Comprendre l’Italie Ă  travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


Arriva “Natale a Rio”

cinema

Aiuto !!!!!

Après Natale in crociera, voilĂ  Natale a Rio qui va dĂ©ferler sur les grands italiens Ă  peine remis de La fidanzata di Papa, l’Estate al mare, ou encore Matrimonio alle Bahamas. La seule traduction de ces titres suffit Ă  donner l’ampleur de leur contenu scĂ©naristique : Noel en croisière, Noel Ă  Rio, la fiancĂ©e de Papa et mariage aux Bahamas. Du sous Max Pecas.

La sĂ©rie des Natale est une vĂ©ritable douleur tant la mĂ©moire de Vittorio de Sicca est ternie par les facĂ©ties de son fils Christian. De père en fils, la passion se transmet peut ĂŞtre, mais pas le talent. Dans la sĂ©rie des Pane Amore, comĂ©die tournĂ©e dans les annĂ©es 50, Vittorio forçait le trait juste ce qu’il fallait, Christian sombre dans une lourdeur sans nom Ă  cotĂ© d’une pathĂ©tique Michelle Huzinker. (prĂ©sentatrice Ă  la mode d’origine suisse, ex d’Eros Ramazotti, qui rigole tout le temps mais n’a pas d’humour, puisqu’elle attaque avec violence la vidĂ©o de cet humoriste qui la caricaturait).

http://www.wikio.it/video/605792

Et voilĂ  la vraie Huzinker.

http://www.youtube.com/watch?v=KfgbRtBEm-o

Et aujourd’hui, c’est donc une actrice.

A l’heure oĂą l’on parle du renouveau du cinĂ©ma italien incarnĂ© par le succès international de Gomorra mais aussi du Divo (en France, le 31 dĂ©cembre)… Mais quel renouveau ? CinecittĂ  ne tourne plus. Antognoni, Comencini, Ponti, Risi nous ont quittĂ© tous les 4 en deux ans; leurs disparitions gĂ©nĂ©raient des articles dans la presse internationale, ici rien du tout.  Fin de journal Ă  la tĂ©lĂ© et basta. C’est une autre Ă©poque. Quelques cinĂ©clubs romains tentaient des cycles “hommages” en vain pendant qu’on faisait la queue dans la salle bleue Ă©lectrique d’Ă  cotĂ©, lĂ  oĂą se mĂŞlent odeur de pop corn et pepsi,  pour voir Scusa ma ti chiamo Amore.

Et pourtant le public cinĂ©phile existe. Il est seulement dĂ©couragĂ©.  A Venise, ville de la Mostra, il n’existe que deux salles de cinĂ©ma. A Rome, ville de CinecittĂ ,  Fellini, Scola, Comencini et Moretti, seuls trois cinĂ©mas pratiquent une politique de version originale avec sous titre “Il Metropolitan” via del Corso, Il Nuovo Olimpico et le Nuovo Sacher de Moretti.

Autre problème de taille, le financement. Les cinĂ©astes italiens rĂŞvent d’un modèle Ă  la française façon CNC. Mais ici, rien Ă  faire, la tĂ©lĂ© mange tout, finance une grande partie des projets avec droit de regard sur des scĂ©narios. Grosse comĂ©die bien lourde du dimanche soir, ou bleuette sentimentale pour adolescents attardĂ©s, ou alors cinĂ©ma alternatif indĂ©pendant mais souvent trop caricatural. Un cinĂ©ma de qualitĂ© existe en Italie mais on ne lui donne pas les moyens de s’exprimer.

Alors, on se disait il y a deux ans qu’avec la naissance du Festival de Rome, un Ă©lan allait peut ĂŞtre naitre. Mais mille fois hĂ©las, la dĂ©bauche d’argent n’ a servi qu’Ă  alimenter un tapis rouge qui se voulait cannois avec les De Niro, Scorcese, Di Caprio. Très gossip avec le maire de l’Ă©poque Walter Veltroni qui transforme vite ce festival en machine de guerre politique. Une victime au tapis : le cinĂ©ma.

Veltroni n’est pas rĂ©elu. Le nouveau maire Gianni Alemmano taille dans les budgets. Fini Hollywood, ce sera le cinĂ©ma europĂ©en ou italien. Le tapis rouge est conservĂ©. Monica Belluscci fait semblant d’y croire avec Pierfrancesco Favino pour dĂ©fendre l’honorable “l’uomo che ama“. Mais tout sonne “cheap” sur ce tapis rouge. Personne derrière les barricades, pas de clameurs, pas de spectateurs… Et toute une politique Ă  revoir… Pour ne pas laisser le cinĂ©ma au tapis.

Avec tout ce que celĂ  comporte de subjectivitĂ© en matière de gout, ci-dessous les films italiens de ces dernières annĂ©es que j’ai apprĂ©ciĂ© et qui existent en dvd en France (choix grand public, je fais l’impasse sur art et essai)

La seconda volta di Massimo Calopresti, Anche libero va bene di Kim Rossi Stuart, Je n’ai pas peur di Gabriele Salvatores, Arrivederci amore ciĂ o di Michele Soavi (très dur), Souviens toi de moi di Gabriele Muccino (pour ceux qui ne croient pas au talent de Bellucci, ce film prouvera le contraire), Romanzo Criminale di Michele Placido, Nos meilleures annĂ©es di Marco Tulio Giordana, Buongiorno notte di Marco Bellochio… incontournable dans les classiques, mais ils sont si nombreux, 1900 de Bertolucci et plus lĂ©ger mais si fort Il sorpasso, le fanfaron de Dino Risi.

