Les fantômes de Kunduz
Nous parlons rarement en nous croisant dans l’escalier, mais le rédacteur en chef de die Welt résume parfaitement la situation aujourd’hui dans son journal, à propos du sujet qui défraye la chronique en Allemagne ces dernières semaines : “Le débat sur l’attaque aérienne à Kunduz touche à un tabou : les Allemands et la guerre”. Résumé de l’affaire : Le 4 septembre dernier en Afghanistan, des avions de combat américains bombardent deux camions-citernes volés par les Talibans. Cette frappe ordonnée par un officier allemand fait un nombre indéterminé de victimes -jusqu’à 142 dont des civils selon l’OTAN- et suscite un émoi considérable en Allemagne. Au point de mettre dans l’embarras le gouvernement Merkel. Nouveau rebondissement aujourd’hui.
L’engagement de la Bundeswehr en Afghanistan passe de plus en plus mal dans l’opinion publique qui est majoritairement opposée à ce que des soldats allemands participent à une guerre, même présentée comme une opération de maintien de la paix. Le bombardement à Kunduz apparaît désormais comme une affaire à tiroirs. Après l’annonce de cette frappe aérienne, le ministère de la Défense estimait  que le colonel allemand avait donné l’ordre de bombarder pour empêcher les Talibans d’utiliser les camions-citernes comme bombes roulantes en vue de commettre des attentats. Explications jugées un peu courtes au Bundestag. Indirectement, le bombardement coûtera successivement leur poste au chef d’état-major de l’armée, au secrétaire d’Etat à la Défense et à  l’ancien ministre de la Défense qui venait de se voir attribuer le portefeuille du Travail.
Aujourd’hui, c’est le nouveau ministre de la Défense, Karl-Theodor zu Guttenberg qui se retrouve sur la sellette. Au coeur d’un débat beaucoup plus politique que technique, après des propos controversés selon lesquels le bombardement pour détruire des Talibans ne constituait pas en soi ”une cible illégitime”. Une déclaration dont l’opposition s’est emparée, en s’interrogeant sur la véritable mission de la Bundeswehr en Afghanistan. Maintien de la paix et aide à la reconstruction ou action offensive ? Une commission parlementaire d’enquête a demandé la convocation d’Angela Merkel, qui peut refuser. Selon la presse allemande, le précédent gouvernement aurait passé sous silence certains éléments liés à cette affaire. Un vrai souci pour la chancelière. Elle doit dire le mois prochain si elle accepte la demande de l’OTAN qui réclame instamment à la République fédérale 2.000 soldats supplémentaires sur place, pour renforcer les 4.500 Allemands déjà présents en Afghanistan.














