Bienvenue à Berlin

Le blog de Bertrand Gallicher


Tout va bien

Economie

“Peur pour les emplois, la crise économique mondiale atteint les entreprises allemandes, les experts craignent une augmentation radicale du nombre de chômeurs, dans la seule industrie automobile 100.000 emplois vacillent”. C’est comme une nouvelle douche froide ce samedi matin à la une de Bild, le quotidien le plus lu d’Allemagne. Aucune surprise bien sûr dans ces titres alarmants, mais j’aurais bien aimé pour le week-end une parenthèse de sérénité. Seulement voilà : Pas moyen d’échapper à l’avalanche des mauvaises nouvelles. En plus il fait gris à Berlin.

J’ai vite refermé le journal après avoir englouti mon café-croissant à l’angle de la Wilmersdorferstrasse. Mais à peine rentré chez moi, la Deutschlandfunk m’apprend les sombres prévisions du ministre allemand des finances , qui a donné une interview au Bild am Sonntag à paraître demain : la crise financière va durer au moins jusqu’à fin 2009. Et pour bien enfoncer le clou,  Peer Steinbrück ajoute : “le risque d’un effondrement est encore loin d’être passé, il serait faux de lever l’alerte”. Et de rappeller à ceux qui auraient gardé un soupçon d’optimisme, que la présentation d’un budget à l’équilibre en 2011 reste un simple objectif, “mais nous ne disons pas : nous allons y arriver dans tous les cas.”  C’est tout ?

Non, dans le Berliner Zeitung, voici que la Deutsche Bank, la première banque privée allemande, s’attend carrément à une récession l’an prochain en Allemagne. Le produit intérieur brut de la première économie de la zone Euro devrait reculer de 1,5 %. C’est un porte-parole de la Deutsche Bank Research qui le dit, en estimant que la croissance dans les pays industriels devrait connaître son plus bas niveau depuis la crise des année 1930. Nous voilà prévenus. Evidemment, chacun est libre de croire ou pas ce que disent les experts, mais cette fois-ci, pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que l’économie va dans le mur.

Au milieu de ces annonces de catastrophes, un paradoxe amusant quand même : Parmi les banques allemandes qui avaient appellé l’Etat au secours, la plupart hésitent maintenant à demander le bénéfice du plan de sauvetage de 480 milliards d’Euros concocté par le gouvernement Merkel. Surprenant ? Pas vraiment. D’abord en jouant la montre, les établissements financiers espèrent que le gouvernement reverra les conditions d’attribution des garanties de prêts interbancaires ou de recapitalisation. Et surtout, certains banquiers craignent de perdre leur fauteuil s’il font appel à une aide publique qui révèlerait leur gestion hasardeuse.

L’économie sociale de marché fait un tabac

Politique

“Les maîtres de l’univers se sont effondrés, les conséquences sont dramatiques, mais ce sont les autres qui trinquent. C’est ce qui nous met tellement en colère, et avec nous la majorité des gens de ce pays !”. D’émotion, Frank-Walter Steinmeier en avait la voix rauque, samedi 18 octobre, en s’adressant aux centaines de délégués du congrès extraordinaire du SPD réunis à l’Estrel Convention Center de Berlin. Le numéro deux du gouvernement Merkel a été élu -avec 95 % des voix- comme candidat du parti social démocrate allemand dans la course à la Chancellerie. Et la tempête financière lui fournit ses premiers arguments de campagne contre Angela Merkel. Seul problème : La Chancelière, qui a senti le danger politique, plaide elle aussi depuis le début de la crise pour l’économie sociale de marché à la mode allemande.

“Réguler la branche financière, remettre de l’ordre dans le rapport entre politique et économie, combattre le laisser-faire…” Le ministre des affaires étrangères et vice-chancelier égrène sa doctrine devant des délégués déjà convaincus et surtout curieux de tester la capacité de conviction de leur nouveau champion. Pour représenter le SPD face à Angela Merkel l’an prochain, Frank-Walter Steinmeier doit à tout prix marquer sa différence. Pas facile, puisque la Chancelière elle-même sonne l’alarme depuis des années sur les risques de dérive du système financier mondial. Déjà au G8 de Heiligendamm l’an dernier, Angela Merkel avait tenté d’attirer l’attention sur la gestion des hedge funds. Avec la crise, elle martèle son attachement à l’économie sociale de marché, la forme très allemande d’un libéralisme encadré.

