Comprendre l’Italie à travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


la première gorgée de grappa et autres plaisirs italiens minuscules

humeur

La première gorgée de grappa. Sévère. Les touristes préfèrent le limoncello, liqueur de citron plus douce. Mais l’intégration passe aussi par l’adoption de la grappa, et avec le temps on s’y fait. Un peu comme le café  ristretto. La première fois, un effet pâteux dans la bouche et une pulsation cardiaque crescendo. Comme tout français qui débarque, au début j’ai carburé à l’americano, un café long. Mais lassé de voir les serveurs me vider une bassine d’eau chaude dans mon café, j’ai opté pour le ristretto au final beaucoup plus digeste.  

Les policiers et leurs casquettes. Un soin infini à l’image de leurs uniformes toujours impeccables. Tout le monde s’attarde sur les gants blancs. Moi rien à faire, ma préférence va à la casquette. Toujours rangée avec méticulosité dans la voiture sur la banquette arrière, posée bien à plat. Me plait énormément le rituel de la portière arrière. En montant dans le véhicule, on pose la casquette avant de s’installer au volant. En descendant, on se précipite sur la portière arrière pour vite récupérer la casquette et la revêtir.   

Le Come no que l’on peut traduire par « pourquoi pas » ou « bien entendu ». Mais au-delà de l’expression, ce qui  me ravit, c’est le ton qui accompagne l’expression. On dirait une indignation comme s’il y avait une offense. E come no ???   Très répandu dans le langage quotidien…. Tout comme le assolutamente si, prononcé là aussi avec une grande conviction. 

La nota politica du TG1. La page politique du 20h de la Rai 1. Quelque chose à part. Impossible de regarder avec sérieux. Le journaliste toujours en direct devant le Palais Chigi (palais du conseil des ministres) lance les interviews du jour qui porte sur le sujet du jour. Construit comme un devoir scolaire : d’abord ce que pense la majorité, puis ce que dit l’opposition, et enfin ce qu’il faut en retenir. A quelques mètres derrière le journaliste, tenus à distance par des policiers, été comme hiver, des dizaines de badauds, téléphone portable à l’oreille pour prévenir la famille, font bonjour à chacune des interventions du journaliste.  

Un rendez vous pour une interview. Impossible de fixer dès le premier coup de fil une date, une heure, un lieu précis. Il faut se téléphoner 5 ou 6 fois avant de se rencontrer. Une spécificité italienne.

On dirait qu’on est en Angleterre, on roule à gauche. Jean Louis Trintignant à Vittorio Gassman dans Il sorpasso, le film de Dino Risi. Et de fait, on roule à gauche, ou au milieu. A Rome, on roule toujours au milieu parce qu’on ne sait jamais si la file la plus rapide sera celle de gauche ou de droite. Et puis avec les stationnements en double file ou triple file, le milieu est la position la plus stratégique. Sur les autoroutes à 3 voies, jamais rouler à droite. Ça doit être la honte. Au milieu ou à gauche.  

La voiture toujours. Interdit de téléphoner au volant sans son oreillette. Pas de problème, sauf qu’une caricature se vérifie. On parle avec les mains. Vous doublez parfois des automobilistes au téléphone avec l’oreillette, mais les mains ne sont pas sur le volant.  

Fabio et ses clients. Fabio est mon marchand de journaux, je l’adore. Tous les matins, on s’échange quelques mots, on plaisante. Et pendant ce temps là, les clients défilent. Pas un mot, un bonjour, un merci ou quoi que ce soit. Ils arrivent, ils ont la pièce d’un euro. Ils la posent devant Fabio. Fabio regarde de qui il s’agit, il sait précisément quel est le journal adapté à chaque visage et le sert. L’autre sans broncher repart avec son canard sous le bras.  

Les français à Rome. Les touristes.  Entendu Piazza Navona :« oh  les italiens, quand ils te sourient, c’est simple, ça veut dire qu’ils t’ont baisé la gueule ». Oui, c’est simple, quand j’entends parler ainsi, j’ai honte.  Quant à quelques français de Rome (je suis mal tombé), les diners dans le centre historique « les italiens sont comme ci, sont comme ça, patati et patata ». On dirait des ethnologues au zoo. Les italiens à Paris doivent faire la même chose, sans doute. Ce n’est pas une raison. Le pire que j’ai entendu « Oh je n’ai vraiment pas confiance en leur produit, moi je préfère aller à Auchan Fiumicino (15kms de Rome), là bas ils ont du caprice des dieux ». Bon séjour en Italie les amis. Désormais je dine avec les italiens. Au moins, ça m’aide à comprendre le pays.  

