Comprendre l’Italie Ă  travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


nero e non negro

société

Immigré clandestin ou plutôt immigré en situation irrégulière. C’est plus chic. Du pays africain où je suis né, l’Europe a toujours représenté un rêve. Le vieux continent où tout est possible, plus accessible que les Etats-Unis. La Méditerranée, un grand lac comparé à l’immensité de l’Atlantique. Et aujourd’hui, me voilà dans cette Europe idéalisée qui me rejette.  

Evidemment, je suis noir.

Je vis en Italie depuis des mois toujours dans l’attente de papiers qui pourraient me permettre de travailler. Pendant ce temps là, je me débrouille quand même. On est toujours embauché pour faire les vendanges ou le ménage dans les usines. On n’a pas de contrat de travail, c’est tout. On est payé au noir disent nos employeurs en rigolant. C’est le seul moment où on rigole d’ailleurs, parce pour le reste, le quotidien n’est pas facile.  

On m’a toujours dit que les africains étaient bien acceptés en Italie. Le vent a tourné. Aujourd’hui, les messages populistes de partis politiques rendent l’étranger responsable des problèmes sociaux et sécuritaires. Et dans la rue, l’étranger le plus facilement identifiable, c’est une couleur de peau différente.  

La Camorra a massacré 6 immigrés africains en septembre à Castelvolturno. Dans cette région de Naples, les bus de la communauté urbaine ne marquent pas l’arrêt quand les passagers qui attendent ne sont que des noirs. Régulièrement des jeunes napolitains viennent nous frapper et nous insulter  quand on se rassemble autour de paroisse, de centre religieux ou siège d’associations. On dirait le Mississipi des années 20. A Milan, un burkinabé de 19 ans a été frappé à mort par un commerçant persuadé que ce noir lui avait volé sa caisse. A Parme, un étudiant ghanéen le visage tuméfié par les coups raconte à la télé que ce sont les carabinieri qui lui ont fait ça, par plaisir, parce qu’il n’avait pas ses papiers sur lui. Ils lui ont même écrit sur son sac « negro ».  

Io sono nero, non negro. L’étudiant a porté plainte. Il est en situation régulière. Comment moi, je peux dénoncer mes agresseurs à la police alors que je n’ai pas de papiers ? Je vois des frères qui commencent à trafiquer pour s’en sortir, mais on est encore beaucoup à vouloir trouver un travail honnête.  

Aujourd’hui, j’ai vu un journaliste français de la radio. Naïf le garçon. Il m’a demandé pourquoi nous n’allions pas en France, que de l’autre coté des Alpes c’était différent, les gens n’allaient pas nous jeter des cailloux ou nous insulter. Je lui ai répondu que la France était pire que l’Italie : la police très dure, les contrôles intensifs et les droits encore plus restreints. Le français de la rue est gentil mais l’Etat cogne très fort. En Italie, les italiens au mieux ils te tolèrent mais, au moins, tu peux travailler même sans papiers, la police n’est pas si dure. Malgré les horreurs que balance le parti politique du Nord.  

Ils me font rire, tous, avec l’évènement planétaire aux Etats-Unis. Il y a longtemps que les américains ont adopté l’idée d’un président noir. Faut en finir avec l’idée de l’américain avec sa cagoule pointue sur la tête qui chasse le noir dans les bois. Colin Powell coté républicain était au sommet de l’administration Bush. Dans un feuilleton vedette de la chaine Fox News, David Palmer annonçait Barak Obama. En revanche, jamais vu un noir occuper un poste important au sein des gouvernements français et italiens. Un député noir italien expliquait à la télé à quel point c’était difficile pour lui de faire de la politique en Italie du fait de la couleur de sa peau. 

L’Europe peut crier Ă  l’exploit amĂ©ricain pour Ă©viter de se regarder. Par un jeu de miroir, c’est elle qui apparaĂ®t rĂ©trograde. Moi, je ne crois plus en rien. Je ne sais pas ce que je vais devenir. Obama ne va pas rĂ©volutionner le rapport nord/sud. Rien ne changera. Je ne veux pas minimiser la portĂ©e de cette Ă©lection. Un noir Ă  la tĂŞte de la plus grande puissance mondiale, forcĂ©ment c’est historique, c’est un peu de baume au cĹ“ur pour nous tous. Un symbole qui reprĂ©sente un espoir. Mais le dicton ne se vĂ©rifie plus. L’espoir ne fait plus vivre. Il aide seulement à survivre. C’est dĂ©jĂ  ça.          

