Comprendre l’Italie Ă  travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


Quelques jours Ă  Lecce…

société

 © ericvalmir.RF

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Ici, les oliviers ressemblent Ă  des chĂŞnes, on grimpe dans leurs branchages Ă  l’heure de la rĂ©colte.

Ici, le mois de novembre ne se ferme pas au soleil, la lumière est encore forte.

Ici a un nom : le Salento et plus particulièrement la pointe de l’Italie au sud de Lecce, comme une presqu’ile entre la mer Ionienne et l’Adriatique. D’Otranto, on voit les montagnes albanaises, seulement Ă  35 kilomètres et un bateau part pour la Grèce.

D’ici, on part souvent parce qu’il n’y a rien Ă  y faire : pas de travail, structures sociales en panne, services de l’Ă©tat en berne, services public quasi inexistants.

Ici, on finit (parfois) par revenir. Quand on a grandi dans ce cadre paradisiaque, le brouillard de Parme et la grisaille de Milan finissent par ternir les âmes. Un choix de vie. Vivre moins bien pour vivre mieux.

Moins bien : l’Ă©panouissement professionnel, la rĂ©ussite pecunière, un plan structurel.

Vivre mieux : au milieu des ressources naturelles.  La pĂŞche, l’olive, les lĂ©gumes, le vin. A chacun son lopin de terre, la rĂ©colte des olives commencent Ă  peine. Pas question de commercialiser l’huile, on la garde pour la famille et les amis, on la fait gouter au voisin pour lui montrer qu’elle est meilleure que la sienne, mĂŞme si le dit voisin pense le contraire.

C’est la mĂŞme idĂ©e qui anime l’esprit de la festa di San Martino. Tous les 11 novembre, chaque famille qui a fait son propre vin ouvre les premières bouteilles du nouveau cru et chacun goute le novello de l’autre; ça se passe dans les maisons, ou dans la rue, il ne fait pas encore froid, et du coup, on sort la pasta, une scène est plantĂ©e pour les groupes folkloriques de la rĂ©gion et on chante et on danse.

Un autre rythme, une autre vie. Depaysant pour le passant qui ne voit que les charmes de cette existence sans connaitre les difficultés du quotidien. 

Par exemple, cet agriculteur qui arrive Ă  la criĂ©e de Porto Cesareo en triporteur espère Ă©changer les lĂ©gumes qu’il a ramassĂ© contre un poisson. Vu de l’extĂ©rieur, c’est exotique. Pour le paysan, ça ne l’est pas.

Mais chacun ici a fait le pari de rester sur cette terre gorgĂ©e de soleil autour d’un noyau familial souvent dĂ©terminant…. et l’on regarde avec mĂ©fiance les colons allemands et amĂ©ricains racheter les mas en ruine pour en faire des bed and brekfast,  le Salento devient une destination “Ă  la mode”, et cet incroyable autochtone de paysan en triporteur se fera photographier comme une curiositĂ© locale.  

7 commentaires pour “Quelques jours Ă  Lecce…”

  1. Sebastien et Julia dit :

    La misère est moins pĂ©nible au soleil. Merci pour ces couleurs automnales. Votre blog est très agrĂ©able parce qu’il ne parle pas que des gros titres, il nous promène en Italie. Et de voir ces oliviers en photo nous fait voyager un peu avec vous. Vivement la prochaine Ă©tape.

  2. marco dit :

    Tu as raison Eric, le paysan se fera photographier comme une bĂŞte de foire par une blonde dĂ©colorĂ©e qui aura son sac vuiton (contrefait). Elle trouvera mĂŞme que ce paysan a un charme fou. Le tourisme est comme une ame vendue au diable. Il y a de l’argent qui entre dans les caisses mais le comportement des touristes qui dĂ©barquent en terrain conquis gache tout.

