Comprendre l’Italie Ă  travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


France-Italie : à chacun ses régionales !

presse, politique

Mais que fait la presse étrangère ? Elle dort ?

Le web italien s’interroge. L’affaire autour des listes Ă©lectorales du PDL est Ă  peine effleurĂ©e par les mĂ©dias du monde entier. 

A une confĂ©rence de presse, les journalistes italiens nous ont mĂŞme interpellĂ© gentiment. “Pourquoi un tel dĂ©sintĂ©ret pour un sujet aussi grave ?”

Un confrère allemand a alors rĂ©torquĂ© : “En Basse Saxe, j’ai un ministre, Christian Wulf qui est parti Ă  Miami en vacances avec sa famille. Il a payĂ© son billet mais la compagnie aĂ©rienne l’a surclassĂ©. L’affaire a provoquĂ© un tel scandale qu’il a Ă©tĂ© contraint de dĂ©bourser la diffĂ©rence. Alors vos histoires d’embrouilles et d’escroqueries n’amusent plus personne chez moi, c’est surrĂ©aliste et incomprĂ©hensible“.

Si Ă  Paris, la rĂ©ference n’est pas la mĂŞme, les français doivent reconnaitre que le sujet “caos liste” n’a pas Ă©mu les directions de rĂ©daction : “Encore une polĂ©mique Ă  l’italienne qui finira comme les autres avec un arrangement tricotĂ© sur mesure.” 

Sur son blog, Daniele Sensi  dans un post datĂ© du 7 mars pose aussi la question. “Pourquoi de l’autre cotĂ© des Alpes, les journalistes n’ont ils pas encore Ă©voquĂ© ce qui est en train de se passer ? Peut ĂŞtre, pour les correspondants Ă©trangers, expliquer en un seul article toutes les règles de notre système Ă©lectoral et les complexitĂ©s institutionnelles  est un excercice difficile ? Mais la sensation est qu’on ne prend pas la mesure de la gravitĂ© des faits. Jolies filles et fĂŞtes privĂ©es sont plus mĂ©diatiques qu’un dĂ©cret loi.”

Le blogger se demande s’il ne faudrait pas aider les correspondants Ă©trangers par l’organisation d’une vaste consultation populaire, juste pour voir l’effet qu’elle produit. 

Les faits : les reprĂ©sentants du PDL dans le Latium ont dĂ©posĂ© leur liste après la date butoir requise. ConsĂ©quence, elle n’a pas Ă©tĂ© enregistrĂ©e et tous les recours dĂ©posĂ©s ont Ă©tĂ© rejetĂ©s.

Face Ă  cette impasse, le gouvernement Berlusconi a mis sur pied un dĂ©cret loi dont la finalitĂ© consistait Ă  rĂ©gler cet Ă©pineux problème. Le PrĂ©sident de la Republique qui joue en Italie un role d’arbitre, garant des constitutions a apposĂ© sa signature et ce geste de Giorgo Napolitano a provoquĂ© une onde de choc dans les milieux politiques et institutionnels. 

Quoiqu’il en soit, Renata Polverini, la candidate de la droite dans le Latium est toujours en lice mais  sans l’homologation PDL et dans sa liste ne figurent pas les candidats du parti Berlusconien. (problèmes de signatures, enregistrement tardifs).

Berlusconi hurle. “Ce sont des magistrats pointilleux qui ont empĂŞché  mes Ă©quipes de se prĂ©senter. Il y a un complot derrière cette affaire.” 

Alors, c’est vrai. Vu de Paris, Londres, Washington ou ailleurs, cette confusion qui anime la campagne des rĂ©gionales ne revĂŞt pas une grande importance. Il est Ă©vident que la manifestation du front de gauche demain et celle des partisans de Berlusconi le 20 mars auront une visibilitĂ© internationale plus large.

Mais ce n’est pas seulement une histoire de dĂ©cret loi complexe qui justifie la frilositĂ© de la presse Ă©trangère Ă  en parler. C’est aussi un contexte.

Ces dernières semaines, les affaires et scandales de corruption sont devenus quasi quotidiens. Le business élus/mafia/entreprise que ce soit au niveau local ou régional apparait noir sur blanc dans les journaux.

Plus Ă©clatant encore, l’affaire fastweb/Scaglia. Une des plus grandes fortunes d’Italie, Silvio Scaglia, fondateur de l’Empire Fastweb en prison. Mandat d’arrĂŞt aussi contre le SĂ©nateur berlusconien Nicola Di Girolamo. Tous deux impliquĂ©s dans une affaire de blanchiment d’argent avec la mafia et de fraude fiscale.

1+1+1+1+1……  chaque jour une nouvelle polĂ©mique et un nouveau scandale chassent ceux de la veille… mais quels enseignements en tirer ? 

Une certaine lassitude finit par gagner les consciences. Les éditorialistes italiens font leur travail et posent les questions. Personne ne répond !

Et que devrait faire la presse Ă©trangère dans un tel contexte ? Selon moi, le travail d’un correspondant n’est pas d’ĂŞtre protagoniste mais d’observer et rapporter les rĂ©alitĂ©s d’un pays et d’une sociĂ©tĂ©.

Daniele Sensi a raison quand il se demande s’il n’appartient pas aux italiens d’agir en premier lieu. Cher Daniele, c’est votre pays, votre destin, votre avenir. Un journaliste Ă©tranger peut rapporter une situation mais n’influera jamais sur le cours des évènements. Surtout pas en Italie.

Il suffirait qu’un anglais, un allemand ou une français formule une critique Ă©laborĂ©e du système pour qu’il soit aussitĂ´t couvert de boue et dĂ©criĂ© au prĂ©texte qu’il n’est pas italien et qu’il ne peut pas comprendre.

C’est le premier point, et c’est le plus sensible.

Le deuxième est le problème de la caricature.

Quand on parle de l’italie Ă  l’Ă©tranger, c’est toujours d’un oeil amusĂ©.  Pour le problème des listes du PDL, on n’a pas Ă©chappĂ© au traitement clownesque. Genre : “Ah oui, et puis vous ne connaissez pas la dernière? Les candidats de Berlusconi étaient au restaurant, ils n’ont pas vu passer l’heure et quand ils ont voulu dĂ©poser leur liste, c’Ă©tait trop tard…/… Ah vraiment, ces italiens, ils nous font marrer”…

Evidemment, la cause prĂ©sentĂ©e ici est biaisĂ©e. La rĂ©alitĂ© est que dans le Latium, les Ă©quilibres au sein du PDL rĂ©gional sont si difficiles Ă  maintenir que la constitution de la liste s’est opĂ©rĂ©e dans la douleur. 

Evidemment, et logiquement, la presse et le web italien déplorent régulièrement la mauvaise image colportée par les raccourcis. Dans une actualité dominée par la tension institutionnelle politique et social, quel est le sujet choisi par Canal +, média français ? Berlusconi et les femmes.

Bien sur, il s’agit d’un journal satyrique et non d’un 20h. Mais tout de mĂŞme, le sujet froisse. Les italiens se consolent en se disant que Yann Barthez ne doit pas connaitre grand chose de l’actualitĂ© italienne puisque le chroniqueur cite Forza Italia qui n’existe plus depuis deux ans.

MAIS….

Si l’on prend le chemin inverse…

Si moi français, je veux savoir comment la presse italienne Ă©voque la campagne pour les RĂ©gionales en France : les excès de Georges Freche, les dĂ©rapages autour de l’identitĂ© nationale, les enjeux… je peux chercher longtemps.

Les deux seules infos venues de France cette semaine :

1/ Carla Bruni : tenue trop sexy lors d’un diner officiel Ă  l’ElysĂ©e avec le couple prĂ©sidentiel russe.

2/Problème conjugal Ă  l’ElysĂ©e. Ce deuxième titre faisait mĂŞme la Une du Giornale, le quotidien berlusconien.

 © EricValmir.RF

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Sarkozy et Carla : Trahison réciproque.

Elle a un amant, il a une maitresse.

