Comprendre l’Italie à travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


Italia 2009 : La compil de l’été

musique

Encore une fois, on parle musique, parce que l’été par définition, c’est la saison des tubes. On chante avec les oiseaux et les cigales.

C’est aussi une belle occasion pour faire un tour d’horizon des productions italiennes en vogue dans la péninsule, loin du sectarisme dont j’ai fait preuve avec Negramaro. :-)

Alors, ce ne sont pas forcément les tubes de cet été, mais c’est du “lourd”  et surtout des titres détachés de mes goûts personnels. C’est un catalogue  “pop et  musica leggera” :

 Luciano Ligabue, 49 ans, Multiplatine pour l’album “secondo tempo”.

Le tombeur de ces beaux jours… Biagio Antonacci, 45 ans… “Il cielo ha una porta sola” et un refrain sussuré :  “Tuuuuuuuuu me plais !”….

Après “Non ti scordar mai di me” et “novembre”, Giusy Ferreri 30 ans (la Amy Winehouse italienne), continue d’égrener son album… Ecco “La scala”

Mario Biondi, plutôt jazzy, le timbre de voix dans les basses, 38 ans. Incontournable.

Primé aux Wind Music Award de Vérone il y deux semaines, Renato Zero, 58 ans, récompensé pour cette chanson ”Presente”.  

Pooh… Ce n’est pas une onomatopée mais le nom d’un groupe qui se dit “influencé” par Vasco Rossi… Ah bon !!!???

Après la copie le modèle himself… Lui fait chavirer tous les coeurs depuis 25 ans. Vasco Rossiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii

Plus branché auprès des jeunes générations, J-Ax, toujours le bonnet sur la tête, mode rap-rock. Arrive la Deca Dance pour cet été plus soft que le rap’n'roll qui a assuré son succès cet hiver.

 

 Et pour finir, j’oublie les inoxydables Zucchero, Eros Ramazotti, les valeurs montantes, Tiziano Ferro, Gigi d’Alessio et Nek,  voici pile en conclusion un déjà tube de cet été… Pacifico en duo avec Gianna Nanini, “tu che sei parte di me”, avec “toi qui es une partie de moi” et pour la vie entière en plus,  l’argument ne pouvait que séduire.

C’était un post léger avant des sujets plus sérieux… Direction L’Aquila.

 Dès lundi, et ce tous les jours de la semaine prochaine, j’essaierai de tenir un journal de bord du G8 qu’on pourra baptiser “Il Corriere di L’Aquila”.

Merci encore de votre fidélité.

Viareggio, la Toscane, il bel paese…

catastrophe

 © ansa

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Il est à peine minuit, le 29 juin 2009… Un train de marchandise convoyant 14 wagons citernes emplis de GPL (gaz de pétrole liquéfié) déraille après son passage en gare de Viareggio…L’explosion est immédiate, l’embrasement de feu qui suit couvre une zone de huit cent mètres où se trouvent des habitations… 5 immeubles sont détruits, la Via Aurelia parralèlle au rail gagné par les flammes, les voitures garées brulent, plus grave encore un scooter qui passait par là conduit par une jeune femme se transforme immédiatement en torche…

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Les pompiers mettront cinq heures à maîtriser le sinistre. Avant d’entreprendre les fouilles dans les décombres.

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Et quand le jour se lève… derrière les écrans de fumée…

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Evidemment, le bilan s’alourdit d’heure en heure et grandit déjà la polémique d’une des plus graves catastrophes ferroviaires du pays…

Les grandes confédérations syndicales dénoncent une politique désastreuse. Le rail desservi quand tant de moyens sont accordés aux infrastructures routières. Désertion de l’Etat, privatisation, effort porté sur les Lignes Grandes Vitesses construites par la nouveau conglomérat dirigé par Luca Di Montezemolo, efforts déployés sur un axe Milan/Rome/Naples. Ailleurs, le temps fait son oeuvre, le réseau reste à l’âge de pierre.

Le problème du dédoublement des voies est récurrent en Italie. Les problèmes de sécurité aussi. Même la patronne des patrons,  la Confindustria évoque “un accident qui n’est pas normal dans un pays indutrialisé”.

Bien sur, Silvio Berlusconi et tous les ministres qui arrivent cet après midi seront consternés, désolés. Je vous fais la conférence de presse avant l’heure. Ils vont afficher des mines compatissantes, vanter l’incroyable travail de la protection civile, la solidarité et la dignité de tous les citoyens touchés par ce drame…  

ET ILS AURONT RAISON….. Car la protection civile italienne est certainement championne du monde dans la gestion des catastrophes….

MAIS…. mieux qu’un bon toubib, n’existe t-il pas un dicton, “mieux prévenir que guérir”, et la prévention est un mot que le vocabulaire de l’Etat italien ne connait pas...Gouvernement de gauche ou de droite d’ailleurs…

Ce qui m’a le plus touché, ce sont encore ces visages hébétés de familles qui n’avaient pas grand chose et qui l’ont perdu… Belle parabole… Les italiens peuvent être fiers de ce qu’ils sont… Ils courbent l’échine, ne comptent toujours que sur leurs propres forces, même au niveau de l’activité professionnelle, d’où la myriade de petites entreprises qui compose la vitalité économique du pays… Mais l’Etat démissionnaire sur ses missions de service public empoisonne le quotidien de ses concitoyens par une politique inexistante de prévention des risques.  (encore 3 morts par jours sur les chantiers, faute de… sécurité)

Il y a sécurité et sécurité… 1300 militaires de plus pour surveiller les villes, c’est une idée… Mais sa vie, on la risque + en dormant dans un immeuble en zone sismique non protégée, voire à quelques mètres d’un rail désaffectueux où passent des wagons citernes non controlés lancés à pleine vitesse.

Télex d’Italie

presse, humeur, société, economie

*notice d’emploi :

En rouge, ce qui arrive à la une des journaux

En noir ce qui constitue quelques lignes seulement et ne provoque aucun développement

Silvio Berlusconi au 18ème anniversaire de Noemi. Veronica demande le divorce. Son mari fréquente des mineures. Réponse de Silvio :”ti lo giuro” je ne suis qu’un vieil ami du père et de la famille”.