Enfin message perso, si quelqu’un d’entre vous a l’incompris de Comencini en DVD, mĂŞme en italien, surtout en italien…

Sur le Ponte Milvio, des promesses d’Ă©ternitĂ©

société

Texte ou image par défaut.

Sur le Ponte Vecchio de Florence, il existait une vieille tradition Ă©tudiante. A la fin de l’annĂ©e, on laissait un cadenas et on jetait la clĂ© dans le fleuve pour laisser Ă  jamais une trace de son passage.

Federico Moccia, un auteur italien Ă  succès, vĂ©ritable phĂ©nomène de sociĂ©té (histoires d’ados sentimentales qui sĂ©duisent un très large public), a repris l’idĂ©e dans Ho voglia di te. (version française : J’ai envie de toi chez Calmann-Levy).

Step et Gin, les deux amoureux fougueux du livre s’embrassent sur le Ponte Milvio de Rome, lui est un motard, genre beau gosse rebelle, il entoure un des rĂ©verbères du pont de sa grosse chaine de moto, ferme le cadenas, et jette la clĂ© dans le Tibre et tous les deux se jurent un amour Ă©ternel scellĂ© par ce rituel.

En quelques semaines, le dit reverbère a Ă©tĂ© recouvert de chaines de moto et d’antivols en tous genre. Des dizaines de couples venaient dans un geste solennel dĂ©clarer leur flamme. Le problème, c’est que très vite, tous les rĂ©verbères ont Ă©tĂ© recouverts. On venait avec des Ă©chelles pour mettre son cadenas le plus haut possible. Le Ponte Milvio est un monument classĂ©. Les comitĂ©s de quartier ont protestĂ©.

La mairie a pris les choses en main le jour oĂą un rĂ©verbère a pliĂ© sous le poids des antivols de scooter et s’est Ă©croulĂ©. L’ordre public Ă©tait menacĂ©. Tout a Ă©tĂ© enlevĂ© Ă  la tenaille. Et des policiers municipaux ont surveillĂ© l’endroit avec la charge de verbaliser les amoureux qui venaient sceller leur passion.

Rien Ă  faire, les feux de l’amour Ă©taient trop fort, les flics passaient leur soirĂ©e Ă  parlementer avec des dizaines de jeunes qui venaient avec leurs cadenas.

Alors depuis quelques mois, la mairie d’arrondissement a trouvĂ© un compromis. Sur ce pont de pierre, des barres mĂ©talliques ont Ă©tĂ© disposĂ©es tout le long pour acceuillir, seulement de petits cadenas, pas de chaines ou d’antivols. Un cadenas sur lequel on inscrit les prĂ©noms, une date ou un message.

Et Ă  proximitĂ© de ces barres, des indiens et des pakistanais (ceux qui ont le sens du commerce, qui vous vendent un parapluie quand c’est le dĂ©luge et vous sortent les lunettes de soleil Ă  la première Ă©claircie), ces vendeurs se sont installĂ©s lĂ  avec des cadenas de toutes les couleurs. De 2 Ă  5 euros, pas cher, au nom de l’amour.

Rajeev fait des affaires. La rose dans les restaurants, c’est ringard.Le cadenas, Ponte Milvio, c’est tendance.

On s’embrasse, on s’aime, on jette la clĂ© et on la voit disparaitre dans les rapides du Tibre, perduadĂ©s que le tourbillon de la vie n’emportera pas cet amour.

Quand la fatalité est chronique

social, securité, société

 © ericvalmir.RF

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La nuit du 6 dĂ©cembre 2007, 7 ouvriers de Thyssen pĂ©rissent dans un incendie du site turinois de l’acierie. Cet Ă©nième accident du travail provoque une Ă©motion en Italie. Images spectaculaires et 7 familles endeuillĂ©es. Antonio Bocuzzi a eu de la chance. Il a survĂ©cu Ă  l’incendie, mais reste profondĂ©ment marquĂ© par la tragĂ©die qu’il a vĂ©cu. En mĂ©moire de ses collègues, il s’est lancĂ© dans une aventure parlementaire avec l’espoir de changer les choses. Il est aujourd’hui dĂ©putĂ© Ă  la chambre sous l’Ă©tiquette du Parti DĂ©mocrate (centre gauche). Le jour de cet interview, il vient d’apprendre que Thyssen est appellĂ©e Ă  comparaitre devant la cour d’Assises de Turin le 15 janvier prochain pour “homicide volontaire”. Une première en Italie.

Antonio Bocuzzi veut changer les choses parce que le drame de Thyssen n’est pas un cas isolĂ©. L’attention s’est portĂ©e sur cet accident simplement du fait de la renommĂ©e du groupe qui est une multinationale. En Italie, chaque annĂ©e, plus de mille personnes meurent sur leur lieu de travail, une moyenne de 4 morts par jour. Et encore ces chiffres ne prennent pas en compte ceux qui succombent Ă  des maladies professionnelles (cancers divers, travaux sur matières toxiques ou cas d’amiante etc). Non les statistiques se limitent aux accidents mortels. 1260 morts en 2007 (officiel), il faut  rĂ©peter le chiffre pour le croire, c’est une hĂ©catombe.

En italie, on les appelle les “morts blanches”. Un terme contestĂ© par les spĂ©cialistes de la sĂ©curitĂ© au travail qui n’en peuvent plus d’entendre rĂ©peter l’argument de la fatalitĂ© Ă  chaque drame. Encore cette semaine, Silvio Berlusconi employait le mot “fatalitĂ©” pour une autre affaire : l’effondrement du toit d’une Ă©cole.