Aucune prĂ©caution d’usage, le conditionnel prĂ©sent dans le chapĂ´ disparait dans l’article, comme s’il s’agissait d’une info avĂ©rĂ©e alors qu’en France elle n’est considĂ©rĂ©e qu’Ă  l’Ă©tat de rumeur alimentĂ©e par le rĂ©seau Twitter

  © EricValmir.RF

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Mais les articles fourmillent de dĂ©tails non sourcĂ©s et annonce mĂŞme une sĂ©paration au lendemain des RĂ©gionales (ah !!!  enfin mentionnĂ©es !!!  ça prouve au moins qu’on sait qu’il y a des Ă©lections en France).

Sur RaiNews 24 et SkyTG24, un bandeau déroulant tourne depuis ce matin : Carla dément tout.

Oui,  les histoires privĂ©es, les filles, les fĂŞtes sont plus mĂ©diatiques qu’un dĂ©cret loi ou les Ă©carts d’un ex candidat socialiste. De tous temps, le virus people ou gossip contamine la presse, et pas seulement la presse. L’homme en gĂ©nĂ©ral.

Les cancans du quartier, les salades privĂ©es du voisin font la vie quotidienne et alimentent les conversations Ă  la machine Ă  cafĂ©. C’est un travers de la nature humaine, on en rigole, on fait mine de s’en dĂ©sinteresser, on en a honte, mais c’est bien lĂ .

A une conférence de presse de Silvio Berlusconi, son ministre de la Défense joue les vigiles face à un journaliste violet

politique

Hier, dans une forme qui cherchait Ă  grossir volontairement le trait, j’Ă©voquais le fossĂ© de plus en plus large entre la scène politique et la salle dans laquelle se trouve le citoyen. Au milieu, une fosse d’orchestre au tintamarre inaudible.

Dans la foulĂ©e, l’actualitĂ© politique de ce 10 mars n’a pas offert un visage plus rĂ©jouissant.

D’abord il y a cette confĂ©rence de presse de Silvio Berlusconi. Le PrĂ©sident du Conseil annonce une manifestation le 20 mars pour protester contre le fait que son parti ne soit pas reprĂ©sentĂ© dans le Latium aux Ă©lections rĂ©gionales, la faute Ă  “des juges et une gauche communiste procĂ©durière qui n’a pas d’autres solutions pour fuir le combat des urnes”.

Pierluigi Bersani, chef de l’oppositon, Ă  la tĂŞte du Parti DĂ©mocrate rĂ©torquera deux heures plus tard : “ce n’est pas notre faute si le PDL n’a pas prĂ©sentĂ© sa liste de candidats dans les temps et en respectant les règles en vigueur  “.

En clair, l’habituel Ă©change ping/pong qui rĂ©git le dĂ©bat gauche/droite.

Alors, finalement, les projecteurs se sont braqués hier soir sur Rocco Carlomagno.

Ce journaliste qui s’autoprogramme free-lance a contrariĂ© la confĂ©rence de presse de Silvio Berlusconi.

Sans attendre son tour, Rocco Carlomagno pose une question sur les affaires de corruption qui frappe Guido Bertolaso, le chef de la protection civile.

 © Agenzia

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Intervient le ministre de la DĂ©fense…

Ignazio La Russa Ă©carte les vigiles et ordonne au “malpoli de se taire“.

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“Si le malpoli en question avait Ă©tĂ© une armoire Ă  glace, Ignazio La Russa aurait il rĂ©agi avec autant de zèle”, commentent d’un oeil amusĂ© les journalistes Ă  l’arrière.

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Ignazio la Russa repart…

Mais Rocco Carlomagno insiste..

..Il veut poser sa question mais surtout il veut une rĂ©ponse…

Ignazio la Russa intervient Ă  nouveau.

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Un Ă©change vif entre les deux hommes…

Silvio Berlusconi rĂ©pond simplement “Bertolaso pourra vous attaquer en justice. Mais vous avez des raisons d’ĂŞtre aussi hargneux quand vous voyez votre tĂŞte tous les matins dans le miroir quand vous vous peignez”. Allusion Ă  la calvitie du journaliste.

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Le ton s’envenime.

La confĂ©rence de presse est finie. Carlomagno hurle “DĂ©mission”

La Russa s’Ă©nerve…

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Et joint le geste Ă  la parole,

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Carlomagno hurle “fasciste”

RĂ©fĂ©rence au passĂ© du ministre dans les rangs de l’ex MSI…

Les services d’ordre interviennent et dĂ©cident d’Ă©loigner le ministre de la dĂ©fense de cet Ă©change peu glorieux.

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Carlomagno rĂ©pète  ”fasciste” et prĂ©vient qu’il portera plainte pour agression…

La Russa s’Ă©nerve, mais son service d’ordre l’Ă©loigne.

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A l’extĂ©rieur, Rocco Carlomagno devient le centre d’intĂ©rĂŞt mĂ©diatique.

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De son cotĂ© le Popolo della LibertĂ  (parti de Silvio Berlusconi) affirme que l’homme n’est pas inscrit Ă  l’ordre des  journalistes et qu’il est connu des services de sĂ©curitĂ©. Rocco Carlomagno a dĂ©jĂ  provoquĂ© des agitations dans des rĂ©unions.

Sur son site, Corriere TV ressort une vidĂ©o oĂą l’on voit Rocco Carlomagno interrogĂ© dans une des manifestation des “violets” (No-Berlusconi Day).

Journaliste pigiste mais aussi activiste politique, connu et repéré par les services.

Pourtant cet “agitateur connu  ” va se retrouver au milieu des journalistes accrĂ©ditĂ©s du Palais Chigi et des membres du gouvernement. Quand on sait qu’on doit laisser carte de presse et passeport Ă  l’entrĂ©e (mĂŞme si ici, la confĂ©rence se dĂ©roule au siège du PDL, les règles sont les mĂŞmes), on peut se demander comment Carlomagno dont il Ă©tait prĂ©visible qu’il agisse ainsi ait pu passer aussi facilement.

De cette confĂ©rence de presse, on retiendra que la gauche communiste de mèche avec les juges empĂŞchent les berlusconiens de se prĂ©senter dans le Latium, qu’il y aura une manifestation le 20 mars pour protester, et que le chef du gouvernement a Ă©tĂ© houspillĂ© par un activiste politique de gauche.

Beaucoup de bruit pour rien. Renata Polverini sera en effet prĂ©sente au scrutin Ă  la tĂŞte d’une liste Divers Droite, mais n’aura pas des noms de conseillers PDL avec elle

Pour quelques noms seulement, le chef du gouvernement a-t-il besoin de provoquer une confĂ©rence de presse et d’organiser une manifestation ? La rĂ©ponse serait non, s’il n’avait pas donnĂ© au scrutin une allure rĂ©ferendaire autour de sa personne et de sa figure politique.

Pendant ce temps lĂ , la Confindustria, par la voix de sa prĂ©sidente Emma Marcegaglia se demande “quand les problèmes du pays, les difficultĂ©s rencontrĂ©s par les entreprises et les salariĂ©s et les difficultĂ©s liĂ©es Ă  la crise Ă©conomique seront abordĂ©s pendant la campagne”

Pendant ce temps lĂ , au Palais Madame, le SĂ©nat approuve le projet de loi sur “l’empĂŞchement lĂ©gitime” qui garantit l’immunitĂ© parlementaire pendant 18 mois Ă  Silvio Berlusconi et ses ministres. Au PrĂ©sident Napolitano, dĂ©sormais, de ratifier le texte pour l’enteriner.

Les débats qui ont précédé le vote.

La droite “honte aux juges communistes de mèche avec l’opposition pour harceler Silvio Berlusconi

La gauche “honte aux Ă©lus de droite tous derrière le monarque escroc pour le protĂ©ger de la prison.

La Ligue du Nord  “On se moque de ces affaires. Pensons au problèmes du pays, la crise sociale, le fĂ©deralisme Ă©conomique, le poids des rĂ©gions”.

Et fin mars, on feindra de s’Ă©tonner que ce parti soit encore le grand gagnant d’Ă©lections locales. Le seul qui Ă©nonce aujourd’hui un programme, un programme qu’on peut discuter mais un programme quand mĂŞme.

