Comprendre l’Italie Ă  travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


A la montagne, l’air est pur, l’eau un peu moins…

scandale

ericvalmir.RF

Si un professeur de chimie, un simple habitant de la rĂ©gion ne s’était pas inquiĂ©tĂ© pour la santĂ© de sa famille…

Si l’organisation de protection de l’environnement, WWF, l’antenne de la région des Abbruzzes n’avait pas rendu ce dossier public…  

300 000 personnes n’auraient jamais su qu’ils ont bu une eau contaminée pendant 20 ans.  

On peut rétorquer : à quoi bon le savoir puisque le mal est fait, et l’eau du robinet aujourd’hui est la plus pure qui soit ?  Et si on en parlait justement  parce le laxisme des autorités locales et le crime contre l’environnement commis par des entrepreneurs, voire des mafieux ont représenté un danger pour la santé publique  … surtout quand les faits avérés font l’objet d’une instruction judiciaire toujours en cours…  

Pendant 20 à 25 ans… on situe le début de cette histoire au milieu des années 80, un terrain attenant à une usine de traitement chimique s’est transformé en décharge de déchets toxiques. Illégale évidemment.  Peut être la plus grande d’Europe précise un rapport de police. Problème, la nappe phréatique du site approvisionne en eau potable les communes de la vallée de Pescara… Une eau très vite contaminée en substances toxiques et cancérigènes…  

Les autorités découvrent le problème en 2004 et posent des barrages filtrants sans prévenir la population pour éviter la panique. Cout des travaux : 900 000 euros. Ces filtres ne fonctionnent pas. On les remplace à l’été 2007 en coupant l’eau de toute la vallée sans prévenir personne. Rénovation du réseau dit-on. Au final, les pouvoirs publics, vont prélever l’eau en amont avant le site pollué. Là où sa pureté ne fait aucun doute. Fin de l’histoire.  

MAIS… encore des zones d’ombres… les gardes forestiers découvrent la décharge de déchets toxiques en février 2007 et posent les séquestres…. Pourquoi ne pas l’avoir fait en 2004 quand les autorités ont découvert la contamination ? laxisme, légèreté, inconscience, conflits d’intérêts ?  

La presse italienne n’a pas été très éloquente sur le sujet. Seule la 7, la Rai 3, le journal La Stampa, et les journaux locaux en ont parlé. Ces mêmes journaux locaux qui ont suscité l’inquiétude de Fausto, l’enseignant universitaire de Chieti. (le SON à écouter. Toute l’histoire en 9 minutes). Sans les analyses qu’il a lui-même effectué, on ne saurait rien de cette affaire. Même si les médecins de la région ces dernières années ne comprenaient  pas   la hausse inexpliquée du nombre de cancers. Mais chutt !!! Aucune statistique officielle n’existe.    

Au paesino évidemment on en parle et on est indigné. Mais maintenant le mal est fait. Les coupables, seront-ils désignés un jour ? Soupçonnées, l’usine mais aussi la Camorra (tiens donc, le clan casalesi encore lui est déjà accusé d’avoir déversé les déchets toxiques sur 3 terrains dans une autre région des Abbruzzes)   Un fatalisme prend corps. Il y a la peur de tomber malade mais surtout l’envie de taire cette histoire qui pourrait être préjudiciable à la région… que ce soit pour le tourisme ou la cotation immobilière de la vallée.  

8 commentaires pour “A la montagne, l’air est pur, l’eau un peu moins…”

  1. marco dit :

    Uffa !!!! Par contre je n’ai pas compris dans quelle rĂ©gion c’Ă©tait ? Les abbruzzes mais quel pays exactement ?

  2. blitz dit :

    Ce que je ne comprends pas, c’est qu’en Italie, ça doit ĂŞtre comme en France, il ya des agences gouvernementales de l’environnement qui supervisent, qui contrĂ´lent. Elles existent ces agences ou pas ?

  3. ericvalmir dit :

    Pour Marco. C’est la vallĂ©e de Pescara sur l’adriatique. Le site contaminĂ© se trouvait sur le territoire de la commune de Bussi, Ă  une vingtaine de kilomètres de la ville de Chieti. Sous l’autoroute Rome/Pescara

    Pour Blitz, justement, c’est ce que dĂ©nonce l’organisation WWF : la dĂ©faillance de tous les systèmes de controle. Comment dĂ©poser des 500 000 tonnes de dĂ©chets toxiques Ă  deux pas de zones habitĂ©es sans que personne ne s’en aperçoive ? Que l’eau soit contaminĂ©e ainsi pendant si longtemps sans aucun controle ?
    Oui les autoritĂ©s compĂ©tentes ne manquent pas : l’Asl (agence sanitaire locale) en première ligne sur ce dossier puisque censĂ© vĂ©rifier l’eau potable, l’Arta (autoritĂ© rĂ©gionale sur l’environnement) censĂ©e faire les analyses en labo, l’Ato qui coordine tous les services en rapport avec la gestion de l’eau sans oublier le commissaire extraordinaire du gouvernement sur la question des dĂ©chets, et une quarantaine de communes.