Les lunettes de soleil. Dans les sous sols de la salle de gym, les filles les portent. Pour ne pas être ébloui par les néons peut être…. A une barrière de péage sous des trombes d’eaux, avec qui plus est une  brume qui réduit la visibilité, l’automobiliste à mes cotés porte ses lunettes de soleil… là, j’ai beau me creuser, je ne trouve pas d’explications.  

La lingua italiana. J’adore cette langue. J’adore les voix féminines italiennes, les masculines aussi. Mais à Rome, elles sont souvent gutturales avec un accent romain prononcé et pour ceux qui connaissent, ce n’est pas vraiment charmant et élégant. La musicalité de la langue m’enchante. J’aimerai la maitriser un jour, mais mon italien reste contaminé par des pointes d’accento francese. Mes amis italiens me disent que c’est mignon, un peu comme les français quand ils sont sous le charme de l’accent italien. Alors je pense à mon ami Ruggero, en France depuis… depuis combien de temps Ruggero ????? …. Et toujours son accent italien irrésistible.  

Dernier mot sur la langue italienne, elle est si rapide qu’on la croit bougonnée. Faux, c’est une langue qui s’ar-ti-cu-le. Handicapé par les joies d’un appareil dentaire pendant deux ans, j’ai senti la différence quand on me l’a enlevé. Comme il faut bien articuler quand on parle l’italien (curieusement plus que le français), l’élocution est devenue plus facile.   

La lumière d’octobre sur Rome. Le soleil moins puissant, une lumière orange et douce sur les facades ocres.

Les oiseaux. En tous lieux, ils se rassemblent pour migrer. Dans le ciel de Rome, ils dessinent des farandoles ondulantes à couper le souffle.

Etc…………………………………………………………………………………………… 

10 commentaires pour “la première gorgée de grappa et autres plaisirs italiens minuscules”

  1. Lorenza dit :

    Vive le quotidien non médiatique d’Eric Valmir !

  2. sophie dit :

    Jouissif… merci…
    J’ajouterai: la focaccia, encore tiède, qu’on mange dans la rue, et qui laisse les mains toutes grasses, mais c’est pas grave.
    Le TG1… j’adore… je n’ai pas vu une seule édition sans plantage technique, reportages qui ne partent pas, ou bien coupés au milieu d’une phrase…
    Les hommes qui marchent dans la rue en lisant le journal…
    Les hommes, justement, qui sentent subtilement l’after-shave à Milan…
    Les débats passionnés à chaque fois qu’on parle recettes de famille. J’adore demander innocemment durant un dîner si quelqu’un a une bonne recette de vitello al tonno ou de tiramisu, et là c’est la passe d’armes assurée (surtout qu’à Milan, il y a tout sauf des milanais et que nos amis viennent de Toscane, Naples, de Calabre, Padoue, etc…).
    Enfin, j’adore la façon dont chaque italien vous explique que sa région, quelle qu’elle soit, est vraiment le berceau culturel et gastronomique de l’Italie… avec tellement de bonheur et de fierté que c’est communicatif…
    Non, vraiment, j’adore l’Italie et les italiens… Et, à mon grand regret, j’ai bien plus qu’une pointe de français dans mon italien… mais il paraît en effet que c’est charmant!

  3. babar dit :

    Tant pis pour la caricature, mais rentrant d’un séjour en Italie, j’ai trouvé qu’ils parlaient fort dans la rue et qu’ils étaient tous en portable. C’est donc une réalité

  4. lolo38 dit :

    Passionnant le commentaire de Babar.

    Eric, je ne comprends pas quand vous parlez des demandes de rendez vous pour des interviews. Les interlocuteurs ne veulent jamais vous répondre ?

  5. Mouriel dit :

    Les Italiens, ce peuple de chanteurs..
    Ils ont San Remo, je pensais aujourd’hui. Nous on a quoi? Eh bien, quoi que nous ayons, nous n’avons pas San Remo!
    En pleine crise financière, aujourd’hui éclatait un débat inouï, d’une importance vitale (sur corriere.it je crois), maintenir ou non l’après festival? Le Festival de San Remo, je n’ai rien contre pourvu qu’on ne m’oblige pas à le regarder (oui, j’avoue, j’ai cédé, une fois dans une pizzeria avec télé en hauteur et commentaires hauts en couleur plus sur le décolleté des “soubrettes” que sur la qualité des interprétations, une autre dans une chambre d’hôtel à Milan sous les feux de l’amour.. lasciamo perdere). La musique j’adore pourvu qu’on m’oblige à chanter, mais la diretta televisiva jusqu’à 1h du mat, voire plus, pitié. Ma loro sono italiani.. e Italiani veri, je n’ai donc sans doute encore rien compris à l’Italie (pardon pour cet hommage à Toto Cutugno, qui fait régulièrement sa réapparition justement à.. San Remo, pas pu m’en empêcher). Aïe aïe aïe, je vais sûrement en rêver cette nuit, quel cauchemar! Ou comment finir sur un peu du sens d’exagération romano que j’ai parfaitement intégré!