12 commentaires pour “nero e non negro”

  1. Aurore dit :

    Beau tĂ©moignage, retranscrit-il une rencontre avec une personne rĂ©elle ou fictive? mais peu importe finalement car il rappelle que pour un homme noir portĂ© aux nues, combien vivent dans des conditions inhumaines près d’ici, ne sont pas respectĂ©s, alors que certaines mesures lĂ©gislatives ou partis politiques entretiennent cette situation…
    Mais ne peut-on pas continuer Ă  espĂ©rer que les espoirs parfois se rĂ©alisent ?…

  2. Jerome Thuliez dit :

    Bien vu Eric. L’hypocrisie europĂ©enne associĂ©e Ă  la cĂ©citĂ© mĂ©diatique font qu’on oublie de compter les noirs qui composent nos assemblĂ©es parlementaires.

    Mais aussi les maires de communes. Combien sont ils en France et en Italie ? Il serait bon d’avoir des statistiques Ă  ce sujet. Je suis sur que ces indices donneront des rĂ©sultats guère flatteurs.

  3. bea dit :

    Yes they did. And us ?

    Vous avez raison, Eric Valmir, les amĂ©ricains peuvent ĂŞtre fiers et les images de liesse montrent que les choses changent lĂ  bas. Mais nous, Ă  part dire fĂ©liciter ces beaufs d’amerloques que l’on croyait racistes, qu’est ce qu’on fait ? On prend exemple, on suit le sillon que trace l’AmĂ©rique ou on continue Ă  reculer en pensant ĂŞtre les meilleurs ?
    Ce qui passe aux States est super. Ce serait cool que ça provoque des choses chez nous mais je n’y crois pas.

    Bea et toute la famile

  4. ericvalmir dit :

    Aurore,

    Malheureusement, il ne s’agit pas d’un effet de style. Ces dernières semaines, vu que de nombreux noirs ont Ă©tĂ© la cible directe soit de meurtres racistes, d’ agressions physiques, verbales Ă  caractère raciste, j’ai rĂ©alisĂ© deux trois reportages en rencontrant les communautĂ©s noires de Naples, Milan, Parme, Rome. La discrimination subie au quotidien tranchait avec le destin de Barak Obama. Et dans nons conversations, je leur demandais : et alors si Obama est Ă©lu ? un noir prĂ©sident des Etats-Unis ?… en guise de rĂ©ponse, j’avais un sourire mais un sourire si triste et fatiguĂ©… Mais qu’est ce que ça changera pour nous ? C’est bien pour les noirs d’AmĂ©rique… mais ici, on va vivre mieux ?
    En fait ce post est quasiment la transcription de ce que racontaient tous les immigrĂ©s africains clandestins que j’ai croisĂ© ces dernières semaines. Ce n’est qu’une photo, un Ă©tat d’ame, une question, une rĂ©flexion, peut ĂŞtre une lueur…. au loin.

  5. Anabelle dit :

    CiĂ o Eric.

    Un pur bonheur ce blog, mĂŞme quand vous parlez de choses pas très gaies. Surtout continuez. C’est un peu comme si on avait les parfums de l’Italie sur l’ordinateur.

    Forza… (si dice cosi, no ?)

  6. blitz dit :

    CiĂ o tutti

    Et Berlusconi, lui qui veut toujours ĂŞtre dans le coup, qu’est ce qu’il va faire maintenant ? des u.V pour ĂŞtre Ă  la mode ? Quelques bonnes sĂ©ances de solarium pour devenir le premier prĂ©sident noir de la RĂ©publique Italienne. La blackitude, c’est fashion.
    Bon, c’est vrai que portĂ© par l’euphorie, j’avais envie de rigoler mais putain faut toujours qu’il y ait un connard d’italien pour gacher la fĂŞte. Dites moi si je me trompe, Eric ou vous tous qui lisez ce blog, mais y a pas un blaireau de la ligue du nord qui a dĂ©clarĂ© qu’avec Obama Ă  la maison blanche, l’amĂ©rique Ă©tait aux mains des islamistes? on va les laisser dire des conneries comme ça indĂ©finiment ?

