Comprendre l’Italie à travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


Ciao… Arrivederci… Ciao… Ce n’est qu’un au revoir

message perso

Ce n’est qu’un au revoir mais après deux ans d’existence et 300 posts (le 300ème aujourd’hui),  j’ai décidé de fermer ce blog quelques mois.

Déjà, depuis plusieurs semaines, je n’alimente plus ce site, comme je le faisais auparavant faute de temps. Ce blog a toujours été l’extension du travail effectué sur les antennes de Radio France.

Souvent en reportage à travers l’Italie, avec une actualité riche à traiter, je ne trouve plus les quelques heures nécesaires à  la rédaction d’ articles pour le net. Et comme je refuse de céder à la facilité (en me disant qu’écrire à la va vite un post par semaine, ça ira bien), je préfère m’arrêter ici un instant.

Vos messages ont toujours été une source de motivation. Ce blog n’a jamais joué la carte du buzz mais essayé de donner à réflechir sur l’Italie d’aujourd’hui et vous en êtes les témoins vivants de par votre fidélité et vos encouragements.

Le web est une actualité en temps réel que je préfère laisser de coté provisoirement pour mener en parallèle des reportages et des directs à la radio, mais surtout me consacrer à une autre activité toujours en relation avec l’Italie et dont vous entendrez parler à la fin de l’année.

Conséquence, ce blog  reprendra son cours normal à la mi novembre.

Il reste ouvert et consultable durant ce laps de temps. Même si j’espère à la manière du leimotiv des guignols de l’info de Canal depuis 20 ans que vous ne regardez pas trop l’ordinateur. :-)

La vraie vie est dehors.

Un abbraccio stretto a tutti.

Aux beaux jours, de belles journées avec des livres italiens…

actualité, littérature, culture

On peut mesurer la vitalité de la littérature italienne, au nombre des parutions publiées à l’étranger…

Depuis quelques années, les textes traduits en français par les principales maisons d’éditions étoffent les bibliothèques des libraires… De passage à Bordeaux, j’avais été surpris par la richesse du rayon italien de la librairie Mollat…

Pour les parisiens, la librairie italienne dans le quartier Saint Paul est aussi une petite salle aux trésors. Nul doute qu’il existe mille et uns lieux méconnus et dignes d’intérêt en Province, l’espace commentaire est à votre disposition pour les signaler.

Avant de délaisser ce blog quelques mois, deux mots des derniers livres parus ce printemps… Deux mots au sujet d’auteurs italiens qui méritent le détour… Ce n’est pas une page conseil, il y a forcément des oublis et encore une fois l’espace commentaire vous permet de donner vos coups de coeur personnels et de jouer la carte interactive…

Avant l’été, chacun peut proposer sa sélection , il est toujours agréable de disposer d’une palette assez large… à condition de rester évidemment dans le champ de la littérature italienne.

 Ces derniers temps, dans la presse, il est surtout question du dernier Saviano publié chez Robert Laffont…je n’y reviens pas.  

 © Seuil

© Seuil

Roberto Ferrucci : journaliste, reporter, chroniqueur de littérature et de cinéma, traducteur italien des livres de Jean-Philippe Toussaint… et surtout un auteur…

Déjà  3 romans à son actif, dont le surprenant « Jouant au ballon sur l’eau » les péripéties de l’équipe de foot de Venise. Roberto Ferrucci écrit aussi pour le théâtre et le cinéma…  Les histoires de Roberto Ferrucci sont toujours ancrées dans le réel… La base est journalistique, sens du détail dans l’observation, le développement est littéraire…  la mise en perspective se fait avec la fiction… 

On retrouve cette caracteristique dans “ça change quoi“, titre original Cosa Cambia.  Roberto Ferrucci était à Gênes en 2001. Il couvrait le G8 en tant que journaliste. 

Horrifié par toutes les scènes de violence, ces coups portés sur les plus innocents. Ce chaos total, les gaz lacrymo, les matraques, le sang, les cris, les détonations…Là où le journaliste ne peut rapporter que du factuel, Roberto Ferrucci élargit le champ à la manière d’un cinéaste qui refuse le plan serré. Ce livre  aurait pu s’intituler « et qu’est ce qu’on fait de tout ça »… De cette violence inouïe irrationnelle, de ces blessures pas vraiment refermées, l’histoire ne retiendra rien et ceux qui l’ont vécu sont encore questionnés par ce cauchemar éveillé.

ça change quoi, c’est l’histoire d’un journaliste dans une chambre d’hotel de Genes qui se souvient du G8 qu’il a couvert quelques années plus tôt après avoir quitté sans raisons apparentes Angela, la femme qu’il aimait  … Il plonge dans le tourbillon du G8 sans savoir qu’il va côtoyer un enfer. C’est la trame habituelle de  l’histoire personnelle dans un épisode de l’histoire. Un individu dans un destin collectif…L’Italie de 2010 qui se raconte ainsi.

 © Roberto Ferrucci

© Roberto Ferrucci

Un extrait du livre. A Gênes, un magasin musée dédié à l’oeuvre de Fabrizio de Andre, via del campo. Y figurent même ses guitares. Fabrizio de Andre est le poète de Gênes, le Brassens italien.

Le protagoniste du roman se trouve en ce lieu quand entre un personnage hors du commun. La scène est réelle. Vécue par Roberto Ferrucci lui-même. Il la raconte lui même dans la séquence audio qui suit. (Audio : 1′44)

EV.RF

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 © Flammarion

© Flammarion

Dix comme les dix commandements (les titres de chapitres)  Mais surtout comme dix histoires courtes, dix tranches de vie qui composent un tableau truculent du Naples d’aujourd’hui. Ici, la Camorra n’est pas mise en avant. Elle est la toile de fond, celle qui comprime l’ascenceur social et profite de la misère ambiante pour empoisonner les âmes.

Quand on se promène dans les faubourgs de Naples, il n’y a pas les mitraillettes de Gomorra, on ne voit pas de mafieux en descendre un autre, rien n’est visible à l’oeil nu. Tout ce que l’on perçoit, c’est la beauté de la baie. Mais y vivre est une autre condition.

D’une écriture courte, ciselée, précise, strangulée à l’extrême pour mieux souligner l’oppression, Andrej Logo raconte un quotidien éprouvant où chacun cherche à s’en sortir avec sa conscience, avec l’espoir de meilleurs lendemains.

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 © Seuil

© Seuil

Toujours à Naples, Valeria Parrella. Ecrit pour le théâtre (Comité artistique du théâtre Mercadante de Naples). Le ventre de Naples publié l’an dernier en France était la combinaison de deux recueils de nouvelles parues en Italie en 2003 et 2005. Le ventre de Naples, dans un style différent de Longo, partait du même principe : évoquer le quotidien de personnages napolitains étranglés dans un étau aux contours difficilement définissables.

Par la culture et l’écriture, par les métaphores de la littérature, Valeria Parrella dénonce un univers qui nie l’individu et l’empêche de se développer en broyant les valeurs auxquelles il se rattache.

Dans Lo spazio Bianco, Le temps suspendu, le style est encore plus fort parce qu’élargi à l’échelle d’un roman. Une femme accouche d’un prématuré, et pendant deux mois, elle va passer ses journées à épier les signes de vie de son enfant…

Va-t-il enfin naître ou au contraire mourrir avant de naître ? C’est tout un univers en sursis qui se constitue au fil des pages… Avec l’espoir toujours là, un espoir vibrant tellement il est fort et représente à lui seul l’unique note positive qui émerge…

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 © Métailié

© Métailié

Encore un napolitain, Francesco De Filippo, mais une histoire qui n’a rien à voir avec sa région d’origine.

Le Naufrageur est une “épopée”, le terme n’est pas lyrique, d’un jeune albanais Pjota qui dès son plus jeune âge se retrouve pris dans les rouages de la mafia albanaise. Ce n’est pas le romantisme du gosse pris en affection par un parrain (l’image cinématographique de la mafia sicilienne par les productions américaines), mais au contraire un adolescent en prise directe avec la violence d’un monde qui ne connait que la brutalité des rapports humains. La drogue, la traite de femmes soumises à la prostitution…

Deux échappatoires : ses livres qu’il cache et qui sont son refuge… et puis la mer à l’espace infini qui révèle des horizons lointains, figure paradisiaque pour échapper à cet enfer vivant.