  6. diego dit :

    J’étais en visite à Paris il y a quelques années avec un groupe d’amis italiens qui n’avaient jamais visité la France. La première soiré je voulait les inviter dans un restaurant traditionel français. A part les commentaires sur les habitudes quotidiennes des autres peuples(qui sont presque inévitables), leurs réaction fut ” pas quéstion de gouter à une cuisine “straniera”". Ils ont à tout prix voulut chercher un restaurant italien ou’ ils aurait pu manger la “pasta “. On a fini pour rentrer dans un resto ou’ ils ont mangé une horrible carbonara avec de la crème fraiche dedans et cuite trois fois plus que la normale! Mais ils étaient contents…

  7. benso dit :

    La première fois à Rome, l’architecture de la gare termini dans un soleil couchant d’été. L’urbs donc, la seule capitale qui soit à la fois antique et contemporaine. L’atmosphère de la place d’Espagne après la pluie, chipée au Plaisir de D’Annunzio, le centre historique en hiver, les périphéries désertes en Ete, les rencontres de rugby des 6 nations au stade Flaminio, de l’autre côté du foot (si laid), Antonio Papano dirigeant à l’auditorium l’orchestre de Santa Cecilia, le jogging a Villa Doria Pamphili, le jogging a Villa Borghese, les vélos Roma and Bike, le marché de via Andrea Doria, l’ennui chic de la Villa Medici, célébrer le 4 juillet à l’académie américaine, prendre un digestif au caffe della pace où suivre passionnément le festival de théatre esplorazioni . Après cela on peut se promener en Italie. Aller chercher des champignons au passo tremalzo, se baigner une nuit d’été dans le lac de Caldaro, partir de Milan en Vélo jusqu’à Vigevano le long des canaux, faire du rafting sur les cascades des marmore, marcher autour du monte rosa, marcher dans la maiella, marcher à Stromboli, marcher dans les dolomites, marcher dans les cinque terre, marcher (beaucoup) à Venise, marcher dans le parc du marturanum, nager à basiluzzo, nager à metaponte, nager à maratea, nager dans le lac de martigano, faire du bateau sur le lac de Côme, prier à Serra San Bruno, prendre l’apéritif au Royalto de Milan, aller boire une grappa au bar du pont couvert de Bassano, déguster des fagottini à l”angolo divino d’Urbino, manger une chianina arrosée de Chianti à Badia a Pasignano au pied du chateau, se plonger dans un plateaux d’oursins à la stella di Anchise à Comino, engloutir un pane e pannelle devant le palais des Normands à Palerme, visiter les caves dans le Piémont, boire du Barbera, danser à Riccione, faire le tour de la Sardaigne en moto.
    Surtout ouvrir les yeux au musée d’archéologie de Naples, au musée étrusque de Vale Giulia, au musées du capitole, à la galerie nationale d’art moderne, à la fondation Stibert de Florence, au musée Piettro Micca et à l’armurerie Royale de Turin. Relire Bassani à Ferrare, relire D’Annunzio et Moravia à Rome, relire Lampedusa et Siascia à Palerme, relire “si les porcs avaient des ailes”, relire Fogazzaro et Verga, sans oublier Leopardi ou Quasimodo. Aller à la cinémathèque de la fontaine de trevi pour revoir Antonioni, Rossellini, Zurlini, Visconti, Fellini.
    Tout cela c’est déjà beaucoup, assez pour une vie. Mais cela ne serait rien sans les italiens, terriblement humains, souvent humanistes, chaleureux et parfois enflammés, sophistes parfois résignés. Mes amis, un amour aussi.

  8. ericvalmir dit :

    <p>Lolo38</p>
    <p>Non, en général, mes interlocuteurs sont d’accord pour que l’on se voit. Mais à chaque fois, on ne peut pas fixer d’emblée une heure et un lieu précis.<br />
    Par exemple, j’appelle à 10h, on travaille souvent dans l’urgence. Il faut se rencontrer pour une interview dans l’après midi. Mon interlocuteur accepte. Mais où et à quelle heure ? la situation se complique. Il faut que je le rappelle à midi. Là j’apprends que ça peut être vers 16h, mais où ? On se rappelle à 14 heures. A 14h, la zone est définie mais on doit se le confirmer à 15h. </p>
    <p>Pour une prise de rendez vous plus large, c’est la même chose. Vous appelez le lundi pour une interview le jeudi. On se téléphonera ainsi jusqu’au jeudi matin. </p>
    <p>Donc rien à voir avec un éventuel refus…D’ailleurs, autre chose, le refus est toujours motivé. Jamais on ne vous dira “non”. Ce sera “purtroppo mi dispiace”, “malheureusement, je regrette” avec ensuite une longue excuse justificative pour formaliser le refus courtois.</p>

