Sur le Ponte Milvio, des promesses d’Ă©ternitĂ©
Vendredi 28 novembre 2008Texte ou image par défaut.
Sur le Ponte Vecchio de Florence, il existait une vieille tradition Ă©tudiante. A la fin de l’annĂ©e, on laissait un cadenas et on jetait la clĂ© dans le fleuve pour laisser Ă jamais une trace de son passage.
Federico Moccia, un auteur italien Ă succès, vĂ©ritable phĂ©nomène de sociĂ©té (histoires d’ados sentimentales qui sĂ©duisent un très large public), a repris l’idĂ©e dans Ho voglia di te. (version française : J’ai envie de toi chez Calmann-Levy).
Step et Gin, les deux amoureux fougueux du livre s’embrassent sur le Ponte Milvio de Rome, lui est un motard, genre beau gosse rebelle, il entoure un des rĂ©verbères du pont de sa grosse chaine de moto, ferme le cadenas, et jette la clĂ© dans le Tibre et tous les deux se jurent un amour Ă©ternel scellĂ© par ce rituel.
En quelques semaines, le dit reverbère a Ă©tĂ© recouvert de chaines de moto et d’antivols en tous genre. Des dizaines de couples venaient dans un geste solennel dĂ©clarer leur flamme. Le problème, c’est que très vite, tous les rĂ©verbères ont Ă©tĂ© recouverts. On venait avec des Ă©chelles pour mettre son cadenas le plus haut possible. Le Ponte Milvio est un monument classĂ©. Les comitĂ©s de quartier ont protestĂ©.
La mairie a pris les choses en main le jour oĂą un rĂ©verbère a pliĂ© sous le poids des antivols de scooter et s’est Ă©croulĂ©. L’ordre public Ă©tait menacĂ©. Tout a Ă©tĂ© enlevĂ© Ă la tenaille. Et des policiers municipaux ont surveillĂ© l’endroit avec la charge de verbaliser les amoureux qui venaient sceller leur passion.
Rien Ă faire, les feux de l’amour Ă©taient trop fort, les flics passaient leur soirĂ©e Ă parlementer avec des dizaines de jeunes qui venaient avec leurs cadenas.
Alors depuis quelques mois, la mairie d’arrondissement a trouvĂ© un compromis. Sur ce pont de pierre, des barres mĂ©talliques ont Ă©tĂ© disposĂ©es tout le long pour acceuillir, seulement de petits cadenas, pas de chaines ou d’antivols. Un cadenas sur lequel on inscrit les prĂ©noms, une date ou un message.
Et Ă proximitĂ© de ces barres, des indiens et des pakistanais (ceux qui ont le sens du commerce, qui vous vendent un parapluie quand c’est le dĂ©luge et vous sortent les lunettes de soleil Ă la première Ă©claircie), ces vendeurs se sont installĂ©s lĂ avec des cadenas de toutes les couleurs. De 2 Ă 5 euros, pas cher, au nom de l’amour.
Rajeev fait des affaires. La rose dans les restaurants, c’est ringard.Le cadenas, Ponte Milvio, c’est tendance.
On s’embrasse, on s’aime, on jette la clĂ© et on la voit disparaitre dans les rapides du Tibre, perduadĂ©s que le tourbillon de la vie n’emportera pas cet amour.
















