Au fil des pages, les grandes lignes du livre
Altero Matteoli choisi par Silvio Berlusconi en 2001 comme ministre de l’Environnement. Ce vieux parlementaire du MSI et Alliance Nationale “adore chasser sur les collines de la Maremma“. Si la chasse lui plait, ça doit être le bon casting pour le ministère de l’Environnement affirment les têtes pensantes de Forza Italia à l’époque
Mais répondant à une interview dans la presse écrite, Altero Matteoli concédait “ ne pas vouloir le ministère de l’Environnement et lui préferer celui des transports, mais bon valait mieux ça que rien.”
 Et de conclure : “C’est comme quand tu as un enfant et qu’à la naissance tu découvres une fille plutôt qu’un garçon“.
Autant dire que la question environnementale ne l’effleure même pas.
Le livre refait un bref historique des mouvements écologistes qui apparaissent dans les années 50 à travers des cercles associatifs et citoyens : Italia nostra, groupe d’intello dans les années 50… WWF Italia en 66…  Et premières représentations dans le corps politique avec les évènements de 68 (qui n’ont pas eu la même portée qu’en France).
La ligue pour l’Environnement dans les années 80 deviendra Legambiente (ligue environnement tout attaché) avec une visibilité maximale après la catastrophe de Tchernobyl….Enorme retentissement….
Emotion dans opinion publique qui oblige la classe politique à élever le débat…La vague anti nucléaire devient la mère de toutes les batailles politiques menés par les écologistes à partir de 1987…
Et les verts italiens vont profiter de cet aubaine pour formaliser une nouvelle proposition politique …Les centrales nucléaires ne sont ni de gauche ni de droite.
 Roberto della Setta un des fondateurs de Legambiente aujourd’hui sénateur PD a toujours refusé cette quadrature du cercle. Les politiques environnementales doivent échapper au clivage gauche/droite, même si depuis 1968, l’idée écolo se situe toujours à gauche de l’échiquier.
La pensée des Verts et de Legambiente en 1988 :
Les politiques environnementales posent le problème des ressources énergétiques, du développement durable, de l’aménagement du territoire..Â
Repenser un modèle de developpement et arrêter la dégradation des ressources naturelles que l’Italie industrielle a pratiqué pendant des décennies avec le consensus des communistes et de la gauche. Â
A la fin des années 80, ce parti naissant et plein d’énergie possedait en lui des réponses politiques concrètes en phase avec le besoin de changement exprimé par la société. Si il était resté fidèle à ses convictions d’origine, peut être aurait il consolidé ses positions ?
Mais dans les années 90, le parti (les Verts) intégre des politiciens de profession, dont les expériences ont mal tourné, des échecs personnels, des déroutes politiques, tous issus d’une gauche, voire une extrême gauche en crise. Et dans les verts en vogue, ces ex militants de la démocratie prolétaire, des pseudos révolutionnaires fascinés par les mécanismes du pouvoir trouvent une reconversion inespérée…
Ces individus n’ont pas la moindre intention de susciter un élan politique nouveau à travers des actions concrètes, parce que parfaitement conscient que dans un système different, ils perdraient leurs espaces et leurs raisons d’être. Pour eux, un parti à 1% n’est pas une défaite mais un parfait abri. On est écologiste par convenance et non par vocation…
Les deux gouvernements Prodi ont été décevants.  Edo Ronchi et Alfonso Pecoraro Scanio, 2 ministres verts qui n’ont pas eu le courage de lancer une politique innovante… Seul souci : préserver ses propres intérêts en prenant garde à ne pas marcher sur le pied des alliés… Â
Les Verts, c’est parait il “Le deuxième parti le plus aimé des italiens mais pour qui l’on ne vote pas parce qu’il s’occupe de choses importantes mais pas nécessaires“.
Même si la pensée écologique est une idée perpétuellement à la mode, elle est sans cesse récupéree sur la scène politique.Â
“Il y a un problème de connaissance… Incultes… Plutôt que d’argumenter un discours avec des données précises, les politiques (verts y compris, Peccaro par exemple)  préfèrent prendre quelques statistiques au vol pour appuyer un discours opportuniste qui servira leurs propres intérêts… Alors que la démarche devrait obéir à un mécanisme inverse”…
“Le monde politique” et celui “des connaissances scientifiques” ne naviguent pas dans les mêmes univers… Il ne reste que la superficialité dans la présentation des faits…
Plus déconcertant encore lors de débats au Sénat dans l’hiver 2009 au sujet du niveau de dangerosité du réchauffement climatique…Les sénateurs de la majorité berlusconienne affirment dans leurs conclusions que le phénomène est en réalité modeste, qu’il ne faut pas en chercher les causes dans l’émission de gazs à effets de serre émises par les activités de l’Homme, et que dans tous les cas, même si la température monte un peu, on se sentirait tous un peu mieux.