Les syndicats dĂ©noncent le laxisme du gouvernement Berlusconi sur cette question. Un gouvernement qui taille dans les subventions allouĂ©es aux inspections du travail, pourtant indĂ©pendantes et non rattachĂ©es au Ministère concernĂ©. En Italie, des lois et des structures existent, mais on ne leur donne pas le moyen d ‘exister.

La CGIL (centrale syndicale) rappelle que Romano Prodi avait l’ambition de s’attaquer au problème avec une première enveloppe budgĂ©taire de 500 millions d’euros. Un plan annulĂ© par le gouvernement Berlusconi.

Les causes des accidents sont connues : Ă©conomie souterraine, travail au noir, heures supplĂ©mentaires dans des conditions Ă©prouvantes, machines vieillissantes non remplacĂ©es par souci d’Ă©conomie, manutention manuelle, non respect des normes de sĂ©curitĂ© sur les chantiers (quelques euros de gagnĂ©s encore).

L’extrĂŞme gauche parle “d’assassinat de masse”. Le PrĂ©sident de la Republique Giorgio Napolitano dĂ©crete “l’urgence nationale”. Quelques rues commencent Ă  porter le nom de ceux qui sont morts “tombĂ©s au travail”, mais il s’agit d’une infime minoritĂ©. Les autres, on ne sait jamais rien sur eux. La presse  parle de ces accidents mortels en bref, comme une habitude, une fatalitĂ© chronique contre laquelle on ne pourrait soi disant rien faire. Une explosion vient de tuer deux ouvriers Ă  Bologne. On n’en saura pas plus. Ni sur les circonstances du drame, ni sur l’identitĂ© des deux salariĂ©s partis au boulot pour mourir.

http://www.radiofrance.fr/franceinter/em/etpourtantelletourne/

Carla et les italiens

société

Une amphore, autant dire une cruche… J’ai longtemps cherchĂ© Ă  comprendre les raisons d’une telle haine collective focalisĂ©e sur un individu. J’ai cherchĂ© dans l’histoire familiale, celle du père Alberto Bruni Tedeschi riche industriel contraint Ă  l’exil en 1972, la pĂ©riode est celle des attentats, le syndicalisme ouvrier rĂ©volutionnaire qui s’en prend aux patrons, enlèvements, meurtres, on peut comprendre les craintes de l’homme d’affaires turinois. Mais Ă  l’Ă©poque la petite Carla a 5 ans. Ce n’est pas elle qui a dĂ©cidĂ© de partir.

Autant le dire tout de suite. Aucun fait rationnel n’explique ce dĂ©samour rĂ©ciproque. Quand Carla Bruni dans le JDD rĂ©agit Ă  la sortie berlusconienne sur le bronzage d’Obama en affirmant qu’elle est heureuse d’ĂŞtre devenue française, sa dĂ©claration provoque une onde de choc en Italie. Toute la presse s’indigne, Silvio Berlusconi enrage en silence et laisse le soin de la rĂ©plique Ă  un ancien PrĂ©sident de la RĂ©publique Francesco Cossiga (DĂ©mocratie ChrĂ©tienne) : nous aussi, nous nous fĂ©licitons qu’elle ne soit plus italienne.

La non considĂ©ration que lui portait l’Italie s’est transformĂ©e en haine fĂ©roce le jour oĂą elle s’est mariĂ©e Ă  Nicolas Sarkozy. Auparavant, sa rĂ©putation de croqueuse d’hommes lui valait d’ĂŞtre le sujet principal des blagues de discothèque du samedi soir. Rien dans la tĂŞte. MĂŞme quand elle porte avec fiertĂ© le drapeau italien aux J.O de Turin, aucun commentaire Ă©logieux ne lui rĂ©pond.

Le mariage ElysĂ©en. En gĂ©nĂ©ral, quand un italien brille Ă  l’Ă©tranger, il y a une fiertĂ© nationale indicible. On se dit que Carla tient lĂ  sa revanche, d’autant que Nicolas Sarkozy est Ă  l’Ă©poque plutĂ´t apprĂ©ciĂ© en Italie. A peine Ă©lu PrĂ©sident, il incarne la nouveautĂ©. Mais la haine pour Carla est plus forte. Sarkozy devient sujet de raillerie. C’est le pigeon de la farce. Il s’est fait croquer par Barbarella sans cervelle. A la tĂ©lĂ©vision, en fin de soirĂ©e, on voit des plateaux de nanas refaites des pieds Ă  la tĂŞte qui balancent des horreurs sur Carla reine de France.

Mais qui critique ? Tout le monde. La presse et la classe politique de gauche comme de droite et par ricochet, l’italien de la rue qui par dĂ©finition n’aime pas les femmes italiennes populaires en France. Monica Bellucci et Valeria Golino n’ont pas une cote de popularitĂ© Ă©blouissante en Italie. Vous français, vous rĂ©cupèrez celles dont on ne veut plus.

Tout est Ă  charge. MĂŞme les motifs de souffrance quand Carla apprend que le riche industriel turinois qui l’a Ă©levĂ© n’est pas son père biologique, la presse people tire des analyses psychologiques de comptoir abominables.

Rien ne s’arrange avec l’affaire Petrella, l’ancienne brigadiste que Nicolas Sarkozy ne veut plus extrader pour raison humanitaire. Dossier sensible en Italie. Rien ne s’arrange quand on apprend le role dĂ©terminant des soeurs Bruni Tedeschi dans cette affaire.