Frank-Walter Steinmeier ne dit pas autre chose, qui approuve sous condition le plan de soutien au secteur bancaire. “Celui qui veut de l’argent public doit accepter que l’Etat ait son mot à dire” conclut-t’il en toute logique. Pour le SPD, il s’agit maintenant d’apparaître comme le principal adversaire d’un capitalisme débridé qui vient de prouver ses capacités de nuisance. Pas facile, car les conservateurs de la CDU n’ont pas été avares de critiques contre le système financier actuel. Quant aux ultra-libéraux du FDP, ils ont eux aussi voté vendredi au Bundestag le plan de soutien aux banques. Qu’il est doux de se réfugier sous le parapluie de l’Etat quand la tempête gronde.

L’une des mesures de ce plan de soutien aux établissements financiers prévoit de limiter la rémunération des dirigeants des banques qui auront fait appel à des fonds publics pour se renflouer. Cette disposition fait grincer des dents dans les hautes sphères de la finance allemande, qui dénoncent une possible fuite des cerveaux si la rémunération des banquiers était plafonnée, par exemple à moins de 500.000 Euros par an.  Autrement dit, il existerait un risque de voir certains responsables directs de la catastrophe actuelle quitter leur job qui ne serait plus assez payé à leur goût. Et d’être remplacés par des dirigeants différents, nouveaux, moins gourmands et surtout compétents. On en tremble.

Un gros problème

Politique

Après une semaine de panique boursière et dans une ambiance de catastrophe financière, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ne peuvent pas s’offrir le luxe de laisser planer le doute sur la cohésion franco-allemande face à la crise. Le sommet de Colombey-les-deux-Eglises, prévu de longue date pour inaugurer le mémorial Charles de Gaulle, leur a donc permis samedi 11 octobre d’afficher une unité officiellement sans faille. Les relations franco-allemandes sont-elles si tourmentées que chacun doive  justifier tellement souvent de leur solidité ?

 © B. Gallicher

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Au moment où les hélicoptères se posent à quelques minutes d’intervalle en contrebas du village de Colombey-les-deux-Eglises, la brume de ce samedi matin fait place à un beau soleil. Pas de quoi y voir le présage d’un réchauffement des relations franco-allemandes mises à rude épreuve par la tempête financière mondiale. Nicolas Sarkozy, arrivé le premier pour accueillir son invitée à sa descente de voiture, plaisante en montrant les conseillers d’Angela Merkel : “J’ai beaucoup de mal avec eux, gross Problem !”. A défaut de solution, le déjeuner dans un restaurant du village et la réunion de travail suffisent à  présenter un front commun lors de la conférence de presse de l’après-midi.

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Aucun fonds européen de soutien aux banques ne verra le jour. La Chancelière n’en veut décidemment pas. Nicolas Sarkozy approuve aussitôt en se lançant dans la démonstration de  l’inefficacité d’une telle mesure face à une crise qui impose des réactions immédiates. Mais au fait, qui en a eu l’ idée ?  Sûrement pas Christine Lagarde, quoiqu’en dise la presse allemande, tranche le président en rendant un hommage appuyé à la ministre de l’Economie. Le sujet est clos, l’entente franco-allemande débarrassée d’un malentendu. C’est toujours çà.

Dimanche soir, après la réunion de l’Eurogroupe à l’Elysée, le dispositif  attendu se confirme. Il consiste à garantir les prêts interbancaires et ouvre la voie à une recapitalisation des banques. Angela Merkel annonce qu’elle présentera ce lundi à Berlin lors d’un conseil des ministres exceptionnel son plan de soutien au secteur bancaire. “Son” plan de soutien ? “Nous allons le faire de façon simultanée avec la France” ajoute la Chancelière. Ouf.

Des banquiers rendront-ils des comptes ?