Un jour, Pjota, fou d’espoir voguera sur ces flots, et un jour il accostera en face, en Italie pour connaitre tout un monde de désillusions. Aucune intégration possible. Il est toléré seulement  à la condition de rester un citoyen de seconde zone. Le mépris et l’humiliation. Le déracinement et la peur. Les bagarres et moments de tendresse rappelent Pasolini et le grand thème de la littérature “les idéaux confrontés au concret de la vie réelle” sont ici magnifiquement traités.

Mention aussi à la traduction de Serge Quadruppani (traducteur de Camillieri )

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 © Robert Laffont

© Robert Laffont

7 ans pour écrire ce roman, véritable pavé, mais à l’architecture saisissante. Margaret Mazzantini, épouse du réalisateur acteur Sergio Castellito (du grand bleu au sourire de ma mère), s’affirme comme une des pointures de la littérature italienne. Née à Dublin en 61, de père italien, elle a été remarquée par un premier roman âpre et époustouflant “Ecoutes moi” aussi chez Robert Laffont.

7 ans pour écrire “Venir au monde“… L’histoire de Gemma une romaine très cultivée qui emmène son fils de 13 ans à Sarajevo, ville où il est né, et où son père est mort… Une structure intelligente et subtile dont je ne dis rien pour laisser la découverte au lecteur, mais avant tout l’histoire d’un couple Gemma et d’un jeune photographe tout fou Diego quasi condamnés à ne pas avoir d’enfants (stérilité), mais 10% de chances qu’ils vont exploiter au maximum. Une quête comme un chemin de croix.

Partis couvrir le conflit à Sarajevo, voilà que leur désir aboslu d’un enfant comme fruit de leur amour prend forme. Gemma tombe enceinte, vit sa maternité dans la violence, la faim et l’effroi de l’ex yougoslavie. Et Diego son homme va mourir.

La complexcité des sentiments. Les pires ténèbres, mais aussi la solidarité, l’espoir et le désir de vivre.

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 © Grasset

© Grasset

Sandro Veronesi, lui aussi, un auteur les plus remarqués de sa génération. 50 ans. Co-fondateur de la maison d’éditions Fandango Libri, chroniqueur littéraire pour la radio et la télévision, écrit aussi pour les revues littéraires. Originaire de Prato en Toscane.

Terrain vagueBruccia Troia” est son dernier roman. Unité de lieux, territoire restreint. Un quartier misérable où vivent populations immigrés et marginaux de la société. De l’autre coté de la rue, l’orphelinat des chérubins dirigés par le père Spartacus, ancien missionnaire intégriste fantasque. On va d’un coté de la rue à l’autre. Et une véritable comédie humaine nait sous les yeux du lecteur, une comédie où l’instinct de survie guide les choix existentiels. L’obscurantisme, une histoire crue mais écrite dans une langue élaborée et sophistique

 © le livre de poche

© le livre de poche

Sandro Veronesi avait écrit l’an dernier un best seller. Chaos calme qui s’est vendu à des centaines de milliers d’exemplaires en Europe et qui vient de sortir en poche en France.

L’histoire d’un homme qui vient de perdre sa femme. Mais ce n’est pas un roman larmoyant sur la condition de deuil; c’est beaucoup plus nuancé et beaucoup plus riche. Si le livre est à recommander, le film qui en a été tiré est à fuir. Un ratage intégral avec Nani Moretti dans le rôle principal.

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 © Liana Levi

© Liana Levi

Milena Agus, il y a encore 3 ans était un auteur inconnu de par le monde. Aujourd’hui traduites dans 21 langues, les parutions de la jeune sarde sont attendues par un public d’avertis qui avait adoré l’hsitoire de la nonna dans “Mal de pierres“….

Alors Liana Levi, l’éditeur français a décidé de revenir au premier roman qui n’avait pas été traduit jusqu’ici… Quand le requin dort, une jeune fille dans une famille qui lui ressemble, introvertie et délurée, qui sort avec un mec bien plus vieux qu’elle, la passion l’amènera sur les sentiers du SM et elle se demandera pour quelles raisons elle s’est laissée embarquer sur ce chemin là…

Pour ceux qui apprécie Milena Agus, tous les composants qui font la personnalité de l’auteur sont déjà là…

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 © Actes Sud

© Actes Sud

Encore un journaliste écrivain. De Bologne cette fois ci. Stefano Benni a écrit pour Il Manifesto et la Repubblica. Son premier roman est publié en 1976.

La grammaire de Dieu, la grammatica di Dio, est un recueil de nouvelles. Des histoires de solitude et d’allegresse. Comme tous les livres cités ici, on y retrouve les ressorts inhérents à la comédie dramatique italienne. Passer du rire aux larmes. Des situations émouvantes, mais dépeintes avec un humour désespéré. Et surtout un questionnement permanent sur l’état de la société…

De Plus jamais seul, un jeune garçon timide qui n’a pas d’amis et ne sait pas comment se comporter en public. Alors grace à deux téléphones portables, un qu’il cache dans sa veste et l’autre qu’il exhibe, il va s’appeler en permanence pour donner l’impression qu’il est occupé et sollicité. Et mimer ainsi de fausses conversations téléphoniques….

à La solution civile, le Duce modéré voit son régime vaciller et chacun se demande quelles stratégies adopter pour remonter dans les sondages. Une solution sera trouvée avec le concours de l’opposition qui veut garder son statut d’opposition et les fauteuils dont elle se satisfait….

Tout un tourbillon de sentiments et de situations qui composent un tableau réaliste de la société d’aujourd’hui.

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 © Belfond

© Belfond

Bien sur il y a Alberto Moravia, Natalia Ginzburg, Primo Levi, Elsa Morante, Cesare Pavese, Italo Calvino, Mario Soldati…..

…. mais aussi Giovanni Arpino. Auteur Turinois (1927/1987) à qui l’on doit  “Parfum de femmes” (merveilleuse adaptation cinématographique de Dino Risi avec Vittorio Gassman et la troublante Agostina Belli).

Giovanni Arpino est injustement inconnu en France. Tour à tour, journaliste à La Stampa, chroniqueur sportif, auteur de scénarios pour le cinéma, d’essais littéraires et de romans… Laureat des prix Strega et Campiello, une mention à la maison d’édition Belfond qui publie avec une traduction de Nathalie Bauer Une âme perdue, Un anima persa

Une chronique d’adolescence avec un secret de famille caché dans le Turin des années 60 sous un été caniculaire.

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 © Les éditions du Sonneur

© Les éditions du Sonneur

Arroigo Boito n’est pas un contemporain. Il est né en 1842 à Padoue, à l’époque, on disait le royaume lombard vénitien, l’unité italienne ne s’est faite que 19 ans plus tard. A l’origine, ce n’est pas un écrivain mais un compositeur mais en évoluant dans le cercle milanais de mouvements culturels ecclectiques (la scapigliatura), il s’adonna très vite à l’écriture de livrets d’opéras pour Verdi et Ponchielli.

Ce qui me parait intéressant dans cette parution ovni, c’est qu’elle raconte les premiers temps de l’unité italienne (cérémonie du 150ème anniversaire l’année prochaine) mais sans en dire un mot. Rien de Garibaldi et consorts. C’est un voyage en Espagne, en Pologne, un voyage à travers l’Europe à travers des contes, presque des fables, où les personnages s’enrichissent de l’autre et de sa différence, alors que jusque là, leurs consciences étaient emprisonnées par des idées fixes, trop fixes. Le salut par la culture, la musique, l’opéra, le théâtre, la rencontre… 

150 ans après, tout a changé  ?

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 © Metaillie

© Metaillie

Une belle petite surprise qui sort chez Métailié ces jours-çi. J’ai confiance en toi (mi fido di te).

L’histoire d’un type écoeurant, Gigi Vianello, dépourvu d’humanité et qui ne pense qu’à faire du fric. Gigi se lance dans le trafic lucratif  des aliments avariés.

Après avoir lu ce livre, on ne fait plus  ses courses comme avant. Les yeux rivés sur les étiquettes et sans aucune confiance pour les discounts et produits industriels.

Mais ce trafic n’est que la colonne vertebrale d’un monde pourri où les honnêtes finissent pauvres et subissent la loi d’une minorité qui s’enrichit toujours plus. Ecrit à quatre mains dans un style qui rappelle celui de l’américain Bret Easton Ellis et les univers développés dans American Psycho et Moins que Zéro.

Les auteurs sont Francesco Abate, journaliste DJ en Sardaigne et surtout Massimo Carlotto au centre d’une chronique judiciaire qui a duré des années.