Sarkozy, le pantin de Carla. L’image du PrĂ©sident de la RĂ©publique française se dĂ©tĂ©riore, c’est l’amphore qui commande et les journaux sĂ©rieux (Repubblica et Corriere della Sera) publient de temps Ă  autre des clichĂ©s gros plans des chaussures d’un Nicolas Sarkozy sur la pointe des pieds dans une rĂ©ception officielle pour arriver Ă  la hauteur de sa femme.

Et dire qu’ils se prennent pour les Kennedy ? RĂ©flexion mĂ©chante entendu un soir dans une rĂ©union du parti de Berlusconi Ă  Rome. Les lieutenants du PrĂ©sident du Conseil se moquaient du fait que Sarkozy soit heureux d’avoir Ă  son bras une jolie femme. Pff… Silvio nous a encore dit la semaine dernière qu’il avait couchĂ© avec la Bruni quand elle avait 20 ans et qu’elle Ă©tait au zĂ©nith de sa beautĂ©.  Commentaire, vous en conviendrez, d’une Ă©lĂ©gance rare.

Carla et les italiens, c’est la meilleure illustration des rapports franco-italiens, je ne parle pas de diplomatie ou de gĂ©opolitique, on remarquera qu’il n’y a jamais eu un affrontement direct entre Sarkozy et Berlusconi qui entretiennent tous les deux une image d’amitiĂ©. Non j’entends par relation franco-italienne, la perception Ă©hontĂ©e qu’ont les français des italiens et rĂ©ciproquement. Car ce n’est pas mieux dans l’autre sens. Quand je lis l’actualitĂ© française dans les journaux italiens, je suis dĂ©sarçonnĂ©. Rien sur les sujets importants et 3 tonnes d’articles sur la bague de Rachida Dati.

Français et italiens, des cousins qui se dĂ©testent. C’est historique, c’est dans les racines, et plutĂ´t d’essayer de comprendre la nature ambigue de l’autre, on prĂ©fère s’appuyer sur les caricatures pour mieux se mĂ©priser en souriant. Ce sourire figĂ© et inexpressif de Carla quand elle regarde l’objectif.

Si loins, si proches…

politique

 © PD/PS si loin si proche

© PD/PS si loin si proche

C’Ă©tait un parti nouveau, pas un nouveau parti. La nuance Ă©tait de taille dans cette Italie habituĂ©e Ă  voir Ă©clore de nouveaux partis qui disparaissent au bout de quelques semaines. Ce Parti DĂ©mocrate exprimait un renouveau. La fusion entre les anciens communistes et les centristes. Un travail minutieux Ă©laborĂ© au printemps 2007 pendant que la gauche française de SĂ©golène essayait d’improviser une alliance de dernière minute avec le Modem de Bayrou.

A l’Ă©poque la diffĂ©rence Ă©tait notable. PS/Modem sentait l’alliance Ă©lectorale opportuniste. Le Parti dĂ©mocrate Italien rĂ©sultait d’un projet politique. A l’automne 2007, Walter Veltroni dĂ©signĂ© Ă  la tĂŞte de cette nouvelle formation prononce un discours historique Ă  Turin dans lequel il dĂ©crète 12 chantiers prioritaires. Et diagnostique 4 maux de la sociĂ©tĂ© italienne Ă  guĂ©rir au plus vite :  l’Ă©conomie, l’ inĂ©galitĂ© chronique entre les personnes, la libertĂ© individuelle, une dĂ©mocratie malmenĂ©e.

Le Parti DĂ©mocrate part le vent en poupe Ă  la conquĂŞte du pays. Avec dans ses rangs aussi bien un ouvrier syndicaliste de la Thyssen qu’un patron de la mĂ©tallurgie. Le Parti DĂ©mocrate veut incarner une italie unifiĂ©e basĂ©e sur le respect d’autrui et des diffĂ©rences. ça sent le changement.

Les socialistes regardent avec envie, mais Bertrand Delanoe, un proche de Veltroni et Rutelli venu Ă  Rome pour soutenir leurs candidatures rĂ©pète que le modèle “fusion gauche/centre” n’est pas transposable en France. Et il a raison. Les notions françaises de gauche et de centre sont diffĂ©rentes des dĂ©finitions italiennes. Les histoires et les positionnements ne sont pas les mĂŞmes. Incomparables.

Le soir de l’Ă©lection de Nicolas Sarkozy, SĂ©golène exulte. Avant les rĂ©sultats en avril 2008, Walter espère. A deux pĂ©riodes diffĂ©rentes, dans deux campagnes diffĂ©rentes, tous les deux ressentent “une fibre”. Le Parti DĂ©mocrate croit Ă  la victoire malgrĂ© son jeune âge.

Première dĂ©ception au siège du PD, la dĂ©faite est lourde mais pleine d’encouragements. 30% du corps Ă©lectoral acquis en solo après avoir rompu avec la gauche radicale. Bref, malgrĂ© leurs dĂ©faites, PS et PD  imaginent un horizon dĂ©gagĂ©.

Le Parti DĂ©mocrate a l’avenir devant lui. Nomme un gouvernement de l’ombre censĂ© rĂ©pondre Ă  la nouvelle lĂ©gislature Berlusconi et formuler des propositions. Et puis…

La bougie du premier anniversaire… le souffle court pour festoyer… Les frustrations, les dĂ©ceptions, les luttes internes, le manque de visibilitĂ©. Le gouvernement de l’ombre tellement dans l’ombre qu’on ne le voit pas. L’opposition plaide une presse muselĂ©e par le pouvoir. Il n’y a pas que la presse dans la vie. Quand Berlusconi Ă©tait dans l’opposition, les stands de Forza Italia occupaient les marchĂ©s, les militants Ă©coutaient les dolĂ©ances des uns et des autres, prenaient des notes. Formule dĂ©mago ? Peut ĂŞtre mais en attendant, le contact avec la rue Ă©tait rĂ©el. Le PD l’a trouvĂ© tardivement comme une bulle d’oxygène avec les manifestations sociales de ces dernières semaines.

