Bienvenue Ă  Beyrouth

Le blog de Christophe Lurie


Palmyre, l’oasis au coeur du dĂ©sert syrien

Syrie

Palmyre, la palmeraie et le temple de Bel © Christophe Lurie

Palmyre, la palmeraie et le temple de Bel © Christophe Lurie

Partir en vacances en Syrie, n’est pas une idĂ©e qui vient spontanĂ©ment Ă  l’esprit des voyageurs. Les candidats au voyage français partent volontiers au Maroc ou en Tunisie mais Damas, Alep ou Palmyre ne sont pas des destinations de tourisme qui viennent immĂ©diatement Ă  l’esprit.

La Syrie n’est pas de toute façon une destination de tourisme de masse. Le pays n’est pas Ă©quipĂ© pour cela et n’a pas l’intention de dĂ©velopper cette forme d’industrie.  Il n’en demeure pas moins que la Syrie s’ouvre de plus en plus. Cette annĂ©e, les français sont devant les espagnols et les allemands, question frĂ©quentation de ce pays que les Etats Unis ont longtemps classĂ© sur “l’axe du mal” selon les mots de l’ancien PrĂ©sident amĂ©ricain Georges W Bush. 

La Syrie est riche de centaines de sites archéologiques aménagés et hors saison il n’est pas rare de pouvoir visiter quasiment seul des lieux magiques et d’une beauté remarquable. Il existe de nombreux guides extrêmement bien documentés qui donnent une idée du potentiel de cette région du monde. Certains musées sont encore un peu poussiéreux mais méritent le détour ne serait-ce que pour se plonger dans l’histoire de l’humanité.  C’est dans l’oasis de Palmyre au beau milieu du désert syrien, dans l’une des plus vieilles villes du monde que j’ai rencontré un voyageur isolé. Un professeur de Lettres à Bordeaux qui raconte son besoin de se ressourcer perdu au milieu des vieilles pierres. Il ne regrette en rien cette évasion hors des sentiers battus, et sourit quand il se remémore les avertissements de ses amis qui voient encore la Syrie comme un réservoir de terroristes. Ce voyageur explique être émerveillé par la gentillesse et la douceur du peuple syrien. 

Les guides touristiques professionnels ont longtemps souffert et souffrent encore de cette image. Yousef, natif du plateau du Golan, aujourd’hui occupé par Israël, est l’un de ces guides, parlant couramment le français comme d’autres manient l’allemand ou le japonais et l’anglais, sait faire partager sa passion pour les richesses que recèle la terre syrienne. 

Les trésors de Syrie se sont ces milliers de sites archéologiques qui couvrent toute les périodes de la civilisation humaine. Et c’est un peu notre livre d’histoire que des chercheurs du monde entier viennent ouvrir. Le régime autoritaire de Damas ne fait d’ailleurs pas vraiment de difficultés aux archéologues étrangers qui supervisent chaque année des dizaines de programmes de fouille. Bassal Jamous est le directeur général des Antiquités à Damas. C’est lui qui signe les autorisations de chantier. Pas moins de 140 cette année et les découvertes d’importance ne sont pas rares. La semaine dernière plus de 17 000 tablettes d’argile ont été mises à jour. Dans l’une des premières forme d’écriture, elles relatent les échanges entre deux royaumes de la région explique avec gourmandise le Directeur des Antiquités. 

Pour voir ces trésors, il faut certes un peu transpirer. Mais ces souvenirs de voyage méritent l’effort.

Terrorisme Intellectuel

Non classé

Après quatre ans d’instabilité, le Liban se prépare à une saison touristique exceptionnelle. Tous les festivals d’été, comme l’emblématique festival de Baalbek ou celui de Beiteddine, présentent des affiches alléchantes. Mais l’un des invités semble contrarier le Hezbollah qui à travers sa chaine de télévision Al Manar s’est violemment attaqué à Gad Elmaleh. Cédant sous les menaces, l’humoriste a finit par jeter l’éponge. Ses trois représentations au Liban sont annulées.

Tout a commencé par un sujet du journal télévisé d’Al Manar. Le reportage, placé en tout début d’édition, présentait l’humoriste et comédien Gad Elmaleh comme étant d’origine israélienne et ayant servit sous l’uniforme de l’armée d’Israël. Le reportage montrait même une photo d’un soldat qui serait celle de Gad Elmaleh. La chaine du Hezbollah s’est interrogée sur la venue au Liban de l’artiste alors que le pays s’apprête à commémorer le souvenir du début de la guerre de Juillet 2006.