Fin du monde

Dur week-end pour Angela Merkel. Pendant que nombre de banquiers américains et européens relisaient -en transpirant à grosses gouttes- les clauses d’attribution de leurs parachutes dorés, la Chancelière a dû batailler sur deux fronts. D’abord en renvoyant dans les cordes ceux  qui plaidaient pour un fonds de soutien européen au système financier calqué sur le modèle du plan Paulson. Et en même temps,  en essayant de trouver une solution pour sauver du naufrage la banque allemande Hypo Real Estate. Ce n’est pas la première fois que l’Etat fédéral met la main au portefeuille pour soutenir le système bancaire en Allemagne. Mais cette fois, Angela Merkel demande à ceux “qui ont fait des affaires irresponsables”, de rendre des comptes. Un voeu pieux ?

Ne nous attardons pas sur le cas de la Hypo Real Estate, qui semblait sauvée à la veille du week-end grâce à plan de 35 milliards d’Euros, en grande partie garanti par l’Etat allemand, et qui a finalement necéssité un nouveau plan de survie de dernière minute ce dimanche soir, les besoins réels de financement étant très supérieurs à ce qui avait été envisagé. Depuis un an, les pouvoirs publics allemands ont été échaudés par le sauvetage d’une autre banque privée, IKB, victime de la crise des subprime, et remise à flot en grande partie par l’établissement public KfW (Kreditanstalt für Wiederaufbau) pour un total de plus de 8 milliards d’Euros. Avant que IKB ne soit  finalement cédée à bas prix à un fonds d’investissement américain.

La question soulevée ce dimanche par la Chancelière dépasse ces cas particuliers, en posant le problème de la responsabilité des  banquiers, où qu’ils soient. Est-ce par suivisme, par aveuglement, à cause de la pression exercée par les actionnaires sur les résultats à court terme, ou tout simplement en raison de la perspective de primes faramineuses que certains dirigeants de banques  développent des stratégies  aventureuses aux conséquences catastrophiques ? 

La gestion d’une grande banque n’est pas une science exacte. Des martingales de joueurs de casino ont souvent remplacé la maîtrise d’un système dont la complexité échappe à ceux qui l’ont mis en place et développé. La crise bat donc en brèche l’idée, soigneusement entretenue depuis des décennies, que seuls quelques centaines d’individus exceptionnels dans le monde auraient suffisamment de connaissances ou de talent -pour tout dire de génie- pour diriger le système financier mondial, leur rareté justifiant des rémunérations pharaoniques.

Le désastre auquel nous assistons démontre magistralement qu’il n’en est rien. Baucoup d’autres, bien moins payés, n’auraient pas fait pire, sûrement pas aussi mal, et sans doute vraiment mieux. Mais ceux-là n’auront pas voix au chapitre. Et comme en politique, la prime à l’échec se vérifie souvent. Certains responsables du chaos d’aujourd’hui, aux Etats-Unis et ailleurs, ont déjà empoché des millions de dollars. Parions que parmi eux  figurent de futurs dirigeants des grandes banques de demain ou d’après-demain, experts incontestés en ingénierie financière, et qui exigeront des salaires encore plus importants que ceux dont ils bénéficient jusqu’à présent. Sans avoir à rendre de comptes.

Marathonsuperman

Evènement

Parti comme une flèche du centre-ville de Berlin, ce dimanche 28 septembre,  l’Ethiopien Haile Gebrselassie est arrivé sur le même rythme  à la porte de Brandebourg  moins de deux heures et quatre minutes plus tard, après avoir parcouru les 42 kilomètres et 195 mètres du marathon. En battant de 27 secondes son propre record du monde établi l’an dernier sur le même tracé, il signe aussi sa troisième victoire à Berlin. Un marathon au parcours très plat qui favorise cette performance exceptionnelle. La course à laquelle participent 40.000 coureurs est aussi un évènement populaire qui réunit un million de spectateurs, dans une ambiance très  berlinoise. Donc extrêmement sympathique.