Cortège impresionnant avec le ciment de l’antiberlusconisme. Mais aussi dur soit ce ciment, il ne suffit pas. On ne sème rien sur du bĂ©ton.

Cher Walter, je m’en vais Ă©crit aujourd’hui Irène Tinaglia experte en politique publique pour l’innovation, consultante auprès des Nations Unies et Ă  la Direction nationale du Parti dĂ©mocrate. Dans une lettre ouverte dans Il Riformista : Je m’en vais parce que j’espĂ©rais des propositions concrètes faites d’idĂ©es neuves. Rien de tout ça. Simplement une opposition frontale Ă  la RĂ©forme Gelmini

Et voilĂ  Walter Veltroni engluĂ© dans les luttes intestines. Massimo D’Allema en adversaire de moins en moins discret pour la conquĂŞte du Parti.  Des pressions pour un congrès Ă  tenir…. Des pièges… Des Ă©ditos tĂ©lĂ©guidĂ©s dans la presse pour dĂ©stabiliser, lettres ouvertes et rĂ©ponses… ET… des militants complètement perdus….

Le Parti DĂ©mocrate n’est pas le Parti Socialiste, mais Ă  la lumière de ces derniers mois, ces deux formations politiques symbolisent une crise identitaire de la gauche europĂ©enne. Les luttes intestines dĂ©moralisent un Ă©lectorat qui rĂŞve de grandeur.

Etre anti Berlusconi ou anti Sarkozy ne peut ĂŞtre considĂ©rĂ© comme Ă©lĂ©ment moteur.  Une oppostion crĂ©dible se construit Ă  partir d’un projet cohĂ©rent et alternatif. Un projet rassembleur. Mais avant de formuler l’ambition de rassembler les forces vives d’une nation, il faut ĂŞtre capable de rĂ©aliser ce rassemblement Ă  une Ă©chelle plus rĂ©duite : celle du parti.

http://rome.parti-socialiste.fr/ (les socialistes français Ă  Rome en première ligne pour observer leurs “cousins” du Parti DĂ©mocrate)

http://www.partitodemocratico.it/  (site officiel du Parti Démocrate)

Quelques jours Ă  Lecce…

société

 © ericvalmir.RF

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Ici, les oliviers ressemblent Ă  des chĂŞnes, on grimpe dans leurs branchages Ă  l’heure de la rĂ©colte.

Ici, le mois de novembre ne se ferme pas au soleil, la lumière est encore forte.

Ici a un nom : le Salento et plus particulièrement la pointe de l’Italie au sud de Lecce, comme une presqu’ile entre la mer Ionienne et l’Adriatique. D’Otranto, on voit les montagnes albanaises, seulement Ă  35 kilomètres et un bateau part pour la Grèce.

D’ici, on part souvent parce qu’il n’y a rien Ă  y faire : pas de travail, structures sociales en panne, services de l’Ă©tat en berne, services public quasi inexistants.

Ici, on finit (parfois) par revenir. Quand on a grandi dans ce cadre paradisiaque, le brouillard de Parme et la grisaille de Milan finissent par ternir les âmes. Un choix de vie. Vivre moins bien pour vivre mieux.

Moins bien : l’Ă©panouissement professionnel, la rĂ©ussite pecunière, un plan structurel.

Vivre mieux : au milieu des ressources naturelles.  La pĂŞche, l’olive, les lĂ©gumes, le vin. A chacun son lopin de terre, la rĂ©colte des olives commencent Ă  peine. Pas question de commercialiser l’huile, on la garde pour la famille et les amis, on la fait gouter au voisin pour lui montrer qu’elle est meilleure que la sienne, mĂŞme si le dit voisin pense le contraire.

C’est la mĂŞme idĂ©e qui anime l’esprit de la festa di San Martino. Tous les 11 novembre, chaque famille qui a fait son propre vin ouvre les premières bouteilles du nouveau cru et chacun goute le novello de l’autre; ça se passe dans les maisons, ou dans la rue, il ne fait pas encore froid, et du coup, on sort la pasta, une scène est plantĂ©e pour les groupes folkloriques de la rĂ©gion et on chante et on danse.

Un autre rythme, une autre vie. Depaysant pour le passant qui ne voit que les charmes de cette existence sans connaitre les difficultés du quotidien. 

Par exemple, cet agriculteur qui arrive Ă  la criĂ©e de Porto Cesareo en triporteur espère Ă©changer les lĂ©gumes qu’il a ramassĂ© contre un poisson. Vu de l’extĂ©rieur, c’est exotique. Pour le paysan, ça ne l’est pas.

Mais chacun ici a fait le pari de rester sur cette terre gorgĂ©e de soleil autour d’un noyau familial souvent dĂ©terminant…. et l’on regarde avec mĂ©fiance les colons allemands et amĂ©ricains racheter les mas en ruine pour en faire des bed and brekfast,  le Salento devient une destination “Ă  la mode”, et cet incroyable autochtone de paysan en triporteur se fera photographier comme une curiositĂ© locale.  