Le père de Noemi visé depuis des mois par une enquête anti-mafia. Aurait des liens profonds avec la Camorra.

Sivio Berlusconi : “Je ne connais pas très bien sa famille. Noemi est une jeune femme talentueuse avec qui je parle politique et de l’avenir du pays.”

Dans le Mezzogiorno, une personne sur trois sous le seuil de pauvreté. Source gouvernementale. Ministère du Développement Economique. Augmentation exponentielle du taux de chomage.

La Repubblica et les gros titres étrangers demandent à Silvio Berlusconi de s’expliquer sur le cas ”Noemi”. C’est le Noemigate. Les dix questions auxquelles Silvio Berlusconi ne veut pas répondre.

2100 volontaires prêts à participer aux “rondes civiles”, ces pseudos milices  vont tourner dans les rues 24h sur 24 avec l’objectif de surveiller que tout soit en ordre. Loi déjà approuvée par l’Assemblée.

Un croquis caricatural dans le livre “Italia Anno Zero” représente un volontaire des “rondes” qui lance à un policier “qu’est ce qu’on peut faire pour vous aider ?“.. Réponse du carabinier “pousse notre voiture, on n’ a plus les budgets pour l’essence“….

 Roberto Maroni, ministre de l’Intérieur : “Arrive enfin ce qu’on a toujours voulu. La culture morale et la légalité”.

C’est la campagne des Européennes. Silvio Berlusconi “Je reglerai le problème des sinistrés de l’Aquila comme j’ai réglé le problème de Naples”.

Manifestation des sans abris de l’Aquila devant le Palais Chigi de Rome :”On est exténué et sans ressources. Rien n’a été fait pour nous. Que de promesses, de paroles en l’air, de visites, et de poignées de mains. Mais toujours rien.”

Témoignages de prostituées contactées par Silvio Berlusconi pour participer aux fêtes qu’il organisait dans ses résidences privées.

Nouveau décret : Nouveau déploiement de l’armée dans les villes italiennes pour raison de sécurité : 1250 militaires supplémentaires

L’armée quadrille l’Aquila. Les sinistrés sous les tentes ont un accès limité à Internet. Nouvelles manifestations pour protester. “Tout pour le G8, rien pour nous”.

Guido Bertolaso, protection civile : “On travaille pour les sinistrés. Les retombées économiques du G8 permettront à la région de se relever.”

Silvio Berlusconi au Sommet Européen de Bruxelles : “Je règlerai le problème de l’Aquila, personne ne me croyait capable de résoudre Naples, or je suis devenu un expert dans la gestion des ordures”

Communiqué officiel de la Commission Européenne daté du 25 juin 2009, une mise en demeure signé Stavros Dimas, le Commissaire à l’Environnement  : “L’Italie s’expose à de fortes ammendes si elle ne prend pas immédiatement des mesures pour fermer et assainir les milliers de décharges illégales et incontrolées qui se trouvent sur son territoire. Aucunes mesures adéquates n’ont éte prises…/… En outre, l’élimination incontrolée des déchets et le non traitement des eaux urbaines résiduaires présentent des risques sérieux pour la santé publique”.

Nouveau témoignage de prostituées avec photos et vidéos. “Silvio, dit Patrizia, était entourée de deux lesbiennes en action. Le fantasme du harem”

L’Italie envoyée devant la justice Européenne. Bruxelles réclame le remboursement intégral de subventions accordées pour favoriser l’emploi. Cet argent n’ayant pas été utilisé comme le finalisait l’accord s’est transformé en aide d’Etat pour les entreprises sans qu’aucune embauche ne soit effectuée.  l’Italie doit rembourser et s’expose à une condamnation. Montant estimé de l’aide : 281 millions d’euros.

Silvio et les prostituées. Le Président de la Conférence des Eveques italiens. Le cardinal Bagnasco : “Nous voulons un Premier ministre plus sobre”.

Fiat. Communiqué de Sergio Marchione. Nous n’échapperons pas à de sérieuses restructurations qui entraineront un chomage partiel en 2011″. Les syndicats :  ”attention, il y aura des suppressions de postes.

Un mexicain qui voulait devenir prêtre en Italie, arrêté à l’aéroport de Rome avec 6 kilos de cocaïne. (agences de presse)

Patrizia à propos de Silvio : “j’ai dansé un slow avec lui sur “My way” de Sinatra, on a passé la nuit du 4 novembre ensemble, c’est pour cette raison qu’il a manqué la soirée organisée par les autorités italiennes et américaines pour marquer l’élection de Barak Obama.

 Communiqué officiel de la Cour des Comptes italienne : “La corruption au sein de l’administration publique italienne s’élève à 60 milliards d’euros annuels, c’est un frein au développement économique du pays.”

 Furio Pasqualucci dans le rapport annuel de la Cour des Comte parle de “pratique immorale qui est un obstacle aux investissements étranger surtout dans le Sud”.

Silvio Berlusconi répond à Patrizia “Les italiens m’aiment comme je suis, tel quel.”

“Les prostituées payées pour discrediter Berlusconi”, affirme le staff du Président du Conseil.

4 universitaires italiennes lancent un appel aux premières dames pour qu’elles boycottent le G8. Une manière de condamner le “comportement sexiste de Berlusconi.”

Inquiétude du FMI et de l’OSCE. Le 11 juin, l’Assemblée a approuvé une loi qui réduit la liberté de la presse : “Il ne sera plus possible de publier des informations relatives à une enquete policière ou procédure judiciaire”.

L’OSCE publie un communiqué qui demande aux “sénateurs italiens de ne pas approuver ce texte inadmissible dans une démocratie qui reconnait le droit à l’information…/…information qui joue un rôle essentiel dans la lutte contre la corruption et la Mafia, mais aussi dans les scandales financers (Parmalat).