Ancien militant de Lotta Continua (mouvement contestaire pacifiste étudiant), il découvre à l’âge de 19 ans le corps d’une jeune femme de 25 ans Margherita Magello. Elle a été tuée de 59 coups de couteaux. Elle previent les carabiniers mais ces derniers en font le suspect numéro 1. Condamné à 18 années de réclusion (1982). Fuite au Mexique. Rattrappé. Rapatrié. Procès révisé. Débats sans fins sur l’insuffisance de preuves. Finalement gracié par le président Scalfaro (1993).  Depuis dans les milieux de l’édition.

On doit à Massimo Carlotto Arrivederci Amore, (très belle adaptation ciné de Michele Soavi)… L’histoire d’un ancien terroriste dont les attentats répondaient à une conviction politique et qui dans une époque totalement révolue se retrouve mercenaire perdu, sans valeurs et sans humanité.

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 © Metaillé

© Metaillé

Giancarlo de Cataldo, juge et auteur romain. On lui doit  Romanzo Criminale.

La Saison des massacres est cet instant entre parenthèses où l’Italie bascule dans la violence. La classe politique s’effondre avec les histoires de corruption et de collusion avec la mafia (affaire mains propres), les attentats se multiplient, attentats mafieux. Un bras de fer s’instaure entre vieux système criminel et classe politique émergente pour désigner de nouveaux rapports de force ou alors définir un nouvel équilibre.

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 © Rivages Noir

© Rivages Noir

Un autre magistrat : Gianrico Carofiglio (Bari) entraîne le lecteur dans la vie de Guido Guerrieri, avocat de 38 ans plaqué par sa femme mais en proie à une affaire perdue d’avance. La défense d’Abdou Thiam, accusé du meurtre d’un petit garçon avec un témoin visuel, le patron du bar du coin.

Ce premier opus de la série est magistral. A peine 8 euros. Une fois lu, on a envie de retrouver l’univers de l’avocat et de suivre son quotidien entre vie privée et difficultés judiciaires, la vie au tribunal n’étant que la traduction d’une société en mouvements.

 © Rivages

© Rivages

Deuxième aventure : les yeux fermés. Attention, ces aventures sont à lire dans l’ordre chronologique de parution.  Si les affaires judiciaires et enquêtes sont distinctes d’un livre à l’autre, en revanche, la vie de Guido Guerrieri suit son cours avec ses propres rebondissements .

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 © Métailié

© Métailié

Après les juges qui écrivent, les flics qui écrivent.

Piergiorgio di Cara, 43 ans, policier anti-mafia, et écrivain. Et les histoires qu’il raconte sont des histoires policières en Sicile. Son dernier succès en librairie est Hollywood Palerme, mais je préfère le précédent, peut être plus original et plus profond. Son titre “Ile noire“…

Une toute petite île imaginaire au large de la Sicile (plages noires) (iles éoliennes ?) coupée du monde et où le protagoniste va se retirer pour se remettre d’une grave blessure par balles. 

On est très loin de l’univers Montalbano de Camilieri… Mais Camilieri nous montre un décor imaginé par son oeil de sicilien, Di Cara invente un monde à partir de son expérience de policier.

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 © Seuil

© Seuil

A chaque littérature sa surprise. Pour les italiens, voici Paolo Giordano, 28 ans. (Turin). Tout en préparant un doctorat en physique théorique, il a écrit son premier roman “La solitude des nombres premiers“.

Publié par Mondadori, Paolo rentre dans l’histoire en devenant le lauréat le plus jeune du prestigieux prix Strega (il avait 26 ans). Traduit en français et sorti en poche chez Point, c’est déjà une des merveilles ventes du printemps en France.

4ème de couv : elle aime la photo, il est passionné par les maths. Elle se sent exclue du monde, il refuse d’en faire partie. Chacun se reconnait dans la solitude de l’autre.

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 © Métailié

© Métailié

Enfin beaucoup plus léger, le dernier roman de Gaetano Capelli, l’irresistible ascension du vin Aglianico à travers le monde. Un livre idéal pour les après midi d’été.

Gaetano Capelli, amateur de rock et auteur, originaire de Potenza (Basilicate) réussit le tour de force de présenter une histoire de prime abord décousue mais parfaitement construite, prétexte à des situations rocambolesques qui questionnent le sens de la vie, l’orgueil, l’ambition, l’amour, la quête de la réussite….

Et ce à travers la vie de Riccardo Fusco, qui rêve de publier une thèse sur les oies, marié à une directrice de théâtre qui le trompe avec des acteurs se prenant pour des jeunes premiers. Riccardo va retrouver des amis d’enfance qui ont fait fortune et se verra confier une mission haut de gamme : commercialiser un vin en devenir.

L’argument vinicole n’est ici qu’un prétexte, même si le cépage Aglianico bénéficie d’une publicité inattendue grâce à ce roman, un cépage qui mérite il est vrai une considération…Mais bref, les amateurs de vins ne doivent pas s’attendre à une histoire autour des vignes… Le roman s’attarde sur des tranches de vie, des existences parfois fantasques relevant d’un imaginaire délirant… Une galerie de personnages en errance… où tout est possible…

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 © Albin Michel

© Albin Michel

Pile le roman de plage. Giuseppe Culicchia, jeune auteur turinois à la mode écrit l’histoire d’un couple nombriliste à peine marié. Lui dépressif et hypocondriaque, elle obsédée par l’idée d’avoir un enfant. Il l’emmène en voyage de noces en Sicile, les environs de Trapani, endroit où il a grandi et où il n’est jamais revenu. Une sorte de pélerinage.

Un roman léger de prime abord mais incisif et qui en dit long sur les lâchetés et les égoimes.

Bonne lecture… A bientôt.

Lazio di m.

calcio, société

Toute la semaine qui a précédé la partie, le match Lazio/Inter de Milan était annoncé comme une farce. Les joueurs de la Lazio allaient laisser gagner les milanais au simple motif que la victoire de leurs adversaires empêchait la Roma, club rival de la capitale de gagner le championnat.

Ce pur geste anti sportif me paraissait improbable et je voyais dans ces déclarations de simples broutilles de supporters.

La réalité fut tout autre.

Non seulement la Lazio (qui mathématiquement) n’est pas assurée de rester en série A n’a pas joué le jeu (à l’exception du gardien, auteur de parades exceptionnelles), mais le public a littéralement exhulté quand l’Inter a marqué ses deux buts. Une ovation pour souligner la défaite de leur équipe. Attitude surréaliste.

Et il y avait dans les interviews d’après match, une écume de rage surprenante “on préfère voir perdre indirectement la Roma par notre faute“… Tout dans le négatif… Plutôt que de gagner nous même, on savoure la douleur du camp d’en face et c’est ce sentiment qui procure la joie. On est au delà du foot. D’ailleurs, comment qualifier de sport une équipe qui laisse filer la rencontre ?

Si on doit simplement parler de sportivité, disons que c’était aussi un terrible manque de respect pour l’Inter de Milan qui n’avait pas besoin d’une telle autoroute pour exprimer l’étendue de son talent. C’est aussi gâcher leur victoire. Et toujours sur le plan sportif, ce n’est pas la Lazio qui fait perdre le titre à l’équipe du Capitano Totti, mais bien la Roma qui se tire une balle dans le pied en perdant contre la Sampdoria la semaine dernière.

Le geste des laziali n’est pas digne d’une grande équipe de football. La rage qui anime les deux camps laziali et romanisti est d’une bêtise absolue. Conséquence, le site “Laziodimerda” connait ce matin (au lendemain de Lazio/Inter) une affluence record. Les esprits sont désormais chauffés à blanc en vue de la finale Roma/Inter de mercredi…

 Cette fin de saison italienne aurait pu être une fête, même avec la victoire de l’Inter… Tout est désormais gâché. Ce sera tensions, rancoeurs et frustrations…Avec mesures de sécurité exceptionnelles… Risques d’affrontement et tout le tralala habituel…  parce que le foot, ça n’est pas que du foot… même pas un spectacle digne de ce nom.

Et si le Vesuve….

catastrophe naturelle, securité, naples, environnement

 Le récent réveil islandais a donné du poids aux mises en gardes répétées de la communauté scientifique au sujet du Vésuve dans la baie de Naples…

Un volcan qui voit près de 700 000 personnes dormir sur ses pentes. La fautes aux constructions abusives. Des communes entières ont poussé dans l’illégalité, sans aucun respect des normes élementaires de sécurité.

Et la protection civile suit avec attention les dernières observations de l’Institut National de Géophysique et Vulcanologie. Les chercheurs napolitains étudient les moindres mouvements du volcan 24h sur 24.

