Comprendre l’Italie Ă  travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


Purché duri

humeur

Tanti auguri a tutti

Les voeux, bilans et perspectives, la nuit du 31 comme un carrefour, un  dernier coup d’oeil dans le rĂ©tro avant l’ivresse des douze coups de minuit et la promesse que l’annĂ©e qui vient sera forcĂ©ment meilleure avec le cahier des charges que l’on s’impose. 

ArrivĂ© Ă  ce carrefour, je ne veux prendre aucun virage mais continuer tout droit, sur cette route qui me convient.  Travailler dans de bonnes conditions n’est pas seulement un luxe, c’est une chance. Et savoir la mesurer, c’est la vivre pleinement.

Quand on Ă©voque les moyens d’un journaliste, on pense voiture de fonction, beau bureau et salaire fixe, des Ă©lĂ©ments qui manquent cruellement Ă  une majoritĂ© de confrères rĂ©munĂ©rĂ©s Ă  la pige.  Mais le confort n’est pas une fin en soi, seulement un socle sur lequel on Ă©rige une libertĂ© Ă©ditoriale, une libertĂ© de ton.

Le dĂ©calage est important avec Paris. Sur ce blog, je le raconte parfois. Vu de france, je maintiens que l’Italie est perçue avec condescendance et surtout qu’on ne cherche jamais Ă  comprendre les nuances et les contradictions qui animent la pĂ©ninsule. Pas le temps, trop compliquĂ©. Je le mesure par exemple avec le nombre de mails de spectateurs qui sont allĂ©s voir “Le divo” au cinĂ©ma et qui ne comprennent rien, faute de dĂ©cryptage. L’Italie intĂ©resse la sociĂ©tĂ© française bien plus qu’on ne le pense. L’actualitĂ© italienne est un Ă©clairage pour la France, la France s’en moque. On me rĂ©torque souvent que les italiens se comportent de la mĂŞme façon, indiffĂ©rents à l’actualitĂ© française : je rĂ©ponds VRAI, mais ce n’est pas mon problème, mon travail est de dĂ©crire aux auditeurs français l’italie au plus près de sa rĂ©alitĂ©. Et cette rĂ©alitĂ© est difficile Ă  formaliser parce que “floutĂ©” par les caricatures et surtout les raccourcis mĂ©diatiques traditionnels. Sur la Mafia, sur Berlusconi, je n’y reviens pas, j’en parle assez souvent.

Bref, dans les conversations avec les rĂ©dacteurs en chef parisiens, il y  a donc souvent un dĂ©calage, mais il s’agit de “conversations” et souvent je suis entendu. Plus que la voiture de fonction, cette confiance reprĂ©sente un luxe inoui. Pouvoir mettre en perspective une situation sans subir la dictature de la dĂ©pĂŞche d’agence, pouvoir traiter en profondeur des sujets qui n’ont pas forcĂ©ment leur place dans l’actualitĂ© permet souvent de mieux dĂ©crire la sociĂ©tĂ© dans laquelle on vit. Et dans ces cas lĂ , les moyens jouent un role dĂ©terminant.

Prenons deux exemples rĂ©cents. L’acqua alta de Venise ou mĂŞmes les inondations Ă  Rome. Dans les deux cas, une information totalement dĂ©formĂ©e par le pouvoir de l’image. Du sensationnel Ă  tout prix. Venise allait ĂŞtre sous les eaux pour des mois (info), (mais dans les faits) l’acqua alta a durĂ© trois heures.  A Rome on se noyait dans le Tibre, les camions de l’armĂ©e prĂŞtaient secours aux habitants du Centro Storico. (info).  (Dans les faits) je recevais des coups de fil affolĂ©s d’amis français, me demandant si j’allais bien, alors que je rentrais de quelques courses faites tranquillement, justement dans le centre. Je dĂ©couvrais attĂ©rĂ© les images Ă  la tĂ©lĂ© qui me parlait de la ville oĂą j’habitais et que je ne reconnaissais pas.

Entendons nous, les inondations Ă  Rome ont causĂ© des dĂ©gats dans des quartiers pĂ©riphĂ©riques, le lungotevere a Ă©tĂ© fermĂ© Ă  la circulation par prĂ©caution. Oui le Tibre est montĂ© très haut et tout le monde le photographiait. C’est plutĂ´t les voitures garĂ©es en triple file le long du fleuve qui causaient les embouteillages.

Mais dire que Rome est sous les eaux, c’est plus “vendeur”. L’image choc d’une barge qui s’est dĂ©crochĂ©e de son point d’ancrage pour percuter un pont tourne en boucle sur toutes les chaines. C’est le chaos. Les rĂ©dacteurs en chef appelent pour qu’on leur dĂ©crive en direct le sinistre qui frappe la capitale italienne.

Une amie journaliste qui a jouĂ© cette partition m’explique qu’elle n’a pas pu faire autrement. Sa direction voulait un papier “Rome sous les eaux”, impossible de nuancer en disant que les inondations ne concernaient que des zones Ă©loignĂ©es de la ville. C’Ă©tait “Rome sous les eaux” ou rien d’autre, et rien d’autre pour un pigiste, c’est zĂ©ro argent Ă  l’arrivĂ©e. “DĂ©jĂ  que ce n’est pas facile de “vendre” des sujets sur l’Italie, ils ne veulent que de la “couleur”, des anecdotes pizza, ferrari, y a que ça qui les interesse”. Et le pigiste, s’il veut gagner sa vie, n’a pas toujours le choix.

Quand tout le monde parle du chaos Ă  Rome sur un ton alarmiste et que je prĂ©fère de mon coté tempĂ©riser, le direct est forcĂ©ment moins prenant, moins haletant. Et le prĂ©sentateur du journal peut ĂŞtre déçu au regard de ce qu’il voit Ă  la tĂ©lĂ© (forcĂ©ment plus sensass, mais exagĂ©rĂ© Ă  outrance).

Ce ne sont que des exemples sans importances, des exemples d’intempĂ©ries mais sur les sujets de fond, si la mĂŞme dĂ©rive s’applique, c’est dĂ©jĂ  plus problĂ©matique.  

Alors oui, je mesure encore cette chance inouie de pouvoir approcher un pays au plus près de ses pulsations cardiaques, mĂŞme si l’Italie reste complexe et difficile Ă  saisir, raison de plus pour fournir cet effort au quotidien. Ne pas se laisser porter par les unes tapageuses et plonger au milieu des italiens, vivre avec eux, les accompagner et ainsi ESSAYER de comprendre le fonctionnement d’une sociĂ©tĂ© et son histoire.

Pourvu qu’elle dure encore longtemps cette libertĂ© si prĂ©cieuse ! PurchĂ© duri in 2009.

La crise, ce coupable tout désigné.

social, journalisme, humeur, société

SurexitĂ©s les rĂ©dacteurs en chef quand il s’agit d’Ă©voquer les rĂ©percutions de la crise.