Le proteste

société

 © Lutte contre la violence faite aux femmes

© Lutte contre la violence faite aux femmes

*Une femme dans la position du Christ crucifiĂ© et ce slogan Qui paye les pĂ©chĂ©s commis par l’homme ?  500  affiches  prĂŞtes Ă  ĂŞtre diffusĂ©es Ă  Milan le 25 novembre pour la journĂ©e de lutte contre la violence faite aux femmes. Mais cette campagne choc censĂ©e heurter les consciences ne fait pas l’unanimitĂ©. Un des adjoints au maire de Milan, Maurizio Cadeo d’Alliance Nationale voit “une offense Ă  la pensĂ©e religieuse”. Et au conseil municipal milanais, les reprĂ©sentants de Forza Italia parlent d’une “campagne de mauvais gout”. La maire Laetizia Moratti ne s’est pas encore prononcĂ©e, et la prĂ©sidente de Telefono Donna, l’association Ă  l’origine de la campagne, affirme que tout le monde Ă©tait pourtant d’accord avant la divulgation de l’affiche.

* Une pensĂ©e religieuse offensĂ©e par une dĂ©cision de justice. Eluana avait 21 ans quand en 1992 un accident de voiture la plonge dans un coma vĂ©gĂ©tatif. D’abord Ă©pris de douleur et d’espoir, son père veille Ă  son chevet… Avant de se rendre compte quelques annĂ©es plus tard qu’elle ne reviendra jamais Ă  elle… Arrive une autre douleur, un combat pour cesser l’alimentation artificielle. 10 annĂ©es de procĂ©dures juridiques, avec une classe politique catholique de gauche comme de droite très influente qui parle d’un recours Ă  l’euthanasie, pratique illĂ©gale.  La cour de cassation vient de donner raison Ă  Giuseppe, le père d’Eluana, autorisĂ© aujourd’hui Ă  ordonner l’arrĂŞt de l’alimentation. Les sĂ©nateurs de la majoritĂ© gouvernementale  parlent d’un meurtre, l’Osservatore Romano, la publication du Vatican crie Ă  l’illĂ©galitĂ©, “une euthanasie maquillĂ©e”. Le père lit la dĂ©cision de justice : “Ă©tat vĂ©gĂ©tatif irrĂ©versible depuis 16 ans. Eluana a 37 ans. Elle aurait prĂ©fĂ©rĂ© mourir.” Eluana va mourir mais le dĂ©bat n’est pas prĂŞt de s’Ă©teindre.

*Une autre agonie, celle de l’UniversitĂ©. Encore des manifestations. Berlusconi rĂ©pète Ă  l’infini que ces cortèges sont instrumentalisĂ©s par la gauche. InstrumentalisĂ©s, on ne sait pas, mais la gauche en profite, c’est une Ă©vidence. Mais au delĂ  de l’aspect politique et syndical, le problème reste entier. 9 milliards d’euros en moins pour l’Ă©ducation, 130 000 suppressions d’emplois (dĂ©parts Ă  la retraite non compensĂ©s dans les 4 prochaines annĂ©es), les prĂ©caires en première ligne, les mandarins universitaires Ă©pargnĂ©s et les chercheurs la main sur leurs valises et leurs passeports. DĂ©jĂ  sous payĂ©s,  un tiers d’entre eux en CDD, en dĂ©pit de qualifications importantes, le secteur de la recherche va connaĂ®tre un nouveau manque d’oxygène. Beaucoup de chercheurs rĂ©signĂ©s, devenus très pessimistes, ont dĂ©cidĂ© de s’en aller vers les Pays Bas, la France et les Etats Unis. Berlusconi les qualifie de “gauchistes irresponsables dĂ©pourvus de fiertĂ© patriotique”.

*A GĂŞnes, le tribunal a condamnĂ© 13 policiers italiens Ă  un un total de 35 ans et sept mois de prison pour les violences commises contre les altermondialistes au sommet de GĂŞnes en 2001.  Seize ont Ă©tĂ© acquitĂ©s.  Le parquet avais requis des peines de prisons de 109 annĂ©es pour l’ensemble des prĂ©venus. Les familles de victimes prĂ©sentes au tribunal Ă  l’Ă©noncĂ© du verdict ont hurlĂ© “honte, honte”, les gradĂ©s de l’Etat major de la police n’Ă©tant pas rendu responsable. Tout ce joli monde comparaissait dans l’affaire de l’Ă©cole Diaz, utilisĂ© comme dortoir par les alter. La police s’Ă©tait acharnĂ©e sur ces militants pacifiques, dĂ©posant des cocktails molotovs pour trafiquer les preuves et accuser les jeunes de vouloir commettre des violences. En fait, les violences Ă©taient seulement policières. Les forces de l’ordre ont frappĂ© des gens sans dĂ©fense qui Ă©taient Ă  terre. Un carnage. Beaucoup de blessĂ©s et de personnes choquĂ©es. Les faits ont Ă©tĂ© reconnus tels quels Ă  la barre. On se souvient aussi de la mort d’un jeune contestaire Carlo Giuliani, 23 ans, tuĂ© par un carabinier. Cette affaire avait Ă©tĂ© classĂ©e sans suite par la justice il y a 5 ans.

Pendant ce temps lĂ , au dessus de ces mĂŞlĂ©es infinies, indiffĂ©rents au tumulte des hommes, les oiseaux poursuivent leurs farandoles dans le ciel romain; tous les soirs just’avant la tombĂ©e de la nuit quand l’horizon se charge de couleurs orangĂ©es.

