Evènement
Publié le 2 novembre 2009
Dans une semaine, Radio France cĂ©lèbre le vingtième anniversaire de la chute du mur. En direct de Berlin -et en public pour tous les francophones de la capitale allemande- de deux studios installĂ©s l’un Ă l’est (sur le plateau de la ZDF, Unter den Linden 36) et l’autre Ă l’ouest (Institut français, KurfĂĽrstendamm 211). Un programme de 24 heures diffusĂ© sur une antenne unique regroupant toutes les chaĂ®nes de Radio France.
http://www.radiofrancefaitlemur.fr/
A sept jours du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, les prĂ©paratifs des cĂ©rĂ©monies officielles font un peu oublier les consĂ©quences de cet Ă©vènement pour 17 millions d’Allemands de l’est. Les tĂ©moignages des anciens citoyens de RDA ont un point commun. La RĂ©publique DĂ©mocratique Allemande fait partie intĂ©grante de leur jeunesse et souvent de leur vie d’adulte. Et leur regard sur cette pĂ©riode de l’histoire allemande apporte de subtiles nuances.
L’Allemagne au pied du mur (Editions de La Table Ronde, avec Radio France, actuellement en librairie et sur internet)
« Je ne suis pas du tout prêt à jeter mon enfance ou mon adolescence seulement parce que j’ai vécu quarante ans dans un pays qui n’existe plus » me dit Lothar à la table d’un restaurant de Leipzig. Ce quasi-sexagénaire a un parcours intéressant. Il grandit à la campagne, puis vient en ville faire ses études et travaille à l’université. En 1983, on lui propose de partir en Algérie. Une opportunité de sortir de RDA et de découvrir l’Afrique du nord. Trois ans plus tard, Lothar est de retour à Leipzig. Il trouve du travail dans un institut qui s’occupe de cartographie, un peu comme l’IGN en France. En novembre 1989, le régime politique de la RDA s’effondre comme un château de cartes. L’économie de marché s’impose dans les Länder de l’est. Mais la vie de Lothar n’en est pas bouleversée.
L’administration qui l’emploie est reprise par son équivalent de l’ouest, l’office fédéral de cartographie et de géodésie. Les chefs sont remplacés, mais les employés qui prouvent leur compétence professionnelle peuvent rester. A condition que les recherches effectuées dans les archives de la Stasi - la Staatssicherheit, la sécurité d’Etat – démontrent qu’ils n’ont pas été mêlés à la redoutable police politique est-allemande. « Le niveau de vie s’est bien sûr remarquablement amélioré » dit Lothar. « Mais il n’est pas facile de dire dans quelle mesure, quand on a successivement connu le Mark-RDA, puis le Deutschemark de la République Fédérale, et pour finir l’euro ». Lothar a dû patienter près de vingt ans pour que son salaire soit aligné sur ceux de l’ouest. Il apprécie surtout les horaires à la carte. A l’époque du rideau de fer, c’était 6 h 45 - 16 h 30.
Des ordinateurs neufs fabriqués à l’ouest ont fait leur apparition. Des photocopieuses modernes et libres d’accès ont remplacé les antiques machines de reprographie dont l’utilisation était étroitement surveillée. Les dirigeants de l’époque craignaient qu’elles ne soient utilisées pour imprimer des tracts. Les outils se sont améliorés, mais au fond les méthodes de travail n’ont pas tellement changé. « Un Allemand organise comme un Allemand » plaisante Lothar. Le plus important pour lui comme pour beaucoup d’autres, c’est la possibilité de voyager partout, d’assister à des congrès avec des collègues étrangers. En contrepartie, la liberté dans le travail est restreinte. « Il y a des buts, des délais, il faut réaliser des projets, on ne peut pas dévier trop. C’est comme dans une entreprise privée, c’est la vie d’aujourd’hui ». Et l’on ne parle pas de ce que l’on gagne. Avant, les salaires étaient plus ou moins connus. Pour Lothar, l’adaptation n’a pas été trop difficile. Il avait trente neuf ans à la chute du mur et a pu fournir l’effort nécessaire pour s’accoutumer à l’économie sociale de marché transplantée à l’est. Mais il a le sentiment d’avoir à tout gérer lui-même
« De toute façon, je préfère la vie actuelle » dit Lothar qui se défend de toute nostalgie. Pourtant l’image qui est donnée de l’ex-RDA ne lui convient guère. « Je ne peux pas dire que c’est faux la Stasi et toutes ces choses, c’est terrible. Je n’étais pas tellement au courant, sauf par les médias de l’ouest, les chaînes que l’on pouvait capter et qui nous donnaient les points de vue de l’autre côté. Après quand on a eu les détails, ça m’a choqué. Ca m’a pris un certain temps pour réaliser ce qui s’est passé. Mais pour moi, je sais aussi ce qui était bien. Il faut différencier. Parfois je crois qu’on exagère dans la presse, on ne voit qu’une seule partie, le noir et le blanc et ça ne me plaît pas du tout. Il y avait aussi des nuances de gris qui étaient agréables. A l’époque, je n’avais pas tellement ce sentiment d’être derrière un mur. Naturellement, vu d’aujourd’hui, c’était vraiment un grand manque de liberté ».