese restera encore longtemps giallorosso.
Pour ceux qui ne connaissent pas ce qu’est une ambiance romanista… les soirs de match Ă Rome : le quartier Testaccio…. Ou encore mieux, imbattable, l’Aristocampo au Campo di Fiori… Foule dense dans le pub, et dehors, les Ă©crans sont plaquĂ©s sur la facade du mur avec terrasse chauffĂ©e. A l’intĂ©rieur, Orlo derrière son bar est un spectacle Ă lui tout seul. Et on ne vous poussera pas Ă la conso, chacun a le regard rivĂ© sur le match… Et si la Roma marque, planquez vous.
Christophe Cerino, jeune talent prometteur de la chanson française, d’origine stĂ©phanoise a bu un verre Ă l‘Aristocampo pendant un simple match de championnat. Le dĂ©lire qui a accompagnĂ© le but victorieux l’ a abasourdi. “A Saint Etienne, on est pourtant des furieux avec les verts, mais pas Ă ce point lĂ ”.
Irrationnel, je vous dis.