Silvio Berlusconi “L’heure est venue de fermer la bouche à tous ceux qui parlent de crise et qui contribuent à développer la crise”… A un parterre d’entrepreneurs, ils demandent de “ne plus acheter de la pub dans les journaux pessimistes qui ne cessent de polemiquer et qui sont des facteurs de crise”

audio

Guido Bertolaso de la Protection Civile : “Le G8 se fera à l’Aquila même cas de secousses. La zone de l’école militaire où seront logées les délégations repose sur des fondations antisismiques.”

Mais une enquête lancée en 2004 affirme que les batiments de la Finanza ne sont pas antisismiques. Convocation d’experts internationaux pour vérifier au plus vite.

Silvio Berlusconi dément. “Je n’ai jamais dit qu’il fallait fermer la bouche à tous ceux qui parlent de crise”…

Euh, réecoutons pour voir…. audio

J’sais pas ce que j’ai, je me cogne une migraine ce soir. Je me demande bien pourquoi.

Le pari réussi de Fiorello superstar

humour, société, culture

Une situation absurde : Le Président du Conseil s’est intéressé à moi. MOI, un saltimbanque. Pour me dire “Tu es une sur voie sans issue” sous entendu “sans aucun espoir de retour.”

Ainsi parle Rosario Tindaro Fiorello, dit Fiorello dans les colonnes du magazine Vanity Fair. 49 ans. Humoriste populaire, animateur télévisé très apprécié en Italie et dont le départ de la Rai pour Sky a provoqué de facto sa convocation immédiate au Palais de Silvio Berlusconi.

Mais avant d’évoquer cette scène surréaliste, un résumé des épisodes précédents.

Fiorello nait et grandit en Sicile. Très vite, une vocation d’animateur. Radio libre FM et G.O dans des clubs de vacances de seconde zone. Repéré par une équipe milanaise de Radio DeeJay. La montée dans la grande ville du Nord. Emotion inoubliable, dans le taxi, l’adresse grifonnée sur un papier, Via Massena 2, il avait l’impression de débarquer à Hollywood. Refuse de s’enflammer, pense l’aventure provisoire, mais s’impose. On l’associe à Marco Baldini et le duo va devenir le plus célèbre d’Italie. Les grandes heures de Radio 2 (Rai Radio) et Viva Radio 2 minuti à la télé.

L’humour : un mix de grosse farce, comique chansonnier, satyre et autodérision.

Puis vient l’épisode “Sky Italia interessé par Fiorello”. Le groupe de Murdoch qui concurrence fortement le bouquet satellite de Mediaset (Berlusconi) est dans le collimateur du Président du Conseil. A peine la rumeur du “transfert” lancée, Mediaset propose des ponts d’or à l’humoriste qui les refuse. Alors Fiorello est aussitôt convoqué par Berlusconi dans son palais romain.

Ci dessous vidéo Youtube, Fiorello raconte  le surréalisme de cette scène qu’il juge grotesque dans sa première émission. “Le chef du gouvernement qui cesse toute affaire courante pour convaincre un saltimbanque.” “L’arrivée au palais Grazioli, les gardes du corps avec oreillettes et voix chuchottées, fouille au corps grossière. L’ascenceur. Un salon immense pour attendre. Puis Berlusconi arrive, d’abord le sourire et la bouche, puis les cheveux, puis le petit corps pour un assemblage instantané.”

La conversation mielleuse. Berlusconi comme s’il parlait à un gamin “Alors tu es content ? Tu as vu, on fait le pont pour la Sicile ? Fini le bateau. Ce serait plus pratique pour voir ta mère ? Tu es content ? … puis énervement soudain “alors pourquoi tu vas sur Sky ?”… Gianni Letta, le numéro 2 du gouvernement fait les cent pas derrière : “mais pourquoi allez chez ces fourbes d’australiens? “… Enervement puis Berlusconi entre tristesse et tendresse “mais pourquoi tu me laisses tomber pour aller chez eux ?”. Entretien de 15 minutes ponctué d’un menaçant “Tu es sur une voie sans retour“.

Suivra une campagne de presse anti Fiorello : “Une fin de carrière” “La retraite dorée de l’humoriste”, “la mort clinique de Fiorello”, “Le Fiorello Show sera bientôt le Fiorello Flop”. Emilio Fede, patron de télé berlusconienne “De toute façon, Fiorello ne me faisait plus rire depuis longtemps, il est fini”. Ou encore “Fiorello a encaissé 15 millions d’euros, c’est le prix de la trahison nationale”.

Au passage, apprécions à quel point la rancoeur peut générer des esprits créatifs quand il s’agit de développer un sens de la formule.

 Pendant ce temps là, Fiorello réussit son pari. Son show est un succès. Un spectacle scénique enregistré dans les conditions du direct sous un chapeau dressé Piazza Clodio. Un one man show. Fiorello chante, danse, bouge, parle, et trouve ses invités célèbres dans le public : de la présidente de la Confindustria au joueur de tennis Djokovic en passant par le chanteur Mario Biondi. Mélange de variété, talk show, humour et… théâtre. Oui, oui j’ai bien dit : théâtre.

Evidemment, Fiorello n’est pas un dramaturge, mais dans une Italie où le théâtre contemporain peine à exister faute de volonté politique, ce spectacle d’un genre nouveau comble un vide.

En Italie, pas de scène nationale, de Centre Dramatiques Nationaux ou de Centre Chorégraphique. En 3 ans, j’ai vu mon premier spectacle de danse contemporaine lundi dernier. Et encore, il a fallu trouver son annonce, planqué dans le programme d’un festival de musique : Sidi Larbi Cherkaoui belge à la renommée internationale. Non pas qu’il n’y aient pas de chorégraphes italiens, Francesca Latuada a montré la voie, mais faute de moyens et d’espace, ils sont tous partis à l’étranger. Et lundi soir, dans les ruines de la Villa Adriana de Tivoli malgré une publicité discrète, le public a répondu présent. Preuve qu’il existe une attente.

Surtout ne pas donner d’espace aux jeunes auteurs contemporains, les Dario Fo ne sont plus très jeunes, et les subventions sont accordées seulement à la reprise de grands classiques. Même Begnini a succombé en reprenant “Tout Dante”.