Le plan d’urgence élaboré se calque sur les éruptions les plus importantes. Celles de 1631, 472 et l’an 79, l’année où Pompei avait été entièrement ensevelli. Et les documents publiés sur les sites de la protection civile évoque un danger de cette nature… Donc bien plus important que le reveil du volcan en mars 1944.

Le Scénario des phénomènes attendus“, est un topo de la protection civile réalisé avec la communauté scientifique : “la formation d’une colonne éruptive de plusieurs centaines de mètres de hauteur, la chute de “bombes volcaniques” autour du cratère mais aussi sur un diamètre évalué à plusieurs dizaines de kilomètres, la formation de flux de laves qui transformeraient paysages et habitations en cendres”.

Evidemment, ce n’est pas pour demain. Mais le risque d’une éruption type Pompei est considéré réel dans les décennies à venir. Et la Protection Civile dont la politique de prévention est souvent critiquée a donc mis sur pied un plan d’urgence décliné sur 3 zones.

La zone rouge : 18 communes. 200 kms carré. 600 000 habitants.

Partant du principe qu’il devrait y avoir des signes avant coureurs, la zone doit être évacuée en 48 heures.

Des plans d’hébergements ailleurs en Italie sont déjà à l’étude pour accueillir ces populations.  Trop exposées non seulement à la lave mais aussi aux émissions de gaz toxiques qui précèderont l’éruption. D’où l’importance d’une évacuation totale dès les premiers signes d’alerte.

La zone jaune : 1 million 100 000 personnes. 96 communes dont Naples et faubourgs, et provinces d’Avellino, Benevento et Salerno (1100 kms carré).

Déjà plus éloignée mais menacée par la chute de pierres ou de “bombes volcaniques” susceptibles de détruire des toits, d’endommager les maisons et menacer des vies humaines.

La retombée de poussières qui peuvent être fatales aux personnes agées, aux enfants et aux individus atteints de maladies respiratoires. 

Des poussières qui pourraient aussi bloquer le traffic aérien (on connait) mais aussi les circulations routières et ferroviaires.

En se basant sur l’éruption de 1631, seuls les 10 % de cette zone seraient concernés. Mais on ne sait pas lesquels. Donc application du principe de précaution.

La zone bleue : 14 communes des environs de Naples : 180 000 habitants.

C’est l’extension de la zone jaune à des territoires dont la fragilité hydrologique exposeraient les communes à des glissements de terrains, inondations, coulées de boue provoquées par l’éruption.

Ces dernières semaines, les réunions se sont multipliés entre élus locaux, protections civile, vulcanologue, et pompiers.

Objectif : mettre en place tout un mécanisme dès les premiers signaux d’alerte. De l’urgence locale, passer à l’urgence nationale et actionner la coordination des secours sous la responsabilité d’un Commissaire extraordinaire.

Evidemment, il ne faut pas verser dans l’effet inverse du catastrophisme. Mais les dangers ne sont pas fictifs. La seule interrogation est de savoir quand ? Les experts les plus pessimistes sont convaincus que le volcan va gronder cette année. Et dans le doute, la Protection Civile préfère s’activer.

Une opération destinée à rassurer une population… Mais la dite population ne croit pas à l’éruption annoncée. Pour beaucoup, il s’agirait d’une manoeuvre destinée à les effrayer pour qu’ils quittent leurs maisons.

En attendant, voici les simulations en 4 D (click sur le lien ci dessous) de l’éruption tels que prévus par l’Institut national de géophysique et de volcanologie de Pise. Simulation prête depuis 2007

http://www.pi.ingv.it/Galleria/video.html#

Des vues aériennes du volcan et le souvenir de mars 1944

Toujours l’éruption de mars 44 dans la caméra d’un soldat de l’armée américaine déployée à Naples.

La vérité sort des interrogatoires de Montalbano

humeur, société, culture, politique

Après une période de surmenage, le plaisir de larver un instant devant un zapping télévisuel mécanique…

 … Et la satisfaction de tomber sur la frimousse de Luca Zingaretti qui incarne à l’écran (Rai Uno)  le célèbre commissaire Montalbano…

  © Zingaretti

© Zingaretti

Encore une enquête difficile avec des faux semblants, des fausses trappes…

Et heureusement, toujours des conversations salutaires avec les individus qu’il croisent au cours de ses investigations…

Ce n’est pas un hasard, si souvent ces “éclairs de lucidité” surviennent à table, ou en cuisine…

Montalbano met du coeur à finir son assiette face à un vieux sage sicilien qui lâche inopinément : “En Italie, les choses que tu veux cacher, tu dois en parler à l’excès”.

Regard perplexe de Montalbano qui ne comprend pas : in che senso ?

Le vieux sage prend le temps de la respiration ou de mastiquer lui aussi sa bouchée. On ne le voit pas à l’écran, on entend seulement sa parole : 

Ne jamais nier, au contraire, en rajouter…..  grossir les faits pour qu’ils soient énormes et peu crédibles, radicaliser, en parler, en parler et encore en parler, faire confiance à la presse pour que ça parte dans tous les sens, et au final écoeurer tout le monde qui n’en pourra plus d’entendre évoquer le sujet qui fache (corruption, mafia ?) …..

… Et dans le même temps, sur des arguments beaucoup plus légers et insignifiants (histoires de filles, fêtes privées, luttes intestines dans le parti ?), donner l’impression que tu as des choses à cacher, donner le sentiment que tu es perturbé, qu’il y a là des choses à gratter, alors les gens s’interessent et deviennent curieux….

…. Et l’opinion oublie les affaires qui te sont vraiment préjudiciables”.

Le visage de Montalbano est figé. Il a fait le lien avec son enquête. Et le téléspectateur aussi.

Les mots de la politique pour oublier les maux du pays

actualité, politique

Le ton est hargneux, vindicatif. Les voix hurlées. Une tension à son comble. La majorité gouvernementale est au bord de l’implosion. On se dirige droit vers les élections législatives anticipées. Les invectives sont lancées en public devant les caméras de télévision. La loupe médiatique grossit le gonflage de pectoraux des gladiateurs dans l’arène. Les veines visibles sur les visages traduisent l’énervement des protagonistes.

Et puis…plus rien.

La bulle prête à exploser, mais d’une élasticité à toute épreuve, se dégonfle soudainement. Le printemps a débarqué. Et les polémiques exposées aux premiers rayons du soleil fondent comme si elles n’avaient jamais existé.

Depuis le résultat des élections, la scène politique s’agite. Et la presse italienne avec. 

D’abord, plan serré sur Umberto Bossi, grand vainqueur dit on des dernières régionale. Lui réclame de facto la mairie de Milan. Mais Letizia Moratti (PDL) ne compte pas abandonner son navire. Certes, la Ligue obtient 33,5% des voix en Lombardie, mais le score à Milan est beaucoup plus modeste. Un peu comme Venise avec la Vénétie. 

Les études statistiques à partir du résultat des élections relativisent le poing tendu de la victoire leghista. L’abstention prise en compte, la Ligue ne dépasse pas les 10% au niveau national. Un italien sur dix.

Certes, dans les faits, la Ligue peut être présentée comme la grande gagnante des dernières élections régionales. 2 régions acquises.  Mais Umberto Bossi, non. 

Autant Berlusconi incarne le Popolo della la Libertà, et gare aux voix discordantes au sein de la formation, autant la Ligue du Nord l’emporte par les idées du parti et le travail de terrain de ses militants et élus locaux en Lombardie, en Vénétie et dans le Piemont. 

Umberto Bossi et ses déclarations provocantes ne sont là que pour galvaniser les artisans de la première heure. Une sorte de vitrine. La véritable force de frappe leghista  ne repose pas sur un homme,  mais sur une organisation bâtie autour d’un concept simple : la défense du territoire (sécurité, emploi, social, immigration). Bossi est la figure historique qui transcende les slogans du cru. C’est tout.

Donc le jeu de la politique politicienne qui nous annonce tour à tour Bossi maire de Milan, puis Bossi premier ministre à la faveur d’une réforme institutionnelle qui donnerait à l’Italie le modèle français. Un Président de la République élu au suffrage universel (Berlusconi) qui nomme son premier ministre (Umberto Bossi) est une idée qu’on a lu et relu dans les éditos de la presse italienne la semaine dernière….Mais une idée qui ne trouve aucun fondement dans les faits… C’est un raccourci médiatique…  Avant que n’éclate une énième crise ouverte avec Gianfranco Fini, co-fondateur du PDL et président de la Chambre. Une crise attendue et prévisible.