Allo Eric, tu nous fais un “truc” sur les italiens et la crise ?

Allo Eric, tu nous fais un “truc” sur les rĂ©percutions de la crise : les entreprises italiennes qui dĂ©posent le bilan.

Allo Eric tu surveilles ce que dit le pape dans son omélie, il va sûrement parler de la crise.

Ce n’est plus une crise financière, c’est une crise de nerfs. Autant la presse française n’a que cette obsession en tĂŞte, autant le sujet est Ă  peine effleurĂ© en Italie. Mes interlocuteurs parisiens me rĂ©pliquent que Berlusconi musèle les mĂ©dias et que la presse italienne ne peut en parler aussi librement qu’ailleurs. Je ne crois pas. Peut ĂŞtre qu’en Italie, le sujet n’est pas assez Ă©voquĂ©, mais en France ne l’est-il pas excessivement ?

Quand Paris me rĂ©clame un reportage sur les consĂ©quences de la crise (les nouveaux pauvres, les entreprises qui ferment), je rĂ©ponds “pardon, mais ces sujets que vous me demandez aujourd’hui, je vous les ai proposĂ© en fĂ©vrier pendant la campagne Ă©lectorale italienne, ça ne vous intĂ©ressait pas. Alors aujourd’hui, vous ĂŞtes d’accord pour qu’on en parle, simplement parce qu’on peut les cataloguer : consĂ©quence de la crise.  Excusez moi, mais en fĂ©vrier, aucune panique boursière n’Ă©tait Ă  l’ordre du jour et ces problèmes existaient dĂ©jĂ . Alors ?“.

Les temps sont durs. J’ai connu le marchĂ© du travail après l’universitĂ© dans les annĂ©es 90, on me disait dĂ©jĂ  que les temps seraient durs, que je connaitrais le chĂ´mage. Jamais je n’ai entendu un autre discours. Les tensions Ă©conomiques et les fermetures d’usines font partie de notre quotidien depuis trois dĂ©cennies.

 En Italie, la situation est encore pire. L’Istat  (Ă©quivalent de l’Insee) rĂ©vèle au fil des ans un apauvrissement encore plus important. Le pouvoir d’achat est en nette diminution. D’ailleurs, en septembre, le problème du pouvoir d’achat n’Ă©tait il pas Ă  la une de magazines et de journaux, aussi bien en France qu’en Italie ?

A vrai dire, les licenciements secs, les difficultĂ©s des foyers Ă  boucler les budgets faisaient tellement partie de notre quotidien depuis des annĂ©es que la presse s’en dĂ©sintĂ©ressait. Trop triste. Et puis que dire ? Aujourd’hui c’est beaucoup plus simple, on va pouvoir filmer ces pauvres parce qu’on a trouvĂ© le responsable : la crise financière. Regardez ce que la crise provoque.  Le ton du journaliste est grave, les visages filmĂ©s sont baissĂ©s. Ce pauvre, ce sera peut etre VOUS demain.

Entendons nous : la crise financière a eu un impact sur les mĂ©canismes boursiers, c’est vrai  et les Ă©tablissements bancaires ont Ă©tĂ© contraints Ă  adopter des  mesures draconniennes pour y faire face, c’est encore vrai. Le langage vis Ă  vis de la clientèle est devenu plus fermĂ©, c’est une évidence. Mais de lĂ ,  Ă  proclamer la crise responsable de la nouvelle pauvretĂ© ambiante, c’est un peu court. En rĂ©alitĂ©, Ă  force d’entendre parler de la crise et de lendemains difficiles, on devient prudent, Ă©conome alors la consommation baisse etc etc.  

Les situations sociales se dĂ©gradent au fil des ans, un palier a Ă©tĂ© franchi cette annĂ©e, la crise financière en bout de course ne signifie t’elle pas la panne du modèle libĂ©ral ? Après la faillite du communisme, le libĂ©ralisme Ă©conomique montre peut ĂŞtre ses limites. Ce n”est qu’une humble question, je ne suis ni altermondialiste, ni un partisan de la mondialisation, j’observe et je m’interroge, c’est tout.

Quant Ă  l’idĂ©e rĂ©pandue d’un Berlusconi qui censure la presse au sujet de la crise dans le seul but de ne pas alarmer la population…Sbagliato.

Les italiens vivent en direct la fuite de leur portemonnaie depuis des annĂ©es. Le seuil d’alerte a Ă©tĂ© franchi bien avant que la crise ne dĂ©marre. Aucune censure de Berlusconi lĂ  dedans, surtout que la presse italienne parle aussi de la crise. Mais avec modĂ©ration. Pour une fois qu’un sujet est traitĂ© avec prudence !

Allo Eric le pape a parlé de la crise. Gros plan là dessus.

Le pape n’a pas parlĂ© de la crise. Il a Ă©voquĂ© l’apprĂ©hension devant un avenir de plus en plus incertain, mĂŞme dans les nations qui vivent dans l’aisance. Alors oui, on peut l’interprĂ©ter Ă  partir d’une mĂ©taphore sur la crise. Mais pardon, il suffit de reprendre l’omĂ©lie de l’an dernier pour trouver une formule analogue : l’inquiĂ©tude devant un futur qui ne prĂ©sage rien de bon. Il  n’y avait rien de nouveau dans cet urbi e orbi.

Pour la presse, la crise, c’est la bonne option pour recycler les sujets sociaux usĂ©s jusqu’Ă  la corde qu’on ne savait plus comment traiter. Et pour les gouvernements, c’est une bĂ©nĂ©diction. Les mauvais chiffres du chĂ´mage et l’absence de perspective ont un alibi.

La crise, un coupable tout dĂ©signĂ©…. Et bien pratique par dessus tout.. Invisible, sans odeurs et personne n’y comprend rien… 

A presto e Auguri

Une soirée à la Villa Madama

berlusconi

Au pied du Monte Mario, sur les hauteurs du Tibre, Rome à ses pieds, une splendeur conçue par Raphaël, décorée par Giulio Romano avec de splendides fresques de Baldassare Peruzzi : la Villa Madama.

En un tel lieu, on pense Ă  la flanerie, la rĂŞverie qui remonte un temps suspendu au fil des oeuvres d’art, une mĂ©ditation bĂ©ate, une sĂ©rĂ©nitĂ©.

Mais samedi soir, la magnifiscence du lieu ne servait qu’Ă  mettre en valeur un personnage contemporain : Silvio Berlusconi qui tenait sa traditionnelle confĂ©rence de presse de fin d’annĂ©e. Le joli protocole sous les lustres Ă©tincelants; les journalistes sont tous bien habillĂ©s, tout est rĂ©glĂ© au millimètre.