Fiorello est à des années lumières du théâtre contemporain, mais conquiert un public qui souffre de son absence. En italien, on traduit le “théâtre d’auteurs” par “théâtre militant”, et c’est peut être cette parole militante au sens de réflexion qui explique le succès de ce Fiorello Show.

Fiorello calme “Pourquoi j’inviterai Noemi, la copine de 18 ans du chef du gouvernement ? Mais si je l’invite, je la massacre ! Ce sera pathétique. Ce n’est une gamine et  lorsque les feux de la rampe vont s’éteindre, elle va tomber en dépression. Dans une Italie où le chomage progresse chez les jeunes, le rêve des filles pour s’en sortir est de devenir show girl. Alors elles envoient leurs press book où elles posent à moitié nues. C’est la télé berlusconienne qui impose ce modèle de société. Une fausse machine à rêve qui nous enveloppe dans un papier glacé où la virtualité et l’apparence régentent un quotidien réel”.

Pardon, mesdames et messieurs, mais là, moi, je me lève et j’applaudis.

Silvio Berlusconi ne tombera pas

berlusconi, politique

Le déclin de la droite italienne a commencé, dixit Dario Franceschini, chef de file l’opposition de gauche…La presse étrangère (anglais, allemands, espagnols, américains et français) prédit la chute prochaine de Berlusconi qui sera à court terme emporté par cette nouvelle affaire (appel à des réseaux de prostitutions pour les soirées privées qu’il organise dans ses villas)… Mais puis-je formuler une idée à contre courant ? Silvio Berlusconi ne tombera pas.

Quand le Noemigate a éclaté, tout le monde hurlait au scandale… Or, Noemi, on l’a déjà presqu’oublié… L’enquête du parquet de Bari qui soulève l’utilisation par le Président du Conseil de réseaux de prostitution pour ses besoins personnels entache la crédibilité de Silvio Berlusconi, mais il est fort à parier que dans les jours qui viennent, on nous dira que les prostituées ont apporté de faux témoignages, et que cette histoire n’est que manipulation… Et que vaut la parole d’une p… ? Je ne serai pas surpris qu’on entende ce refrain là.

Donc pour résumer

Une semaine de tintamarre entre déclarations plus fracassantes les unes que les autres…

Et les langues se délient…

Et les accusations diverses et variées sont portées en première page…

Et la télévision, surtout la Rai Uno est accusée de ne pas parler de cette affaire et de protéger Berlusconi

Et l’indépendance de la presse est remise en question…

Et une autre prostituée parle…

Chouette, y a des photos…

Et Berlusconi se défend “des immondices”…

Y a des élections, un Référendum, des municipales et des cantonnales partielles… MAIS….

ON S’EN FOUT, il y a du “cul” et même de la drogue (cocaïne), c’est autrement plus passionnant qu’une consultation populaire sur une réforme électorale !!!!!

Et pendant ce temps là… Derrière ce tintamarre de hurlements susceptibles de couvrir les décibels de milliers de klaxons dans les embouteillages du vendredi soir, un certain Marcello Dell Utri voit sa condamnation pour collusion avec la Mafia prononcée en 1ère instance confirmée… Sénateur et cofondateur de Forza Italia, il est accusé, entre autres, d’avoir apporté son concours aux investissements de la mafia sicilienne depuis la fin des années 70 dans la Fininvest, holding de Silvio Berlusconi. Les magistrats l’ont qualifié durant le procès d’”ambassadeur de la Cosa Nostra à Milan“.

MAIS PAS UN MOT DANS LA PRESSE…. si une petite ligne p.18.

Marcello Dell’Utri a aussi été accusé d’avoir été « l’intermédiaire et l’homme providentiel intervenu pour résoudre les problèmes d’organisation de la mafia  en préparant l’arrivée sur la scène politique italienne de forces bien disposées à l’égard de Cosa Nostra dans les années 90 “, selon le réquisitoire. L’accusation s’appuie en particulier sur des dépositions du mafieux repenti Nino Giuffre il y a 7 ans.

Pardon, mais si ces accusations trouvent une traduction en condamnation, tout en conservant une marge d’erreur relative à la faute judiciaire, alors nous sommes en face d’un fait établi. Et si Marcello dell Utri, un des proches de Silvio Berlusconi est le lien entre la Mafia et une nouvelle classe politique dans les années 90, on peut s’interroger.

Evidemment, ne pas me faire dire ce que je n’écris pas. Cette condamnation ne fait pas du Président du Conseil un mafioso, d’ailleurs Silvio Berlusconi a toujours dénoncé l’archanement de juges communistes qui voulaient l’atteindre via Marcello Dell Utri…  En tout état de cause, il y a là des zones d’ombres à éclaircir. Sans entrer dans un processus d’accusation, au moins poser des questions… Et éliminer le doute… Car ce réquisitoire contient des sous entendus néfastes à la démocratie italienne… Soit il est fondé et d’autres enquêtes s’imposent…Soit ce ne sont que des balivernes, et là aussi c’est tout aussi grave, il faut le démontrer plutôt que de stagner dans un marécage imprécis et laisser de tels doutes planer de la sorte…

Mais la gauche n’attaque pas sur ce sujet… Et pour cause, elle qui représentait l’intégrité judiciaire voit quelques uns de ses cadres en Campanie visés par des enquêtes de collusion avec la Camorra

Le Parti Démocrate veut représenter l’ordre et la loi, mais faute de lisibilité, voit ses thématiques lui échapper… thématiques récuperés avec succès par la Ligue du Nord….