  3. Paolo dit :

    Le Salento…dĂ©jĂ  touchĂ© sur le blog au mois de juin, je ne peux m’empĂŞcher d’y retourner d’autant plus que je l’ai cotoyĂ© pendant une petite semaine (trop peu!) fin octobre. J’adore ce coin, peut-ĂŞtre mon prĂ©fĂ©rĂ© en Italie, cette fois-ci arrivĂ© par train et rien qu’à Brindisi, rien qu’en observant les toits en terrasses des vieilles maisons du centre ville, c’est toute ma faintaisie qui s’est emportĂ©e, puis de vieilles photos Ă  l’intĂ©rieur d’un restaurant, un vieux paquebots Ă  quai, une affiche peinte d’un autre navire: “Impress of India” et donc une hypothĂ©tique route vers l’Inde Ă  travers la canal de Suez vers la fin du XIXème siècle ont fait le reste.
    Le lendemain vers Lecce, que cette fois-ci j’ai Ă©vitĂ© mais que j’aime aussi, quelques Ă©oliennes qui n’y Ă©taient pas lors de mon dernier passage me disent bonjour, cap encore plus au Sud, plein soleil, zut! pas de lunettes, presqu’ébloui…Santa Cesarea Terme, une improbable ville thermale sur les falaises, un palais bizarre avec une coupole, presqu’un avant goĂ»t de Byzance, on me dit qu’il appartient Ă  une famille historique du lieu, il est en vente parait-il. Quelques km encore, Castro, la base de ce tour, il y des grottes et une crique oĂą une autre fois je me suis baignĂ©, pas de chance: plein vent maintenant et mer dangereuse. Je suis tĂŞtu et Ă  Porto Tricase (me demande si ce n’est pas mon coin favori) l’embouchure du petit port est bien abritĂ©, le soleil est Ă  point et l’eau est bonne et transparente. Pas de grand changement, toujours cette grande maison en style arabesque et les deux kiosque sur la petite place. Le long des falaises la route agrĂ©able et avec un peu d’attention on dĂ©niche quelques passages pour rejoindre les rochers et un petit coin solitaire, bien sĂ»r l’immobilier s’en est donnĂ© Ă  cĹ“ur joie mais bon, vu le terrain accidentĂ©, ses mĂ©faits sont encore tolĂ©rables…Puis un phare: Santa Maria di Leuca, fin des falaises, la cĂ´te devient basse et sablonneuse, j’aime moins et cette fois-ci ça sera la limite Sud. Plein de belles maisons patriciennes, la noblesse du coin y passait elle aussi ses vacances.
    Je pourrais encore m’étaler…je termine avec cette campagne oĂą de vieux murs en pierres dĂ©limitent les propriĂ©tĂ©s et oĂą l’olivier est partout, ces maisons des exploitations agricoles qu’ici on appelle masserie (je trouve beau ce mot par rapport au plus commun fattoria) et les gros bourgs blancs aux maisons cubiques qui apparaissent Ă  la sortie d’un virage, ruelles Ă©troites aux dalles qui doivent ĂŞtre cirĂ©es tellement elle sont brillantes…puis timide apparait une petite voie de chemin de fer en tranchĂ©e et de temps en temps une gare des Ferrovie del Sud-Est qui rajoute au dĂ©paysement que je ressens toujours par ici. En 2003, je crois, est justement sorti un film on the road qui, en ayant pour thème les usagers de ces chemins de fer, au fil des rencontres dĂ©crivait cette adorable rĂ©gion et sa vie parfois difficile, je ne me rappelle plus son titre et je n’ai pas eu la possibilitĂ© de le voir pour cause de diffusion très limitĂ©e, dommage.
    C’était la huitème fois que j’ai eu le plaisir d’être dans le Salento…destination Ă  la mode? franchement j’espère qu’elle conservera ce charme que j’ai toujours ressenti dès les premiers moments et pour l’heure je m’offre un verre de negramaro qui me laisse songeur !

  4. sophie dit :

    Notre voisin Ă  Milan est originaire d’un village situĂ© tout près de Lecce. Il y a passĂ© le week-end de la Toussaint, et nous a ramenĂ© du pain et de la mozzarella Ă  tomber par terre. Il est intarissable sur la beautĂ© de sa rĂ©gion, la richesse agricole et gastronomique. Il ne cesse de nous harceler pour que nous organisions nos prochaines vacances lĂ -bas (et il aura certainement gain de cause!).
    Sauf qu’Ă  23 ans, Erico, Ă©tudiant en droit qui veut devenir avocat, affirme dĂ©jĂ  que pour rien au monde il ne retournera vivre lĂ -bas. Le temps s’y est arrĂŞtĂ©, et a, selon lui, figĂ© la ville et ses habitants dans un archaĂŻsme mortifère. Erico ne veut plus vivre au moyen-âge.

