France-Italie : à chacun ses régionales !
Mais que fait la presse étrangère ? Elle dort ?
Le web italien s’interroge. L’affaire autour des listes Ă©lectorales du PDL est Ă peine effleurĂ©e par les mĂ©dias du monde entier.Â
A une confĂ©rence de presse, les journalistes italiens nous ont mĂŞme interpellĂ© gentiment. “Pourquoi un tel dĂ©sintĂ©ret pour un sujet aussi grave ?”
Un confrère allemand a alors rĂ©torquĂ© : “En Basse Saxe, j’ai un ministre, Christian Wulf qui est parti Ă Miami en vacances avec sa famille. Il a payĂ© son billet mais la compagnie aĂ©rienne l’a surclassĂ©. L’affaire a provoquĂ© un tel scandale qu’il a Ă©tĂ© contraint de dĂ©bourser la diffĂ©rence. Alors vos histoires d’embrouilles et d’escroqueries n’amusent plus personne chez moi, c’est surrĂ©aliste et incomprĂ©hensible“.
Si Ă Paris, la rĂ©ference n’est pas la mĂŞme, les français doivent reconnaitre que le sujet “caos liste” n’a pas Ă©mu les directions de rĂ©daction : “Encore une polĂ©mique Ă l’italienne qui finira comme les autres avec un arrangement tricotĂ© sur mesure.”Â
Sur son blog, Daniele Sensi dans un post datĂ© du 7 mars pose aussi la question. “Pourquoi de l’autre cotĂ© des Alpes, les journalistes n’ont ils pas encore Ă©voquĂ© ce qui est en train de se passer ? Peut ĂŞtre, pour les correspondants Ă©trangers, expliquer en un seul article toutes les règles de notre système Ă©lectoral et les complexitĂ©s institutionnelles  est un excercice difficile ? Mais la sensation est qu’on ne prend pas la mesure de la gravitĂ© des faits. Jolies filles et fĂŞtes privĂ©es sont plus mĂ©diatiques qu’un dĂ©cret loi.”
Le blogger se demande s’il ne faudrait pas aider les correspondants Ă©trangers par l’organisation d’une vaste consultation populaire, juste pour voir l’effet qu’elle produit.Â
Les faits : les reprĂ©sentants du PDL dans le Latium ont dĂ©posĂ© leur liste après la date butoir requise. ConsĂ©quence, elle n’a pas Ă©tĂ© enregistrĂ©e et tous les recours dĂ©posĂ©s ont Ă©tĂ© rejetĂ©s.
Face Ă cette impasse, le gouvernement Berlusconi a mis sur pied un dĂ©cret loi dont la finalitĂ© consistait Ă rĂ©gler cet Ă©pineux problème. Le PrĂ©sident de la Republique qui joue en Italie un role d’arbitre, garant des constitutions a apposĂ© sa signature et ce geste de Giorgo Napolitano a provoquĂ© une onde de choc dans les milieux politiques et institutionnels.Â
Quoiqu’il en soit, Renata Polverini, la candidate de la droite dans le Latium est toujours en lice mais  sans l’homologation PDL et dans sa liste ne figurent pas les candidats du parti Berlusconien. (problèmes de signatures, enregistrement tardifs).
Berlusconi hurle. “Ce sont des magistrats pointilleux qui ont empĂŞché mes Ă©quipes de se prĂ©senter. Il y a un complot derrière cette affaire.”Â
Alors, c’est vrai. Vu de Paris, Londres, Washington ou ailleurs, cette confusion qui anime la campagne des rĂ©gionales ne revĂŞt pas une grande importance. Il est Ă©vident que la manifestation du front de gauche demain et celle des partisans de Berlusconi le 20 mars auront une visibilitĂ© internationale plus large.
Mais ce n’est pas seulement une histoire de dĂ©cret loi complexe qui justifie la frilositĂ© de la presse Ă©trangère Ă en parler. C’est aussi un contexte.
Ces dernières semaines, les affaires et scandales de corruption sont devenus quasi quotidiens. Le business élus/mafia/entreprise que ce soit au niveau local ou régional apparait noir sur blanc dans les journaux.
Plus Ă©clatant encore, l’affaire fastweb/Scaglia. Une des plus grandes fortunes d’Italie, Silvio Scaglia, fondateur de l’Empire Fastweb en prison. Mandat d’arrĂŞt aussi contre le SĂ©nateur berlusconien Nicola Di Girolamo. Tous deux impliquĂ©s dans une affaire de blanchiment d’argent avec la mafia et de fraude fiscale.
1+1+1+1+1……  chaque jour une nouvelle polĂ©mique et un nouveau scandale chassent ceux de la veille… mais quels enseignements en tirer ?Â
Une certaine lassitude finit par gagner les consciences. Les éditorialistes italiens font leur travail et posent les questions. Personne ne répond !