Dans un premier temps le responsable de la tournée de l’humoriste a immédiatement démenti l’ensemble des allégations d’Al Manar, parlant même à propos de la photo de canular de mauvais goût et précisant sans ambages que Gad Elmaleh est juif d’origine marocaine, qu’il parle l’arabe aussi bien que le français et surtout qu’il n’a jamais combattu dans les rangs de l’armée israélienne.

Le démenti ne fut qu’un coup d’épée dans l’eau. La chaine Al Manar a poursuivit ses attaques en même temps que plusieurs médias électroniques. Les assauts sont devenus d’autant plus vifs que de nombreuses voix se sont élevées au Liban pour dénoncer ces calomnies.

Dans un communiqué, le centre pour la défense des libertés médiatiques et culturelle a estimé que cette campagne menée contre l’humoriste nuit gravement à l’image du Liban et à sa richesse culturelle.

Les Ministres de la Communication, de la Culture, de l’Intérieur, se sont exprimés pour dire qu’une telle attitude pourrait avoir des conséquences sur le bon déroulement des festivals cet été. Et si d’autres artistes se mettaient à annuler leur participation au Festivals s’est interrogé un responsable culturel.

Le Ministre de la Communication Tarek Mitri a rappelé que le Liban a l’habitude recevoir des artistes de toute confession sans exception aucune, et que tous sont détenteurs d’un visa d’entrée dans le pays.

Le mal est fait. Gad Elmaleh craignant pour sa sécurité et celle de son équipe a tout annulé pour la deuxième fois. Il avait dû rebrousser chemin il y a trois ans, mais cette fois pour une raison de force majeure : le pays était en guerre, bombardé par l’aviation israélienne.

Les fans de l’artiste sont consternés et se demandent comment le Moyen Age et la modernité peuvent continuer à se côtoyer au Liban ? 

L’Iran et ses dĂ©sordres vont-ils servir les rĂ©gimes autoritaires voisins?

Politique

Personne ne peut prétendre savoir comment la situation va évoluer en Iran et les pays arabes voisins ne sont pas très loquaces dans leurs commentaires. L’influence grandissante de Téhéran dans cette région pourrait perdre de son élan. Les pays arabes pourraient prendre l’exemple de la République Islamiste d’Iran et de ses désordres dans le but de conforter les pouvoirs en place. 

La classe politique libanaise reste prudente sur les évènements qui secouent l’Iran. Dans un discours fleuve du leader emblématique du Hezbollah, allié naturel de Téhéran et d’ailleurs ouvertement soutenue financièrement par l’Iran, Hassan Nasrallah n’a eut qu’une phrase pour commenter les manifestations et les contre-manifestations. L’Iran va se sortir d’affaire, c’est la volonté de Dieu a-t-il dit. Cette prudence d’Hassan Nasrallah peut s’expliquer par le résultat des élections législatives libanaises qui se sont déroulées cinq jours avant l’élection présidentielle en Iran. Le Hezbollah qui conduisait la coalition d’opposition, soutenue par la Syrie et l’Iran ne les a pas remportées. La majorité pro-occidentale n’en est pas ressortie pour autant renforcée ce qui a permis à Hassan Nasrallah d’inviter ses rivaux à ne pas commenter les évènements d’Iran car je le cite vous n’êtes pas en mesure de les comprendre.   Force est de constater que les déclarations des acteurs politiques libanais sur l’Iran sont rares même si certains ont salué la réélection du Président Ahmadinejad  peu après le résultat aujourd’hui contesté. Les commentaires restent donc prudents ici à Beyrouth pour une autre bonne raison. C’est que le Liban, un confetti dans le monde arabe, subit les influences de ses voisins et au-delà. Les Etats-Unis et l’Iran ne sont jamais loin pour peser dans un certain nombre de décisions. Et ce n’est vraiment pas le moment de s’exprimer au moment où les Libanais tentent de s’entendre sur la constitution du futur gouvernement d’union nationale. 

Le monde arabe plus globalement en est encore à la phase d’observation des évènements. On ne trouve pas de déclaration tonitruante quelle que soit la proximité ou l’éloignement politique des pays arabes envers l’Iran. Chacun y va de son communiqué somme toute prudent, chacun s’inquiète de la situation sans pour autant la commenter et y trouver un avantage ou un inconvénient. Une chose est sûre c’est qu’il est probable que certains pays comme l’Arabie Saoudite ou l’Egypte qui ne sont pas en amitiés avec l’Iran se serviront de ces évènements à des fins de politique intérieure dans le but de faire reculer les islamistes. On pense notamment aux Frères Musulmans en Egypte.