  7. giulio dit :

    Berlusconi en a dĂ©jĂ  fait une sur Obama. Aujourd’hui jeudi 6 novembre, il a dĂ©clarĂ© qu’Obama Ă©tait jeune, beau et bronzĂ©.
    Les journalistes italiens disent que c’est une gaffe. Sono un po vergognoso. Chaque fois que le prĂ©sident du conseil italien sort une Ă©normitĂ©, les journalistes disent que c’est une gaffe. Les gaffes, c’est pour les cretini et les Ă©tourdis. Je ne pense pas que Silvio soit Berlusconi soit crĂ©tino ou Ă©tourdi, c’est plus grave que ça.

  8. ericvalmir dit :

    Blitz,

    A ma connaissance, aucun homme politique italien n’a dĂ©clarĂ© que la maison blanche Ă©tait aux mains des islamistes. Mais je vois Ă  quelle citation vous faĂ®tes allusion. Et le parti autonomiste de la ligue du nord n’y est pour rien pour une fois.

    L prĂ©sident du Groupe PDL (parti majoritaire de Berlusconi), Maurizio Gaspari, cadre d’Alliance Nationale. InterrogĂ© sur la Rai, il a dĂ©clarĂ© textuellement :

    - “Obama suscite de nombreuses interrogations. Peut ĂŞtre que les terroristes d’Al-QaĂŻda sont plus heureux avec Obama Ă  la maison blanche. Mc Cain Ă©tait mieux armĂ©s pour lutter contre l’extremisme et le terrorisme. Mais les meilleurs ne gagnent pas toujours”

    L’opposition de gauche a rĂ©agi :”grave et inacceptable”.

  9. giulio dit :

    Je me permets d’insister parce que Berlusconi me fait vraiment honte. A chacune de ses saillies, il prĂ©texte l’humour. Un humour que nous imbĂ©ciles mortels ne pouvons comprendre. Un humour tellement dĂ©gueulasse qu’il ne me fait pas rire.
    Berlusconi m’Ă©coeure avec cette facultĂ© de faire passer pour ringard ceux qui ne rient pas avec lui de ses blagues potaches. Je suis Ă©coeurĂ© et en colère, j’espère qu’il y aura des rĂ©actions diplomatiques

  10. ericvalmir dit :

    Dans le prolongement du post “nero e non negro”, ce lien avec un Ă©dito du journal La Reppubblica ce vendredi. L’Ă©dito est signĂ© d’un liguiste, universitĂ© Ă  la facultĂ© de lettres Ă©trangères Ă  Cagliari en Sardaigne.
    Traduction du titre “Et si le mot bronzĂ© Ă©tait encore plus dangereux que negro”

    http://www.repubblica.it/2008/11/sezioni/esteri/italia-obama/nero-e-abbronzato/nero-e-abbronzato.html?ref=search

  11. dahlia dit :

    Ne rĂŞve pas trop Giulio. Tout le monde s’en fout de Berlusconi, il n’y aura aucune rĂ©action diplomatique. La presse en fait ses gros titres pour le sensationnel mais aucune nation ne va Ă©lĂ©ver la voix.

  12. bruno dit :

    Bonjour Ă  tous,

    J’ai vu Ă  la tĂ©lĂ© cet après midi un reportage sur Obama qui constitue son Ă©quipe. Et dans ce reportage, il Ă©tait dit que le nouveau prĂ©sident amĂ©ricain avait tĂ©lĂ©phonĂ© Ă  tous les chefs d’Etat europĂ©ens. Tous sauf un : Berlusconi.
    Le compliment qui se voulait rieur n’a pas du ĂŞtre très bien pris par la clan Obama. Quelle honte ce Berlusconi pour l’Italie ! mais après tout les italiens l’ont bien choisi, alors….

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martel

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