Et que devrait faire la presse Ă©trangère dans un tel contexte ? Selon moi, le travail d’un correspondant n’est pas d’ĂŞtre protagoniste mais d’observer et rapporter les rĂ©alitĂ©s d’un pays et d’une sociĂ©tĂ©.
Daniele Sensi a raison quand il se demande s’il n’appartient pas aux italiens d’agir en premier lieu. Cher Daniele, c’est votre pays, votre destin, votre avenir. Un journaliste Ă©tranger peut rapporter une situation mais n’influera jamais sur le cours des évènements. Surtout pas en Italie.
Il suffirait qu’un anglais, un allemand ou une français formule une critique Ă©laborĂ©e du système pour qu’il soit aussitĂ´t couvert de boue et dĂ©criĂ© au prĂ©texte qu’il n’est pas italien et qu’il ne peut pas comprendre.
C’est le premier point, et c’est le plus sensible.
Le deuxième est le problème de la caricature.
Quand on parle de l’italie Ă l’Ă©tranger, c’est toujours d’un oeil amusĂ©. Pour le problème des listes du PDL, on n’a pas Ă©chappĂ© au traitement clownesque. Genre : “Ah oui, et puis vous ne connaissez pas la dernière? Les candidats de Berlusconi étaient au restaurant, ils n’ont pas vu passer l’heure et quand ils ont voulu dĂ©poser leur liste, c’Ă©tait trop tard…/… Ah vraiment, ces italiens, ils nous font marrer”…
Evidemment, la cause prĂ©sentĂ©e ici est biaisĂ©e. La rĂ©alitĂ© est que dans le Latium, les Ă©quilibres au sein du PDL rĂ©gional sont si difficiles Ă maintenir que la constitution de la liste s’est opĂ©rĂ©e dans la douleur.Â
Evidemment, et logiquement, la presse et le web italien déplorent régulièrement la mauvaise image colportée par les raccourcis. Dans une actualité dominée par la tension institutionnelle politique et social, quel est le sujet choisi par Canal +, média français ? Berlusconi et les femmes.
Bien sur, il s’agit d’un journal satyrique et non d’un 20h. Mais tout de mĂŞme, le sujet froisse. Les italiens se consolent en se disant que Yann Barthez ne doit pas connaitre grand chose de l’actualitĂ© italienne puisque le chroniqueur cite Forza Italia qui n’existe plus depuis deux ans.
MAIS….
Si l’on prend le chemin inverse…
Si moi français, je veux savoir comment la presse italienne Ă©voque la campagne pour les RĂ©gionales en France : les excès de Georges Freche, les dĂ©rapages autour de l’identitĂ© nationale, les enjeux… je peux chercher longtemps.
Les deux seules infos venues de France cette semaine :
1/ Carla Bruni : tenue trop sexy lors d’un diner officiel Ă l’ElysĂ©e avec le couple prĂ©sidentiel russe.
2/Problème conjugal Ă l’ElysĂ©e. Ce deuxième titre faisait mĂŞme la Une du Giornale, le quotidien berlusconien.
Sarkozy et Carla : Trahison réciproque.
Elle a un amant, il a une maitresse.
Aucune prĂ©caution d’usage, le conditionnel prĂ©sent dans le chapĂ´ disparait dans l’article, comme s’il s’agissait d’une info avĂ©rĂ©e alors qu’en France elle n’est considĂ©rĂ©e qu’Ă l’Ă©tat de rumeur alimentĂ©e par le rĂ©seau Twitter
Mais les articles fourmillent de dĂ©tails non sourcĂ©s et annonce mĂŞme une sĂ©paration au lendemain des RĂ©gionales (ah !!! enfin mentionnĂ©es !!! ça prouve au moins qu’on sait qu’il y a des Ă©lections en France).
Sur RaiNews 24 et SkyTG24, un bandeau déroulant tourne depuis ce matin : Carla dément tout.
Oui, les histoires privĂ©es, les filles, les fĂŞtes sont plus mĂ©diatiques qu’un dĂ©cret loi ou les Ă©carts d’un ex candidat socialiste. De tous temps, le virus people ou gossip contamine la presse, et pas seulement la presse. L’homme en gĂ©nĂ©ral.
Les cancans du quartier, les salades privĂ©es du voisin font la vie quotidienne et alimentent les conversations Ă la machine Ă cafĂ©. C’est un travers de la nature humaine, on en rigole, on fait mine de s’en dĂ©sinteresser, on en a honte, mais c’est bien lĂ .








