Rocco fait la une. Ignazio aussi. Silvio encore. Mais les citoyens regardent ailleurs.

Un sondage Ispo publiĂ© par le Corriere della Sera indique que jamais la cĂ´te de popularitĂ© du gouvernement Berlusconi n’a Ă©tĂ© aussi basse. 39%. Ce sont les Ă©lecteurs de droite qui se dĂ©tournent. La gauche n’en profite pas. C’est le rang des abstentionnistes qui grossit.

Comme dĂ©jĂ  Ă©crit, au pays de la  comedia della arte, l’arte della comedia continue de faire des ravages.

Je suis vieille, salie, trahie et je vais bientĂ´t mourir.

politique

Mes souvenirs de jeunesse.

Je souris.

Quand on est jeune, on a toujours l’innocence et l’insouciance. Et comme ma conception repose sur la noblesse, j’ai toujours pensĂ© que je pourrais servir l’HumanitĂ© Ă  progresser et Ă  mieux s’organiser.

J’ai traversĂ© les Ă©poques en Ă©tant Ă©videmment courtisĂ©e et instrumentalisĂ©e. Des sophistes grecs aux populistes d’aujourd’hui, les discours vides, creux et opportunistes ont toujours cherchĂ© Ă  me prendre pour alibi.

En Italie, j’ai vĂ©cu des moments forts et terribles. Le fascisme et le communisme dans une de ses expressions radicales, mais au lendemain de la guerre, les groupuscules des deux camps ont continuĂ© Ă  se battre. Encore une fois en mon nom.

Dans les années 70, les années de plomb, des attentats, des morts, des violences. Avec toujours moi exposée en alibi.

Ce n’Ă©tait pas une nouveautĂ©. Je l’ai dĂ©jĂ  connu Ă  plusieurs reprises Ă  travers les siècles, surtout avec ma cousine “Religion“. Les hommes se battaient en son honneur, ils se tuaient mĂŞme souvent pour le dĂ©fendre disaient ils.

D’ailleurs quand ma cousine a cherchĂ© Ă  s’approcher de moi et elle le fait souvent en Italie, j’ai toujours pris garde Ă  m’en dĂ©marquer, persuadĂ©e que mon indĂ©pendance est garante de ma crĂ©dibilitĂ© et ma survie.

Le temps ne m’a jamais guĂ©ri de la naĂ®vetĂ©, ou peut ĂŞtre, est-ce dans mes gĂŞnes ? Je veux dire, quoiqu’il arrive, je dois incarner l’espoir.

MĂŞme quand les mafieux, les entrepreneurs vĂ©reux pactisent avec ceux qui me reprĂ©sentent et m’utilisent pour garder une parcelle de pouvoir, j’ai la force de croire en des lendemains meilleurs.

Mais ces costumes cravates machiaveliques ne prennaient mĂŞme plus la peine de me gratifier de paroles gĂ©nĂ©reuses et honorifiques. Ils m’ont sali et le peuple m’a dĂ©testĂ©. Jusqu’Ă  l’explosion de leur système pourri il y a près de 20 ans.

Et lĂ , un petit monsieur qui rigole tout le temps est arrivĂ©. Il m’a vu telle que j’Ă©tais : salie, traĂ®nĂ©e dans la boue, dĂ©savouĂ©e. Silvio m’a alors pris par la main et m’a conduit dans une magnifique salle de bains.  LĂ , il a pris soin d’enlever la poussière qui recouvrait mon corps. Et ses acolytes ont dansĂ© avec moi. J’Ă©tais la plus belle.

En public, ils disaient tous qu’ils m’avaient rajeuni et redonnĂ© un sens Ă  ma vie. J’Ă©tais pleine d’espoir et surtout, je m’attendais Ă  une opĂ©ration chirurgicale en profondeur, j’en avais besoin, mes organes vitaux avaient Ă©tĂ© atteints. Mais ils n’ont rien fait, ils m’ont simplement offert de belles toilettes et m’ont outrageusement maquillĂ© pour m’exhiber.

Le petit monsieur qui rigole tout le temps et ceux qui ne l’aiment pas ont continuĂ© Ă  se servir de moi. Comme les autres avant. Rien n’ a changĂ©. Ils m’ont simplement offert de beaux habits.

Mais jamais ne sont Ă©noncĂ©es les grandes idĂ©es pour amĂ©liorer la sociĂ©tĂ©. Ils ne me font exister qu’Ă  travers le mot “Ă©lection”. Et encore je devrais dire “referendum”. Tous les scrutins posent une seule question : pour ou contre le peit monsieur qui rigole tout le temps.

Alors le peuple m’a Ă  nouveau houspillĂ©. Je n’Ă©tais qu’une pourriture. Tout le contraire de mes ambitions : moi, je voulais m’Ă©lever.

Et la campagne des rĂ©gionales, c’est comme si on prĂ©parait mon cercueil.

D’abord, il n’ a Ă©tĂ© question que d’alliances et de constitutions de listes. Quand la gauche a rĂ©ussi a contentĂ© tous ses courants, elle est allĂ©e chanter au Festival de San Remo. A droite, c’est tellement la zizanie pour respecter les Ă©quilibres que la liste dans le Latium n’a pu ĂŞtre prĂ©sentĂ©e en temps et en heure.

Depuis, ça hurle dans tous les sens. En mon nom, a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© un dĂ©cret loi pour permettre Ă  la liste du PDL Lazio de se prĂ©senter, mais les hautes instances l’ont rejetĂ©.

La campagne se rĂ©sume Ă  des notions dĂ©quilibres, d’alliances, et de respect des règles.

On vote dans 15 jours, on n’a pas entendu un seul programme alors que les problèmes de tous genre pleuvent sur le pays et que les RĂ©gions ont un rĂ´le Ă  jouer fondamental.

Je suis vieille, fatiguĂ©e, salie, trahie et je vais bientĂ´t mourir. Je devrais accepter de changer. L’idĂ©ologie est une antiquitĂ©, le temps impose les technologies et la communication.

Ou peut ĂŞtre que je devrais repenser Ă  mon vieil ami Platon quand il Ă©noncait les diffĂ©rents systèmes.” L’oligarchie fondĂ©e sur les richesses, la timocratie sur l’honneur (on en est loin), la dĂ©mocratie sur l’Ă©galitĂ© (on s’en Ă©loigne) et la tyrannie qui repose sur les dĂ©sirs puisque ce principe abolit les lois. “

Etrange  de voir que tout est Ă©crit depuis des siècles et que je n’ai rien vu venir. J’ai cru en moi, en mon Ă©toile. Peut ĂŞtre que dans un dernier souffle, je reprendrais vie, mais au fond de moi je n’y crois plus.

Je m’appelle Politique et je ne veux plus rien dire.

Etre une femme italienne en 2010

société

 5 adolescentes italiennes (mineures) sur 100 optent pour une prothèse mammaire.

Record du monde absolu.

Face Ă  ce phĂ©nomène, le gouvernement italien a adoptĂ© une proposition de loi de la sous secrĂ©taire d’Etat Ă  la santĂ© Francesca Martini. “On ne peut laisser ces jeunes filles dans le Far West du bistouri. “

La ministre de la jeunesse Giorgia Meloni dĂ©plore “l’influence nĂ©faste des modèles esthĂ©tiques de la mode et de la presse people“.

Mais le texte qui voulait interdire toute poitrine artificielle aux jeunes mineures a vu plusieurs amendements assouplir la règle, au nom de la vie privée.

ConsĂ©quence : avec l’ordonnance d’un psychiatre, ces jeunes filles peuvent se prĂ©senter devant le chirurgien esthĂ©tique et s’offrir des seins en forme d’obus pour soigner une dĂ©pression, ou une difficultĂ© de vie due Ă  un complexe.

Marco Gasparotti, un des plus grands chirurgiens esthĂ©tiques au monde, qui a opĂ©rĂ© les stars de la tĂ©lĂ© et du cinĂ©ma, (30 000 interventions Ă  son actif) est favorable Ă  une loi restrictive. Mais comme il le dit lui mĂŞme, les règles se contournent. Il faut partir d’une Ă©ducation.

