Purché duri
Tanti auguri a tutti
Les voeux, bilans et perspectives, la nuit du 31 comme un carrefour, un dernier coup d’oeil dans le rĂ©tro avant l’ivresse des douze coups de minuit et la promesse que l’annĂ©e qui vient sera forcĂ©ment meilleure avec le cahier des charges que l’on s’impose.Â
ArrivĂ© Ă ce carrefour, je ne veux prendre aucun virage mais continuer tout droit, sur cette route qui me convient. Travailler dans de bonnes conditions n’est pas seulement un luxe, c’est une chance. Et savoir la mesurer, c’est la vivre pleinement.
Quand on Ă©voque les moyens d’un journaliste, on pense voiture de fonction, beau bureau et salaire fixe, des Ă©lĂ©ments qui manquent cruellement Ă une majoritĂ© de confrères rĂ©munĂ©rĂ©s Ă la pige. Mais le confort n’est pas une fin en soi, seulement un socle sur lequel on Ă©rige une libertĂ© Ă©ditoriale, une libertĂ© de ton.
Le dĂ©calage est important avec Paris. Sur ce blog, je le raconte parfois. Vu de france, je maintiens que l’Italie est perçue avec condescendance et surtout qu’on ne cherche jamais Ă comprendre les nuances et les contradictions qui animent la pĂ©ninsule. Pas le temps, trop compliquĂ©. Je le mesure par exemple avec le nombre de mails de spectateurs qui sont allĂ©s voir “Le divo” au cinĂ©ma et qui ne comprennent rien, faute de dĂ©cryptage. L’Italie intĂ©resse la sociĂ©tĂ© française bien plus qu’on ne le pense. L’actualitĂ© italienne est un Ă©clairage pour la France, la France s’en moque. On me rĂ©torque souvent que les italiens se comportent de la mĂŞme façon, indiffĂ©rents à l’actualitĂ© française : je rĂ©ponds VRAI, mais ce n’est pas mon problème, mon travail est de dĂ©crire aux auditeurs français l’italie au plus près de sa rĂ©alitĂ©. Et cette rĂ©alitĂ© est difficile Ă formaliser parce que “floutĂ©” par les caricatures et surtout les raccourcis mĂ©diatiques traditionnels. Sur la Mafia, sur Berlusconi, je n’y reviens pas, j’en parle assez souvent.
Bref, dans les conversations avec les rĂ©dacteurs en chef parisiens, il y a donc souvent un dĂ©calage, mais il s’agit de “conversations” et souvent je suis entendu. Plus que la voiture de fonction, cette confiance reprĂ©sente un luxe inoui. Pouvoir mettre en perspective une situation sans subir la dictature de la dĂ©pĂŞche d’agence, pouvoir traiter en profondeur des sujets qui n’ont pas forcĂ©ment leur place dans l’actualitĂ© permet souvent de mieux dĂ©crire la sociĂ©tĂ© dans laquelle on vit. Et dans ces cas lĂ , les moyens jouent un role dĂ©terminant.
Prenons deux exemples rĂ©cents. L’acqua alta de Venise ou mĂŞmes les inondations Ă Rome. Dans les deux cas, une information totalement dĂ©formĂ©e par le pouvoir de l’image. Du sensationnel Ă tout prix. Venise allait ĂŞtre sous les eaux pour des mois (info), (mais dans les faits) l’acqua alta a durĂ© trois heures.  A Rome on se noyait dans le Tibre, les camions de l’armĂ©e prĂŞtaient secours aux habitants du Centro Storico. (info). (Dans les faits) je recevais des coups de fil affolĂ©s d’amis français, me demandant si j’allais bien, alors que je rentrais de quelques courses faites tranquillement, justement dans le centre. Je dĂ©couvrais attĂ©rĂ© les images Ă la tĂ©lĂ© qui me parlait de la ville oĂą j’habitais et que je ne reconnaissais pas.
Entendons nous, les inondations Ă Rome ont causĂ© des dĂ©gats dans des quartiers pĂ©riphĂ©riques, le lungotevere a Ă©tĂ© fermĂ© Ă la circulation par prĂ©caution. Oui le Tibre est montĂ© très haut et tout le monde le photographiait. C’est plutĂ´t les voitures garĂ©es en triple file le long du fleuve qui causaient les embouteillages.
Mais dire que Rome est sous les eaux, c’est plus “vendeur”. L’image choc d’une barge qui s’est dĂ©crochĂ©e de son point d’ancrage pour percuter un pont tourne en boucle sur toutes les chaines. C’est le chaos. Les rĂ©dacteurs en chef appelent pour qu’on leur dĂ©crive en direct le sinistre qui frappe la capitale italienne.
Une amie journaliste qui a jouĂ© cette partition m’explique qu’elle n’a pas pu faire autrement. Sa direction voulait un papier “Rome sous les eaux”, impossible de nuancer en disant que les inondations ne concernaient que des zones Ă©loignĂ©es de la ville. C’Ă©tait “Rome sous les eaux” ou rien d’autre, et rien d’autre pour un pigiste, c’est zĂ©ro argent Ă l’arrivĂ©e. “DĂ©jĂ que ce n’est pas facile de “vendre” des sujets sur l’Italie, ils ne veulent que de la “couleur”, des anecdotes pizza, ferrari, y a que ça qui les interesse”. Et le pigiste, s’il veut gagner sa vie, n’a pas toujours le choix.
Quand tout le monde parle du chaos Ă Rome sur un ton alarmiste et que je prĂ©fère de mon coté tempĂ©riser, le direct est forcĂ©ment moins prenant, moins haletant. Et le prĂ©sentateur du journal peut ĂŞtre déçu au regard de ce qu’il voit Ă la tĂ©lĂ© (forcĂ©ment plus sensass, mais exagĂ©rĂ© Ă outrance).
Ce ne sont que des exemples sans importances, des exemples d’intempĂ©ries mais sur les sujets de fond, si la mĂŞme dĂ©rive s’applique, c’est dĂ©jĂ plus problĂ©matique. Â
Alors oui, je mesure encore cette chance inouie de pouvoir approcher un pays au plus près de ses pulsations cardiaques, mĂŞme si l’Italie reste complexe et difficile Ă saisir, raison de plus pour fournir cet effort au quotidien. Ne pas se laisser porter par les unes tapageuses et plonger au milieu des italiens, vivre avec eux, les accompagner et ainsi ESSAYER de comprendre le fonctionnement d’une sociĂ©tĂ© et son histoire.
Pourvu qu’elle dure encore longtemps cette libertĂ© si prĂ©cieuse ! PurchĂ© duri in 2009.