 © B. Gallicher

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Longtemps après  que le héros du jour Haile Gebrselassie a répondu aux journalistes et pris sa douche, ils étaient encore des milliers à franchir par paquets la ligne d’arrivée à la porte de Brandebourg. Toutes générations confondues, chacun à son rythme, beaucoup avec des écouteurs de mp3 vissés dans les oreilles. Un marathon normal, bien sûr. Mais ce qu’il y a de bien à Berlin, c’est que si le parcours plat permet à quelques uns des performances hors du commun, il offre aussi à la plupart des concurrents la possibilité de  finir l’épreuve en profitant vraiment de ce point de vue unique sur la capitale allemande débarrassée pour la circonstance d’une bonne partie de la circulation automobile.

 © B. Gallicher

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Au delà du record du monde, le marathon était cette année béni des Dieux. Soleil et température idéale, au moins pour les tout premiers qui ont bénéficié d’un peu de fraîcheur matinale. Ensuite, il a fait presque trop chaud. C’est du moins ce que m’a dit un participant expérimenté - il court des marathons aux quatre coins de la planète depuis des années- et dont les auditeurs de Radio France connaissent aussi la passion pour l’aéronautique. Frederic Beniada a bouclé ce tour de Berlin en  3 heures 35 minutes et 31 secondes. Bravo. Et si moi aussi je courais le marathon l’année prochaine ?

Pour la mosquée ou contre l’extrême-droite ?

Politique

Par dizaines de milliers, des habitants de Cologne se sont rassemblés sur le parvis de la cathédrale, samedi matin, pour dénoncer une manifestation d’extrême-droite hostile à la construction d’une grande mosquée. Prévu dans l’après-midi, le défilé des partis de la droite radicale, à laquelle risquaient de se joindre des neo-nazis et des skinheads, a été interdit à la mi-journée par la police qui craignait des affrontements. Ce sont finalement quelques centaines de jeunes militants d’extrême gauche qui ont manifesté dans le centre-ville. Le tout s’est terminé par des incidents sporadiques et quand même 500 arrestations. Même si l’immense majorité des habitants de Cologne s’est mobilisée sans ambiguité contre l’extrême-droite, tous ne sont pas enthousiastes à l’idée de la construction de cette mosquée de deux-milles places.

 © B. Gallicher

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 Vendredi soir, entre l’aéroport Köln-Bonn et le centre-ville de Cologne, je me demande qui sont ces neo-nazis redoutés et détestés par tous. Sans doute les mêmes petits groupes de manifestants qui défrayent la chronique en défilant de temps à autre avec capuches et lunettes de soleil pour ne pas être identifiés. L’an dernier à Rostock au bord de la Baltique, en marge du sommet du G8, ils avaient déclenché une des manifestations les plus violentes que l’Allemagne ait jamais connu, malgré la présence de milliers de policiers en tenue anti-émeute. Pour autant ces jeunes crétins, isolés et rejetés par la population allemande, ne me semblent pas politiquement bien dangereux. Ce n’est pas l’avis du chauffeur de taxi. Il ne mâche pas ses mots, tandis qu’il tourne en rond, cherchant une rue qui ne soit pas barrée par la police pour arriver jusqu’à mon hôtel.

“Ces gens sont une honte pour l’Allemagne, avec le passé de ce pays pendant les années trente et quarante. Il faudrait simplement les interdire” dit-il avant de me déposer à deux cent mètres de l’hôtel, faute de pouvoir y accéder en voiture. “Ecrivez la vérité !” conclut-t’il en sortant mon sac du coffre. Je promets. La vérité, d’abord, ce sont plus de 30.000 personnes réunies le lendemain matin sur le parvis de la cathédrale, pour manifester pacifiquement pour la tolérance entre les religions et aussi contre l’extrême-droite. Mais parmi ceux qui dénoncent le rassemblement prévu à la mi-journée de la droite radicale -des délégations venues de plusieurs pays européens, mais pas le Front national qui a décliné l’invitation- combien sont vraiment ravis de cette mosquée dont les deux minarets atteindront 55 mètres de haut ?