InterrogĂ© par le quotidien La Stampa, le chirugien de Brescia affirme que ce sont les mères qui poussent leurs filles Ă  se faire opĂ©rer. Pour avoir un physique qui attire et avoir une chance de s’en sortir dans la vie. Les plus convaincues sont les mères. ConsĂ©quence, les gamines grandissent avec cette idĂ©e en tĂŞte.” 

AjoutĂ© Ă  cela, le mal ĂŞtre de l’adolescence, les rĂŞves roses oĂą Ă  cet âge une carrière d’actrice fait beaucoup plus rĂŞver que l’univers d’un cabinet d’expert comptable… Et puis, les mères et les grands mères qui ont recours au bistouri et au botox…la publicitĂ© allĂ©chante des charlatans qui prospèrent dans ce business… Contexte dĂ©favorable.  

PublicitĂ©, mode et tĂ©lĂ©visions ont dictĂ© indirectement cette dictature de l’esthĂ©tique fĂ©minine pour rĂ©ussir dans la vie.

Bien avant le cas de Patrizia d’Addario, la jeune Noemi et les autres filles du Palais Grazioli, Silvio Berlusconi avait fait les gros titres avec Elena Russo.

Dans une Ă©coute tĂ©lĂ©phonique, on entendait clairement la voix de Silvio Berlusconi suggerer le nom d’Elena Russo au directeur de Rai fiction (dĂ©goulinant de “bien entendu” et “ça va de soi”) pour le rĂ´le titre d’un sitcom de la Rai, L’onore e il rispetto (l’honneur et le respect).  

Fait important : ce directeur, Agostino SaccĂ  va cĂ©der alors que Silvio Berlusconi n’est pas le PrĂ©sident du Conseil. A cet Ă©poque, c’est Romano Prodi. Berlusconi n’est que le chef de l’opposition mais son pouvoir dans l’audiovisuel public reste important.

Reaction d’Elena Russo : “c’est mon travail qui a Ă©tĂ© reconnu“.

L’actrice reconnait que Silvio Berlusconi en la recommandant lui a ouvert les portes. “Tout le monde a cru que j’avais couchĂ© avec lui mais c’est faux. Depuis gamine, je rĂŞve de devenir actrice, j’ai galĂ©rĂ© dans des théâtres locaux, dans des tĂ©lĂ©s locales privĂ©es de Naples. Durant toutes ces annĂ©es, on n’a jamais Ă©crit une ligne sur moi, mĂŞme dans les gazettes du coin. Je tournais dans des petites productions, et Silvio Berlusconi m’a vu dans Adesso sesso (le sexe maintenant), une comĂ©die lĂ©gère (non Ă©rotique).

Dans une soirĂ©e, il m’a adressĂ© ses compliments et m’a invitĂ© Ă  diner chez lui.  Il y avait plein d’autres personnes Ă  ce repas. A table, Silvio Berlusconi a vantĂ© mes talents d’actrice comique, un vĂ©ritable don disait il.

Je voyais bien qu’il me mangeait des yeux mais il ne m’a jamais draguĂ©, ni formulĂ© une proposition indĂ©cente. Il a cette force de vous faire sentir belle et importante. Et je suis sur qu’il s’est passĂ© la mĂŞme chose avec la jeune Noemi”.

Je n’ai aucune raison de douter de la sincĂ©ritĂ© de ce tĂ©moignage. Les faits ont du se dĂ©rouler tels que racontĂ©s par Elena Russo. Qu’elle ait ou pas couchĂ© avec Silvio Berlusconi, là n’est pas le problème. Le rĂ©cit corrobore la puissance d’un système oĂą beautĂ© et recommandations sont les seules voies possibles offertes aux femmes pour Ă©merger.

Aucun signal n’est envoyĂ© Ă  la jeunesse (garçons/filles). Chomage, travail sous rĂ©munĂ©rĂ©, pratique du piston, toujours l’importance du parti politique et des recommandations. Et dans cette jungle, les filles sont dĂ©favorisĂ©es.

Quand le colonel Khadafi a organisĂ© des soirĂ©es avec 200 beautĂ©s tous les soirs en marge du sommet de la FAO (il leur rĂ©citait un monologue Ă©gocentrique), les jeunes femmes italiennes qui se sont prĂ©sentĂ©es n’Ă©taient pas des “cruches”. Des diplomĂ©es qui ne trouvaient pas de boulot ou alors du saisonnier (hotellerie/restauration) et du secrĂ©tariat ( 500 euros/mois). Alors quand 60 euros sont proposĂ©es pour aller faire la belle potiche devant Khadafi pendant deux heures, on ne rĂ©flechit pas longtemps.

La condition fĂ©minine italienne rĂ©gresse ces dernières annĂ©es. CoincĂ©e entre “soubrette” et “mère de famille”. Le cinĂ©ma ne propose d’ailleurs ces dernières annĂ©es que des films vĂ©hiculant cette notion. Des hommes lâches et des femmes qui essaient de trouver une place dans une sociĂ©tĂ© qui lui laisse peu d’espace.

Scandale bureaucratique au Pantheon : la vidéo la plus regardée en Italie.

société, culture

Le PanthĂ©on ferme Ă  18 heures le dimanche, mĂŞme quand dans le cadre de ses animations, un concert n’est pas terminĂ©.

Le quintette russe Bach Consort qui se produisait dans le Pantheon n’a pu interprĂ©ter le dernier mouvement de son concert de Vivaldi (durĂ©e approximative : 4 minutes) car les gardiens voulaient fermer leur PanthĂ©on. On ferme Ă  18h. Basta. Pas 18h05.

 Sur la vidĂ©o, on aperçoit une femme qui vient demander Ă  l’orchestre d’arrĂŞter, le public proteste et le quintet dĂ©cide de faire ses 4 minutes.

Mais la femme aidĂ© du gardien qui frappe dans ses mains (comme s’il voulait faire peur Ă  des chats errants)  menace de faire intervenir les vigiles pour les faire sortir de force. Le quintet abandonne.

Le public hurle “Vergogna” (honte) Ă  l’encontre des responsables du PanthĂ©on romain.

Le ministre de la culture a ordonnĂ© une enquĂŞte devant cet excès de zèle. Sandro Bondi se dit “abasourdi“.

Francesco Giro, sous secrĂ©taire d’Etat Ă  la Culture : des dommages incalculables sur le plan Ă©conomique pour la ville de Rome et ses monuments.

Les Jeux 2020 à Venise : le rêve olympique de la Cité des Doges

société, sport, culture

 © Venezia 2020

© Venezia 2020

C’est une première. Venise candidate pour organiser les Jeux Olympiques d’Ă©tĂ© en 2020.

L’Ă©quipe a remis son dossier de candidature ce matin au Coni (le comitĂ© olympique italien) qui devra trancher d’ici fin avril.

Venise trouve sur sa route la candidature de Rome.

Le projet vĂ©nitien de prime abord peut prĂŞter Ă  sourire. La SĂ©renissime a dĂ©jĂ  tant de problèmes Ă  gĂ©rer qu’on la voit mal organiser la grande messe olympique.

Et pourtant, le projet apparait très solide. Quand on pense “Venise”, il faut dĂ©passer le seuil du centre historique sur la lagune et ne pas oublier que l’entitĂ© reprĂ©sente un ensemble de communes.

Que ce n’est pas seulement Venise mais aussi le Veneto, une des rĂ©gions les plus riches d’Europe qui appuie le projet (milieux politique et milieux d’affaire).

Mais assurément, le point fort du dossier vénitien réside dans sa dimension humaine.

Venise veut proposer au CIO une pause. Fini le gigantisme, revenons Ă  des proportions plus apaisantes. Des jeux dans un cadre exceptionnel, des Jeux plus Ă©conomiques, moins couteux et respectueux de l’Environnement.