C’est ce qui circule en ce moment dans la blogosphère arabe qui rappelle que ces deux pays entretiennent des relations très tendues avec le pouvoir islamiste de Téhéran. L’agitation de la rue iranienne aura de toute façon des conséquences sur l’influence de Téhéran dans la région et au-delà. On se souvient du Maroc qui en Mars dernier a rompu ses relations diplomatiques avec l’Iran en raison de tentatives répétés de convertir des musulmans sunnites du Royaume en musulman chiite. Bref sur ce fond de lutte interreligieuse, il faut s’attendre à une confirmation de la poursuite de la guerre froide entre les régimes dictatoriaux et celui des Mollahs.  

La Syrie libère deux opposants

Syrie

La libération de l’opposant Mahmoud Issa intervient trois semaines après celle de l’écrivain Michel Kilo. Les deux intellectuels avaient été arrêtés il y a trois ans et condamnés après avoir signé une déclaration appelant à la normalisation des relations entre la Syrie et le Liban, appelant la Syrie à accorder la pleine souveraineté au Liban qui sortait tout juste de 28 années d’occupation et de tutelle syrienne.

En fait, l’histoire récente a donné raison à ces opposants au régime de Damas. La Syrie et la Liban ont établit il y a huit mois des relations diplomatiques pour la première fois depuis la proclamation de leur indépendance il y a soixante ans.

Ironie de l’histoire, ces deux opposants n’ont pas été libérés en raison de l’évolution politique entre Damas et Beyrouth, mais tout simplement en application d’une loi qui permet une réduction de peine après avoir purgé les trois-quarts de la condamnation.

A aucun moment le régime de Damas ne reconnait la clairvoyance des deux hommes. Cette double libération est d’ailleurs passée presque inaperçue et n’est sans doute pas un recul du pouvoir dans sa perception globale des 300 intellectuels syriens et libanais signataires en 2006 de la déclaration de « Beyrouth-Damas, Damas-Beyrouth » qui appelait la Syrie à reconnaître le Pays du Cèdre.

Le Liban, un nid d’espions du Mossad

Espionnage

Il ne se passe pas une semaine au Liban sans nouvelles arrestations de personnes suspectées d’appartenir à une cellule d’agents du Mossad. La Cour Militaire Libanaise a inculpé 71 personnes. Aujourd’hui 43 suspects sont derrière les barreaux et 28 autres sont activement recherchés. En début de semaine, pour la première fois dans l’histoire de l’armée libanaise, deux gradés en exercice ont été inculpés pour espionnage au profit d’Israël et ont été placés en détention. Il s’agit de deux colonels qui sont poursuivis pour avoir donné des indications précises à l’ennemi sur des positions civiles et militaires.  

En deux mois, le réseau d’espion, organisé en cellules sans lien entre elles, s’est effondré comme un château de carte. L’histoire n’est d’ailleurs pas terminée car selon le contre-espionnage libanais, c’est un détail technique, qui pour l’heure demeure secret, qui a permis d’identifier les suspects. D’autres arrestations sont probables avec l’exploitation de ce qui pourrait être une liste de numéros de téléphones portables que le Mossad aurait « égaré ».  

Le contre-espionnage libanais et les forces de sécurité intérieure n’ont pas pu rattraper certains espions qui ont pris la fuite dans des conditions rocambolesques. C’est ainsi qu’un professeur de Mathématiques paraplégique a réussit son exfiltration vers Israël en passant les barbelés avec son fauteuil roulant ! Il était attendu de l’autre coté par des soldats israéliens. Les membres de sa famille, sa femme et ses trois enfants, demeurent également introuvables.  

Quand au Mossad, le service de renseignements israélien, il reste bouche bée ou plutôt bouche cousue et ne commente pas ces arrestations. Ce qui n’étonne personne ! 