  9. chloé dit :

    Moi, j’adore slalomer en motorino entre les voitures, klaxonner pour dire que je ne vais sûrement pas m’arrêter ni freiner. J’adore quand le feu passe au vert, le matin, vers huit heures et que la dizaine de motorini démarre. On dirait un essaim d’abeilles. Chaque fois, quand je me retrouve dedans, j’éprouve une sorte d’euphorie et je me marre toute seule.
    J’adore quand un mec en motorino, s’arrête au feu à coté d’une voiture. Dans la voiture, un de ses potes. Ils commencent à discuter. Le feu passe au vert. Ils continuent à discuter.. tout en avançant côte à côte. C’est une scène qui à chaque fois m’arrache un sourire, même après une heure d’enfer dans le trafic.

    J’adore faire la furba, en voiture cette fois. Rouler sur la voie de gauche ou au milieu et le justifier par le fait que ‘tanto tutti fanno i dritti’. Parce que je déteste me retrouver coincée derrière un furbo qui s’est garé en double file juste devant moi, et finir par lui pardonner quand il sort de sa voiture tranquillement en me regardant et en haussant les épaules, les mains vers le ciel avec un sourire et un petit signe de menton.

    Le bus. Quand il pleut, les romains prennent la voiture au lieu du parapluie. C’est ce qu’ils m’ont dit. De fait, quand il pleut ‘la città va in tilt’ (j’adore aussi cette expression): pas possible de circuler, encore moins de se garer. Et pas possible de prendre le motorino si on ne veut pas tenter le diable sur la via della Conciliazione. Alors je prends le bus.
    J’adore les gens qui te demandent si le bus est déjà passé et qui te racontent le reste, et la fille derrière moi qui parle pendant une heure au téléphone pour raconter à sa mère qu’elle est sortie de chez le coiffeur et qu’elle a un panettone sur la tête.
    J’adore le regard incrédule des petits vieux quand je me lève pour leur laisser ma place.
    J’adore les touristes qui attendent le bus pendant une heure. Le bus arrive enfin. Ils demandent un ticket au chauffeur. Mais il ne vend pas de ticket. Il les envoie au tabac et entre temps, il se barre. Les touristes sont bons pour une nouvelle heure d’attente.
    J’adore quand le bus n’attend pas et que des gens courent derrière pour l’attraper, sans succès. Et personne ne râle. On attend le suivant en discutant avec ses compagnons d’infortune.

    J’adore entrer dans un café, demander un café au comptoir, le boire et ressortir tout ça en seulement 5 minutes.
    J’adore les soirs de derby, quand il y a un but de la Roma, entendre les clameurs comme un coup de tonnerre.
    J’adore les interviews de Valentino Rossi, après le moto GP.
    J’adore les gros orages, quand l’eau dévale en torrents dans les rues. Et qu’au TG on voit l’image d’une grosse berline prise dans les eaux et les deux mecs en costard et lunettes de soleil sur le toit de la bagnole en train de discuter avec les autres automobilistes dans la même situation.
    J’adore surtout les carabiniers qui font des roues avant en moto en plein centre ville.

    J’adore la langue italienne et ses mots si particuliers. Le ciao, ce n’est pas un hasard si on leur a emprunté. Ça veut dire bonjour bonsoir, on peut le dire à son chef, à quelqu’un qu’on connaît pas. On peut le souffler, le crier, le chuchoter. C’est très joli et très pratique.
    J’adore la formule de politesse au début d’un mail : gentilissima signora… ça m’émeut à chaque fois.
    J’adore le mot énigmatique : magari. Un jour j’avais envoyé un message à un mec pour lui demander s’il ça lui disait d’aller boire un verre un soir. Réponse : magari. Le dictionnaire le traduisait par ‘si seulement’. J’ai enquêté pendant une semaine pour savoir si ça voulait dire oui ou non. Résultat : Ni oui ni non, ça dépend comment c’est dit. Magaaaaaari ! oui avec plaisir. Magari una volta, pourquoi pas un de ces jours. C’est resté énigmatique, mais l’expérience s’est révélée très utile : magari sert à dire non, sans froisser l’interlocuteur, ou à dire oui, sans trop s’engager.

    Etc…………….

    J’adore toutes ces petites choses, les contempler, les déguster, et les faire miennes. Même si c’est comme l’accent français qui s’entendra toujours. Je slalomerai toujours entre les voitures avec un peu d’hésitation.. et je ferai toujours un peu trop cuire les pâtes.

  10. laurence dit :

    e ciò!!

    merci beaucoup pour toutes ces gorgées de bierre !

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