Le rail, l’eau et la route pour se dĂ©placer dans un pĂ©rimètre restreint mais non congestionnĂ©. Venise a l’habitude de la foule et des grands Ă©vènements. Venise s’appuie aussi sur des infrastructures ou des chantiers dĂ©jĂ  existants.

Une des chevilles ouvrières du Comité de candidature, Federico Fantini.

 © Federico Fantini

© Federico Fantini

 EV.RF

Et comme l’indique le plan ci-dessous, le projet olympique se dĂ©cline ainsi.

Le foot Ă  Verone, Udine, Vicenza et Trieste.

 Le badminton, l’Ă©quitation, le rugby Ă  Padoue

Le canoe, le rugby et le cyclisme sur piste Ă  Trevise

Le hockey, le tir Ă  l’arc et le Tennis au Parc San Giuliano de Venise (terre ferme)

Le marathon et le beach volley Ă  Jesolo

 Au village olympique dressĂ© Ă  Tessera près de l’aĂ©roport Marco Polo : l’athlĂ©tisme, le judo, la boxe, la nage synchronisĂ©e.

La gymnastique au Vega Park de Venise (terre ferme)

Et sur l’Ă®le du Lido : natation, golf, voile, cyclisme sur piste.

 © Venezia 2020

© Venezia 2020

Marées noires contre passions vertes. Part 3. La passion verte de Francesca Santolini.

environnement, société, politique

Depuis 35 jours, le PrĂ©sident des Verts fait une grève de la faim pour dĂ©noncer la censure par la presse de tous les sujets liĂ©s Ă  l’environnement. Angelo Bonelli qui a perdu 15 kilos a Ă©tĂ© admis d’urgence Ă  l’hopital.

En Italie, les Verts ne sont plus reprĂ©sentĂ©s au Parlement depuis 2008, et la semaine dernière, la presse n’a guère donnĂ© l’occasion au mouvement de s’exprimer sur le scandale de la marĂ©e noire sur le PĂ´. La parole Ă©cologiste Ă©tant portĂ©e par les associations comme Legambiente ou encore WWF. Angelo Bonelli proteste Ă  sa façon.

La lutte contre la pollution, la santĂ© du cotoyen, l’urgence climatique, les energies renouvellables, le retour du nuclĂ©aire, ces grandes questions environnementales ne sont pas traitĂ©es par les mĂ©dias de la PĂ©ninsule.

Et les Verts italiens vĂ©hiculent l’image d’un parti d’extreme gauche.

C’est dans ce contexte qu’est publiĂ© un livre brillantissime. Passion Verte Ă©crit par Francesca Santolini. Un dĂ©fi Ă©cologiste lancĂ© Ă  la politique.

 © i Grilli

© i Grilli

Ce livre mĂ©rite le dĂ©tour, non seulement parce qu’il pose la question environnementale au centre du dĂ©bat politique, mais surtout parce qu’il navigue entre passĂ© (l’historique des mouvements Ă©cologistes italiens, autocritique des verts oĂą l’on comprend pourquoi ils sont assimilĂ©s Ă  l’extreme gauche)…

… et futur ( le vĂ©ritable changement passe par le developpement durable avec l’exemple de pays europĂ©ens qui ont dĂ©jĂ  actionnĂ© ce mĂ©canisme).

Francesca Santolini  32 ans, une solide formation de droit environnemental Ă  l’universitĂ© parisienne de la Sorbonne, adjointe Ă  l’environnement de la mairie de Rome ecrit dans un style qui Ă©vite la langue de bois et ignore la dĂ©monstration facile Ă  coups de slogans et d’idĂ©es reçus.

Cet équilibre maitrisé et ce savant dosage entre convictions, énumération et respect des faits font que ces 135 pages dépassent la problématique écologique.

Ou mieux en se concentrant sur le dĂ©fi des questions environnementales, Francesca Santolini dĂ©peint mieux que n’importe quel autre essai les systèmes qui paralysent la vie politique italienne.

C’est court. PrĂ©cis. Incisif. Et cette “passion verte” mĂ©riterait des traductions Ă  l’Ă©tranger.

  © i Grilli Marsilio

© i Grilli Marsilio

Au fil des pages, les grandes lignes du livre

Altero Matteoli choisi par Silvio Berlusconi en 2001 comme ministre de l’Environnement. Ce vieux parlementaire du MSI et Alliance Nationale “adore chasser sur les collines de la Maremma“. Si la chasse lui plait, ça doit ĂŞtre le bon casting pour le ministère de l’Environnement affirment les tĂŞtes pensantes de Forza Italia Ă  l’Ă©poque

Mais rĂ©pondant Ă  une interview dans la presse Ă©crite, Altero Matteoli concĂ©dait “ ne pas vouloir le ministère de l’Environnement et lui prĂ©ferer celui des transports, mais bon valait mieux ça que rien.”

 Et de conclure : “C’est comme quand tu as un enfant et qu’Ă  la naissance tu dĂ©couvres une fille plutĂ´t qu’un garçon“.

Autant dire que la question environnementale ne l’effleure mĂŞme pas.

Le livre refait un bref historique des mouvements Ă©cologistes qui apparaissent dans les annĂ©es 50 Ă  travers des cercles associatifs et citoyens : Italia nostra, groupe d’intello dans les annĂ©es 50…  WWF Italia en 66…   Et premières reprĂ©sentations dans le corps politique avec les Ă©vènements de 68 (qui n’ont pas eu la mĂŞme portĂ©e qu’en France).

La ligue pour l’Environnement dans les annĂ©es 80 deviendra Legambiente (ligue environnement tout attachĂ©) avec une visibilitĂ© maximale après la catastrophe de Tchernobyl….Enorme retentissement….

Emotion dans opinion publique qui oblige la classe politique Ă  Ă©lever le dĂ©bat…La vague anti nuclĂ©aire devient la mère de toutes les batailles politiques menĂ©s par les écologistes Ă  partir de 1987…

Et les verts italiens vont profiter de cet aubaine pour formaliser une nouvelle proposition politique …Les centrales nuclĂ©aires ne sont ni de gauche ni de droite.

 Roberto della Setta un des fondateurs de Legambiente aujourd’hui sĂ©nateur PD a toujours refusĂ© cette quadrature du cercle. Les politiques environnementales doivent Ă©chapper au clivage gauche/droite, mĂŞme si depuis 1968, l’idĂ©e Ă©colo se situe toujours Ă  gauche de l’Ă©chiquier.

La pensée des Verts et de Legambiente en 1988 :

Les politiques environnementales posent le problème des ressources Ă©nergĂ©tiques, du dĂ©veloppement durable, de l’amĂ©nagement du territoire.. 

Repenser un modèle de developpement et arrĂŞter la dĂ©gradation des ressources naturelles que l’Italie industrielle a pratiquĂ© pendant des dĂ©cennies avec le consensus des communistes et de la gauche.  

A la fin des annĂ©es 80, ce parti naissant et plein d’Ă©nergie possedait en lui des rĂ©ponses politiques concrètes en phase avec le besoin de changement exprimĂ© par la sociĂ©tĂ©. Si il Ă©tait restĂ© fidèle Ă  ses convictions d’origine, peut ĂŞtre aurait il consolidĂ© ses positions ?

Mais dans les annĂ©es 90, le parti (les Verts) intĂ©gre des politiciens de profession, dont les expĂ©riences ont mal tournĂ©, des Ă©checs personnels, des dĂ©routes politiques, tous issus d’une gauche, voire une extrĂŞme gauche en crise. Et dans les verts en vogue, ces ex militants de la dĂ©mocratie prolĂ©taire, des pseudos rĂ©volutionnaires fascinĂ©s par les mĂ©canismes du pouvoir trouvent une reconversion inespĂ©rĂ©e…

Ces individus n’ont pas la moindre intention de susciter un Ă©lan politique nouveau Ă  travers des actions concrètes, parce que parfaitement conscient que dans un système different, ils perdraient leurs espaces et leurs raisons d’ĂŞtre. Pour eux, un parti Ă  1% n’est pas une dĂ©faite mais un parfait abri. On est Ă©cologiste par convenance et non par vocation…

Les deux gouvernements Prodi ont Ă©tĂ© dĂ©cevants.  Edo Ronchi et Alfonso Pecoraro Scanio, 2 ministres verts qui n’ont pas eu le courage de lancer une politique innovante… Seul souci : prĂ©server ses propres intĂ©rĂŞts en prenant garde Ă  ne pas marcher sur le pied des alliĂ©s…  

Les Verts, c’est parait il “Le deuxième parti le plus aimĂ© des italiens mais pour qui l’on ne vote pas parce qu’il s’occupe de choses importantes mais pas nĂ©cessaires“.