Un cĂ©rĂ©monial introduit par un reprĂ©sentant de l’Ordre des Journalistes, le prĂ©sident de l’Association de la Presse Parlementaire, Pierluca Terzulli, assis Ă  cotĂ© de Berlusconi.  Le President du Conseil dĂ©roule alors le bilan de son annĂ©e, aborde tous les sujets sans un regard pour ses notes, se montre assez prĂ©cis dans la prĂ©sentation des dossiers, montrant au passage qu’il n’a rien d’un imbĂ©cile contrairement à sa rĂ©putation internationale construite Ă  partir de ses facĂ©ties, ses blagues douteuses, et ses dĂ©rapages contrĂ´lĂ©s. “Il est quand mĂŞme sympa” me souffle mon voisin et je m’interroge sur le sens de ce “quand mĂŞme“  

Au passage Berlusconi en profite pour s’auto-congratuler.  Très Ă  l’aise, il dĂ©tourne Ă  son profit des situations. Par exemple, la signature du Paquet Energie Climat par les 27 europĂ©ens Ă  Bruxelles, c’est LUI. Il rappele qu’il avait menacĂ© de s’opposer Ă  la ratification de ce traitĂ© destinĂ© Ă  lutter contre le rĂ©chauffement climatique si l’intĂ©rĂŞt des entreprises italiennes Ă©tait menacĂ©. Et Berlusconi annonce que grace Ă  son intervention, les dits intĂ©rĂŞts italiens ont Ă©tĂ© protĂ©gĂ©s. Pure invention, l’Italie n’a pas pesĂ© dans la nĂ©gociation, la prĂ©sidence française n’a pas cĂ©dĂ©, Berlusconi n’a pas usé de son vĂ©to, le texte a Ă©tĂ© signé et les entrepreneurs italiens n’ont pas Ă©tĂ© mis en danger pour autant.

Un mensonge ehonté qui passe parce que personne ne le contredit.  Silvio sauveur des italiens peaufine son image.

Puis vient l’heure des questions. Grand moment. Pierluca Terzulli rappelle que l’ordre de passage a Ă©tĂ© fixĂ© par un tirage au sort. Le journaliste appelĂ© doit se prĂ©senter à un pupitre pour poser SA question, pendant que le deuxième citĂ© se prĂ©pare.

Je vois alors les Ă©lèves d’une classe qui veulent faire bonne impression devant le Maestro Silvio  en lui posant des questions qui n’en sont pas, espĂ©rant en retour du Professeur un “vous avez raison” ou “vous pointez lĂ  un grave problème”, l’Ă©quivalent d’un bon point. 

Et puis vient le tour de la journaliste de l’UnitĂ  (gauche). “Vous voulez rĂ©former la justice mais que comptez vous faire avec un ministre dĂ©signĂ© par les repentis de la Camorra comme un interlocuteur direct de la Mafia dans la crise des dĂ©chets et d’autres secretaires d’Etat visĂ©s par des affaires judiciaires ? Dans votre campagne Ă©lectorale, vous aviez insistĂ© sur la nĂ©cessitĂ© d’une Ă©quipe saine.

RĂ©ponse de Berlusconi qui s’adresse aux autres journalistes : “Voyez vous le problème avec cette gauche, c’est qu’elle dit vouloir dialoguer pour rĂ©former le pays mais elle passe son temps Ă  insulter et provoquer“. Le parterre ricane, la question n’a pas de rĂ©ponse et on passe au suivant.

Je suis tĂ©tanisĂ© sur mon fauteuil, et refuse le verre de prosecco. La presse Ă©trangère n’a pas un droit d’intervention, ce n’est pas bien grave. A quoi servent ces confĂ©rences de presse ? Une question posĂ©e, le rĂ©pondant peut dire n’importe quoi, on ne peut plus le contredire, vu qu’on a posé LA question.  Berlusconi parle encore, il dit que pendant 7 mois, il a travaillĂ©, rĂ©formĂ© et c’est pour cette raison qu’on ne l’a pas beaucoup entendu dans la presse, tout le monde acquiesce d’un hĂ´chement de tĂŞte poli  pendant que je m’Ă©trangle discrètement : la veille encore, Canale 5 lui dĂ©roulait le tapis rouge pour qu’il parle de sa rĂ©forme de la justice.

En gĂ©nĂ©ral, Berlusconi Ă©vite les Ă©mission en direct en tĂŞte Ă  tĂŞte. Il a toujours dĂ©clinĂ© l’inviation de “Che tempo che fa”, mĂŞme quand il Ă©tait dans l’opposition. Bien que douĂ© dans l’art de la rĂ©plique, en professionnel de la tĂ©lĂ©, il sait Ă  quel point la part d’imprĂ©vu reste dangereuse dans l’exercice du direct. Berlusconi ne se donne aucun droit Ă  l’erreur. Et les confĂ©rences de presse genre Villa Madama ne reprĂ©sentent aucun pĂ©ril, et les pools qui se pressent en gĂ©nĂ©ral pour recueillir une parole, autant dire une formule et un slogan font son jeu.

Un peu plus tĂ´t dans l’après midi, j’avais entendu Veltroni devant une assemblĂ©e de jeunes du Parti DĂ©mocrate dire que le problème numĂ©ro 1 de l’Italie s’appelait Silvio Berlusconi.  Paroles stĂ©riles. Noel 2007, un an jour pour jour, Berlusconi discrĂ©ditĂ© en Ă©tait rĂ©duit Ă  prendre des bains de foule sur les places de Milan pour dire qu’il allait crĂ©er un nouveau parti. Prodi restait en place au Palais Chigi, et Gianfranco Fini semblait prendre le leadership de l’opposition. L’Italie de Berlusconi Ă©tait rĂ©volue.

Veltroni en voulant engager une rĂ©forme des institutions l’a remis en selle en le choisissant pour interlocuteur. Très mauvais calcul politique. Berlusconi sous estimĂ©. On connait la suite. 

Aujourd’hui, Veltroni s’Ă©poumone dans le vide. Berlusconi a le pouvoir et la lĂ©galitĂ© du vote pour lui. Il vise le Palais Quirinal, veut un rĂ©gime prĂ©sidentiel taillĂ© sur mesure, pour dĂ©bloquer l’Italie dit il. Encore et encore le mĂŞme argument. Qu’importe si ses alliĂ©s de la Ligue du Nord rĂ©pètent en public qu’il n’est qu’un Ă©goĂŻste. Au volant de son rouleau compresseur, il ne lâchera plus rien et Ă©crasera tout ce qui se mettra en travers de son chemin. A moins que…

Saviano en français

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Naples. Sous l’angle de la corruption et du scandale politique. L’affaire “global service”, une corruption organisĂ©e qui implique un homme d’affaires, des dĂ©putĂ©s, des conseillers municipaux (1 Ă  gauche, 1 Ă  droite, pas de jaloux), 1 officier de police… une affaire qui rĂ©vèle des faveurs dans les appels d’offres de marchĂ©s publics arbitrĂ©s par la mairie.