Non si ferma mai

berlusconi

Obama, beau, jeune et bronzĂ©…..Le sourire satisfait, fier de son effet…

Une amie italienne qui a votĂ© Berlusconi me disait rĂ©cemment que parfois elle avait honte de ses mauvaises blagues, qu’il Ă©tait aujourd’hui comme un grand père en bout de table qui radote et sort des bĂŞtises pour se rendre intĂ©ressant et toute la famille faisait alors ”chut pappy” en Ă©tant un peu gĂ©nĂ©e…

Un autre ami de gauche rĂ©torque : le problème c’est qu’il n’y a personne pour lui dire chut.

Faux. Cette fois ci, la rĂ©action n’a pas tardĂ© Ă  se faire entendre et pas seulement en italie.

Premier reflexe de Berlusconi hier sur Sky TG 24 : ceux qui ne comprennent pas mon humour sont des imbéciles.

Ce matin Ă  Bruxelles, confĂ©rence de presse, un journaliste de Bloomberg le questionne sur la tonitruante rĂ©action internationale…(des milliers d’italiens Ă©crivent au New York Times pour se dĂ©solidariser des propos de Silvio Berlusconi)… A la question du journaliste amĂ©ricain, lĂ  Silvio perd son sens de l’humour. : tu veux que je te mette sur la liste de ceux dont j’ai dĂ©jĂ  parlĂ© hier, rĂ©fĂ©rence explicite aux “imbĂ©ciles”. 

Le journaliste essaie de protester je m’excuse mais, et Silvio l’interrompt  oui s’il te plait, s’il te plait prĂ©sente tes excuses Ă  toute l’italie.

Polemique ridicule fustige Berlusconi, instrumentalisation de la gauche italienne qui n’a rien d’autre Ă  faire.  Mais c’est ingorer un peu vite le tonnerre de protestation qui anime la planète  web et les journaux du monde entier.  MĂŞme si à l’heure oĂą j’Ă©cris ces lignes, aucune rĂ©action gouvernementale officielle.

Veltroni Ă  la tĂŞte de l’opposition italienne demande au SĂ©nat et Ă  la Chambre de condamner ses paroles qui nuisent considĂ©rablement la dignitĂ© de notre pays

Réaction de la majorité par le ministre de la défense Ignazio La Russa : les plus scandalisés sont les italiens pas les américains.

A gauche : Ă©videmment, la parole italienne est tellement bouffone et discrĂ©ditĂ©e que plus personne ne l’entend.

Il n’empĂŞche. Barak Obama a remerciĂ© par tĂ©lĂ©phone tous les leaders europĂ©ens pour leurs messages de fĂ©licitations. Tous sauf… Berlusconi qui minimise cet oubli. pas besoin de se telĂ©phoner, on se connait.

Au passage, Veltroni se fait traiter de couillon. Veltroni qui s’Ă©trangle mais vous voyez ça en France, Sarkozy dire Ă  la presse que SĂ©golène Royal est une conne. Ici, il n’y a plus d’affrontements politique, c’est insulte et vulgaritĂ©.

Pendant ce temps sur le net, grossit le front anti berlusconi, inspirĂ© par ce petit air sifflĂ© par Spike Lee aujourd’hui,  Obama oui oui oui, Berlusconi, non, non, non

nero e non negro

société

Immigré clandestin ou plutôt immigré en situation irrégulière. C’est plus chic. Du pays africain où je suis né, l’Europe a toujours représenté un rêve. Le vieux continent où tout est possible, plus accessible que les Etats-Unis. La Méditerranée, un grand lac comparé à l’immensité de l’Atlantique. Et aujourd’hui, me voilà dans cette Europe idéalisée qui me rejette.  

Evidemment, je suis noir.

Je vis en Italie depuis des mois toujours dans l’attente de papiers qui pourraient me permettre de travailler. Pendant ce temps là, je me débrouille quand même. On est toujours embauché pour faire les vendanges ou le ménage dans les usines. On n’a pas de contrat de travail, c’est tout. On est payé au noir disent nos employeurs en rigolant. C’est le seul moment où on rigole d’ailleurs, parce pour le reste, le quotidien n’est pas facile.  

On m’a toujours dit que les africains étaient bien acceptés en Italie. Le vent a tourné. Aujourd’hui, les messages populistes de partis politiques rendent l’étranger responsable des problèmes sociaux et sécuritaires. Et dans la rue, l’étranger le plus facilement identifiable, c’est une couleur de peau différente.  

La Camorra a massacré 6 immigrés africains en septembre à Castelvolturno. Dans cette région de Naples, les bus de la communauté urbaine ne marquent pas l’arrêt quand les passagers qui attendent ne sont que des noirs. Régulièrement des jeunes napolitains viennent nous frapper et nous insulter  quand on se rassemble autour de paroisse, de centre religieux ou siège d’associations. On dirait le Mississipi des années 20. A Milan, un burkinabé de 19 ans a été frappé à mort par un commerçant persuadé que ce noir lui avait volé sa caisse. A Parme, un étudiant ghanéen le visage tuméfié par les coups raconte à la télé que ce sont les carabinieri qui lui ont fait ça, par plaisir, parce qu’il n’avait pas ses papiers sur lui. Ils lui ont même écrit sur son sac « negro ».  

Io sono nero, non negro. L’étudiant a porté plainte. Il est en situation régulière. Comment moi, je peux dénoncer mes agresseurs à la police alors que je n’ai pas de papiers ? Je vois des frères qui commencent à trafiquer pour s’en sortir, mais on est encore beaucoup à vouloir trouver un travail honnête.  