Alors la gauche joue les outrés devant le Président du Conseil volage, voit dans le système Berlusconi des relans de “fascisme”… En face, on rétorque que les “communistes” aigris et revanchards montent des dossiers de toute pièce… D’un coté comme de l’autre, on n’a ni programme, ni idée, on joue la confrontation radicale et musclée d’un autre temps (fascisme/communisme), des tempêtes de polémiques qui retombent comme des soufflés, balayées par d’ autres, on s’arrange pour organiser un Réferendum qui demanderait au peuple de se prononcer pour une réforme électorale. L’idée : renforcer le poids bipolaire du PDL à droite (Berlusconi) et PD à gauche….Le principal est de garder la main…

Les italiens fatigués ne répondent pas, abstention historique, le quorum non atteint, résultat annulé…  Un nouveau succès pour la Ligue du Nord, petit parti qui grossit qui grossit…

Berlusconi va tomber ? … Alors, admettons… Pour une affaire quelconque, même judiciaire… Protégé par l’immunité, il dissout l’Assemblée et se présente aux élections…

Et il la gagne… Parce qu’il est le leader du Centre Droit et que chez les italiens la haine de la gauche est encore plus forte… (les impôts de Prodi ont fait beaucoup de mal)… Dans cette élection qui n’aura pas lieu, on peut imaginer une abstention record et encore une progression de la Ligue du Nord… Mais le leader reste en tout état de cause Silvio Berlusconi qui retrouverait le Palais Chigi.

Pour cette raison, Berlusconi ne tombera pas, mais ne montera peut être pas plus haut… Son rêve d’accession au Palais Quirinal devient chaque jour un peu plus flou… Présidence de la République en  Italie est une fonction hautement symbolique.  Le rôle du patriarche de la Nation, sage et garant des institutions….

Vivement attaqué par la presse catholique, Silvio Berlusconi voit son image se dégrader jour après jour…Et même si dans sa vie, il a toujours su séduire, jouer de son charisme,  négocier et enlever les contrats, un Quirinal, (logiquement)  ça ne s’achète pas…

Enfin, je crois.

Derrière Eros et Laura… NEGRAMARO

musique, culture

Ramazzoti, Pausini… ou encore des phénomènes de mode comme Giusy Ferreri (Amy Winehouse italienne) passent les Alpes sans encombres… Soit c’est le tube moite de l’été avec voix éraillée, soit des productions à la Paolo Conte….

Et pourtant la pop italienne est en très grande forme et mériterait un meilleur sort sur la scène internationale…Comme déjà dit dans un post précédent (il n’y a pas que San Remo chez les disquaires italiens)… Jovanotti embrasse toutes les générations…  Sont cultes en Italie Vasco Rossi et Ligabue, ce dernier a entrepris une tournée internationale pour les italiens qui vivent à l’étranger (guichets fermés)… Et mon coup de coeur Negramaro

Oui aujourd’hui, je joue les midinettes à deux balles… Negramaro, j’adore, sans avoir de poster dans ma chambre mais sans avoir peur du mot, je suis fan, et en Italie je ne suis pas le seul… Deux albums les propulsent devant 50 000 personnes à San Siro, et le DVD du concert devient meilleure vente de l’année…

Les Alpes sont elles autant insonorisées pour ne laisser passer que les voix éraillées et ignorer de véritables succès qui ne soient pas éphémères ?

Je suis allé sur les sites de la Fnac et d’Amazon, les albums sont en import à 34 euros. L’Europe est une notion décidément bien abstraite, ici, le même cd est évidemment à 15 euros en moyenne…. Allez 6 clips pour faire connaissance…

L’immenso….

Puis le titre qui les a rendu célèbre il y a 4 ans… Mentre Tutto Score.

Tube de saison, Estate…

Nuvole e lenzuola… joué sur scène, c’est encore plus fort…

Ooooooh, ça tombe bien, voilà un duo avec Jovanotti… Cade la pioggia (tombe la pluie)… ben mince alors, il fait pas toujours beau en Italie ?

Et pour finir Via le mani dagli occhi…. Un des temps fort du live à San Siro… enfin, pour ce que j’en dis. :-)

 

Ciao Ragazzi

autopromo

Ciao Ragazzi, c’est le titre d’une émission qui débarque sur la grille d’été de France Inter. Une extension de l’esprit de ce blog et du travail accompli au quotidien en Italie.

Souvent, en tant que correspondant à l’étranger, on dispose d’une matière qu’il est difficile de traiter dans une actualité au quotidien. Les reportages dans les journaux d’actualité sont courts et il n’est pas toujours facile de les habiller de nuances.

Mais une autre question : est ce vraiment à travers l’actualité quotidienne qu’on décrypte une société et un pays ?

Prendre le temps de vivre, allez à la rencontre des italiens qu’on entend jamais, ceux qui composent la société… Tout surpris d’ailleurs de “pouvoir donner leur avis sur la vie”. Ils me disent “pourquoi tu nous interroges? on n’est  pas importants”, résultat d’un prisme médiatique italien qui ne s’attarde que sur le gossip et le socialement parvenu…

A travers leurs respirations et leurs histoires, se dégage un panorama qui donne une photo de l’Italie d’aujourd’hui. Il ne s’agit pas d’un road movie à travers le pays pour parler de l’histoire, démonter des mécanismes sociétal, évoquer l’art ou la littérature, mener une enquête journalistique… Non, rien de tout celà… Le projet : poser un micro, parler des peines et des joies, prendre le temps de découvrir les accents, allez dire bonjour au voisin… prendre le temps… même si (alla fine), on a plus le temps, parce que 50 minutes (durée de l’émission), ça passe si vite….

Comme me le disent gentîment les italiens, c’est le premier projet du genre sur leur pays… Il a demandé une énergie folle, silloner le pays, discuter, débattre, choisir (pourquoi cette histoire et pas une autre)… De novembre à avril, je n’ai pas arrêté et même si évidemment à l’heure du montage, les choix ont été douloureux, c’est cette somme de rencontres enrichissantes à tous points de vue qui vous aide à comprendre une société et ses contradictions.

Alors oui crevé, mais très heureux de l’avoir fait… Surtout heureux de vous proposer des voix italiennes, des atmosphères captées ça et là… Le parti pris étant parfois de laisser courrir la voix originale pour sentir son timbre et son émotion… Les dix émissions sont toutes enregistrées et mixées et seront diffusées tous les samedis à 18h10… à partir du 27 juin… Le voyage se décline ainsi :

le 27 juin : Naples. Pas seulement Gomorra et la crise des déchets.  Des napolitains qui essaient de survivre et qui aiment leur ville. Une ville magnifique qui refuse de mourir sous le coup des nouveaux clichés. La poubelle a remplacé la mandoline… Et pourtant, densité culturelle (chant traditionnel et théâtre contemporain) et tout le savoir faire de la couture, le made in italy est ici.