Rosa Iervolino, la maire de Naples refuse de dĂ©missioner. Ancienne de la DĂ©mocratie ChrĂ©tienne, proche de Bettino Craxi (PS) avant l’affaire mani puliti, elle a rĂ©sistĂ© au sĂ©isme des annĂ©es 90 pour reconstruire d’abord Ă  L’Olivier avec Prodi puis en figurant dans les 45 cadres de la direction nationale du Parti DĂ©mocrate. EngluĂ©e indirectement dans cette nouvelle affaire de corruption, elle reçoit de Walter Veltroni la consigne d’un geste fort, un signal. Berlusconi lui demande de dĂ©missioner et avance dĂ©jĂ  l’idĂ©e d’un scrutin, voulant certainement recommencer le coup des Abbruzzes. Sous l’effet mĂ©diatique, une gauche discrĂ©ditĂ©e qui perdrait une ville importante du pays. Pour l’heure, pas question de dĂ©mission, et tout le monde participe au dĂ©bat. MĂŞme Roberto Saviano.

Veltroni qui a lancĂ© l’idĂ©e d’une universitĂ© de formation politique lui a d’ailleurs proposĂ© de rĂ©flechir Ă  ce projet. Saviano n’a pas fermĂ© la porte.

Saviano, son livre, sa cause et son destin sont populaires en France. Il Ă©crit souvent dans L’Espresso, et la Repubblica.  Voici d’ailleurs quelques extraits de son article publiĂ© ce dimanche 21 dĂ©cembre  intitulĂ© “la corruzione inconsapevole che affonda il paese“. la corruption inconsciente qui enfonce le pays.

“Le fait tragique qui Ă©merge ces jours ci est qu’aucune des personnes impliquĂ©es dans ces enquĂŞtes judiciaires napolitaines ne perçoivent leurs erreurs, voire leurs crimes. Chacun des inculpĂ©s s’endormait tous les soirs l’esprit tranquille. Parce que les accords proprement dits ne paraissaient pas reposer sur des pots de vin, mais sur un simple Ă©chage de faveurs, on donne un coup de main Ă  une carrière, on trouve une maison plus belle Ă  un prix plus avantageux. Les entrepreneurs et les politiques savent très bien que rien ne s’obtient en Ă©change de rien. Que dans la crĂ©ation d’un consensus, il faut avoir quelque chose Ă  cĂ©der, et les Ă©lecteurs le savent Ă©galement, vu qu’ils votent souvent dans l’espoir d’obtenir d’Ă©ventuelles faveurs…/… Malheureusement, le problème n’engage pas la seule responsabilitĂ© d’un entrepreneur ou d’un Ă©lu, mais d’un vĂ©ritable système qui fontionne ainsi.

Aujourd’hui l’entrepreneur s’appelle Romeo, demain il aura un autre nom, mais le mĂ©canisme ne changera pas…/… Et qu’une telle corruption ne soit pas seulement la cible d’une poursuite judiciaire, ou condamnĂ©e par une Ă©thique civile, mais soit considĂ©rĂ©e aussi comme la source d’un mal objectivement reconnu dans un pays qui tourne au ralenti…/… Le mĂ©rite, l’engagement et la chance ne suffisent pas pour trouver un travail. La condition ihĂ©rente serait de d’intĂ©grer un système d’Ă©changes. C’Ă©tait vrai autrefois, quand la recommandation Ă©tait une façon de trouver du travail. Mais aujourd’hui encore le talent ne suffit pas toujours…/… 

Le moment n’est pas de convaincre quelqu’un Ă  changer de bord politique, Ă  chercher avec fĂ©brilitĂ© la nouveautĂ© ou le moins pire au risque de se retrouver face Ă  une nouvelle deception…/….  IndĂ©pendamment des futures condamnations ou acquittements, ces enquĂŞtes dĂ©montrent des pratiques qu’un politique, quel que soit sa couleur, ne peut aujourd’hui Ă©luder…/… Peu importe qu’un Ă©lecteur soit de gauche ou de droite…/… Et je ne crois pas que ce soient seulement le problème des Ă©lecteurs de centre gauche qui n’en peuvent plus d’ĂŞtre representĂ© par des individus prĂŞts au moindre compromis. La perception que le pays s’Ă©croule, tout le monde l’a, de gauche Ă  droite, du nord au sud. Et comme Ă  chaque crise, on devrait extraire des ressources qui nous permettraient de nous redresser. La tiedeur du “tout est perdu” devrait lentement se transformer en une force vive et exigeante pour changer les choses. Et aujourd’hui la question de la lĂ©galitĂ© arrive en prioritĂ©.

Les entrepreneur frauduleux se sont alliĂ©s aux politiques de gauche et de droite ces dernières annĂ©es. La Mafia a intĂ©grĂ© le monde des affaires, elle a su se renouveller pendant que toutes les autres sphères du pouvoir restaient entre les mains de “vieux”…/… Pour ne pas succomber Ă  la prolifĂ©ration il faut ĂŞtre capable de mobiliser d’autres Ă©nergies, mais saines, fortes, visant le bien commun. IdĂ©es qui unissent la morale au business, l’innovation au talent…/…

 La politique n’est pas mon mĂ©tier, jamais je ne m’imaginerais dans la peau d’un politique, mais c’est en qualitĂ© de narrateur qui observe la dynamique des faits que j’ai cru bon de me soustraire Ă  une recherche de dialogue sur comment affronter  l’illĂ©galitĂ© et la criminalitĂ© organisĂ©e. Le centre gauche s’est trop longtemps cru immunisĂ© de la collusion quand souvent il Ă©tait manipulĂ© ou impliqué grossièrement par un système criminel. Mais mĂŞme les Ă©lecteurs de droite ne sont pas heureux de voir les Ă©lus de gauche impliquĂ©s dans des affaires criminelles et ne cherchent pas en quelque sorte d’en tirer un avantage politique. Je ne crois pas non plus que la majoritĂ© de cet Ă©lectorat soit rĂ©ceptive Ă  l’idĂ©e d’un vaste complot de la magistrature. On peut ĂŞtre un Ă©lecteur de droite et avoir le mĂŞme dĂ©sir d’une place propre et dĂ©barassĂ©e des affaires de collusion, d’un pays qui cesse de fonctionner Ă  partir d’un système de rĂ©seau, de connaissance et de recommandations…/…

Se reveiller, assumer ses propres responsabilitĂ©s, faire pression. C’est le devoir des citoyens et des Ă©lecteurs. A chacun son idĂ©al politique, mais tendu vers un seul objectif : le faire avec sĂ©rieux et dès demain”.

 Pas de doute, Roberto Saviano rĂ©flechit dĂ©jĂ  Ă  cette “Ă©cole de la politique” prĂ©conisĂ©e par Veltroni.