  © B. Gallicher

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Un peu à l’écart, un groupe de réfugiés iraniens muni d’un porte-voix dénonce les thèses de l’extrême-droite, tout en s’insurgeant contre le projet de mosquée. Si elle est construite, dit une femme, les risques liés à l’islamisme augmenteront et nos enfants seront radicalisés. “Nous savons de quoi nous parlons, nous avons vécu en Iran”, ajoute-t’elle. Plus loin, un vieil homme me dit que Cologne doit rester une ville chrétienne. Un jeune militant des Grünen -les écologistes allemands- qui distribue des tracts à côté commence à lui répondre. Le ton monte. Le plus âgé affirme que les manifestants anti-mosquée ne sont pas des fanatiques, mais des citoyens ordinaires. Excellente illustration pour mon reportage.

 © B. Gallicher

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Un peu avant 13 heures, la police annonce que la manifestation de l’extrême-droite est interdite. Trop de risques. Des incidents ont déjà eu lieu ce matin à proximité de Heumarkt où devaient se rassembler les adversaires de la mosquée. Du coup, dans l’après-midi, ce sont des centaines de jeunes manifestants d’extrême-gauche qui défilent au bord du Rhin en scandant “Nazis raus !”. Un peu avant 18 heures, j’envoie mon sujet aux rédactions. Je jette un dernier coup d’oeil aux dépêches et je comprends que mon reportage ne sera pas beaucoup diffusé. A 6.000 kilomètres d’ici, à Islamabad, l’hôtel Marriott où j’avais passé une nuit en rentrant d’ un reportage au Cachemire pakistanais en 2002, vient d’exploser. Des dizaines de morts et de bléssés,  le bâtiment est en flammes. Le débat politique autour de la venue de l’extrême-droite à Cologne ne fait pas le poids.

 

Dans le bunker secret d’Erich Honecker

Fin du monde

Nous sommes en 1971, dix ans après la construction du mur de Berlin. Erich Honecker succède à Walter Ulbricht dont les Soviétiques ne veulent plus. La course aux armes atomiques s’accélère. Le nouveau dirigeant est-allemand approuve un projet de bunker qui pourrait lui servir  de poste de commandement. Le site choisi, dans la campagne du Brandebourg, mais à proximité immédiate de Berlin, constitue une protection supplémentaire : En cas de guerre, l’ennemi hésiterait à lancer une bombe si près de Berlin-ouest. Mais il faut tout prévoir. Un abri anti-atomique capable de résister à une charge quatre-vingt fois plus puissante que celle d’Hiroshima et susceptible d’accueillir jusqu’à quatre cent personnes, dignitaires et personnel militaire, pendant quatorze jours. Des premières études jusqu’à la livraison en 1983,  douze ans passent. Le bunker est opérationnel jusqu’en 1989, puis abandonné quelques années plus tard. Accessible au public depuis le mois d’août,  il sera définitivement refermé fin octobre. Un abri désormais inutile ?

 © B. Gallicher

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Pour arriver jusqu’au bunker anti-atomique de l’ancien premier secrétaire du SED, le parti unique de la République Démocratique Allemande, il est préférable d’avoir un bon GPS.  A une trentaine de kilomètres au nord de Berlin, vous quittez l’autoroute pour vous enfoncer dans la campagne.  A Prenden, un village de quelques maisons perdu en lisière de forêt, il faut prendre une route pavée, qui continue par une piste en ciment et finit en chemin de terre. Tout au bout se trouve un bâtiment administratif évoquant une petite HLM de la fin des années soixante-dix. C’est par un tunnel situé au sous-sol de cette construction banale aujourd’hui délabrée que le président Honecker, des ministres et des généraux pouvaient accéder au bunker enterré une centaine de mètres plus loin. La partie du souterrain qui relie le bâtiment au bunker est désormais murée, et il faut emprunter un escalier métallique qui descend dans un puits en béton pour rejoindre le tunnel conduisant aux installations anti-atomiques.