Déconcertant parce qu’à travers cet exemple on replonge dans les temps obscurs où la vérité était érigée par des lois et décrets, et non par une argumentation à partir de faits et une recherche scientifique.
“Et comme les verts n’échappent à cette tendance, pas étonnant qu’ils aient connu un déclin électoral, culturel et moral.”
L’aspiration écologiste nait d’une expérience qui n’a rien à voir avec l’extreme gauche d’où sont issus les rouges-verts qui ont conduit le parti à la catastrophe. La pensée écolo est pragmatique et concrète, prête à dialoguer sur tout, tandis que la culture extremiste des groupes extraparlementaires est sectaire et chaotique
 Francesca Santolini est d’autant plus amère qu’elle se souvient de la créativité des entreprises italiennes et des chercheurs.
Il y a 20 ans, leur savoir faire engendre une production industrielle avant gardistes de générateurs solaires et d’éoliennes…L’Enea (Agence pour les nouvelles technologies, l’energie et l’environnement) avaient développé des concepts nouveaux et les avaient breveté. Mais beaucoup de ces entreprises privé de soutien politique ont été vendu à l’étranger.
Les italiens ne sont pas forcément en retard dans le domaine de l’énergie renouvellable. Manque seulement la volonté politique comme le disait déjà ce post écrit peu avant Copenhague
  http://radiofrance-blogs.com/eric-valmir/2009/12/09/le-sommet-de-copenhague-selon-silvio-berlusconi/
La réduction de la pollution, la sauvegarde du territoire, le réchauffement climatique, le développement durable, les ressources naturelles, l’énergie avec en dénominateur commun un pilier pour un développement économique, des concepts porteurs émergents en Europe.
Francesca Santolini revient sur les efforts de Nicolas Hulot pendant la campagne électorale de 2007, la thématique de l’écologie porteuse auprès de l’électorat français oblige Nicolas Sarkozy à prendre en considération les questions environnementales… aux dernières Européennes, le triomphe d’Europe Ecologie…
Un voyage dans les années anglaises qui partent du Blairisme avec la publication du Climate Change Programm et des efforts réels pour réduire les émissions de gaz carbonique…
En Allemagne le modèle “Grunen” a mis en synergie citoyens et pensées vertes, suscitant l’admiration des écologistes du monde entier…
Francesca Santolini dresse même une comparaison cruelle entre l’Allemagne et l’Italie… l’Allemagne en pointe dans le recyclage des déchets, notamment dans la province de Lünen. C’est qu’ici qu’arrivent entr’autre les ordures de la région napolitaine, recyclée en matériaux pour l’industrie du bâtiment ou agricole, en biodiesel ou carburant, voire en énergie électrique.
Sans ironie et dégoutée, Francesca Santolini constate que l’Italie paye l’Allemagne pour récupérer ses déchets et qu’avec les déchets italiens, les allemands construisent leurs autoroutes. Double bénéf germanique. Double défaite pour l’économie italienne.
.. Enfin l’Espagne, autre pays latin est un des partenaires européens les plus en pointe dans la production d’énergie alternative.  500 parcs éoliens ont crée 30 000 emplois.
De prime abord ingénue sur les exemples à l’étranger, Francesca Santolini n’est pas dupe. L’opportunisme politique existe aussi ailleurs sur les questions environnementales. Ce voyage en Europe ne sert qu’à mettre en lumière les divergences avec l’Italie. En Europe, partout, on en parle, on projette, en revanche la classe politique italienne, elle,  ne formule même pas une intention.
Le développement durable est une question d’investissement politique à long terme. La classe parlementaire italienne ne voit jamais au delà des prochaines élections. Le principe est de rester vissé à son fauteuil.
L’Italie n’est pas un pays de jeunes, mais l’Italie n’est pas non plus un pays pour les jeunes. C’est la conclusion de ce livre qui n’abdique jamais quand il s’agit de formuler l’espoir.
La pensée environnementale comme support d’une relance économique qui ignore les clivages gauche/droite…. une pensée formulée par une jeune et jolie femme, dans un pays où ces deux notions ne semblent vouées qu’à l’activité de show girl, animatrices ou danseuses télés… Féminine et non féministe… Ambitieuse mais pas opportuniste… Francesca Santolini a peut être oublié un chapitre Mafia (le trafic des déchets, l’aménagement du territoire etc) mais personne ne lui en tiendra rigueur.
Avec ce livre, c’est déjà toute la classe politique qui va lui tomber dessus… puis l’ignorer.
Et elle devra surmonter cet obstacle pour poursuivre son chemin vert, le seul qui soit à ses yeux parce que déjà empruntés par des millions de personnes et des systèmes économiques à travers le monde. Â

© Francesca Santolini