Crasse électorale

politique

Nettoyer en profondeur…Purifier…

Afficher une hygiène irrĂ©prochable est indispensable quand on porte en avant une prĂ©tention morale de chevalier blanc… Walter Veltroni veut faire le mĂ©nage dans le Parti DĂ©mocrate secouĂ© ces dernières jours par un mini Tangentopoli, ce système de corruption organisĂ© dĂ©couvert dans les annĂ©es 90 et qui avait dĂ©cimĂ© la classe politique italienne, surtout la DĂ©mocratie ChrĂ©tienne et le Parti Socialiste de Bettino Craxi. (tangente : pots de vin; poli : ville en grec).

On croyait ce système éradiqué à jamais.

Ces derniers jours, revoilĂ  les juges dans des affaires de corruption. A Naples, deux dĂ©putĂ©s, deux conseillers municipaux, (de gauche comme de droite, l’un d’entre eux s’est suicidĂ©), + un officier de policier et un homme d’affaires influent. Tous  impliquĂ©s dans des associations de malfaiteurs, en clair des faveurs Ă  rĂ©pĂ©tition dans les appels d’offres arbitrĂ©s par la ville de Naples.

A Potenza, la figure de gauche de la rĂ©gion Basilicata, Salvatore Margiotta citĂ© dans une affaire de corruption avec les dirigeants de la filiale italienne du groupe Total (gestion d’un gisement pĂ©trolier dans le sud du pays)

A Pescara, le maire (Parti DĂ©mocrate lui aussi) Luciano d’Alfonso  interpellĂ© pour corruption, concussion et escroquerie avec 38 autres personnes dont le patron de la compagnie aĂ©rienne Air One, Carlo Totto, un des partenaires de la nouvelle Alitalia.

Alitalia, justement, les anciens dirigeants, huit personnes, présidents et directeurs généraux visés par une enquête du parquet de Rome pour banqueroute.

Toutes ces affaires qui ont Ă©clatĂ© en quarante huit heures ont un peu plus affaibli la gauche de Veltroni dĂ©jĂ  K.O debout par la dĂ©faite electorale subie le week end dernier dans les Abrruzzes. Dans cette Ă©lection rĂ©gionale, victoire de Gianni Chiodi, le candidat berlusconien. Mais sans euphorie. 53% de votants, un taux d’abstention record, un Ă©lecteur sur deux n’a pas votĂ©. Du jamais vu en Italie.

Si en France, nous sommes habituĂ©s Ă  l’abstention, ce n’est pas le cas en Italie. MalgrĂ© l’instabilitĂ© des gouvernements et les scandales qui affectent la classe politique, la conscience civique italienne n’a jamais Ă©tĂ© prise en dĂ©faut. C’est donc une première qui concerne principalement des Ă©lecteurs de gauche choquĂ©s par le manque d’intĂ©gritĂ© de ses reprĂ©sentants.

Cette Ă©lection rĂ©gionale anticipĂ©e avait Ă©tĂ© provoquĂ©e par la dĂ©mission du prĂ©sident de gauche Ottaviano del Turco accusĂ© dans une affaire de corruption portant sur six millions d’euros. Le Parti DĂ©mocrate ne s’en est pas relevĂ©. 38 % aux dernières lĂ©gislatives, 19% lundi dernier, moitiĂ© moins.

Walter Veltroni a beau s’Ă©poumoner : “Si nous voulons ĂŞtre sĂ©vère avec les autres, nous devons l’ĂŞtre aussi avec nous mĂŞmes“, ses paroles ne trouvent pas d’Ă©cho. Et Berlusconi a le triomphe modeste. L’abstention est trop forte, et de nombreux scandales rĂ©vĂ©lĂ©s par les associations dans les Abbruzzes impliquent la droite et le gouvernement actuel notamment (encore) dans la gestion de gisements pĂ©troliers.

L’abstention dans les Abbruzzes est donc une alerte sĂ©rieuse pour la classe politique italienne. Ressenti aussi comme un sĂ©isme par les italiens eux mĂŞmes.

Le téléphone sonne. Paris. Une commande de sujet : une grève de la pasta pour Noel. Les pâtes trop chers, les associations de consommateurs vont demander un boycoot aux familles. Mon interlocuteur déroule:

-  Les italiens sont mals, non ? Un Noël sans pasta !!!! ça vaut un reportage ?

-  Non les italiens sont plutĂ´t prĂ©occupĂ©s par leurs situations personnelles dĂ©gradĂ©es dans une crise Ă©conomique prĂ©occupante et voient au grand jour que les politiques de gauche comme de droite s’en mettent plein les poches au dĂ©triment de l’intĂ©ret gĂ©nĂ©ral. Cela provoque une abstention record et profite Ă  la Ligue du Nord qui fait de l’antipolitica sa raison d’ĂŞtre.

-  Mouais, pff, un peu trop compliquĂ© et ça n’interesse personne, trop italo-italien. On est trop près de NoĂ«l, on n’a pas la place. Et mon sujet  pasta, qu’en penses tu ?

-  Ce n’ est pas parce que deux associations de consommateurs vont rĂ©clamer un boycoot que les familles vont le suivre.

- Tant pis, on pensait que Noel sans pasta aurait pu ĂŞtre un drame Ă  l’italienne.

- Et pour ça t’avais la place ?

- Oui, un sujet “couleur”, une belle illustration.

Et bien non…. Qu’on ne compte pas sur moi pour mettre mon nez rouge et parler de l’Italie pour faire rire, genre sujet exotique. Un NoĂŞl sans pasta, c’est drĂ´le, non ? c’est surtout faux, et ce n’est donc pas de l’info.

Disons que c’est une question de respect…

Et tant pis pour les Abbruzzes ! Après tout ce blog sert aussi à parler de sujets qui ne trouvent pas leurs places sur les antennes.

Pour qu’ils puissent voter, les morts doivent ĂŞtre soignĂ©s.

sicile

Le fruit d’une enquĂŞte de dix mois… Mais encore aucune poursuite engagĂ©e… Nous sommes en Sicile…

Près de 52 000 morts reçoivent toujours les soins de leurs mĂ©decins de famille dotĂ©s d’une conscience professionnelle sans Ă©gale. Surtout qu’ils ont Ă©tĂ© enterrĂ©s ou incinĂ©rĂ©s, certains il y a dĂ©jĂ  20 ans.

En Italie, les toubibs perçoivent une indemnitĂ© du service public rĂ©gional de santĂ© pour les soins dispensĂ©s au malade. En Sicile, par exemple, le barème fixĂ© est de 38 euros annuels par patient.  Au total, le prĂ©judice avoisinerait les 15 millions d’euros.

Le conseiller rĂ©gional chargĂ© de la SantĂ© pointe une dĂ©sorganisation. Le règlement ne dĂ©signe pas avec prĂ©cision celui qui doit rĂ©diger l’acte de dĂ©cès : commune, mĂ©decin, service de santĂ©, famille. Massimo Russo ajoute mĂŞme que des mĂ©decins peuvent très bien ne pas ĂŞtre informĂ©s de la mort d’un de leurs patients. A la justice de dĂ©cider maintenant si l’escroquerie est dĂ©libĂ©rĂ©e, ou s’agit il d’Ă©tourderies massives malencontreuses ?