Aujourd’hui, j’ai vu un journaliste français de la radio. Naïf le garçon. Il m’a demandé pourquoi nous n’allions pas en France, que de l’autre coté des Alpes c’était différent, les gens n’allaient pas nous jeter des cailloux ou nous insulter. Je lui ai répondu que la France était pire que l’Italie : la police très dure, les contrôles intensifs et les droits encore plus restreints. Le français de la rue est gentil mais l’Etat cogne très fort. En Italie, les italiens au mieux ils te tolèrent mais, au moins, tu peux travailler même sans papiers, la police n’est pas si dure. Malgré les horreurs que balance le parti politique du Nord.  

Ils me font rire, tous, avec l’évènement planétaire aux Etats-Unis. Il y a longtemps que les américains ont adopté l’idée d’un président noir. Faut en finir avec l’idée de l’américain avec sa cagoule pointue sur la tête qui chasse le noir dans les bois. Colin Powell coté républicain était au sommet de l’administration Bush. Dans un feuilleton vedette de la chaine Fox News, David Palmer annonçait Barak Obama. En revanche, jamais vu un noir occuper un poste important au sein des gouvernements français et italiens. Un député noir italien expliquait à la télé à quel point c’était difficile pour lui de faire de la politique en Italie du fait de la couleur de sa peau. 

L’Europe peut crier Ă  l’exploit amĂ©ricain pour Ă©viter de se regarder. Par un jeu de miroir, c’est elle qui apparaĂ®t rĂ©trograde. Moi, je ne crois plus en rien. Je ne sais pas ce que je vais devenir. Obama ne va pas rĂ©volutionner le rapport nord/sud. Rien ne changera. Je ne veux pas minimiser la portĂ©e de cette Ă©lection. Un noir Ă  la tĂŞte de la plus grande puissance mondiale, forcĂ©ment c’est historique, c’est un peu de baume au cĹ“ur pour nous tous. Un symbole qui reprĂ©sente un espoir. Mais le dicton ne se vĂ©rifie plus. L’espoir ne fait plus vivre. Il aide seulement à survivre. C’est dĂ©jĂ  ça.          

A la montagne, l’air est pur, l’eau un peu moins…

scandale

ericvalmir.RF

Si un professeur de chimie, un simple habitant de la rĂ©gion ne s’était pas inquiĂ©tĂ© pour la santĂ© de sa famille…

Si l’organisation de protection de l’environnement, WWF, l’antenne de la région des Abbruzzes n’avait pas rendu ce dossier public…  

300 000 personnes n’auraient jamais su qu’ils ont bu une eau contaminée pendant 20 ans.  

On peut rétorquer : à quoi bon le savoir puisque le mal est fait, et l’eau du robinet aujourd’hui est la plus pure qui soit ?  Et si on en parlait justement  parce le laxisme des autorités locales et le crime contre l’environnement commis par des entrepreneurs, voire des mafieux ont représenté un danger pour la santé publique  … surtout quand les faits avérés font l’objet d’une instruction judiciaire toujours en cours…  

Pendant 20 à 25 ans… on situe le début de cette histoire au milieu des années 80, un terrain attenant à une usine de traitement chimique s’est transformé en décharge de déchets toxiques. Illégale évidemment.  Peut être la plus grande d’Europe précise un rapport de police. Problème, la nappe phréatique du site approvisionne en eau potable les communes de la vallée de Pescara… Une eau très vite contaminée en substances toxiques et cancérigènes…  

Les autorités découvrent le problème en 2004 et posent des barrages filtrants sans prévenir la population pour éviter la panique. Cout des travaux : 900 000 euros. Ces filtres ne fonctionnent pas. On les remplace à l’été 2007 en coupant l’eau de toute la vallée sans prévenir personne. Rénovation du réseau dit-on. Au final, les pouvoirs publics, vont prélever l’eau en amont avant le site pollué. Là où sa pureté ne fait aucun doute. Fin de l’histoire.  

MAIS… encore des zones d’ombres… les gardes forestiers découvrent la décharge de déchets toxiques en février 2007 et posent les séquestres…. Pourquoi ne pas l’avoir fait en 2004 quand les autorités ont découvert la contamination ? laxisme, légèreté, inconscience, conflits d’intérêts ?  

La presse italienne n’a pas été très éloquente sur le sujet. Seule la 7, la Rai 3, le journal La Stampa, et les journaux locaux en ont parlé. Ces mêmes journaux locaux qui ont suscité l’inquiétude de Fausto, l’enseignant universitaire de Chieti. (le SON à écouter. Toute l’histoire en 9 minutes). Sans les analyses qu’il a lui-même effectué, on ne saurait rien de cette affaire. Même si les médecins de la région ces dernières années ne comprenaient  pas   la hausse inexpliquée du nombre de cancers. Mais chutt !!! Aucune statistique officielle n’existe.    

Au paesino Ă©videmment on en parle et on est indignĂ©. Mais maintenant le mal est fait. Les coupables, seront-ils dĂ©signĂ©s un jour ? SoupçonnĂ©es, l’usine mais aussi la Camorra (tiens donc, le clan casalesi encore lui est dĂ©jĂ  accusĂ© d’avoir dĂ©versĂ© les dĂ©chets toxiques sur 3 terrains dans une autre rĂ©gion des Abbruzzes)   Un fatalisme prend corps. Il y a la peur de tomber malade mais surtout l’envie de taire cette histoire qui pourrait ĂŞtre prĂ©judiciable Ă  la rĂ©gion… que ce soit pour le tourisme ou la cotation immobilière de la vallĂ©e. Â