 © B. Gallicher

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A chaque pas dans ce dédale de couloirs, composé de près de 300 pièces généralement exigues,  et d’installations techniques colossales, s’impose une vision de fin de monde. Pourquoi survivre, plusieurs dizaines de mètres sous terre, si la surface n’est plus que ruines ? Cette idée a peut-être traversé l’esprit d’Erich Honecker lorsqu’il a visité le bunker en décembre 1983. Le premier secrétaire est resté un quart d’heure et n’y a jamais remis les pieds. L’atmosphère est pesante. Les immenses vérins sur lesquels reposent l’édifice souterrain sont prévus pour amortir le choc de la déflagration. A l’entrée du bunker, des sas de décontamination surveillés par des caméras, avec douche froide obligatoire pour ceux qui transportent des poussières radioactives, des postes de contrôle protégés des radiations. Au milieu du bunker, le centre de commandement à l’aspect soviétique permet aussi d’ouvrir ou de fermer les portes à distance. L’univers des premiers James Bond. Et  au dessus de la salle de projection, sur les murs du bureau réservé à Erich Honecker, un papier à fleurs, dérisoire.

                            © B. Gallicher

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Pendant six ans, de 1983 à 1989, une vingtaine de personnes sont présentes jour et nuit dans le bunker pour le maintenir prêt à accueillir les dignitaires du parti unique. Il faut tester le central téléphonique capable de faire transiter simultanément 400 communications, vérifier les système de ventilation, d’air conditionné, d’approvisionnement en eau. Renouveller en permanence le stock de vivres, entretenir des kilomètres de tuyauteries, s’assurer du bon fonctionnement des énormes générateurs diesel capables de fournir de l’énergie à cette petite ville souterraine. S’entraîner à la vie en autarcie. Préparer la survie du premier secrétaire du parti pour qu’il puisse en cas de catastrophe nucléaire trouver ensuite un improbable refuge dans un pays frère.

Aujourd’hui, certains murs suintent d’humidité et le mobilier moisit. Une partie des installations a été démontée par la Bundeswehr qui a pris possession des lieux en 1990, avant de les abandonner. Des pillards ont délabré le reste. Mais le bunker garde son aspect mystérieux. Aujourd’hui, les spécialistes s’accordent à dire que ce genre de blockhaus n’a plus d’intérêt. Un bunker analogue situé près de Bonn a été déclassé en 1997. Ailleurs aussi, les Suisses qui avaient creusé des abris anti-atomiques pour la population les ont fermés. La fin de l’Union Soviétique a-t’elle véritablement tout changé ? A l’heure où la Russie de Poutine et les Etats-Unis de Bush entretiennent des relations tendues, à l’heure du Pakistan instable, de l’Iran prêt à tout pour devenir une puissance nucléaire, du trafic de matières radioactives aux quatre coins de la planète, le menace d’une bombe atomique n’existerait donc plus ? Nous voilà rassurés.

“Volkswagen muss Volkswagen bleiben !”

Economie

“Volkswagen doit rester Volkswagen !” Les banderoles sautent aux yeux ce vendredi matin  en arrivant à la manifestation de 30.000 salariés du groupe  réunis sur l’immense site de Wolfsburg, dans la région de Hanovre. Ce slogan résume leur détermination  face à la pression de Porsche qui tente de prendre le contrôle de l’entreprise.  Que craignent les ouvriers, les employés et les cadres du premier constructeur automobile européen ? Tous ceux que j’ai interrogé partagent la même inquiétude : Passer sous la coupe d’un investisseur -aussi prestigieux soit-il- qui n’aurait pas avec eux les mêmes égards que le Land de Basse-Saxe, actionnaire public disposant d’une minorité de blocage. Avec beaucoup de questions sur le maintien des sites de production et des emplois. Procès d’intention ?

 © B.Gallicher

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Evidemment, les ouvriers et ouvrières en bleu de travail ou en blouson, portant la casquette rouge du syndicat IG Metall sont les plus nombreux sur les pelouses qui entourent les bâtiments administratifs de l’usine de Wolfsburg, la ville de Volkswagen. Mais on y remarque aussi parmi la foule  ou un peu à l’écart des hommes en costume foncé et des femmes en tailleur gris. Car la volonté de Porsche , déjà premier actionnaire de l’entreprise, de prendre les commandes suscite beaucoup d’interrogations. Même si certaines banderoles font de Porsche un rouleau compresseur prêt à écraser Volkswagen, beaucoup de salariés et même de dirigeants syndicaux ne refusent pas le principe d’un rapprochement avec le constructeur de voitures de sport.

