Le blog de Eric Valmir

Comprendre l’Italie à travers ses nuances

En direct de Venise

venise

 C’est romantique comme ça Venise… Il est content ce touriste avisé en cuissardes, de l’eau jusqu’au dessus du genou et qui avance comme il peut sur une Piazza San Marco invisible et engloutie sous les eaux.  Romantique ? Romantique l’eau  qui détruit des bureaux, des commerces, détériore les meubles et attaque tout ce qui traine à moins de cinquante centimètres du sol pianoterra ? Les inondations à Nîmes et Abbeville, c’est un désastre, à Venise, c’est romantique.  

Lundi soir. Les journalistes télé affichent une mine de désolation, l’acqua alta (eau haute ou montée des eaux) affiche un niveau record jamais atteint ces trente dernières années, des commerçants pleurent, je me dis que je vais annuler mon voyage, je devais partir le lendemain pour Venise réaliser une série de reportages. Un sentiment renforcé à la lecture des dépêches d’agence. Le maire vénitien Massimo Cacciari demande aux « venitiens de rester chez eux et de ne sortir qu’en cas d’absolue nécessité, les touristes sont invités aussi à ne pas se déplacer et encore moins à rallier Venise ».  

J’ai le communiqué authentique sous les yeux aujourd’hui. La presse, faute de place ou de temps (allez savoir) avait oublié de rapporter quelques mots pourtant essentiels : « Ne bougez pas de chez vous le temps de l’acqua alta, c’est-à-dire pendant 4 heures ». L’acqua alta est une combinaison d’éléments météorologiques, pluies torrentielles et vent, avec des coefficients de marée important. L’eau monte rapidement mais descend à la même vitesse.

Quand les Pujadas, Ferrari et consorts annoncent catastrophés que Venise est sous les eaux, il n’y a déjà plus que quelques flaques sur la Piazza San Marco. Tout le monde préfère la culture du sensationnel, ce joyau vénitien condamné à devenir sous marin un jour plutôt que la pédagogie informative.  On a parlé beaucoup de Venise, en oubliant le Piémont victimes d’inondations dramatiques.  

A Venise, la montée des eaux est annoncée par les sirènes, des passerelles sont dressées dans tout le centre pour permettre la circulation et les vénitiens sont plutôt tranquilles. Dans trois heures, tout sera fini. 

Et en effet, quand j’arrive à Venise le mercredi matin, tout est sec. Mais l’incident a laissé des traces. Le moral est atteint. Sensation d’abandon. Et le débat autour du Projet Mose relancé. Ce n’est plus un projet, d’ailleurs c’est un chantier dénoncé par les associations écologistes et une grande majorité de vénitiens. Cimenter le fond de la lagune et installer une digue qui se dresserait à la moindre montée des eaux. Cout en constante augmentation, plus de 4 milliards d’euros sans une garantie de résultats. Un projet longtemps contesté par la mairie qui aurait préféré une autre alternative mais le gouvernement Berlusconi (législature précédente) a tranché pour ce projet pharaonique. Pour beaucoup, cimenter le fond de la lagune détruit l’éco système, modifie le cours des marées et pire encore le chantier en cours serait peut être responsable de l’acqua alta exceptionnelle de lundi dernier. Mais rien n’est prouvé.  

Nous sommes jeudi, mon téléphone portable sonne, quelqu’un à Paris qui vient de voir sur Euronews les images de Venise sous l’eau, il faut que je fasse un direct. Je rétorque gentiment qu’il n’y a rien de tel, l’eau ne déborde même pas sur les quais et les pontons. Mon interlocuteur insiste, il vient de voir les images à la télé, je hausse le ton aussi, pardon mais moi, j’y suis et je t’assure que tout est normal, on installe même les guirlandes de Noël, tu peux entendre une minute ce que je te dis ? Le pouvoir de ces images télés, souvent un miroir déformant.

Je me souviens de mon séjour au Pakistan en 2001. Entre le World Trade Center et les bombardements américains sur Kaboul. Une manifestation de cent mille pakistanais dans les rues d’Islamabad, une manifestation anti américaine. Une manifestation pacifique, je l’ai suivi de bout en bout, les pakistanais étaient venus pour exprimer une inquiétude plus qu’un sentiment profondément hostile. Sur ces 100 000 personnes, quinze excités sont venus avec un pantin à l’effigie de George Bush et se sont acharnés comme des malades en le brulant et en vociférant. Toutes les caméras du monde entier étaient en focal serré sur eux. Le soir à mon hôtel, CNN et BBC world diffusaient en boucle cette image pendant que mes proches m’envoyaient des messages inquiets persuadés que le Pakistan était à feu et à sang.  

Venise et l’acqua alta participe du même phénomène. Venise connu et aimé de tous à travers le monde, mais avec cette certitude qu’elle ne survivra pas au réchauffement climatique. Toute la presse internationale réagit au quart de tour à la moindre montée des eaux. Et ce comportement réactif provoque plus de dommages (séjours touristiques annulés, crainte des investisseurs) que ceux causés par l’acqua alta. Messages alarmistes sans réflexions pour une solution.    

 Pour finir 2 blogs intéressants pour les amoureux d’une Venise hors cliché, celui de l’écrivain vénitien Roberto Ferrucci (en italien) et de Lorenzo (un vénitien mélomane qui écrit en français).

http://www.robertoferrucci.com/wordpress/ 

http://tramezzinimag.blogspot.com/2008_12_01_archive.html

Un commentaire pour “En direct de Venise”

  1. alain dit :

    Bonjour,
    pour G.Faure,, l’acqua alta serait un phénoméne salubre pour Venise, contribuant au nettoyage de la ville et entrainant moins de dégats que les vibrations engendrées par les vaporettos.
    Il faut espérer que MOSE ne fera qu’écréter les phénoménes naturels!

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