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24 janvier 2010

L’Allemagne dans le bourbier afghan

Posté dans: Politique

“Envoyons-nous maintenant plus de soldats ou pas en Afghanistan, monsieur le ministre des Affaires étrangères ?” Tel est le titre de l’interview de Guido Westerwelle que publie aujourd’hui le Bild am Sonntag. A défaut d’être limpide, la réponse du chef de la diplomatie allemande ne manque pas de subtilité : ”Je n’ai jamais dit que nous n’enverrions en aucun cas des soldats supplémentaires, par exemple pour la formation des troupes afghanes, mais je ne donne pas non plus de chèque en blanc”. A la veille de la visite à Berlin du président afghan Hamid Karzaï, et à quatre jours de la conférence internationale sur l’Afghanistan à Londres, le gouvernement Merkel se prépare à annoncer un engagement accru dans ce pays. Malgré l’opposition résolue des deux tiers de l’opinion  allemande.

La Bundeswehr est autorisée à maintenir en Afghanistan un maximum de 4.500 soldats. Angela Merkel en réclamera-t’elle davantage en prononçant mercredi au Bundestag son discours sur l’Afghanistan ? Rien n’est encore sûr, mais les grandes manoeuvres politiques ont commencé et atteindront leur apogée cette semaine. Avant de recevoir Hamid Karzaï, la chancelière réunit lundi ses ministres de la Défense, du Développement, de l’Intérieur et des Affaires étrangères. Le point de vue de Guido Westerwelle exprimé ce matin dans le Bild am Sonntag est celui qui attire le plus mon attention. Pas seulement parce que nous habitons le même quartier,  mais en raison de ses critiques marquées jusqu’à l’été 2009 envers la politique afghane d’Angela Merkel. C’était bien sûr à l’époque où Guido Westerwelle appartenait à l’opposition.

Son collègue de la Défense Karl Theodor zu Guttenberg fait savoir dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung qu’il proposera avant la réunion de Londres “un chiffre concret pour une éventuelle hausse de la participation allemande aux troupes” en Afghanistan. Même s’il affirme que la décision sera liée aux résultats de la conférence internationale de jeudi, l’implication croissante de l’Allemagne en Afghanistan -sous une forme ou une autre- ne fait plus guère de doute. Reste à expliquer aux Allemands qu’il s’agit d’accélerer la reconstruction du pays et permettre à l’armée et à la police afghanes de prendre en charge de façon autonome et le plus tôt possible les missions de sécurité.

Tous ceux qui souhaitent le meilleur pour  l’Afghanistan veulent croire à cette vision d’un Etat bientôt capable d’assumer lui-même son avenir. Il n’en est évidemment rien et les renforts qu’enverront les occidentaux n’y changeront pas grand chose. L’incursion des Talibans en plein centre de Kaboul le 18 janvier était-elle vraiment une attaque ”désespérée” comme le disait quelques heures plus tard l’émissaire américain Richard Holbrooke ? En Allemagne comme dans beaucoup d’autres pays occidentaux, la presse y voit plutôt l’inquiétant signal d’un délitement de la situation sécuritaire. Ce qui ne donne pas raison pour autant à ceux qui voudraient abandonner le terrain aux Talibans. Mais plus que jamais l’opinion allemande redoute un enlisement de la Bundeswehr.