 © B.Gallicher

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 A condition de ne pas toucher à la loi Volkswagen. C’est ce texte qui garantit à l’Etat régional de Basse-Saxe, actionnaire à hauteur de 20 %, le vrai pouvoir dans l’entreprise. Un principe qui fait bondir la Commission Européenne et son credo libéral. La justice européenne a déjà condamné l’an dernier l’Allemagne à abroger cette loi votée  dans les années soixante après la privatisation partielle du constructeur automobile. Le gouvernement Merkel, sachant le sujet explosif, a clairement traîné les pieds en proposant une nouvelle mouture de la loi qui ne change rien sur le fond. D’où la fureur de Bruxelles qui s’apprête à renvoyer l’Allemagne devant la Cour de justice, et l’impatience de Porsche, bientôt actionnaire majoritaire et qui voudrait  obtenir le pouvoir de décision dans l’entreprise.

Ce vendredi 12 septembre à Wolfsburg, il beaucoup été question de Nokia. Quel rapport ? La fermeture de l’usine de Bochum jugée insuffisamment rentable par le fabricant de téléphones portables est un exemple terrifiant pour beaucoup de salariés de Volkswagen, qui craignent de voir un nouvel actionnaire exiger des profits au delà de toute limite. Tous savent  la réputation de Porsche d’être le fabricant automobile le plus rentable au monde. Nul ne saurait lui reprocher cette performance mais un tel objectif pourrait avoir des conséquences douloureuses si on l’attendait d’ un constructeur généraliste.

Reportage disponible sur le site de France Info

Steinmeier en challenger

Politique

Représentez-vous un parti socialiste désarçonné  dans un grand pays d’Europe occidentale, des militants déchirés entre des tendances difficilement réconciliables, une guerre des chefs qui ne dit pas son nom autour d’un dirigeant sans grand charisme. Un mouvement politique qui s’effrite depuis des mois dans les sondages et qui semble aller dans le mur, loin derrière  le parti néo-conservateur officiellement en rangs serrés. Ce paysage politique vous rappelle quelque chose ? Vous n’y êtes pas. Nous sommes en Allemagne et la situation n’est comparable à aucune autre. Ici, le parti social-démocrate vient de choisir son candidat pour  la Chancellerie en vue des élections prévues dans un an. Il s’appelle Frank-Walter Steinmeier. Son nom et son visage ne vous sont pas inconnus puisqu’il conduit  la diplomatie allemande depuis près de trois ans. Et c’est lui qui affrontera Angela Merkel en septembre 2009.

 Willy Brandt Haus à Berlin : Drapeau allemand, de Berlin et du Spd © B. Gallicher

Willy Brandt Haus à Berlin : Drapeau allemand, de Berlin et du Spd © B. Gallicher

Avec ses cheveux blancs en brosse et ses fines lunettes, Franck-Walter Steinmeier a fait dimanche la une des quotidiens allemands. Une information des sites internet du Berliner Zeitung et de l’hebdomadaire der Spiegel, reprise par l’ensemble des médias, annonçait cette désignation devenue officielle dans la journée. Ce n’est pas un coup de théâtre, mais la rapidité avec laquelle l’affaire a été bouclée confirme l’urgence ressentie par les Sociaux-démocrates. Car il y a le feu à la maison SPD et les sondages sonnent le tocsin. Dans l’opinion des électeurs allemands, jusqu’à vingt points séparent le parti social démocrate de la CDU d’Angela Merkel qui reste provisoirement  indétrônable. La Chancelière elle-même, qui dirige la pays depuis la fin de l’année 2005, peut se targuer d’une popularité insolente, comme si l’usure du pouvoir ne l’avait pas effleurée. Franck-Walter Steinmeier est lui aussi respecté et apprécié, mais il lui faut apprendre à électriser les foules.