Même si la pensée écologique est une idée perpétuellement à la mode, elle est sans cesse récupéree sur la scène politique. 

“Il y a un problème de connaissance… Incultes… PlutĂ´t que d’argumenter un discours avec des donnĂ©es prĂ©cises, les politiques (verts y compris, Peccaro par exemple)  prĂ©fèrent prendre quelques statistiques au vol pour appuyer un discours opportuniste qui servira leurs propres intĂ©rĂŞts… Alors que la dĂ©marche devrait obĂ©ir Ă  un mĂ©canisme inverse”…

“Le monde politique” et celui “des connaissances scientifiques” ne naviguent pas dans les mĂŞmes univers… Il ne reste que la superficialitĂ© dans la prĂ©sentation des faits…

Plus dĂ©concertant encore lors de dĂ©bats au SĂ©nat dans l’hiver 2009 au sujet du niveau de dangerositĂ© du rĂ©chauffement climatique…Les sĂ©nateurs de la majoritĂ© berlusconienne affirment dans leurs conclusions que le phĂ©nomène est en rĂ©alitĂ© modeste, qu’il ne faut pas en chercher les causes dans l’Ă©mission de gazs Ă  effets de serre Ă©mises par les activitĂ©s de l’Homme, et que dans tous les cas, mĂŞme si la tempĂ©rature monte un peu, on se sentirait tous un peu mieux.

DĂ©concertant parce qu’Ă  travers cet exemple on replonge dans les temps obscurs oĂą la vĂ©ritĂ© Ă©tait Ă©rigĂ©e par des lois et dĂ©crets, et non par une argumentation Ă  partir de faits et une recherche scientifique.

“Et comme les verts n’Ă©chappent Ă  cette tendance, pas Ă©tonnant qu’ils aient connu un dĂ©clin Ă©lectoral, culturel et moral.”

L’aspiration Ă©cologiste nait d’une expĂ©rience qui n’a rien Ă  voir avec l’extreme gauche d’oĂą sont issus les rouges-verts qui ont conduit le parti Ă  la catastrophe. La pensĂ©e Ă©colo est pragmatique et concrète, prĂŞte Ă  dialoguer sur tout, tandis que la culture extremiste des groupes extraparlementaires est sectaire et chaotique

 Francesca Santolini est d’autant plus amère qu’elle se souvient de la crĂ©ativitĂ© des entreprises italiennes et des chercheurs.

Il y a 20 ans, leur savoir faire engendre une production industrielle avant gardistes de gĂ©nĂ©rateurs solaires et d’Ă©oliennes…L’Enea (Agence pour les nouvelles technologies, l’energie et l’environnement) avaient dĂ©veloppĂ© des concepts nouveaux et les avaient brevetĂ©. Mais beaucoup de ces entreprises privĂ© de soutien politique ont Ă©tĂ© vendu Ă  l’Ă©tranger.

Les italiens ne sont pas forcĂ©ment en retard dans le domaine de l’Ă©nergie renouvellable. Manque seulement la volontĂ© politique comme le disait dĂ©jĂ  ce post Ă©crit peu avant Copenhague

  http://radiofrance-blogs.com/eric-valmir/2009/12/09/le-sommet-de-copenhague-selon-silvio-berlusconi/

La rĂ©duction de la pollution, la sauvegarde du territoire, le rĂ©chauffement climatique, le dĂ©veloppement durable, les ressources naturelles, l’Ă©nergie avec en dĂ©nominateur commun un pilier pour un dĂ©veloppement Ă©conomique, des concepts porteurs Ă©mergents en Europe.

Francesca Santolini revient sur les efforts de Nicolas Hulot pendant la campagne Ă©lectorale de 2007, la thĂ©matique de l’Ă©cologie porteuse auprès de l’Ă©lectorat français oblige Nicolas Sarkozy Ă  prendre en considĂ©ration les questions environnementales… aux dernières EuropĂ©ennes, le triomphe d’Europe Ecologie…

Un voyage dans les annĂ©es anglaises qui partent du Blairisme avec la publication du Climate Change Programm et des efforts rĂ©els pour rĂ©duire les Ă©missions de gaz carbonique…

En Allemagne le modèle “Grunen” a mis en synergie citoyens et pensĂ©es vertes, suscitant l’admiration des Ă©cologistes du monde entier

Francesca Santolini dresse mĂŞme une comparaison cruelle entre l’Allemagne et l’Italie… l’Allemagne en pointe dans le recyclage des dĂ©chets, notamment dans la province de LĂĽnen. C’est qu’ici qu’arrivent entr’autre les ordures de la rĂ©gion napolitaine, recyclĂ©e en matĂ©riaux pour l’industrie du bâtiment ou agricole, en biodiesel ou carburant, voire en Ă©nergie Ă©lectrique.

Sans ironie et dĂ©goutĂ©e, Francesca Santolini constate que l’Italie paye l’Allemagne pour rĂ©cupĂ©rer ses dĂ©chets et qu’avec les dĂ©chets italiens, les allemands construisent leurs autoroutes. Double bĂ©nĂ©f germanique. Double dĂ©faite pour l’Ă©conomie italienne.

.. Enfin l’Espagne, autre pays latin est un des partenaires europĂ©ens les plus en pointe dans la production d’Ă©nergie alternative.  500 parcs Ă©oliens ont crĂ©e 30 000 emplois.

De prime abord ingĂ©nue sur les exemples Ă  l’Ă©tranger, Francesca Santolini n’est pas dupe. L’opportunisme politique existe aussi ailleurs sur les questions environnementales.  Ce voyage en Europe ne sert qu’Ă  mettre en lumière les divergences avec l’Italie. En Europe, partout, on en parle, on projette, en revanche la classe politique italienne, elle,  ne formule mĂŞme pas une intention.

Le dĂ©veloppement durable est une question d’investissement politique Ă  long terme. La classe parlementaire italienne ne voit jamais au delĂ  des prochaines Ă©lections. Le principe est de rester vissĂ© Ă  son fauteuil.

L’Italie n’est pas un pays de jeunes, mais l’Italie n’est pas non plus un pays pour les jeunes. C’est la conclusion de ce livre qui n’abdique jamais quand il s’agit de formuler l’espoir.

La pensĂ©e environnementale comme support d’une relance Ă©conomique qui ignore les clivages gauche/droite…. une pensĂ©e formulĂ©e par une jeune et jolie femme, dans un pays oĂą ces deux notions ne semblent vouĂ©es qu’Ă  l’activitĂ© de show girl, animatrices ou danseuses tĂ©lĂ©s… FĂ©minine et non fĂ©ministe… Ambitieuse mais pas opportuniste… Francesca Santolini a peut ĂŞtre oubliĂ© un chapitre Mafia (le trafic des dĂ©chets, l’amĂ©nagement du territoire etc) mais personne ne lui en tiendra rigueur.

Avec ce livre, c’est dĂ©jĂ  toute la classe politique qui va lui tomber dessus… puis l’ignorer.

Et elle devra surmonter cet obstacle pour poursuivre son chemin vert, le seul qui soit à ses yeux parce que déjà empruntés par des millions de personnes et des systèmes économiques à travers le monde.  

 © Francesca Santolini

© Francesca Santolini

Marées noires contre passions vertes. Part 2. Suivre la marée noire au fil du Pô (photos)

securité, environnement, société

Les premiers barrages posĂ©s sur le Lambro cherchaient Ă  contenir les nappes d’hydrocarbures pour les empĂŞcher de dĂ©river…

 © EV.RF

© EV.RF

Mais pompiers, protection civile, et militants Ă©cologistes n’ont pas de chances.