Gianfranco Fini a souligné la dangereuse pression (à son sens) de la Ligue sur le PDL et qu’il ne partageait pas les positions prises à l’égard des institutions et de l’immigration. Il a demandé à Berlusconi de prendre ses distances avec la Ligue et confirmé son intention de lancer dans les prochains jours son mouvement, un courant interne au PDL.

Mais Berlusconi n’est pas d’accord. Et toute la semaine s’est donc joué ce psychodrame au vu et au su de tous. Petites phrases, conflit ouvert à la tribune du PDL devant les élus.

jamais on n’en est arrivé à un tel point“. Ugo Magri dans la Stampa.

On a frolé l’affrontement physique“. Massimo Franco dans le Corriere della Sera.

Ce qui marque aussi les esprits, c’est la violence de la sémantique utilisée. Il Giornale et Libero tapent fort sur Fini. Une caricature montre le torero Silvio  planter en souriant la banderille fatale dans la chair du taureau Fini sanguinolent et mourrant. Le public se délecte. Tout le monde applaudit dans l’arène.

Certes, il s’agit d’une pratique désormais répandue. Dès que le chef est contesté, Berlusconi n’est pas le plus offensif dans la réplique. Ce sont les opinionisti.  Lâchés tels des dogues allemands pour mordre et diffamer celui qui veut instaurer un débat. Encore plus virulents dans leurs attaques que celles qu’ils mènent contre l’opposition de gauche. Silence dans les rangs ! Une idée différente est nuisible.  Va donc rejoindre l’autre camp si tu n’es pas d’accord !

Gianfranco Fini cherche à exister dans un parti centré autour de son chef.

Dans son livre “Guzzanti vs Berlusconi” publié chez Aliberti,…

 © Aliberti Editore

© Aliberti Editore

…l’ancien sénateur Paolo Guzzanti de Forza Italia raconte à quel point il est inconcevable de formuler une idée différente de celle proférée par il capo. Tous derrière Berlu et sans un mot. Sinon dehors.

D’où l’échange très vif à la tribune du PDL

SB :  Va-t-en si tu veux !

GFF : Quoi ? tu me chasses ?

Vidéos youtube vues et revues, la une de la presse, les ouvertures de journaux, on va vers les élections anticipées, la majorité va exploser, la gauche devrait s’inquiéter, la majorité fait aussi l’opposition et Gianfranco Fini à la une du Manifesto avec ce titre “Parti Democrate“ 

Et puis plus rien…  et puis le week end… et puis il fait beau.  

Et l’indifférence générale des italiens. La préoccupation essentielle reste toujours la même. Le chômage, l’emploi, le social, le budget des familles. (83%, ipsos)

Quand Montezemolo a laissé Fiat la semaine dernière laissant la place à Elkhan, il n’a pas été tellement question du futur de l’entreprise et de l’inquiétude des salariés.

On a dressé un portrait tout à la gloire de Montezemolo qui a su (grace à Marchionne aussi) redresser la firme. Et chacun s’est préoccupé de savoir si Montezemolo se lançait en politique et surtout avec qui.

Pour quelles idées ? ce n’était pas le propos.

La forte abstention relevée aux dernières élections régionales n’a pas servi de leçons. Le cirque médiatico politique continue sa tournée, n’interessant que ceux qui le cotoient de près. Luttes de pouvoir, sphères d’influence, postes clé. Les problèmes du pays ne sont pas affrontés (encore moins par l’opposition totalement absente) et chaque semaine, est annoncée la future mise en place de réformes …

Comme ces chantiers plantés depuis des années sur l’autoroute Salerno/Reggio sans que l’on ne constate la moindre avancée des travaux. Et pourtant des ouvriers s’activent dans tous les sens.

Jours de calcio

calcio, société

Qui de la Roma ou de l’Inter va gagner lo scudetto (le championnat) ?

Qui gagnera la coupe d’Italie qui opposera les mêmes formations ?

Qui descendra en série B ?

L’Inter passera-t-il l’obstacle catalan pour aller au bout de son rêve de grandeur européenne : La Ligue des Champions ?

Loin de la coupe du monde de foot, l’Italie se passionne pour la fin de la saison.

L’actualité politique qui fait la une, (Fini/Bossi/Bersluconi, réformes/pas réformes) n’interesse personne. Agitations et polémiques habituelles… Chacun cherche à préserver son carré de pouvoir et sa sphère d’influence…

Et l’on se demande si le cirque mediatico politique qui en résulte n’est pas intentionnellement provoqué pour dégouter un peu plus le citoyen de la politique et l’inciter à regarder ailleurs ?

Et il ne se fait pas priver… Parce qu’au delà du sport, le foot en Italie est culturel dans le sens identitaire. Déjà écrit ici : il est plus important pour milanais et romains de voir l’Inter, le Milan ou la Roma gagner le championnat plutôt que l’Italie la coupe du monde.

D’ailleurs Rome vit la pression d’une cocotte minute prête à exploser depuis sa victoire le 28 mars contre l’Inter 2 à 1…. Le lendemain, on commentait plus ce match que le résultat des élections régionales survenus le même week end…

Tous mes amis romains disent : attends, tu as vu la victoire de la France en 1998, celle de l’Italie en 2006, tu n’as pas encore vu Rome gagner le championnat. Ce n’est pas UNE NUIT de fête. Mais TROIS SEMAINES . Des tables sont sorties dans les rues, il y a des banquets partout. La ville déborde.

Donc les romains sont leaders, un leader inattendu… puisque le championnat semblait promis aux nerazzurri qui comptait 14 points d’avance sur la Roma… Changement d’entraineur en début de saison, personne ne croyait à Claudio Ranieri, l’artisan de la remontée…

Dans le même temps, l’Inter accumule des contre performances dans le championnat, persuadé d’enlever un 6ème titre consécutif et se concentre sur la Ligue des Champions.

Et nous voilà avec un championnat  où La Roma compte un (minuscule et précieux) point d’avance et l’Inter engagé dans une double confrontation avec Barcelone.

Inter/Barcelone… L’affiche qui hypnotise les foules…

Tu vas commenter le match ? Quelle chaaancce ! Assurément, je ne la mesurais pas.

Tout le monde me parlait du stade San Siro comme d’une merveille. Refroidi par l’Olimpico de Turin dont j’entends parler depuis que je suis gosse (le stade mythique de la Juve n’est que l’équivalent d’un communale comme n’importe quelle équipe de Ligue 1), je n’attendais rien de particulier à Milan.

Bon, je dois concéder que je ne suis pas non plus un fan de stade, et encore moins journaliste sportif. C’est un univers que j’approche avec curiosité…

Mais là je dois reconnaitre que San Siro est impressionnant.

Presque beau en ce mardi 20 avril ,  avec la lumière du soleil descendant qui vient frapper la structure de béton d’acier après une chaude journée…

 © EricValmir.RF

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Un jeu d’ombres et de lumières…

Comme au théâtre…

D’ailleurs le sport de haut niveau a un coté théatral pour ses rebondissements et “jeux du cirque” pour la passion qu’il génère.

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Je suis là presque deux heures avant le coup d’envoi… pour essayer les lignes techniques, m’assurer que tout marche… Je pensais être le premier, pas du tout… Ils sont déjà tous là… Les traits creusés… Pas d’avions, ils ont tous traversé le continent en voiture…. Mon voisin d’RTL est descendu ainsi de Paris…Hors de question de rater l’affiche…

Je m’installe, essaie le matériel, tout marche… Et j’ai donc une heure à tuer avant le premier direct… Alors je laisse mon regard s’envoler sur le toit particulier de ce stade hors du commun.

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Mais à force d’avoir le nez en l’air…

Pour regarder en détail la structure…

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… j’ai à peine vu le temps passer…

La grondeur ambiante révèle que les 80 000 spectateurs ont pris place…

Je ne peux plus parler à mon voisin d’RTL entré dans une phase de concentration proche de l’état de transe que je respecte. Mais surtout, fait plus inquiétant, il a pris 10 000 notes, a des gribouillis partout sur ces calepins. Fait plus inquiétant pour moi (pas pour lui) parce que de mon coté, je n’ai rien écrit.

La faute aux parodies de journalistes sportifs. Personne n’a oublié le sketch des Inconnus, ironique sur les tics de langage, les intonations et les expressions de commentaires en direct. On croit que c’est facile. C’est tout le contraire. Il faut se préparer et se concentrer.

Aujourd’hui, je pense que c’est un des exercices les plus difficiles, les plus ingrats et les plus sous-estimés de la profession. Le commentaire d’un match en direct doit mêler l’information vécue en temps réel (description de l”action), l’analyse contextuelle et l’ambiance du stade. Faire vivre le fait tout en étant “dentro e fuori”, à l’intérieur mais aussi avec une distance. L’essence du journalisme.