Le 4 juillet : Stromboli. Comment 300 personnes vivent sur le flanc d’un volcan posé sur l’eau. Déambulation de maisons en maisons, de sentiers en sentiers.

Le 11 juillet : De la Toscane aux Marches. Du Palio de Sienne au calme de Jesi et de longues escapades sur les collines d’Ombrie, flanerie dans le Centre de l’Italie

Le 18 juillet : Les Pouilles et plus particulièrement le Salento. Pas de services publics, pas de boulot, pas de perspective… Mais on est né ici sous un olivier, autant l’exploiter et se débrouiller comme on peut en regardant la mer, avec l’espoir de jours meilleurs.

 Le 25 juillet : Rome. Tout a été dit sur Rome. Histoire écrasante. Que faire ? Au coeur de la romanità se trouve une passion pour la Roma, le club de foot lié culturellement à sa ville… Sens profond, Rome la bureaucratique défie Milan la riche, et ça se joue sur la pelouse…. Rome, épris de culture, ville de Pasolini et où les agressions homophobes sont les plus nombreuses en italie…

Le 1er Aout : Lampedusa. Tout le monde connaît l’île pour l’afflux des immigrés qui arrivent ici.. Mais que sait on du quotidien des 5000 personnes qui vivent là depuis plusieurs générations ?

Le 8 Aout : Le Patrimoine. De Fiat à Barilla, de la gastronomie à l’opéra et la mode, de la musica legerra aux feux d’artifice. De San Remo à Milan

Le 15 Aout : Venise. Extension des reportages réalisés cet hiver. Les vénitiens face aux dangers qui guettent leur ville.

Le 22 Aout : La politique. Berlusconi évoqué en 2 minutes sur une série de 10 heures consacrée à l’Italie (bel exploit non ?)…Cette émission sur la politique, une équation simple : l’anti politica très forte dans un pays où tout est politique.

Le 29 Aout : La Sicile. C’est quand lorsqu’on pense Cosa Nostra fini que la Mafia comprime l’ascenceur social… Mais des associations donnent des lueurs d’espoir…

Ciao Ragazzi, tous les samedi à 18 h 10

Contact presse

Severine Bastin. + 33 1 56 40 36 20. severine.bastin@radiofrance.com

Muriel Attal. +33 1 56 40 37 13. muriel.attal@radiofrance.com

Maintenant, je vous tire une révérence polie et si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je tire le rideau d’acier du blog qui ferme quelques jours…

De l’impossibilité italienne à croire en un journalisme apolitique

journalisme, humeur, société, politique

Une question de culture. Une tradition profondément ancrée. Toute tentative journalistique d’expliquer un fait politique est forcément un acte militant. La neutralité ne peut exister dans la presse.

Bien sur, il y a déjà la responsabilité d’une presse essentiellement d’opinion. En France, il existe l’opposition Droite Gauche (Figaro/Libération), mais en Italie tous les titres sont politisés. Disons pour une présentation sommaire et schématique : Il Giornale, Il Foglio, Il Tempo, il Corriere della Sera contre Il Manifesto, l’Unità et la La Repubblica.

Dans les écoles de journalisme, dès les examens d’entrée, des questions directement ou indirectement posées cherchent à connaitre l’opinion politique du candidat étudiant. Fait inexistant en France.

Mais le plus surprenant est finalement l’attitude du citoyen observateur, lecteur, souvent militant d’ailleurs. A ses yeux, le journalisme apolitique n’existe pas. C’est une mesquinerie pour mieux instrumentaliser et manipuler.

Il a fallu que je vive moi même cette expérience pour creuser la question et déceler  cette spécificité italienne.

Si une presse d’opinion (d’ailleurs le mot italien veut tout dire : stampa militante) doit évidemment exister, je ne crois pas que ce soit le travail d’un correspondant à l’étranger, qui au contraire doit évoquer la scène politique dans ses nuances et ses contradictions.

Sur ce blog, pour les habitués, je parle aussi bien des faiblesses de la gauche que des manoeuvres berlusconiennes. Certains de ces posts traduits en italien tournent donc sur le net italien et les commentaires qui les accompagnent sont à la fois amusants, intéressants et révelateurs.

Ex : pour les sites de gauche, je reprends régulièrement tous les thèmes de la Ligue. Je fais donc l’éloge de la Ligue du Nord et mes reportages ne font qu’accréditer ma proximité à ce parti autonomiste et xénophobe. En revanche, pour les sites de droite, on me surnomme “companero”, camarade, et je serai pire que l’ancien communiste Massimo d’Allema. A titre de preuve, ils mettent en exergue un lien avec la section du Parti Socialiste de Rome, une annonce de l’interview de Walter Veltroni qui devait avoir lieu sur France Inter au moment du débat Aubry/Royal et qui fut annulé. Ce lien est donc la preuve indiscutable que je suis un communiste.

Encore plus intéressant, un commentaire sur le site du blog de Daniele Sensi (qui accomplit un travail de titan  au service du débat de fond) en lien ici… Un commentaire assène cette affirmation : “pour mieux comprendre mes motivations et ce que j’écris, il est indispensable de savoir pour qui je vote. Parce que je représente forcément la voix d’un parti (dans le cas présent communiste). Et le journalisme “impartial” n’existe pas. C’est un mensonge.”

Evidemment, ça ne prête pas à sourire tellement c’est tragique dans la mesure où ces réflexes empêchent la tenue de n’importe quel débat d’idées.