Les conditions météorologiques sont défavorables. Pluies torrentielles et courants forts.

Le pétrole court vers le Pô à 4 km/h.

 © Ansa

© Ansa

Milan est dĂ©jĂ  derrière…

Sant’Angedio Logidano…

Mazout noir et huiles combustibles  frappent les rives.

 © Ansa

© Ansa

Tout va trop vite…

La deferlante continue (détails dans post Part 1 ).

le PĂ´ et la ville de Piacenza…

La marĂ©e noire est encore nettement visible… MalgrĂ© les courants et tourbillons du fleuve…

Et ce que ne révèlent pas les photos : il règne une odeur pestilentielle.  

 © EricValmir.RF

© EricValmir.RF

Le Lambro a pris, lui, une teinte noire uniforme

 © AP

© AP

Le temps passe…

72 heures que le pĂ©trole a Ă©tĂ© dĂ©versĂ© dans l’eau.

Les plus optimistes disent que les polluants s’Ă©vaporent et que le fleuve le digère

Les Ă©cologistes s’Ă©tanglent de rage… Il faudra des dizaines d’annĂ©es pour que l’Ă©co système retrouve un Ă©quilibre… ArrĂŞtons de croire que la nature avale tout…

 © EV.RF

© EV.RF

Et comme il pleut beaucoup,

 le PĂ´ sort de son lit…

La crainte des riverains est de voir les boulettes de pĂ©trole se fixer sur les arbres et les terres…

 © EricValmir.RF

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Les militaires sont Ă  l’oeuvre de la Lombardie Ă  l’Emilie Romagne…

Du Landro au PĂ´…

 © Ansa

© Ansa

Mais une stratégie valide sur des eaux statiques ne fonctionne pas sur les rapides fluviaux.

 C’est une course contre la montre….

Freiner la dĂ©rive, la stopper…

nettoyer….

 © EV.RF

© EV.RF

Et

secourir

les oiseaux canards  et cygnes  qui peuvent être secourus

 © Ansa

© Ansa

Par chance,

entre Piacenza et Cremona,

Il y a le barrage de la centrale Enel sur l’Ile Serafini…

La digue en béton

La forme compacte de la marĂ©e noire se bloque lĂ … Mais se fige encore cinq jours plus tard dans les branches mortes, près du rivage.

 © EricValmir.RF

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De l’autre cotĂ© du barrage,

 Plus de traces en surface…

 © EricValmir.RF

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Le PĂ´

continue sa route

dĂ©barassĂ© de son encombrant inquisiteur…

Problème, les autoritĂ©s rèvèlent que 10% minimum de la pollution n’a pu ĂŞtre bloquĂ© par la digue Enel…

Toutes les formes liquides ou semi liquides, notamment les huiles combustibles diluĂ©es dans les courants, voyagent avec les profondeurs…

 © EricValmir.RF

© EricValmir.RF

D’autant que le PĂ´

n’a pas de chance…

Il traverse une plaine industrielle

Qui ne l’Ă©parne pas…

Des usines, des usines et des usines sur ses rivages…

 © EricValmir.RF

© EricValmir.RF

On vient de passer Ostiglia…

Ferrara n’est plus très loin…

Deux craintes majeures. La ville puise son eau dans le PĂ´.

Et le Delta abrite une rĂ©serve naturelle…

Vite Ă  Guarda Veneta, on met en place un barrage…

Mais il cède sous la pression des courants.

 © L.Basioli

© L.Basioli

Dans la nuit, on surveille

et les bateaux essaient d’aspirer ce qui peut l’ĂŞtre.

 © L.Basioli

© L.Basioli

A Polisella,

C’est le barrage de la dernière chance….

 On le consolide à partir du pont

 © EricValmir.RF

© EricValmir.RF

Et lĂ  aussi aussi

tous les moyens sont bons

pour aspirer et pomper…

Sur l’eau © EricValmir.RF

© EricValmir.RF

Et 

sur terre

Ă  partir des rives.

 © EricValmir.RF

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L’enjeu est grand…

Derrière,

commence la zone humide la plus importante d’Europe avec une faune et une flore d’une grande richesse…

 © EricValmir.RF

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Et puis le PĂ´ ne se jette pas directement dans l’Adriatique…

Ce sont des dizaines de canaux qui se sĂ©parent…

Et dans le Delta,

fruits de mer et poissons

donnent Ă  la rĂ©gion une activitĂ© Ă©conomique  importante…

 © EricValmir.RF

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Mais Ă  propos d’activitĂ©,

tout reste au point mort…

 © EricValmir.RF

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Inutile de courir des risques inutiles…

On prie seulement que les hydrocarbures ne passent pas par ici.

 © EricValmir.RF

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DĂ©jĂ  l’Adriatique…

Les plages sont scrutĂ©es par les journalistes allemands… polluĂ©es ou pas ?

 © EricValmir.RF

© EricValmir.RF

Et de ce banc, comme un fauteuil de thĂ©atre…

Devant une scène immuable :  l’un des enfants du fleuve se jette Ă  la mer…

…. personne n’a le coeur aujourd’hui de venir admirer cette aventure de la nature…

 © EricValmir.RF

© EricValmir.RF

Post Ă  venir : Part 3 : La passion verte de Francesca Santolini

Marées noires contre passions vertes. Part 1. La marée noire sur le Pô

astronomie, environnement, société

Pourquoi depuis le début disent- ils que tout est sous contrôle, alors que les hydrocarbures se sont installés dans le fleuve ? 

Lanfranco Berrio, 68 ans, un des “amis du PĂ´”, une association de citoyens, Ă©cologistes et pĂŞcheurs secouent la tĂŞte d’un air navrĂ©. 

Depuis le dĂ©but, c’est connerie sur connerie. D’abord on nous dit que la pollution est maitrisĂ©e dans le Lambro. Après on se rend compte que ce n’est pas le cas mais on nous assure que le pĂ©trole n’atteindra jamais le PĂ´. Mais Ă  l’instant oĂą ce communiquĂ© est publiĂ©, le PĂ´ prend une forme compacte noire, tristement reconnaissable, pile Ă  l’endroit oĂą se jette le Landro. Après on nous assure que les nappes d’hydrocarbures ne passeront pas la ville de Piacenza, mais les barrages mis en place cèdent sous la pression des courants. Les pluies torrentielles n’arrangent rien. Heureusement, sur l’ile Serafin, il y a une centrale Enel avec une digue en bĂ©ton. La masse noirâtre est bloquĂ©e. Alors ces messieurs nous disent que tout est fini. Les opĂ©rations de prĂ©lèvements peuvent commencer. Et c’est vrai pour la partie solide, mais les huiles combustibles et les polluants immiscĂ©s dans les courants passent tous les barrages et continuent leur route vers l’Adriatique. » 

Francesco, un autre bénévole de l’association prend la relève de son ami. Il m’entraine au bord de l’eau et m’indique quelques taches stagnantes sur la rive. 

«  Voilà comment ici notre fleuve prend une teinte parfois métallisée, grisâtre, mazoutée. Ici même à Polisella, à quelques kilomètres de l’entrée du parc, une des plus belles réserves naturelles d’Europe. On ne peut pas dire que tout est sous contrôle pour dédramatiser. Le catastrophisme, c’est nul, mais l’attitude contraire est irresponsable. Et le Pô qui fournit la ville de Ferrara en eau potable, qu’est ce qu’on fait avec ça ? On la boit ?  On nous déconseille de manger les poissons pêchés dedans. Pourquoi ? A votre avis ? » 

A l’entrée du Delta du Pô, un peu après Ferrara, la Protection civile, les pompiers et les militants de WWF Italie posent les barrages de la dernière chance pour préserver la réserve naturelle.  Le Delta du Pô, patrimoine de l’Humanité… La zone la plus humide d’Europe…Une flore unique, un millier d’espèces… Une faune composée de 400 mammifères, reptiles, amphibiens et poissons…Une zone ornithologique rare (nidification, hibernation)… Des salines… De nombreux fruits de mers et coquillages… 

Comme les barrages se révèlent impuissants face à la pression des courants, la nouvelle stratégie consiste à conduire les polluants directement à l’Adriatique. Le Pô se disperse dans des dizaines d’affluents qui composent le Delta et la réserve naturelle. Objectif, droit devant, le canal direct pour que les taches grisâtres ne se dispersent pas dans ce temple de la nature. En mer, deux navires militaires de la Marine sont chargés de superviser les opérations.  