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Au départ, on a envie de se laisser embarquer par l’ambiance…

… D’autant que les Ultras montrent (enfin) qu’ils savent faire autre chose qu’insulter et frapper…

… parfois ils peuvent être créatifs…

Avec des fanions bleus blancs et jaunes, ils proposent au moment du coup d’envoi, ce Madrid, lieu où se jouera la finale de la Ligue des Champions…

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Il a du falloir du temps et du monde pour préparer cette petite surprise….

ça y est, les joueurs sont sur le terrain…

Le stade gronde…

Mais si  on réflechit bien, ce n’est qu’un match de foot…

Tout dépend de la perspective…

Sur cette photo ci dessous

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On pourrait penser que c’est le derby savoyard entre Saint Pierre d’Albigny et Saint Baldoph…

Mais si on allume les sunlights, qu’on prend un peu de recul, on est bien devant Inter/Barcelona…

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Mais le fond reste deux équipes qui jouent au foot…

Ce qui transforme la rencontre en évènement exceptionnel… c’ est la représentation médiatique et populaire qu’on en fait…

En atteste ce résumé du match de la chaine Sky Sport Italia, on pourrait penser que le San Siro d’aujourd’hui est le Colisée d’hier.

En Italie, le commentaire sportif marque les esprits parce qu’il émane souvent du tifo… Les grands clubs ont leurs chaines attitrées, La Juve, l’Inter, le Milan et la Roma.

A Roma Channel, Alessandro Spartà commente les matchs depuis trois ans. C’est un commentaire forcément partisan (RomaChannel), mais les exclamations de joie ont une dimension qui dépasse le stade de la simple exultation. 

L’Audio à écouter est en italien et je ne l’ai pas traduit. Mais à vrai dire, nul besoin de comprendre. C’est le direct de Roma Inter du 28 mars. En premier lieu, le but de la victoire de Luca Toni, en deux, la fin du match. (AUDIO = 1′15)

EV.RF

Toujours sur RomaChannel, l’importance du derby. Là, au vu de la sémantique utilisée, on est vraiment dans le combat de gladiateur. Il règne une tension énorme.

Ce derby était le match aller…

Mais dimanche dernier le 18 avril, c’était le derby des derbys. Ce Roma/Lazio valait tous ceux de la décennie. La Roma pouvait mettre la Lazio dans une situation embarassante (lutte pour le maintien en série A) et la Lazio pouvait priver la Roma du titre de champion. Le match des extrêmes.

Dimanche dernier, j’étais à Malte pour suivre la visite du pape. Dans le centre de presse, techniciens et assistants de prod avaient bidouillé des retours pour installer sur écran géant, le derby. Scène surréaliste en plein discours du pape avec les jeunes maltais, (suivi par la majorité des vaticanistes), toute la sala stampa avait les yeux rivés sur le match, avec évidemment les partisans de la Roma et de la Lazio qui se chambraient.

Sur le bouquet Mediaset, figure un journaliste qui n’a rien de neutre lui aussi. Pourtant il n’appartient pas à RomaChannel, mais  vit la rencontre comme un tifo : Carlo Zampa. Sur cette vidéo, on ne voit pas le but de la Lazio, mais sur le pénalty sifflé qui peut donner un avantage de 2 à 0 pour le club adverse, on sent bien toute la détresse du présentateur… Le reste… n’est qu’explosion “liturgique”…  Carlo Zampa n’a pas peur des métaphores religieuses.

Mais il reste un problème de taille.

Sous le prétexte de la passion, des groupes qui n’ont rien à voir avec le foot, une frange des ultras en profitent pour répandre la violence.

Avant le derby Roma/Lazio, des groupes se sont affrontés malgré les tribunes volontairement vides pour créer un espace qui séparent les deux “tifoserie”

Sur 80 000 personnes, ces “crétins” pour reprendre l’expression des journalistes qui commentent les images sont une infime minorité.

Mais pourquoi sont ils encore visibles, alors qu’en Espagne, en Angleterre et en Allemagne, on ne voit plus ces images. Pourquoi alors que des mesures draconiennes ont été prises, le spectateur lambda achète son billet nominatif avec passeport et justificatifs de domicile, tourniquets, caméras de surveillance, y-a-t- il encore du laxisme vis à vis de ces groupes ?

Après le derby, affrontements avec la police, une dizaine de blessés, tout un arsenal trouvé dans la voiture d’un ultra…

Le film “Secondo Tempo” évoque la vie de ces ultras qui comme le dit la B.O “veulent vivre quelque chose et n’ont pas grand chose à perdre”.

Et pour ceux qui veulent rester sur une note sportive, le résumé de Roma/Inter, un tournant du championnat, peut être décisif.

Les larmes maltaises et la honte de Benoit XVI

actualité, religion, société

Le calme est revenu à Malte après 26 heures d’effervescence.

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Hier dans cette même baie, si paisible aujourd’hui, une parade navale a conduit le pape sur le Waterfront de La Valetta où l’attendaient 10 000 jeunes en liesse qui ont chanté à tue tête pendant tout l’après midi. Une image médiatique forte destinée à réconforter une société maltaise, catholique pratiquante à 94 %, désorientée par les affaires de pédophilie. © Times

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Le pape est parti…

…. mais le drapeau jaune et blanc du Vatican reste fixé sur les toits…

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Comme une fête qu’on aimerait éternelle et sans lendemains…

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Et à son balcon,

cette maltaise n’envisage même pas de l’enlever tout de suite

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Malte…

440 000 habitants…

A l’origine le pape était venu ici pour célébrer le 1950 ème anniversaire du naufrage de Saint Paul sur l’île, qui avait converti tout l’archipel au christianisme.

Des conséquences encore présentes dans la société maltaise du XXIeme siècle si l’on considère qu’ici l’avortement et le divorce sont interdits. On a le droit de se séparer mais pas de divorcer.

Dans son discours aux jeunes maltais, dimanche après midi… Benoit XVI est revenu sur cette particularité : ” Vous vivez dans une société imprégnée par la foi et les valeurs chrétiennes. Vous devriez être fiers que votre pays, seul parmi les Etats de l’Union Européenne, défende l’enfant qui n’est pas encore né et encourage la stabilité de la vie de la famille en disant non à l’avortement et au divorce. Je vous exorte à maintenir ce courageux témoignage pour une société saine“.

Un des prêtres de La Valetta, Tommaso Dasia, concède que ce discours ne sonne pas très XXIème siècle de prime abord parce que notre monde est embarqué dans “la contre culture chrétienne“…

L’avortement et le divorce sont des thèmes que les sociétés occidentales ont réglé par voie réferendaire dans les années 70. Ici, l’idée n’a même pas effleuré les esprits.

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Benoit XVI a résidé à Rabat, dans les murs de la nonciature apostolique. Tout près de l’Eglise Saint Paul dont on découvre le Dôme vu de l’intérieur.

 © Ami Media

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De l’intérieur de l’édifice, un escalier descend vers la grotte.

A peine débarqué sur l’île, Benoit XVI emprunte les marches pour arriver devant la représentation de Saint Paul.

 © Ami Média

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C’est ici que le pape s’est agenouillé pour prier.  

 © EricValmir.RF

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Vantant l’esprit du zèle missionnaire, on peut établir à l’infini les métaphores du naufrage et de l’évangélisation qui ont entouré ce voyage.

Le naufrage des immigrés africains candidats à l’immigration. Les clandestins échouent par milliers chaque année. Ici, le centre de rétention est toujours ouvert, des centaines de personnes sont jetées en prison et les ONG déplorent des traitements et des conditions  de détention où les droits de l’Homme ne seraient pas respectées.

Une situation que Benoit XVI a souligné avant de remonter dans l’avion. Le dimanche matin, dans la messe célébrée à Floriana, il rappelait que beaucoup de voyageurs ont débarqué ici tout au long de l’histoire. La richesse et la variété de la culture maltaise est un signe que votre peuple a largement bénéficié de l’échange de dons et de l’hospitalité accordés aux visiteurs venus de la mer.

MAIS SURTOUT, la thèmatique du “nouveau départ” peut aussi s’appliquer à une Eglise catholique secouée par la turbulence des scandales pédophiles. Sur l’île, 45 prêtres sont impliqués. Ramené aux statistiques locales, 1 prêtre sur 20.

Ces dernières semaines, l’histoire de l’orphelinat a provoqué une onde de choc. Des garçons privés de repères et de familles ont été abusés pendant des années il y a 30 ans.