L’impossible intĂ©gration des rĂ©fugiĂ©s palestiniens au Liban

Politique

La Syrie, l’Egypte, pays qui possèdent une frontière commune avec Israël ont dénoncé le discours de Benyamin Netanyahou. La réaction libanaise au discours du Premier Ministre Israélien s’est traduite par une déclaration de Michel Sleimane. Le Président du Pays du Cèdre appelle la communauté internationale, Etats-Unis et Europe, à faire pression sur le gouvernement israélien pour qu’il accepte les initiatives de paix « justes ». Parmi les exigences formulées par Israël, l’exclusion de tout accord sur le retour des réfugiés palestiniens ruine pour le Liban toute forme de plan de paix. Depuis l’exode massif des Palestiniens en 1948, 400 000 personnes vivent aujourd’hui dans douze camps de réfugiés mais aussi parmi la population libanaise.

Le débat de l’intégration des réfugiés palestiniens au peuple libanais fait régulièrement rage à Beyrouth. Mais un des articles de la Constitution du Liban exclue de toute façon l’hypothèse de leur implantation définitive. Toute naturalisation des réfugiés semble également impossible car elle provoquerait un déséquilibre en faveur de la communauté musulmane sunnite dans un pays où la stabilité interconfessionnelle est un questionnement quotidien.

Le Liban à travers le communiqué de la Présidence exige l’application du plan de Paix adopté par la Ligue Arabe en 2002 qui prévoit notamment un règlement équitable du droit au retour des réfugiés palestiniens, mais surtout le retrait israélien de toutes les zones occupées depuis la guerre de six jours en 1967 et la création d’un Etat palestinien avec Jérusalem Est comme capitale.

Ces deux derniers points restent cruciaux, tandis que l’intégration des réfugiés n’est qu’un épouvantail que l’on agite régulièrement au Liban, car intégrer les Palestiniens ferait le jeu d’Israël dit-on dans toutes les officines politiques, toutes confessions religieuses confondues.

Saad Hariri, Premier Ministre du Liban ?

Politique

Saad Hariri, riche homme d’affaire libanais et actuel chef de la coalition pro-occidentale est pressenti pour devenir le prochain premier ministre du Pays du Cèdre. Fils de l’ancien Premier Ministre Rafic Hariri, assassinĂ© en fĂ©vrier 2005, Saad Hariri s’est dit favorable Ă  un gouvernement d’unitĂ© formĂ© avec ses adversaires, entres autres ceux du Hezbollah. 

Saad Hariri après la mort dans un attentat spectaculaire de son père Rafic Hariri dirige depuis quatre ans la majoritĂ© parlementaire pro-occidentale, une coalition formĂ© par la communautĂ© sunnite, druze et une partie des chrĂ©tiens. HĂ©ritier d’une fortune colossale, partagĂ© avec frĂŞres et soeur, âgĂ© de 39 ans, Saad Hariri pourrait ĂŞtre, selon son propre aveu, le prochain Premier Ministre du Liban. La nouvelle assemblĂ©e nationale le dira dans une semaine, le 20 juin quand elle dĂ©signera le chef du gouvernement  (un sunnite) et le PrĂ©sident du Parlement (un chiite). Saad Hariri a affirmĂ© vouloir renforcer les liens diplomatiques avec la Syrie mais n’a pas Ă©tĂ© prolixe sur ces futures relations avec Damas. Depuis la mort de Rafic Hariri avec 22 autres personnes dans un attentat Ă  la voiture piègĂ©e, Saad Hariri n’a eut de cesse de rĂ©gulièrement accuser la Syrie d’être derrière cette opĂ©ration terroriste.

Un autre dossier Ă©pineux l’attend s’il devient Premier Ministre : l’arsenal du Hezbollah. Certaines des armes en possession de la milice chiite seraient bien supĂ©rieures aux capacitĂ©s dont dispose l’armĂ©e rĂ©gulière du Pays du Cèdre. 

Sur cette question qui empoisonne la vie politique libanaise depuis des annĂ©es, Saad Hariri s’est pour l’instant habilement Ă©loignĂ© de la polĂ©mique en affirmant que ce dossier doit ĂŞtre nĂ©gociĂ© dans la cadre du “dialogue national”, une sorte d’atelier de travail sur la stratĂ©gie de dĂ©fense nationale que supervise le PrĂ©sident de la RĂ©publique (un chrĂ©tien).

Mais bien avant la reprise de ce fameux et improbable “dialogue national”, il faudra former un gouvernement. Et ça, c’est loin d’ĂŞtre une sinĂ©cure. Les spĂ©cialistes tablent sur deux Ă  trois mois de nĂ©gociations, avant que chacune des forces politiques ne s’accordent sur le partage du pouvoir.

