Comprendre l’Italie à travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


Sur le Ponte Milvio, des promesses d’éternité

société

Texte ou image par défaut.

Sur le Ponte Vecchio de Florence, il existait une vieille tradition étudiante. A la fin de l’année, on laissait un cadenas et on jetait la clé dans le fleuve pour laisser à jamais une trace de son passage.

Federico Moccia, un auteur italien à succès, véritable phénomène de société (histoires d’ados sentimentales qui séduisent un très large public), a repris l’idée dans Ho voglia di te. (version française : J’ai envie de toi chez Calmann-Levy).

Step et Gin, les deux amoureux fougueux du livre s’embrassent sur le Ponte Milvio de Rome, lui est un motard, genre beau gosse rebelle, il entoure un des réverbères du pont de sa grosse chaine de moto, ferme le cadenas, et jette la clé dans le Tibre et tous les deux se jurent un amour éternel scellé par ce rituel.

En quelques semaines, le dit reverbère a été recouvert de chaines de moto et d’antivols en tous genre. Des dizaines de couples venaient dans un geste solennel déclarer leur flamme. Le problème, c’est que très vite, tous les réverbères ont été recouverts. On venait avec des échelles pour mettre son cadenas le plus haut possible. Le Ponte Milvio est un monument classé. Les comités de quartier ont protesté.

La mairie a pris les choses en main le jour où un réverbère a plié sous le poids des antivols de scooter et s’est écroulé. L’ordre public était menacé. Tout a été enlevé à la tenaille. Et des policiers municipaux ont surveillé l’endroit avec la charge de verbaliser les amoureux qui venaient sceller leur passion.

Rien à faire, les feux de l’amour étaient trop fort, les flics passaient leur soirée à parlementer avec des dizaines de jeunes qui venaient avec leurs cadenas.

Alors depuis quelques mois, la mairie d’arrondissement a trouvé un compromis. Sur ce pont de pierre, des barres métalliques ont été disposées tout le long pour acceuillir, seulement de petits cadenas, pas de chaines ou d’antivols. Un cadenas sur lequel on inscrit les prénoms, une date ou un message.

Et à proximité de ces barres, des indiens et des pakistanais (ceux qui ont le sens du commerce, qui vous vendent un parapluie quand c’est le déluge et vous sortent les lunettes de soleil à la première éclaircie), ces vendeurs se sont installés là avec des cadenas de toutes les couleurs. De 2 à 5 euros, pas cher, au nom de l’amour.

Rajeev fait des affaires. La rose dans les restaurants, c’est ringard.Le cadenas, Ponte Milvio, c’est tendance.

On s’embrasse, on s’aime, on jette la clé et on la voit disparaitre dans les rapides du Tibre, perduadés que le tourbillon de la vie n’emportera pas cet amour.

4 commentaires pour “Sur le Ponte Milvio, des promesses d’éternité”

  1. sophie dit :

    I love it!
    Merci Eric!

  2. blitz dit :

    la chanson qu’on entend sur les photos, c’est Amy Winehouse qui chante en italien ?

  3. ericvalmir dit :

    Evidemment tout rappelle le style et la voix de la britannique, mais il s’agit d’une italienne talentueuse : Giusy Ferreri. La chanson s’appelle “Non ti scordar mai di me” et l’album mérite qu’on s’y attarde.

  4. Nicole Lamboley dit :

    Cette histoire est bien rafraîchissante, mais les fleuves sont parfois bien trompeurs. Pour être certain de revenir à Heidelberg, il fallait jeter une pièce de un pfennig dans le Neckar. Je le fis. Or voilà bientôt cinquante ans que je n’ai pas revu cette ville. Nicole Lamboley-Kondé

Laisser un commentaire

rapporteur

Recopiez le code ci-dessus afin que votre commentaire soit pris en compte.