Aux yeux de la protection civile, dans deux jours, c’est une affaire conclue.  

Evidemment répliquent les responsables de WWF à Polesella, leur boulot sera accompli. Mais qu’en est-il des dégâts causés et la nature exacte de la pollution ? On ne peut rien affirmer tant que les études et les analyses de l’eau n’ont pas donné de résultats probants.  

Les doutes sont nombreux. Et l’obsession de la protection civile à multiplier les messages rassurants produisent l’effet inverse de celui escompté. On finit par ne pas y croire et l’on cède aux sirènes du « On nous cache tout, on nous dit rien ».  

Les images sont nettes. Des dizaines d’oiseaux morts mazoutés sur les rives du Lambro. 3250 mètres cube d’hydrocarbures, ce qui représente à peu près deux millions et demi de litres ont descendu l’affluent mais toutes les opérations mises en place n’ont pas été vaines. Se serait jetée dans le Pô une quantité évaluée à 1000 mètres cubes.  

Pour les écologistes de Legambiente, c’est un désastre écologique majeur, la pire crise jamais connue et sous évaluée. Cette marée noire n’a pas occupé les unes de la presse italienne. Seuls la Stampa et le Corriere della Sera ont fait un point quotidien complet mais en page 16/17 ou 18. Les télés se sont concentrées sur l’enquête judiciaire, l’aspect « pollution » étant à peine retenu.  Le fleuve est déjà la poubelle d’une plaine industrielle, alors un peu plus ou un peu moins… C’est l’argument fataliste qu’on entend assez souvent.  

Reste que les autorités n’auraient pas réagi assez rapidement face à l’urgence d’une telle situation.  

Les robinets de l’ancienne raffinerie Lombardi Petroli ont été ouvert à , l’acte criminel a été découvert à et les premières équipes spécialisées sont intervenues à peu après l’alerte.  

Pour le Président de la Province de Monza, la faute revient aux dirigeants du site. Ils ont constaté que quelqu’un qui connaît très bien les lieux a provoqué intentionnellement cette fuite. Plutôt que de donner l’alerte, ils ont cru pouvoir tout nettoyer tout seul dans leur coin sans prendre conscience qu’on était dans une course contre la montre où chaque minute est déterminante.   

Mais le pétrole, ça pue et c’est visible, surtout quand il se mesure en tonnes dans une petite rivière, et les riverains ont alors hurlé… Des hurlements qui ont trouvé un écho sur les rives du Pô.  

Demain. Part 2. La marée noire au fil du Pô (reportage photo)  

 

 

La mode italienne ne veut pas ĂŞtre une victime de la crise

mode, economie

Les défilés milanais du Prêt à Porter Femmes représentent la plus belle vitrine médiatique du Made in Italy.

Les collections présentées sur les podiums depuis mercredi dernier vont connaitre une révolution en septembre prochain.

“Les dĂ©filĂ©s de ces jours ci sont une espèce en voie de disparition. En septembre, tout va changer, les dĂ©filĂ©s milanais vont prendre une nouvelle envergure”, promet Mario Boselli, le prĂ©sident de la Chambre de la Mode.

Un argument marketing ? Peut ĂŞtre pas.

Une vĂ©ritable politique de transition s’opère dans le champ de la mode italienne. Le mĂŞme Mario Boselli admet que “le bas de gamme est hors de portĂ©e. Les Chinatowns qui ont poussĂ© dans la PĂ©ninsule, les suedois d’Hennes&Mauritz (H&M), les espagnols de Zara sont entrĂ©s dans une concurrence oĂą chacun essaie de tirer vers le haut. Une sorte de moyenne gamme oĂą la concurrence est rude. Le Made in Italy souffre dans cette bataille.”

Mario Boselli veut situer le made in Italy dans le haut de gamme. Partie supĂ©rieure de la classe moyenne et tout ce qui concerne le luxe. C’est ici que le Made in Italy peut survivre, car curieusement en pĂ©riode de crise, la mode doit porter des valeurs sures qualitatives. C’est en tout cas le dĂ©fi de la chambre italienne.

Conséquence, le Made in Italy rapatrie ses ateliers. Finies les confections au Bangladesh, en Turquie et en Roumanie.

Giorgio Armani a montrĂ© le chemin du retour ces dernières annĂ©es. Petit Ă  petit, les autres enseignes l’imitent. La qualitĂ© de la confection doit primer. Non pas que les couturiers roumains ou asiatiques dĂ©mĂ©ritent, mais il faut rĂ©duire les intermĂ©diaires et travailler au plus près des ateliers.

Les artisans de Naples condamnĂ©s par la fĂ©roce concurrence chinoise retrouvent un peu le sourire. (le savoir faire des ateliers napolitains est un des plus rĂ©putĂ©s au monde). Problème, ces derniers temps, les grandes marques comme D&G produisaient eux mĂŞme avec les chinois leur propre contrefaçon, afin de contrĂ´ler ce marchĂ©, marmonne Andrea qui travaille depuis 40 ans dans la mode Ă  Naples. Ils ont pris leur habitude avec eux.”  

Mais le sourire se fige vite. Aujourd’hui, les couturiers ne sont plus que des exĂ©cutants, toutes les maisons ont un dĂ©partement design et les contrats sont moins interessants pour les ateliers.

Et personne n’arrĂŞtera la contrefaçon. N’en dĂ©plaise Ă  D&G. (L’autre jour, Ă  Bari, j’ai vu un Damiana&Gilberto ).

Donc toutes les Ă©tudes confirment que le consommateur du Made in Italy recherche avant tout la qualitĂ©. La dernière en date Ă©mane du groupe Intesa Sanpaolo. Giovanni Foresti explique : “en temps de crise, les attitudes se polarisent. Deux rĂ©flexes : aller vers le très bas prix ou une qualitĂ© absolue quitte Ă  dĂ©penser plus pour des quantitĂ©s moins importantes“.

LĂ , le Made in Italy peut trouver sa voie.

Marco Bizzari, le PDG de Bottega Veneta en est persuadĂ© : pendant trop longtemps, le made in italy a souffert de sa dĂ©localisation. On confectionnait en CorĂ©e, et on a ajoutĂ© l’Ă©tiquette “Made in Italy” une fois le produit dĂ©barquĂ© chez nous. C’Ă©tait pire qu’une hypocrisie, quasiment une escroquerie

Bottega Veneta dont la spĂ©cialitĂ© reste la maroquinerie en cuir, (mĂŞme si le groupe passĂ© dans le giron Gucci a du se diversifier en entrant dans le Pret Ă  Porter), n’a jamais dĂ©localisĂ© ses ateliers.

Comme Ă  l’ancienne, les artisans hommes ont une blouse marron foncĂ©e, les artisans femmes sont en marron clair.

Bottega Veneta veut dire l’Atelier VĂ©nitien et le site de production de la marque se trouve dans le Veneto Ă  Vicenza.

Marco Bizzari a tremblĂ©. La crise ne l’a pas Ă©pargnĂ© mais comme le laissaient entendre les Ă©tudes, le luxe a plutĂ´t bien rĂ©sistĂ©.

Les sacs et cabas se vendent ici de 2 000 euros pour les premiers prix jusqu’Ă  40 000 euros (l’unitĂ©)

Pour que la couture italienne survive, le choix du luxe et de la qualitĂ© supĂ©rieure sera-t-elle  une stratĂ©gie payante pour le secteur ? Les premières Ă©tudes l’affirment.

Mais l’heure de vĂ©ritĂ© sonnera aux prochains dĂ©filĂ©s de Septembre/Octobre.