Les Hawker Hunters reprennent du service

Insolite

 © Copyright@Christophe Lurie

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L’armée libanaise remet en service six avions de chasse. Des  Hawker Hunter de conception britannique fabriqués dans les années 50 et qui n’avaient pas volé depuis des lustres. On les croyait à la retraite ! C’est dans un vacarme assourdissant que les Beyrouthins, inquiets et circonspects, ont levé la tête ces dernières 48 heures en voyant passer à très basse altitude l’un de ses appareils, un mono réacteur capable les meilleurs jours d’atteindre le mur du son. Les six appareils ont été dépoussiérés et préparés pour participer au défilé militaire qui marquera samedi la fête de l’Indépendance. On n’écarte pas non plus la possibilité de voir plus souvent ces six avions dans le ciel libanais. L’espace aérien du pays est très régulièrement violé par l’aviation israélienne. D’ailleurs hier à la mi-journée, quatre avions de chasse israéliens ont survolé en profondeur le Liban au sud mais aussi dans la plaine de la Bekkaa et dans les montagnes du Chouf. Que se passera-t-il le jour où l’aviation israélienne qui s’invite presque quotidiennement dans le ciel libanais croisera la patrouille du pays du Cèdre ?  Peut-être pas grand chose car les Hawker Hunters ne pèsent pas lourd face aux capacités aériennes des F15 et F16 israéliens.

Un calme bien fragile

Non classé

Les professionnels du tourisme se frottent les mains. 2008 pourrait ĂŞtre l’annĂ©e oĂą ce secteur sortirait du marasme après deux annĂ©es particulièrement Ă©prouvantes. La guerre entre IsraĂ«l et le Hezbollah en 2006, puis le conflit meurtrier entre un groupuscule salafiste et l’armĂ©e libanaise l’an dernier, avaient vidĂ©s les hĂ´tels et les plages. Cette annĂ©e, plus de 700 000 touristes sont attendus. Les Saoudiens et les ressortissants des pays du Golfe reviennent chercher la relative “fraĂ®cheur” de la Suisse orientale. Ils reprĂ©sentent 60 Ă  70% de la clientèle, suivit par les EuropĂ©ens et la diaspora libanaise. Mais l’embellie des rĂ©servations pour l’Ă©tĂ© ne doit pas cacher l’inquiĂ©tude car la situation peut Ă  tout moment dĂ©raper. Les derniers Ă©vènements en sont peut-ĂŞtre les prĂ©misses. Cinq semaines après l’Ă©lection du PrĂ©sident de la RĂ©publique, le pays est toujours sans gouvernement. MajoritĂ© et opposition ne parviennent toujours pas Ă  se mettre d’accord sur le partage des portefeuilles dans ce pays oĂą le poids de chaque composantes, de chaque minoritĂ© compte dans la composition d’un gouvernement d’union nationale. Depuis cinq semaines, le Liban vit au rythme des bouffĂ©es de violence inter-confessionnelles. Les Sunnites sont loin d’avoir oubliĂ© l’humiliation que les Chiites leur ont fait vivre lorsque la milice du Hezbollah a pris le contrĂ´le de leurs quartiers dans la capitale. C’Ă©tait au dĂ©but du mois de Mai dernier. Les accords de Doha n’ont permis qu’un retour Ă  un calme apparent. Les affrontement se poursuivent ailleurs, dans la montagne ou dans la plaine de la Bekaa. Et depuis une semaine, c’est dans le Nord du Liban, dans la deuxième ville du pays, Ă  Tripoli, que les combats les plus meurtriers se sont engagĂ©s entre Sunnites et Alaouites. La semaine dernière, neuf personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©s et cinquante autres blessĂ©es dans des combats d’une rare violence sur une ligne de front qui marque la sĂ©paration de ces deux quartiers du Nord de Tripoli. En milieu de semaine, alors que les chefs de clan avaient trouvĂ© un accord pour un cessez le feu, les soldats libanais se sont dĂ©ployĂ©s, agissant comme des Casques Bleus dans leur propre pays.  Ces derniers jours, dans un esprit de vengeances, des dizaines d’appartements et de boutiques ont Ă©tĂ© incendiĂ©s, ce qui inĂ©vitablement contribue Ă  alimenter cette spirale de violence qui Ă©chappe aux leaders politiques. L’instauration du gouvernement d’union nationale devient donc une urgence. La stabilitĂ© politique pourrait calmer les esprits sur le terrain et Ă  minima sauver la saison estivale!

La crise libanaise vu par Patrick Haenni, chercheur, International Crisis Group :

christophelurie@radiofrance.com