En direct de Venise
 C’est romantique comme ça Venise… Il est content ce touriste avisĂ© en cuissardes, de l’eau jusqu’au dessus du genou et qui avance comme il peut sur une Piazza San Marco invisible et engloutie sous les eaux. Romantique ? Romantique l’eau qui dĂ©truit des bureaux, des commerces, dĂ©tĂ©riore les meubles et attaque tout ce qui traine Ă moins de cinquante centimètres du sol pianoterra ? Les inondations Ă NĂ®mes et Abbeville, c’est un dĂ©sastre, Ă Venise, c’est romantique. Â
Lundi soir. Les journalistes tĂ©lĂ© affichent une mine de dĂ©solation, l’acqua alta (eau haute ou montĂ©e des eaux) affiche un niveau record jamais atteint ces trente dernières annĂ©es, des commerçants pleurent, je me dis que je vais annuler mon voyage, je devais partir le lendemain pour Venise rĂ©aliser une sĂ©rie de reportages. Un sentiment renforcĂ© Ă la lecture des dĂ©pĂŞches d’agence. Le maire vĂ©nitien Massimo Cacciari demande aux « venitiens de rester chez eux et de ne sortir qu’en cas d’absolue nĂ©cessitĂ©, les touristes sont invitĂ©s aussi Ă ne pas se dĂ©placer et encore moins Ă rallier Venise ». Â
J’ai le communiquĂ© authentique sous les yeux aujourd’hui. La presse, faute de place ou de temps (allez savoir) avait oubliĂ© de rapporter quelques mots pourtant essentiels : « Ne bougez pas de chez vous le temps de l’acqua alta, c’est-Ă -dire pendant 4 heures ». L’acqua alta est une combinaison d’élĂ©ments mĂ©tĂ©orologiques, pluies torrentielles et vent, avec des coefficients de marĂ©e important. L’eau monte rapidement mais descend Ă la mĂŞme vitesse.
Quand les Pujadas, Ferrari et consorts annoncent catastrophĂ©s que Venise est sous les eaux, il n’y a dĂ©jĂ plus que quelques flaques sur la Piazza San Marco. Tout le monde prĂ©fère la culture du sensationnel, ce joyau vĂ©nitien condamnĂ© Ă devenir sous marin un jour plutĂ´t que la pĂ©dagogie informative. On a parlĂ© beaucoup de Venise, en oubliant le PiĂ©mont victimes d’inondations dramatiques. Â
A Venise, la montĂ©e des eaux est annoncĂ©e par les sirènes, des passerelles sont dressĂ©es dans tout le centre pour permettre la circulation et les vĂ©nitiens sont plutĂ´t tranquilles. Dans trois heures, tout sera fini.Â
Et en effet, quand j’arrive Ă Venise le mercredi matin, tout est sec. Mais l’incident a laissĂ© des traces. Le moral est atteint. Sensation d’abandon. Et le dĂ©bat autour du Projet Mose relancĂ©. Ce n’est plus un projet, d’ailleurs c’est un chantier dĂ©noncĂ© par les associations Ă©cologistes et une grande majoritĂ© de vĂ©nitiens. Cimenter le fond de la lagune et installer une digue qui se dresserait Ă la moindre montĂ©e des eaux. Cout en constante augmentation, plus de 4 milliards d’euros sans une garantie de rĂ©sultats. Un projet longtemps contestĂ© par la mairie qui aurait prĂ©fĂ©rĂ© une autre alternative mais le gouvernement Berlusconi (lĂ©gislature prĂ©cĂ©dente) a tranchĂ© pour ce projet pharaonique. Pour beaucoup, cimenter le fond de la lagune dĂ©truit l’éco système, modifie le cours des marĂ©es et pire encore le chantier en cours serait peut ĂŞtre responsable de l’acqua alta exceptionnelle de lundi dernier. Mais rien n’est prouvĂ©. Â
Nous sommes jeudi, mon téléphone portable sonne, quelqu’un à Paris qui vient de voir sur Euronews les images de Venise sous l’eau, il faut que je fasse un direct. Je rétorque gentiment qu’il n’y a rien de tel, l’eau ne déborde même pas sur les quais et les pontons. Mon interlocuteur insiste, il vient de voir les images à la télé, je hausse le ton aussi, pardon mais moi, j’y suis et je t’assure que tout est normal, on installe même les guirlandes de Noël, tu peux entendre une minute ce que je te dis ? Le pouvoir de ces images télés, souvent un miroir déformant.
Je me souviens de mon sĂ©jour au Pakistan en 2001. Entre le World Trade Center et les bombardements amĂ©ricains sur Kaboul. Une manifestation de cent mille pakistanais dans les rues d’Islamabad, une manifestation anti amĂ©ricaine. Une manifestation pacifique, je l’ai suivi de bout en bout, les pakistanais Ă©taient venus pour exprimer une inquiĂ©tude plus qu’un sentiment profondĂ©ment hostile. Sur ces 100 000 personnes, quinze excitĂ©s sont venus avec un pantin Ă l’effigie de George Bush et se sont acharnĂ©s comme des malades en le brulant et en vocifĂ©rant. Toutes les camĂ©ras du monde entier Ă©taient en focal serrĂ© sur eux. Le soir Ă mon hĂ´tel, CNN et BBC world diffusaient en boucle cette image pendant que mes proches m’envoyaient des messages inquiets persuadĂ©s que le Pakistan Ă©tait Ă feu et Ă sang. Â
Venise et l’acqua alta participe du mĂŞme phĂ©nomène. Venise connu et aimĂ© de tous Ă travers le monde, mais avec cette certitude qu’elle ne survivra pas au rĂ©chauffement climatique. Toute la presse internationale rĂ©agit au quart de tour Ă la moindre montĂ©e des eaux. Et ce comportement rĂ©actif provoque plus de dommages (sĂ©jours touristiques annulĂ©s, crainte des investisseurs) que ceux causĂ©s par l’acqua alta. Messages alarmistes sans rĂ©flexions pour une solution.  Â
 Pour finir 2 blogs intéressants pour les amoureux d’une Venise hors cliché, celui de l’écrivain vénitien Roberto Ferrucci (en italien) et de Lorenzo (un vénitien mélomane qui écrit en français).
http://www.robertoferrucci.com/wordpress/Â
http://tramezzinimag.blogspot.com/2008_12_01_archive.html















3 fĂ©vrier 2011 Ă
Bonjour,
pour G.Faure,, l’acqua alta serait un phĂ©nomĂ©ne salubre pour Venise, contribuant au nettoyage de la ville et entrainant moins de dĂ©gats que les vibrations engendrĂ©es par les vaporettos.
Il faut espĂ©rer que MOSE ne fera qu’Ă©crĂ©ter les phĂ©nomĂ©nes naturels!