    Tous se sont mis d’accord Ă  en croire Ă  un document publiĂ© par “La Stampa”, un document Ă©manant de la RĂ©gion Abbruzze, tous se sont entendus pour garder le silence, soit disant pour ne pas affoler la population.

  4. giulio dit :

    Monsieur Valmir,

    Ce blog et les sujets que vous traitez donnent vraiment une belle allure au service public français. Continuez sur cette voie. Et merci. Je suis sure en plus qu’en Italie des dizaines d’histoires comme celle que vous racontez aujourd’hui dans les Abruzzes existent. Je ne veux pas dire qu’elles soient toutes scandaleuses, mais le citoyen italien est mĂ©prisĂ© et très mal informĂ©. Je ne sais pas si ça changera un jour.

  5. Le Bris Anouck dit :

    EH ERIC ,

    J”ai travaille au noir aux Etats_Unis pendant six ans et demi , je ne suis pas noire ni latino et ca fait une grosse difference d’etre blanc meme ici Colin Powell et Condi Rice sont une goutte d’eau mais pas la realite de la majorite des minorites aux States et surtout les noirs ( c’est degueulasse que l’on en soit encore a juger les gens par leur couleur , je l’ai vu ici comme ailleurs c’est toujours present )

    Mais et je vis sur la Cote Ouest des Etats Unis depuis seize maintenant et c’est quand meme un grand pas que Obama ai ete elu , t’aurais vu les fetes qu’ils y avait ici , meme si honetement je m’attends pas a des miracles de lui ( c’est cent fois mieux que Mc Cain Pallin ) . Pas d’accord avec toi y’a quand meme des tas de gens ici qui ouvertement avoue ne pouvoir voter pour lui simplement a cause de sa couleur . Bonne chance pour ta quete de papiers en Italie , une vraie galere cette bureaucratie mondiale qui veux regir le mouvement des gens sur la planete et leur droit au travail et a la survie . Dis moi si je peux faire quoi que ce soit .
    Je t’envie quand meme de vivre en Italie , mange une Sfogliatella pour moi .
    Ciao
    Anouck

  6. voog marie dit :

    Bonjour,

    D’abord merci pour cette information. Nous vivons depuis Ă  peine trois mois Ă  Pescara (avec enfants en bas âge), et bien entendu, faute de trouver l’information sur place, ma question concerne les prĂ©cautions Ă  prendre pour Ă©viter une contamination au jour d’aujourd’hui. Je serais vraiment très rassurĂ©e d’entendre qu’elle n’est plus Ă  redouter, mais j’en doute… Et notamment en ce qui concerne les cultures locales (que je cherche toujours Ă  privilĂ©gier dans mon panier oĂą que l’on habite): peut-on manger sans risque tomates, courgettes et autres verdures sans s’intoxiquer?
    Merci pour votre aide.

  7. laura dit :

    Bonjour Eric,

    J’ai lu votre article a propos du site contamine’ a Pescara. Je l’ai trouve’ tres interessant et je crois que la presse etrangere rend un grand service aux italiens en ce moment de black out de l’info libre.

    Bientot les elections regionales auront lieu en Abruzzo. J’ai envoye’ un link de votre article a un des candidats (IdV). Je lui ai demande’ quelle serons ses positions politiques a propos de cet affaire et quoi il compte faire si elu.
    J’attends toujours une reponse. Si les electeurs abruzzesi poussent les candidats a s’engager maintenant qu’ils cherchent de gagner leur votes, on pourra peut etre faire un petit pas en avant sur cela.

    Resister Resister Resister.

  8. ericvalmir dit :

    Bonjour Laure,

    D’abord pour ĂŞtre tout Ă  fait honnĂŞte, je ne suis pas le seul journaliste Ă  avoir traitĂ© ce dossier. Les italiens l’ont Ă©voquĂ©. Sans un premier reportage dans un magazine sur la Rai 3 (certes en fin de soirĂ©e) et un article assez fourni dans le quotidien la Stampa, je n’en aurai jamais entendu parler. Ensuite, la 7, mais aussi la presse rĂ©gionale des Abbruzzes ont travaillĂ© sur le dossier. Mais nous sommes d’accord, l’ensemble reste assez frileux.

    Quant Ă  solliciter les Ă©lus en campagne sur le sujet, je crains malheureusement (mais rien ne le prouve tant que l’enquĂŞte est en cours) quĂ  gauche comme Ă  droite, on ait choisi de se taire pour Ă©viter la panique tout en pensant rĂ©soudre le problème en silence pendant ce temps lĂ . C’est en tout cas l’opinion de WWF qui travaille dans les Abbruzze et qui s’est procurĂ© des notes internes Ă©crites Conseil RĂ©gional.

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