En Sicile, les morts ne sont pas sympas. Ils oublient de prĂ©venir quand ils meurent, mais ils continuent quand mĂŞme Ă  se faire soigner et en plus ils vont voter. C’est Ă©goiste, un mort sicilien.

Cosa Nostra n’est plus, mais la Mafia demeure. La Mafia est plus qu’une organisation criminelle, c’est une culture clientĂ©liste.

On pourra toujours parler d’opĂ©rations policière sans prĂ©cĂ©dents et donc historiques…abuser de superlatifs pour dĂ©crire les interpellations de futurs boss comme c’Ă©tait le cas hier… s’auto congratuler devant les camĂ©ras de tĂ©lĂ©… mais ce n’est pas ainsi qu’on Ă©radique la Mafia. On coupe Ă  la surface, mais les racines souterraines vivent encore.  

Broken Broke

cinema, société

evalmir.RF

Deux scènes coupĂ©es. Sous la tente, la première Ă©treinte. Puis un baiser passionnĂ© surpris par la femme de l’un d’entre eux.

Brokeback Moutain Ă©tait diffusĂ©e sur la Rai 2 lundi soir et quand les fans du film, ceux qui le connaissent par coeur, ont constatĂ© qu’il manquait ces deux sĂ©quences, ils ont aussitĂ´t alertĂ© les associations. Non seulement celles qui dĂ©fendent le droit des homosexuels, lesbiennes et trans, mais aussi les mouvements qui s’occupent de la protection des oeuvres de fiction.

Pour mĂ©moire, Brokeback Mountain n’est pas un film pornographique, ni un propos sur les gays mais une histoire d’amour entre deux personnes qui ne comprennent pas le sentiment qui les submerge. Et le hasard de la vie fait qu’il s’agit de deux hommes. Un film, qui plus est, couronnĂ© Ă  la Mostra de Venise.

En colère homosexuels et cinĂ©philes, homosexuels parce que la nature homophobe de la censure ne fait aucun doute, et cinĂ©philes parce que la comprĂ©hension de l’histoire et donc l’intĂ©rĂŞt mĂŞme du film en est affectĂ©. 

Pour celui qui a dĂ©couvert le film lundi soir sur la Rai 2, les deux protagonistes ne couchent jamais ensemble et ne s’embrassent jamais, de fait on ne comprend pas les tensions amoureuses de leur relation, on ne comprend pas non plus pourquoi la femme est ainsi perturbĂ©e parce que jamais il n’est dit qu’elle a surpris un baiser de son mari avec un autre homme.

La Rai 2 a dit que c’Ă©tait une erreur de copie. Que le film sera rediffusĂ©. Quand et Ă  quelle heure ?  on ne sait pas.

Tous ceux qui protestent mettent en cause l’implication du Vatican. “Une dictature culturelle et mĂ©diatique insupportable” dit Franco Grillini ancien dĂ©putĂ© et porte drapeau de l’association Arcigay. Surtout que cette censure intervient dans un contexte particulier.  Le Vatican par la voix du cardinal Cestino Migliore s’est opposĂ© Ă  la dĂ©pĂ©nalisation de l’homosexualitĂ©. Un projet portĂ© par la France, Rama Yade, aux Nations Unies. Il existe une cinquantaine de pays Ă  travers le monde oĂą l’homosexualitĂ© est encore considĂ©rĂ© comme un dĂ©lit, et en tant que tel passible de peines de prison, quand il ne s’agit pas de condamnation Ă  mort.

L’opposition du Nonce  Ă  cette proposition de dĂ©pĂ©nalisation a provoquĂ© un tonnerre de protestation. Au Vatican, le porte parole de Benoit XVI, Federico Lombardi a jouĂ© les diplomates. Dans une mise au point, il prĂ©vient qu’il ne s’agit pas d’ĂŞtre hostile Ă  la dĂ©pĂ©nalisation, mais de ne pas omettre en mĂŞme temps que des orientations sexuelles diffĂ©rentes peuvent dĂ©sĂ©qulibrer la constitution d’un groupe social tel qu”il est dĂ©fini par la charte des droits de l’homme. Et que seul le mariage entre un homme et une femme garantit cet Ă©quilibre.

Un argument ultra dĂ©veloppĂ© dans le dĂ©bat qui a animĂ© la sociĂ©tĂ© italienne l’annĂ©e dernière. DĂ©bat autour du Dico (pacs italien). Jamais votĂ© malgrĂ© les efforts de Prodi et des consultations populaires favorables (7 italiens sur 10 pour). Comme pour confirmer le sondage, Ă  la mĂŞme Ă©poque, un tĂ©lĂ©film sur la Rai 1 avait battu tous les records d’audience. L’histoire d’un couple de lesbienne qui adopte un enfant avec toutes les difficultĂ©s que la situation comporte.

Donc les italiens n’Ă©taient pas hostiles au Dico. Mais la classe politique catholique et le Vatican très actifs dans le dĂ©bat, si. Et ils ont eu le dernier mot.

Et dans la violence inouie des conversations, une radicalisation s’est opĂ©rĂ©e. Homosexuels anticlĂ©ricaux et intĂ©gristes catholiques. Secondo me, cette radicalisation a tuĂ© le Dico. On a oubliĂ© un peu vite qu’il existe de part et d’autre des homosexuels catholiques…  et des prĂŞtres homosexuels. Toujours pareil, au lieu de rĂ©flechir pour Ă©voluer, on crie, on balaye et on ferme la porte.

La presse Ă©crite s’est indignĂ©e de la censure pratiquĂ©e par la Rai 2. Je n’ai pas vu un seul sujet Ă  la tĂ©lĂ©vision sur cette affaire. Et me revient alors en mĂ©moire cette parole que m’avait glissĂ© un jour Marco Travaglio, journaliste turinois  : “En Italie, on peut Ă©crire les choses mais on ne peut pas les dire Ă  la tĂ©lĂ©“.

En direct de Venise

venise

 C’est romantique comme ça Venise… Il est content ce touriste avisé en cuissardes, de l’eau jusqu’au dessus du genou et qui avance comme il peut sur une Piazza San Marco invisible et engloutie sous les eaux.  Romantique ? Romantique l’eau  qui détruit des bureaux, des commerces, détériore les meubles et attaque tout ce qui traine à moins de cinquante centimètres du sol pianoterra ? Les inondations à Nîmes et Abbeville, c’est un désastre, à Venise, c’est romantique.  