Le premier à témoigner s’appelle Lawrence Grech. Quand il en parle à la police, puis à la télévision, il y a 15 ans, une campagne de presse négative accompagne son témoignage “un pauvre type qui cherche à se faire de la pub”. On ne dit pas du mal du Tout Puissant. Ces allégations sont grotesques.

Mais sa parole va interpeller les autres victimes de prêtres pédophiles (une centaine sur l’île) jusqu’alors prostrées dans le silence. Petit à petit, ils vont entreprendre un travail sur eux même pour extérioriser la douleur et l’affronter en public.

Vive émotion.

Benoit XVI arrivait donc sur une île qui attendait des réponses aux nombreuses questions qu’elle se posait. Jamais finalement, la relation au zèle missionnaire de Saint Paul n’ a été aussi forte pour ces chrétiens et pour le pape lui même.

Dans l’intimité de la chapelle de Rabat, il a reçu 8 victimes qui demandaient à le rencontrer (les SONS à écouter dans l’Espace Audio). 8 victimes de l’orphelinat. Il les a écouté, a pleuré avec eux, a prié avec eux.

Benoit XVI l’avait déjà dit : “rien n’effacera les souffrances endurées“. Il peut seulement “écouter“, “prier“, “s’excuser“, et “ordonner aux évêques de collaborer avec la justice pour que les abus soient dénoncés et les coupables punis“.

Le pape a encouragé un des huits hommes à parler. Handicapé, et rendu muet par l’émotion, il ne parvenait pas à s’exprimer, raconte Lawrence Grech que j’ai rencontré chez lui… 

Son visage est marqué par cette journée éprouvante, mais il est soulagé.  Pour refermer ce chapitre douloureux de sa vie, il voulait rencontrer Benoit XVI. 

“J’avais huit ans, mes parents morts, j’étais à l’orphelinat et le prêtre a abusé de moi des dizaines de foi pendant… je ne sais pas combien de temps… Des mois… mais combien de mois, je ne sais plus.  Je n’avais nulle part où aller. J’ai grandi avec ce vide à l’intérieur sans aucune valeur”.

J’avais une colère sourde en moi que j’ai réussi à maitriser. J’ai pu fonder une famille quand les autres sont tombés dans la drogue ou n’ont rien pu construire

“Le pape a entendu notre douleur, il est différent de ce que l’on imagine. Peut être a-t-il couvert des abus il y a 30 ans, mais aujourd’hui sa démarche est courageuse et doit être soutenue ”

De toute façon ajoute sa femme, ce n’est pas la faute de Ratzinger ou d’un autre, c’est la faute d’un système, de l’institution.

Une opinion largement répandue sur l’île de Malte et illustrée par le propos du président des évêques maltais, Mgr Paul Cremona. : “Nous ne pouvons plus nous consacrer au modèle d’Eglise que nous connaissons depuis des années…/… L’Eglise doit être humble pour reconnaitre les manquements et les pêchés de ses membres”.

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 L’ESPACE AUDIO

Lawrence Grech, 37 ans, une des huits victimes de prêtres pédophiles maltais reçue par le pape (AUDIO = 1′22)

EV.RF

La rencontre vue par le porte parole du Vatican, le père Federico Lombardi (AUDIO = 1′56)

EV.RF

Nat, 23 ans, est né à Malte. Catholique pratiquant comme 94% de la population. Les affaires de pédophilie ont troublé la communauté de l’île, mais sans que chacun ne remette en cause sa foi. (AUDIO = 0′43)

EV.RF

Ces “homosexuels et pédophiles” de l’Eglise

justice, religion, société

 C’est devenu une habitude. Le père Federico Lombardi qui gère à la fois Radio Vatican et la salle de presse, autant dire la communication du pape a encore pris sa plume pour expliquer que les propos tenus ne correspondaient pas à la position de l’Eglise catholique et ne traduisaient pas non plus la pensée de celui qui les exprimait.

Une fois peut être…deux,  pourquoi pas… trois, déjà moins.

 Surtout quand l’auteur de la parole visée est le numéro 2 du Vatican, la première autorité institutionnelle après le pape : le cardinal secrétaire d’Etat, Monseigneur Tarcisio Bertone.

 Interrogé par des journalistes chiliens sur les affaires de pédophilie qui frappent l’Eglise et la question du célibat des prêtres, il a rétorqué : “Nombre de psychologues et psychiatres ont démontré qu’il n’y avait pas de relation entre célibat et pédophilie mais beaucoup d’autres ont démontré et m’ont dit récemment qu’il y a une relation entre homosexualité et pédophilie, la vérité est là et c’est le problème. “

Ce n’est pas la première fois qu’une telle ineptie est déclamée en ces termes. Surtout en Amérique Latine où de nombreux évêques avaient déjà fait l’amalgame nauséabond. Dans le monde laïc, on trouve aussi des exemples homophobes qui partent de cette contre vérité.

Particulièrement choquante, la manière de présenter les faits à la manière d’un cours universitaire, tout en se réferant à des chercheurs qui ne sont évidemment pas cités.

Le Père Lombardi a donc une nouvelle fois ouvert son placard à pagaie pour ramer sur le fleuve “diplomatie”.  Cette fois ci, il ne pouvait être question d’une prise de distance avec celui qui déclenche la polémique puisqu’il s’agissait d’une autorité du Saint Siège.

Donc, le communiqué du Vatican parle de clarification. “les autorités ecclesiales ne jugent pas de leur compétence les affirmations générales de caractère spécifiquement psychologique ou médical, lesquelles relèvent naturellement des études des spécialistes et des recherches en cours sur le sujet”.

Et le communiqué tend à démontrer que le cardinal Bertone se référait seulement au cas de pédophiles dans l’Eglise, majoritairement l’oeuvre de prelats homosexuels d’après une étude au sein de l’Eglise.

Deux élements : jamais une telle précision n’a été apportée dans les propos tenus par Mgr Bertone. C’est lassant à la fin tous ces hommes d’église incompris parce qu’ils ne sont pas assez précis dans leurs discours… Et donc, si nous prenons en considération cette nouvelle donne, l’Eglise admet la présence d’homosexuels dans ses rangs alors qu’elle vient de militer activement contre le Dico, l’adoption du Pacs italien, privant la communauté homosexuelle italienne des droits civiques élémentaires. 

Associer homosexualité à pédophilie est dans le jargon pénal en passe d’être considéré comme un propos homophobe et dans certaines nations sanctionné par la loi. Mais le cardinal Bertone ne risque rien puisque nous n’avons pas compris ses propos.

A croire qu’il n’existe aucun représentant de l’Eglise catholique susceptible de tenir un discours clair sur ces questions épineuses.

Je me permets de revenir sur ma rencontre avec le Cardinal Maradiaga, évêque de Tegucigalpa, qui lui tenait des propos  cohérents (on cautionne ou pas, mais au moins c’est un point de départ pour un débat)  sur cette question de la pédophilie dans les entretiens que nous avions publié il y a 2 ans.

  © Robert Laffont

© Robert Laffont

De nombreuses affaires pédophiles ont terni l’image de l’Eglise ces dernières années !

La pédophilie est une maladie mentale que j’ai étudiée en psychologie clinique. Les sentiments que l’on doit éprouver pour un enfant sont le respect, la tendresse et la bonté; le désir sexuel s’apparente ici à une pathologie psychiatrique qui frappe aussi bien les laïcs que les religieux.

Souvent les agresseurs sont d’anciennes victimes qui reproduisent les sévices subis. Encore une fois le manque d’éducation sexuelle porte sa part de responsabilité. Dans les familles, le sexe est souvent un sujet tabou; les jeunes l’apprennent dans la rue ou seuls dans l’obscurité. Aujourd’hui, comble de l’ironie, les films pornos sont utilisés comme une notice.

Mes parents m’avaient alerté en amont sur ce que pouvait être le corps et ses désirs.

La pédophilie en tant que maladie affecte les hommes en général. Ce n’est pas une pathologie spécifique au monde ecclésial. Au contraire, en terme de statistiques, les cas relevés dans l’Eglise seraient même minoritaires. Mais je suis d’accord pour dire que cette minorité ne doit pas être négligée.

A titre d’exemple, le petit séminaire que je n’ai jamais fréquenté du fait de l’opposition paternelle était complètement incompétent voire irresponsable sur la question sexuelle à l’époque. Quand les jeunes garçons se retrouvaient confrontés à l’éveil de leur corps vers 11/12 ans, ils ne comprennaient rien d’autant qu’ils n’avaient reçus aucune information à ce sujet. Ils ont grandi dans une frustration qui dans certains cas s’est muée au fil des mois en une terrible oppression. Alors, on relève des cas d’agression sur un compagnon, en général plus faible, parfois plus jeune.