  5. Paolo dit :

    Le soleil éblouit mais ne confond pas outre mesure. Sans vouloir démolir mon post style hymne au Salento, quelques petites nuances.
    S C U , c’est à dire sacra corona unita: l’organisation mafieuse du coin, parait-il vaincue par la justice (y croire?).
    Un petit schéma sur la présence du racket dans les provinces italiennes (+ou-l’équivalent des départements) allant du blanc, au jaune, à l’orange, colore la province de Lecce en rouge, comme Palerme et Naples.
    Jusqu’à la fin de la division Est/Ouest une fleurissante activité de contrebande prospérait sur les côtes, surtout du côté de Brindisi, avec l’implosion de la Yougoslavie et ses bouleversements cette potentielle base de trafics de tous genres s’est amplifiée (plusieurs enquêtes sur ce sujet).
    Au fil de mes passages, j’ai remarqué une importante activité immobilière surtout sur la côte allant de Santa Maria di Leuca à Gallipoli, je n’arrive pas à m’empêcher de penser aux capitaux illicites et à leur besoin d’être blanchis et investis.
    ….mais est-ce que cette terre me fait moins rĂŞver? ben non.
    Un autre film sur ces lieux mais que j’ai vu et qui a été plus largement diffusé : “La terra” de Sergio Rubini (2006).

  6. ericvalmir dit :

    Bien sur que la Mafia des Pouilles existe… LĂ  oĂą l’Etat n’est pas, la Mafia est… Triste dĂ©finition. Traite d’ĂŞtre humains, trafic Ă  partir de Brindisi et Bari, vers le triangle de Foggia….

    A Lecce, c’est plus une mafia de cols blancs… la cote de San Leuca a Gallipoli me fait plutĂ´t l’impression d’un territoire abandonnĂ©… plus personne ne vient lĂ , il n’y a pas d’argent…

    Si je n’en parle pas dans le post, tout comme du système moyen âgeux dĂ©crit justement par Sophie, c’est pour donner un peu d’air….

    Je me suis rendu compte que ce blog Ă©tait pesant…. Dans le sens oĂą les derniers sujets Ă©taient lourds et portaient sur des scandales ou des dysfonctionnements graves de la sociĂ©tĂ© italienne….D’accord pour parler des dysfonctionnements, mais l’Italie, c’est aussi des couleurs et des saveurs, je voulais parfumer ainsi ce blog….

    Mais ces quelques jours Ă  Lecce donneront Ă  l’antenne un reportage qui apportera toutes ces nuances.

  7. Gabrielle dit :

    Compagne d’un Leccese ayant immigrĂ© Ă  Milan depuis plus de 20 ans, je confirme la beautĂ© du Salento- ne l’Ă©bruitons pas trop, ce serait la fin de la rĂ©gion et de son chef-lieu (d’ailleurs, ça a dĂ©jĂ  commencĂ© avec la transformation du vieux Lecce en musĂ©e Ă  ciel ouvert, boutiques pour touristes, prolifĂ©ration de “locali” nocturnes et disparition de ses habitants et commerçants “naturels”) - le charme de sa terre poussiĂ©reuse patiemment et longuement dĂ©sossĂ©e pour border de murets de pierres sèches un ocĂ©an d’oliviers ; ses bourgs oĂą bavardent encore les femmes en noir pendant que les hommes tapent le carton au cafĂ©… Avec ça, une mentalitĂ© d’”isolani” qui ont transformĂ© leur relĂ©gation gĂ©ographique et Ă©conomique en motif d’orgueil outrancier et parfois de cloture mentale, excluant Ă  priori qu’il puisse exister dans le monde un autre endroit Ă  la hauteur de leur presqu’ile. Peu de considĂ©ration pour les touristes, souvent maltraitĂ©s par un pressapochismo qui les fait fuir l’Ă©tĂ© suivant; peu d’Ă©gards pour l’environnement naturel, la plus grande ressource Ă©conomique après l’olivier et le vin mais nĂ©gligĂ© sans pudeur (constructions abusives de Tarente Ă  Leuca, plages libres inexistantes ou innondĂ©es de dĂ©chets, pinèdes transformĂ©es en poubelles Ă  ciel ouvert…)
    Et malgrĂ© tout, comme Ulysse, le Leccese ou le Salentin exilĂ© dans un nord nĂ©buleux et stressĂ© n’a de cesse de redescendre au pays, au moins une fois par an. Mais certainement pas pour s’y convaincre qu’il remonte le temps et retourne au Moyen-Age, n’exagĂ©rons pas !
    (Sur le Salento, je vous conseille la lecture des poĂ©sies de Vittorio Bodini…)

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