Lundi soir. Les journalistes télé affichent une mine de désolation, l’acqua alta (eau haute ou montée des eaux) affiche un niveau record jamais atteint ces trente dernières années, des commerçants pleurent, je me dis que je vais annuler mon voyage, je devais partir le lendemain pour Venise réaliser une série de reportages. Un sentiment renforcé à la lecture des dépêches d’agence. Le maire vénitien Massimo Cacciari demande aux « venitiens de rester chez eux et de ne sortir qu’en cas d’absolue nécessité, les touristes sont invités aussi à ne pas se déplacer et encore moins à rallier Venise ».  

J’ai le communiquĂ© authentique sous les yeux aujourd’hui. La presse, faute de place ou de temps (allez savoir) avait oubliĂ© de rapporter quelques mots pourtant essentiels : « Ne bougez pas de chez vous le temps de l’acqua alta, c’est-Ă -dire pendant 4 heures ». L’acqua alta est une combinaison d’élĂ©ments mĂ©tĂ©orologiques, pluies torrentielles et vent, avec des coefficients de marĂ©e important. L’eau monte rapidement mais descend Ă  la mĂŞme vitesse.

Quand les Pujadas, Ferrari et consorts annoncent catastrophés que Venise est sous les eaux, il n’y a déjà plus que quelques flaques sur la Piazza San Marco. Tout le monde préfère la culture du sensationnel, ce joyau vénitien condamné à devenir sous marin un jour plutôt que la pédagogie informative.  On a parlé beaucoup de Venise, en oubliant le Piémont victimes d’inondations dramatiques.  

A Venise, la montée des eaux est annoncée par les sirènes, des passerelles sont dressées dans tout le centre pour permettre la circulation et les vénitiens sont plutôt tranquilles. Dans trois heures, tout sera fini. 

Et en effet, quand j’arrive Ă  Venise le mercredi matin, tout est sec. Mais l’incident a laissĂ© des traces. Le moral est atteint. Sensation d’abandon. Et le dĂ©bat autour du Projet Mose relancĂ©. Ce n’est plus un projet, d’ailleurs c’est un chantier dĂ©noncĂ© par les associations Ă©cologistes et une grande majoritĂ© de vĂ©nitiens. Cimenter le fond de la lagune et installer une digue qui se dresserait Ă  la moindre montĂ©e des eaux. Cout en constante augmentation, plus de 4 milliards d’euros sans une garantie de rĂ©sultats. Un projet longtemps contestĂ© par la mairie qui aurait prĂ©fĂ©rĂ© une autre alternative mais le gouvernement Berlusconi (lĂ©gislature prĂ©cĂ©dente) a tranchĂ© pour ce projet pharaonique. Pour beaucoup, cimenter le fond de la lagune dĂ©truit l’éco système, modifie le cours des marĂ©es et pire encore le chantier en cours serait peut ĂŞtre responsable de l’acqua alta exceptionnelle de lundi dernier. Mais rien n’est prouvĂ©.  

Nous sommes jeudi, mon téléphone portable sonne, quelqu’un à Paris qui vient de voir sur Euronews les images de Venise sous l’eau, il faut que je fasse un direct. Je rétorque gentiment qu’il n’y a rien de tel, l’eau ne déborde même pas sur les quais et les pontons. Mon interlocuteur insiste, il vient de voir les images à la télé, je hausse le ton aussi, pardon mais moi, j’y suis et je t’assure que tout est normal, on installe même les guirlandes de Noël, tu peux entendre une minute ce que je te dis ? Le pouvoir de ces images télés, souvent un miroir déformant.

Je me souviens de mon séjour au Pakistan en 2001. Entre le World Trade Center et les bombardements américains sur Kaboul. Une manifestation de cent mille pakistanais dans les rues d’Islamabad, une manifestation anti américaine. Une manifestation pacifique, je l’ai suivi de bout en bout, les pakistanais étaient venus pour exprimer une inquiétude plus qu’un sentiment profondément hostile. Sur ces 100 000 personnes, quinze excités sont venus avec un pantin à l’effigie de George Bush et se sont acharnés comme des malades en le brulant et en vociférant. Toutes les caméras du monde entier étaient en focal serré sur eux. Le soir à mon hôtel, CNN et BBC world diffusaient en boucle cette image pendant que mes proches m’envoyaient des messages inquiets persuadés que le Pakistan était à feu et à sang.  

Venise et l’acqua alta participe du même phénomène. Venise connu et aimé de tous à travers le monde, mais avec cette certitude qu’elle ne survivra pas au réchauffement climatique. Toute la presse internationale réagit au quart de tour à la moindre montée des eaux. Et ce comportement réactif provoque plus de dommages (séjours touristiques annulés, crainte des investisseurs) que ceux causés par l’acqua alta. Messages alarmistes sans réflexions pour une solution.    

 Pour finir 2 blogs intéressants pour les amoureux d’une Venise hors cliché, celui de l’écrivain vénitien Roberto Ferrucci (en italien) et de Lorenzo (un vénitien mélomane qui écrit en français).

http://www.robertoferrucci.com/wordpress/ 

http://tramezzinimag.blogspot.com/2008_12_01_archive.html

Arriva “Natale a Rio”

cinema

Aiuto !!!!!

Après Natale in crociera, voilĂ  Natale a Rio qui va dĂ©ferler sur les grands italiens Ă  peine remis de La fidanzata di Papa, l’Estate al mare, ou encore Matrimonio alle Bahamas. La seule traduction de ces titres suffit Ă  donner l’ampleur de leur contenu scĂ©naristique : Noel en croisière, Noel Ă  Rio, la fiancĂ©e de Papa et mariage aux Bahamas. Du sous Max Pecas.

La sĂ©rie des Natale est une vĂ©ritable douleur tant la mĂ©moire de Vittorio de Sicca est ternie par les facĂ©ties de son fils Christian. De père en fils, la passion se transmet peut ĂŞtre, mais pas le talent. Dans la sĂ©rie des Pane Amore, comĂ©die tournĂ©e dans les annĂ©es 50, Vittorio forçait le trait juste ce qu’il fallait, Christian sombre dans une lourdeur sans nom Ă  cotĂ© d’une pathĂ©tique Michelle Huzinker. (prĂ©sentatrice Ă  la mode d’origine suisse, ex d’Eros Ramazotti, qui rigole tout le temps mais n’a pas d’humour, puisqu’elle attaque avec violence la vidĂ©o de cet humoriste qui la caricaturait).

http://www.wikio.it/video/605792

Et voilĂ  la vraie Huzinker.

http://www.youtube.com/watch?v=KfgbRtBEm-o

Et aujourd’hui, c’est donc une actrice.

A l’heure oĂą l’on parle du renouveau du cinĂ©ma italien incarnĂ© par le succès international de Gomorra mais aussi du Divo (en France, le 31 dĂ©cembre)… Mais quel renouveau ? CinecittĂ  ne tourne plus. Antognoni, Comencini, Ponti, Risi nous ont quittĂ© tous les 4 en deux ans; leurs disparitions gĂ©nĂ©raient des articles dans la presse internationale, ici rien du tout.  Fin de journal Ă  la tĂ©lĂ© et basta. C’est une autre Ă©poque. Quelques cinĂ©clubs romains tentaient des cycles “hommages” en vain pendant qu’on faisait la queue dans la salle bleue Ă©lectrique d’Ă  cotĂ©, lĂ  oĂą se mĂŞlent odeur de pop corn et pepsi,  pour voir Scusa ma ti chiamo Amore.