Aujourd’hui par chance, c’est different, laïcs et religieux travaillent ensemble au séminaire. Mais la matière manque encore cruellement dans le plan d’étude. Une véritable éducation sexuelle ne doit pas être seulement une information.

Vous dîtes “aujourd’hui c’est différent”. Pourtant, on n’a jamais eu autant d’affaires pédophiles…

Ce n’est que le début. Les victimes parlent, elles ne proféraient pas un mot auparavant. Encore une fois, c’est une maladie que l’on peut prévenir par l’éducation et la parole. L’Eglise doit suivre une ligne stricte à l’égard des coupables et de ceux susceptibles de le devenir.

Comment les déceler ?

Les prêtres ont toujours un directeur spirituel qui recueille les confessions. La sincérité révèle les sentiments intimes les plus troublants.

Vraiment ?

J’ai déjà reçu ce type de confession. Au prêtre qui avouait une tendance (jamais passé à l’acte), une tendance à la pédophilie, j’ai répondu qu’il devait nous quitter pour se soigner. Hors du ministère et de l’Eglise pour se soumettre à des soins psychiatriques. Le débat sur l’excommunication des prêtres pédophiles ne m’intéresse pas. Plus que cette peine qui appartient au droit canonique, il faut d’abord les éloigner d’un ministère pour les empêcher d’agir et ensuite les accompagner dans une structure psychiatrique.

Et cette pratique répandue d’un prêtre déplacé d’une paroisse à une autre ?

“Muter” ailleurs le prêtre pédophile ne fait que déplacer le problème qui se répètera un jour ou l’autre. Pour avoir étudié la psychologie clinique, je le répète, nous sommes face à une maladie mentale. Ces individus en grande difficulté psychique doivent être accompagnés dans des structures psychiatriques, évidemment tout en étant maintenu éloigné de toute responsabilité pastorale…/…

…/…A l’avenir, il faut bannir un système dans lequel le prêtre vit seul. Au Honduras, nous n’encourageons pas la vie isolée des hommes d’Eglise. Au contraire, la règle établie fixe 2 prélâts au minimum dans une maison avec une intimité respectée pour chacun d’entre eux. Cette vie communautaire instaure une communication, disons une solidarité dans la difficulté. Vivre le quotidien ensemble équivaut à partager les difficultés de la vie, cette dimension s’applique pour tout un chacun…/…

Extraits d’entretiens menés au Honduras, au Brésil et en Italie entre juillet 2006 et décembre 2007 

La prima linea

terrorisme, cinema, histoire

 La Prima Linea sur les grands écrans français ce mercredi 14 avril. La Prima Linea, un film de Renato de Maria, avec Riccardo Scamarcio et Giovanna Mezzogiorno. Tiré du livre de Sergio Segio “Miccia corta, una storia di Prima Linea“. La Prima Linea du nom de l’organisation terroriste italienne née en 1976.

 Une histoire vraie.

Sergio Segio forme un commando pour aller liberer la femme qu’il aime, Susanna Ronconni : une des terroristes italiennes les plus en vue dans ces années de plomb,  et incarcérée dès la fin des années 70.

En préparant l’assaut de la prison de Rovigo, Sergio Segio se souvient du parcours qui l’amène à ce 3 janvier 1982. Aller retour entre passé et présent + une écriture narrative cinématographique, ces éléments inspirent Renato de Maria.

Le cinéaste est un ancien militant de Lotta Continua, mouvement idéaliste étudiant et lycéen de contestation. Manifestations,  meetings politique et publication d’un journal.

Sergio Segio en fait partie mais s’en va en 1972 pour fonder Senza Tregua (sans trève) mouvement plus radical avant de monter avec Potere Operaio (Pouvoir Ouvrier) la Prima Linea (la première ligne), organisation qui entre en clandestinité dans la lutte armée.

Les autres militants abandonnent. Lotta Continua s’arrête en 1976. C’est le cas de Renato de Maria. Mais le cinéaste voit d’anciens amis devenir des “assassins potentiels” puisqu’ils épousent la lutte armée… Des étudiants brillants allaient tout bruler, la vie des autres et la leur, plongeant dans des ténèbres sans fins. Pour quelles raisons  ?  Pourquoi ?

La question reste posée avec des centaines de points d’interrogation. Et il n’y a encore aujourd’hui aucune réponse censée. La force du film est de jouer la métaphore sans être onirique… D’alterner les phases de douceur et de violence pour mieux souligner la “schyzophrénie” des terroristes… Un capital affectif qu’ils renient au nom d’un monde meilleur pour tuer des innocents qui ne le seraient pas à leurs yeux parce que symboles d’un pouvoir oppresseur à abattre. Une spirale aveugle et sourde irrationnelle.  

A sa sortie en Italie, le film a été la cible de polémiques qui ont duré des jours et des jours. D’abord avec la classe politique italienne. Très peu de films sont tournés sur les années de plomb. Les quelques longs métrages déjà réalisés parlent seulement de l’Affaire Moro et des Brigades Rouges. Pas un projet sur  phénomène élargi aux autres mouvements, à cette génération qui voyait dans la violence de ses actes l’émergence d’une conscience politique nouvelle. 

Donc le ministre de la Culture, Sandro Bondi, n’a pas apprécié. Le Président de la République Giorgio Napolitano non plus. De leurs points de vue, un film sur un tel sujet doit raconter la souffrance des victimes. Pour monter son film, Renato de Maria a du se passer des subventions publiques.

Ensuite les familles de victimes ont manifesté leur hostilité. Compréhensible. Sergio Segio est le meurtrier du juge Emilio Alessandrini. L’assassinat du magistrat a fortement marqué les esprits. Il venait de déposer son enfant Marco à l’école et fut abattu de plusieurs coups de pistolets au feu rouge, au bout de la rue.

Donc, c’est épidermique. Les familles de victimes ne supportent pas voir le nom de Sergio Segio en librairie ou au cinéma.

Et puis, il y a Sergio Segio lui même qui est intervenu, critiquant le film qui n’aurait pas su reproduire le contexte de l’époque. L’oppression sociale et le danger du fascisme l’ont transformé en assassin. Il ne l’était pas à l’origine. Dit-il !

Donc en Italie, la polémique l’a emporté sur la critique cinéma. Dommage parce que le film évite tous les écueils du genre. De par la distance qu’il prend. La mémoire des victimes n’est pas offensée… Les terroristes ne connaissent pas de rédemption et n’apparaissent pas comme des héros romantiques… Loin de là…

 © cinema

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Renato de Maria, le réalisateur. (Audio = 13′20)

EV.RF

le film évite à la fois le piège de l’esthétisme visuel toujours très dangereux dans ce genre de sujet, mais ce n’est pas non plus un documentaire caméra à l’épaule. La réalisation subtile jouent sur les contradictions douceur amère et violence sourde.

Mais rien à faire, personne n’a voulu l’entendre.

Peter Freeman, un ancien de Lotta Continua, journaliste (ancien rédac chef du Manifesto) pense que le pays n’est pas encore prêt pour regarder cet épisode sombre de l’histoire nationale. Il faudra des décennies pour que l’Italie digère ses années de plomb.

 © Rai

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Peter Freeman, journaliste (Manifesto, Rai) chroniqueur, ex militant de Lotta Continua

(Audio = 2′25)

EV.RF

 Erri de Luca écrivain réputé en Europe, origine napolitaine, vit dans la campagne romaine.

L’auteur  qui à l’époque avait 19 ans a gagné les rangs de Lotta Continua à Rome dès sa création en 1969 pour en devenir une des chevilles ouvrières. Très actif sur le campus universitaire.

Erri de Luca n’a évidemment pas épousé la lutte armée mais a déploré la fin des activités politiques et l’entrée en clandestinité d’un mouvement qui avait choisi la violence et le meurtre pour délivrer ses messages

 © Erri de Luca

© Erri de Luca

 Erri de Luca, écrivain, auteur (littérature/essai/poesie/théâtre), un des responsables du mouvement Lotta Continua (Audio = 5′25)

EV.RF

 Enfin pour finir, le décalage entre la réalité et la fiction dans l’image qui suit

Les photos des protagonistes et de ceux qui les incarnent à l’écran.

En haut, Sergio Segio et Susanna Ronconni.

 © CinemaCinema

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En bas, les comédiens Giovanna Mezzogiorno et Riccardo Scarmacio