Admettons que je (quand j’emploie le “je”, ce n’est pas forcément moi, mais tout un chacun), admettons que je formule une idée, je pose une question, je cherche des éclaircissements, j’interpelle quelqu’un. Je n’aurais pas de réponse, personne n’argumentera en face de moi comme le voudrait un échange de deux points de vue différents,  mais en revanche je vais découvrir rapidement des coups portés dans le dos, des mesquineries dites sur mon compte, sur ma vie privée, sur mes agissements, on va m’inventer des liaisons professionelles douteuses,  je suis un partisan ou un mesquin qui cherche à déstabiliser.

C’est un peu la méthode mafieuse. La Mafia ne tue plus aujourd’hui. Elle salit celui qui s’approche trop d’elle… Elle le détruit psychiquement et socialement.

Pour conclure, un extrait d’une correspondance privée avec un internaute blogger italien. (je ne le cite pas, vu que je décide à l’instant de traduire et publier ces quelques mots sans lui en avoir parlé auparavant)… Mais ce qu’il écrit est une belle conclusion  :

La politique et le débat italien sont réduits à une ambiance de supporter de stade : pour ou contre, blanc ou noir, les gentils d’un coté, les méchants de l’autre…/… Mais j’aime cette confrontation comme s’il s’agissait d’un match de foot. C’est normal, je suis un militant. Même si depuis quelques années seulement,  je n’ai plus ma carte en poche. Ce qui n’est pas normal, c’est que TOUS participent à ce jeu, journalistes compris. Les journalistes et intellectuels devraient avoir en revanche le devoir de restituer à leurs lecteurs la complexité du monde, parce qu’évidemment le monde n’est pas tout blanc ou tout noir…/….

…/… Nous vivons sous tension comme s’il s’agissait d’une guerre civile permanente. Et ce n’est pas un bien pour la démocratie.

“Sale gay”, insulte suprême en Italie

social, société

Résultat d’une étude d’opinions qu’il faut considérer avec prudence. Une enquête commandée et publiée par Focus (magazine qu’on peut rapprocher de son cousin français “ça m’intéresse“) révèle que l’insulte la plus offensante pour les italiens est de se faire traiter de gay, au même titre que mafioso, terroriste, handicapé.

Le hit parade exacte. Insulte la plus blessante. 1 : gay. 2 : mafioso.  3 : handicapé. 4 : nazis. 5 : terroristes.

Au passage, notons aussi le difficile rapport à la maladie et l’exclusion. “Handicapé” représente une honte, ce qui en dit long sur sur les problèmes d’intégration en tous genre.

Sur le net italien, des bloggers confirment qu’ “être gay” est une maladie mentale. Et l’amalgame avec la pédophilie est récurrente. Evidemment, les associations homosexuelles ont été invités à réagir.

Imma Battaglia, president de Gay Project “aucune surprise, c’est le symptôme du danger homophobe. Si en Italie, gay était synonime de normalité civile et politique, nous ne serions pas marginalisés de la sorte”

Franco Grillini “Gaynews.it” : C’est une réalité que nous vivons au quotidien. Gay, voire des termes plus péjoratifs pour désigner les gays sont des insultes qui fusent avec violence“.

Campo di Fiori, cette semaine, au coeur du centre historique de Rome, un couple “gay” américain a été “massacré’” par une bande de six garçons (à peine 20 ans selon les victimes) vers 2 heures du matin. Sortant d’un pub,  les deux homosexuels rentraient à leur hotel main dans la main, ce qui a choqué le groupe qui les a insulté avant de les frapper et de s’enfuir, laissant sur place les corps sans connaissance dans une flaque de sang. La vie des deux agressés n’est pas en danger…

Des meurtres ont déjà eu lieu, à l’époque de Pasolini.

Giorgio et Antonio, à peine 30 ans, vivent ensemble. Dans leur immeuble ils sont tolérés, mais dès qu’ils se prennent la main dans la rue, les commentaires désobligeants sont chuchotés dans leur dos, mais  assez fort pour qu’ils les entendent. Ils vont quitter leur pays. Direction l’Allemagne.

Mario et Gino, la cinquantaine disent le contraire, ça ne va pas si mal aujourd’hui, on est accepté.

Pendant le débat du Dico (équivalent du Pacs) jamais voté, 7 italiens sur 10 se déclaraient favorables à la reconnaissance civile des homosexuels. Mais le poids du Vatican fut tel que (alla fine) les catholiques de gauche et de droite ont désapprouvé l’idée et rejetté le texte.

Depuis que la mairie de Rome est entre les mains de Gianni Alemanno (Centre droit, ex-MSI), les franges les plus radicales se sentent autorisés à manifester ouvertement des positions homophobles. Insultes, agressions, et vandalisme des locaux d’associations.

La Gay Pride de Rome peine encore à s’organiser. Aujourd’hui, samedi 13 juin, des chars partiront de la Piazza Repubblica jusqu’à Navona, via Piazza Venezia. Mais la mairie s’était opposée au défilé dans les rues du centre. Ensuite, le Conseil Municipal voulait réduire le parcours à 400 mètres. Finalement,  la Région et la Provincia ont incité Alemanno à plus de souplesse, et la Gay Pride défilera. “exhibitionnistes vulgaires”, fulmine le camp Alemanno.

Alemanno parodié par les comiques Fiorello et Baldini l’an dernier sur le même thème. Les paroles : un gay épris de Gianni, il sent tant d’amour déborder pour le maire, son style si mec, si sexy et dans refrain, cette complainte ”Alemanno, dis moi pourquoi on ne pourrait pas défiler toi et moi ?

 ev.rf

La mairie d’Alemanno et la politique du gouvernement ne font pas rire les homosexuels qui protestent ouvertement. Avec le char “Papigay”, o “Noemigay” est délivré un message : “ce qui est vulgaire, c’ est l’attitude des hommes politiques, mais pas les homosexuels et les lesbiennes qui défilent pour défendre leurs droits” hurlent les militants du Circolo Mieli... Derrière quelques chars très colorés, défileront 200 000 personnes, visages fermés. Ce n’est pas une fête, c’est une manifestation sociale et politique… que les journaux, même de gauche, évoquent à peine.