Et pourtant le public cinĂ©phile existe. Il est seulement dĂ©couragĂ©.  A Venise, ville de la Mostra, il n’existe que deux salles de cinĂ©ma. A Rome, ville de CinecittĂ ,  Fellini, Scola, Comencini et Moretti, seuls trois cinĂ©mas pratiquent une politique de version originale avec sous titre “Il Metropolitan” via del Corso, Il Nuovo Olimpico et le Nuovo Sacher de Moretti.

Autre problème de taille, le financement. Les cinĂ©astes italiens rĂŞvent d’un modèle Ă  la française façon CNC. Mais ici, rien Ă  faire, la tĂ©lĂ© mange tout, finance une grande partie des projets avec droit de regard sur des scĂ©narios. Grosse comĂ©die bien lourde du dimanche soir, ou bleuette sentimentale pour adolescents attardĂ©s, ou alors cinĂ©ma alternatif indĂ©pendant mais souvent trop caricatural. Un cinĂ©ma de qualitĂ© existe en Italie mais on ne lui donne pas les moyens de s’exprimer.

Alors, on se disait il y a deux ans qu’avec la naissance du Festival de Rome, un Ă©lan allait peut ĂŞtre naitre. Mais mille fois hĂ©las, la dĂ©bauche d’argent n’ a servi qu’Ă  alimenter un tapis rouge qui se voulait cannois avec les De Niro, Scorcese, Di Caprio. Très gossip avec le maire de l’Ă©poque Walter Veltroni qui transforme vite ce festival en machine de guerre politique. Une victime au tapis : le cinĂ©ma.

Veltroni n’est pas rĂ©elu. Le nouveau maire Gianni Alemmano taille dans les budgets. Fini Hollywood, ce sera le cinĂ©ma europĂ©en ou italien. Le tapis rouge est conservĂ©. Monica Belluscci fait semblant d’y croire avec Pierfrancesco Favino pour dĂ©fendre l’honorable “l’uomo che ama“. Mais tout sonne “cheap” sur ce tapis rouge. Personne derrière les barricades, pas de clameurs, pas de spectateurs… Et toute une politique Ă  revoir… Pour ne pas laisser le cinĂ©ma au tapis.

Avec tout ce que celĂ  comporte de subjectivitĂ© en matière de gout, ci-dessous les films italiens de ces dernières annĂ©es que j’ai apprĂ©ciĂ© et qui existent en dvd en France (choix grand public, je fais l’impasse sur art et essai)

La seconda volta di Massimo Calopresti, Anche libero va bene di Kim Rossi Stuart, Je n’ai pas peur di Gabriele Salvatores, Arrivederci amore ciĂ o di Michele Soavi (très dur), Souviens toi de moi di Gabriele Muccino (pour ceux qui ne croient pas au talent de Bellucci, ce film prouvera le contraire), Romanzo Criminale di Michele Placido, Nos meilleures annĂ©es di Marco Tulio Giordana, Buongiorno notte di Marco Bellochio… incontournable dans les classiques, mais ils sont si nombreux, 1900 de Bertolucci et plus lĂ©ger mais si fort Il sorpasso, le fanfaron de Dino Risi.

Enfin message perso, si quelqu’un d’entre vous a l’incompris de Comencini en DVD, mĂŞme en italien, surtout en italien…

Sur le Ponte Milvio, des promesses d’Ă©ternitĂ©

société

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Sur le Ponte Vecchio de Florence, il existait une vieille tradition Ă©tudiante. A la fin de l’annĂ©e, on laissait un cadenas et on jetait la clĂ© dans le fleuve pour laisser Ă  jamais une trace de son passage.

Federico Moccia, un auteur italien Ă  succès, vĂ©ritable phĂ©nomène de sociĂ©té (histoires d’ados sentimentales qui sĂ©duisent un très large public), a repris l’idĂ©e dans Ho voglia di te. (version française : J’ai envie de toi chez Calmann-Levy).

Step et Gin, les deux amoureux fougueux du livre s’embrassent sur le Ponte Milvio de Rome, lui est un motard, genre beau gosse rebelle, il entoure un des rĂ©verbères du pont de sa grosse chaine de moto, ferme le cadenas, et jette la clĂ© dans le Tibre et tous les deux se jurent un amour Ă©ternel scellĂ© par ce rituel.

En quelques semaines, le dit reverbère a Ă©tĂ© recouvert de chaines de moto et d’antivols en tous genre. Des dizaines de couples venaient dans un geste solennel dĂ©clarer leur flamme. Le problème, c’est que très vite, tous les rĂ©verbères ont Ă©tĂ© recouverts. On venait avec des Ă©chelles pour mettre son cadenas le plus haut possible. Le Ponte Milvio est un monument classĂ©. Les comitĂ©s de quartier ont protestĂ©.

La mairie a pris les choses en main le jour oĂą un rĂ©verbère a pliĂ© sous le poids des antivols de scooter et s’est Ă©croulĂ©. L’ordre public Ă©tait menacĂ©. Tout a Ă©tĂ© enlevĂ© Ă  la tenaille. Et des policiers municipaux ont surveillĂ© l’endroit avec la charge de verbaliser les amoureux qui venaient sceller leur passion.

Rien Ă  faire, les feux de l’amour Ă©taient trop fort, les flics passaient leur soirĂ©e Ă  parlementer avec des dizaines de jeunes qui venaient avec leurs cadenas.

Alors depuis quelques mois, la mairie d’arrondissement a trouvĂ© un compromis. Sur ce pont de pierre, des barres mĂ©talliques ont Ă©tĂ© disposĂ©es tout le long pour acceuillir, seulement de petits cadenas, pas de chaines ou d’antivols. Un cadenas sur lequel on inscrit les prĂ©noms, une date ou un message.

Et Ă  proximitĂ© de ces barres, des indiens et des pakistanais (ceux qui ont le sens du commerce, qui vous vendent un parapluie quand c’est le dĂ©luge et vous sortent les lunettes de soleil Ă  la première Ă©claircie), ces vendeurs se sont installĂ©s lĂ  avec des cadenas de toutes les couleurs. De 2 Ă  5 euros, pas cher, au nom de l’amour.

Rajeev fait des affaires. La rose dans les restaurants, c’est ringard.Le cadenas, Ponte Milvio, c’est tendance.

On s’embrasse, on s’aime, on jette la clĂ© et on la voit disparaitre dans les rapides du Tibre, perduadĂ©s que le tourbillon de la vie n’emportera pas cet amour.