A 52 ans, le chef de la diplomatie allemande ressemble vraiment à l’image qu’il donne de lui-même. C’est un homme discret et réservé. Il est marié et a une fille. Une vie sans tapage. Le chef de la diplomatie allemande a grandi politiquement dans l’ombre de Gerhard Schröder. Il a approuvé les réformes économiques et sociales de l’ancien Chancelier qui ont permis à l’Allemagne de faire plonger la courbe du chômage et de redresser les comptes publics, au prix d’inégalités grandissantes. Sur le papier, Frank-Walter Steinmeier est un candidat crédible contre Angela Merkel pour 2009. Le quotidien de gauche Tageszeitung voit en lui un perdant parfait.  Restons-en aux certitudes : Même si la Chancelière soutient que cette candidature ne nuira pas au travail de la grande coalition CDU-SPD, dans les mois à venir l’ambiance entre les numéros un et deux du gouvernement allemand sera plutôt  rock n’roll.

Willy Brandt Haus à Berlin : vue de la Stresemannstrasse © B. Gallicher

Willy Brandt Haus à Berlin : vue de la Stresemannstrasse © B. Gallicher

Pouvoir d’achat : la méthode allemande

Economie

Des prix qui flambent et des salaires qui stagnent. En cette rentrée 2008 les Allemands s’inquiètent autant que les Français de leur pouvoir d’achat. Mais la situation à l’est du Rhin apparaît radicalement différente. Malgré les signaux  de ralentissement de l’économie européenne, l’Allemagne affiche des comptes publics sains, ce qui offre une certaine marge de manoeuvre. A un an des élections législatives, les salariés allemands  savent le gouvernement de coalition CDU-SPD ouvert aux attentes des électeurs.  Et les consommateurs se comportent plus que jamais en clients avisés, en fréquentant assidûment les supermarchés à bas prix.

 © B. Gallicher

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Comme en France, le panier de la ménagère pèse moins lourd ces derniers mois à dépense constante. Les prix qui ont le plus augmenté : ceux des produits laitiers, qui ont grimpé de plus d’un tiers en un an, au point de déclencher au printemps dernier une fronde des producteurs de lait qui ne retrouvaient pas cette augmentation faramineuse dans les tarifs imposés par les laiteries industrielles. Beaucoup d’autres produits alimentaires comme le pain ou la bière coûtent également plus cher. Les consommateurs allemands déjà particulièrement attentifs lors de leurs achats quotidiens -mais capables de se ruiner pour de beaux objets dans  l’ameublement, l’électronique haut de gamme et bien évidemment l’automobile- multiplient les visites chez les hard discounters, dont le concept a été inventé ici dans les années soixante, et qui détiennent plus de 40 % du marché avec 15.000 magasins de proximité.

 © B. Gallicher

© B. Gallicher

 La flambée du prix de l’énergie contribue aussi à rogner le pouvoir d’achat des Allemands. Le quotidien Bild annonçait en début de semaine une hausse du prix du gaz allant jusqu’à 14 % pour 620.000 des habitants de Berlin. L’électricité fait également partie des dépenses qui augmentent beaucoup, la privatisation de la production et du transport de l’énergie électrique il y a une dizaine d’années n’a pas profité au consommateur et les géants du secteur appliquent des tarifs élevés. Quant au pétrole, la chute vertigineuse  du prix du baril ces dernières semaines ne devrait guère bénéficier aux automobilistes. Des compagnies pétrolières aux distributeurs, les intérêts en jeu sont tels que le prix des carburants ne redescendra certainement pas en proportion de la baisse du cours du brut. Les automobilistes en Allemagne comme dans d’autres pays  pourraient continuer longtemps de payer l’essence au prix fort.

Puisque la pression des prix à la hausse se confirme -et pas seulement dans l’énergie et l’alimentation-  le maintien du pouvoir d’achat passe par des salaires plus élevés. Les syndicats allemands l’ont bien compris, qui mènent une stratégie offensive. Début août, le syndicat Verdi a obtenu pour les 34.000 employés au sol de Lufthansa une hausse des salaires de 5,1 % et une seconde augmentation de 2,3 % au 1er juillet 2009, le tout agrémenté d’une prime exceptionnelle. Pour la compagnie aérienne, la facture est lourde, mais cet accord arraché à l’issue d’un bref conflit social s’inscrit dans la logique de ceux conclus depuis un an en Allemagne. Crise économique ou pas, les salariés allemands qui ont longtemps mis leurs revendications de côté ne veulent plus attendre.