Mots clés : réconciliation, affaire, pétrole, terrorisme, immigrés, femmes…lifting et… chameau.

international

Parce que seules comptent les images : les chameaux sont d’emblée la cible choisie des caméras… L’immense tente dressée dans les jardins de la Villa Doria Pamphili suscite la curiosité des téléobjectifs, téléobjectifs littéralement affolés par l’arrivée des 40 femmes qui accompagnent Mouammar Khadafi…

Petit joueur Khadafi“, dit Fiorello humoriste italien très renommé… “petit joueur dit il dans son Fiorello Show … “Khadafi se présente devant Berlusconi avec un harem de 40 femmes… Mais qui croit il impressionner ?  Berlusconi ?  Mais Silvio il en a 50 plus belles les unes que les autres dans sa villa sarde… Petit joueur Khadafi !!!

Mais Khadafi n’est pas là pour le folklore. Dès la descente d’avion, la photo d’un martyr du colonialisme mussolinien est épinglé sur le rebord de sa veste. Il en sera ainsi toute la durée de la cérémonie d’ouverture à l’aéroport de Ciampino. Ce sont les retrouvailles avec Silvio Berlusconi, quasiment un an après avoir signé un pacte d’amitié italo libyen.

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Quelques mois après cet “abraccio” de réconciliation, les deux hommes se retrouvent face à la presse internationale à Villa Madama. Deux hommes plus très jeunes qui ne cachent pas leur recours au bistouri. Berlusconi semble avoir un meilleur chirurgien, celui de Khadafi a un peu “trop tiré sur la peau”, les yeux partis avec sont devenus bridés, et comme il parle d’une voix grave gutturale monocorde et basse, on a plutôt l’impression d’être en face d’un Samourai plutot qu’un dirigeant arabe.

Et les gargarismes de Khadafi ne sont pas brefs… Durée moyenne d’une réponse : 20 minutes. Et une succession de monologue au Sénat, à l’Auditorium, à la Faculté de la Sapienza. Le décor prête à sourire, encore que… le contenu nettement moins. Parce que cette voix monocorde et incompréhensible profite de cette tribune occidentale inespérée pour délivrer ses messages :

“Les Etats-Unis sont autant terroristes que Ben Laden”

“Ben Laden s’est implanté en Irak par la faute des Etats-Unis”

“Les pirates somaliens sont contraints d’intercepter des navires étrangers qui empiètent leur territoire maritime”

“Il n’y a pas de violation de droits de l’homme en Afrique. Les Africains sortent de leurs forêts et de leur désert, attirés par les richesses de l’Europe. C’est tout. L’immigration n’est pas politique, il n’y a pas de persécutés. Ils veulent de l’argent”.

Khadafi énonce longuement les horreurs commises par l’occupation fasciste italienne entre 1911 et 1943 et remercie “son ami Silvio pour les excuses présentées” (et accessoirement les 5 milliards de dollars). Il annonce enfin une nouvelle page d’histoire entre les deux pays.

L’opposition enrage. Khadafi ne s’exprimera pas dans l’hemicycle du Sénat, honneur seulement rendu à Koffi Annan, Jean-Paul II et Juan Carlos, mais dans une pièce à part. Les sénateurs de l’IDV (Antonio Di Pietro) ont épinglé sur le rebord de leurs vestes une photo du boeing de Lockerbie (attentat attribué aux services secrets libyens en 88). Les forces de l’ordre chargent les étudiants qui voulaient empêcher Khadafi d’approcher l’Université. Rome est verrouillée. La police partout et les hélicos en permanence.

Les Etats-Unis s’interrogent à voix haute. Pourquoi une telle tribune pendant 3 longues journées ? L’Etat Major de Barak Obama demandera lundi prochain à Silvio Berlusconi quelques éclaircissements sur ce cadeau “médiatique”.

Etonnante réaction de Washington, les motivations ne sont pas difficiles à comprendre. Il suffit de voir les allées et venues sous la tente de tous les entrepreneurs italiens qui signent des contrats. Possibilité désormais de s’établir en Libye et priorité absolue dans les appels d’offre concernant les chantiers d’autoroute et développement d’infrastructure….

La libye, ce sont des liquidités… L’Italie devient un client privilégié en matière de pétrole mais dans le domaine de l’énergie, voilà que Khadafi pourrait prendre des parts chez Eni et Enel (équivalent italien d’EDF)… On parle même d’un épongement de la dette de l’AS Roma, les investisseurs entreraient à hauteur de 15% dans le capital du club de foot.

Et les immigrés ? On continue comme ça ? Bien sur. Toutes barques secourues dans les eaux internationales sont reconduits de facto à Tripoli. Lampedusa fini. “C’est une entorse aux conventions du droit d’asile” dénonce le Haut Commissariat aux Réfugiés.

Mais comme Khadafi a affirmé “ qu’il n’y avait aucun problème politique en Afrique,’il n’y a pas lieu de demander des droits d’asile“. L’immigré n’est qu’un profiteur attiré par l’argent. Ce n’est pas du tout le cas des hommes élégants avec leurs attachés case qui viennent quelques minutes sous la tente du dirigeant libyen.

Mais la règle est celle là. Les garde cotes italiens vont l’appliquer à nouveau. Et Khadafi accepte de reprendre les clandestins sur son territoire.

A vrai dire, “l’immigration représente un marché pour Khadafi, c’est aussi un moyen de pression” dit on au Centre d’Etude et de Recherche sur le monde musulman et arabe. Une monnaie d’échange avec l’Italie :  je reprends les immigrés dont tu ne veux pas, je dis ce que je veux chez toi et tu m’achètes des trucs.

Le pacte européen sur l’immigration et l’asile, élaborée par la France lors de sa présidence à l’automne 2008 subit de sévères griffures. Cette Europe de l’Asile est rendue caduque par le pacte d’amitié italo-libyen.  Défaillante la volonté politique. Du coup, quitte à violer les principes des droits de l’homme et du droit d’asile, l’Europe du Sud est tentée de confier à l’Afrique du Nord des missions policières liées à l’immigration en échange d’avantages économiques.

Bruxelles soupire, lève les bras au ciel… et regarde ailleurs.