Bienvenue à Berlin

Le blog de Bertrand Gallicher


Sale temps pour Karstadt

Saisons

L’annonce du dépôt de bilan du groupe Arcandor, propriétaire des magasins Karstadt a coupé le souffle aux salariés qui ont du mal à imaginer une éventuelle fermeture de cette enseigne si familière aux Allemands. Pour les clients aussi, la faillite est vécue comme un choc, cette chaîne de grands magasins présente dans les principales villes d’Allemagne étant synonyme de commerce de proximité. Lorsque l’on parcourt les rayons de ces magasins souvent très modernes, accueillants et qui ne désemplissent pas, il est difficile de comprendre les raisons de cette déroute. Mais le gouvernement allemand refuse les crédits et les garanties pour renflouer l’entreprise. Une question de principe et presque un cas de conscience. C’est aussi l’illustration d’une vraie problématique politique.

              © BG Radio France

© BG Radio France

Les salariés de Karstadt connaissaient bien sûr les difficultés financières d’Arcandor, mais il leur paraissait hautement improbable qu’un groupe d’une telle dimension puisse aller dans le mur. Ces dernières semaines, ils ont néanmoins eu l’intuition de faire signer aux clients une pétition de soutien qui a receuilli plus d’un million trois cent mille signatures. Ce combat symbolique ne change évidemment rien à déroute financière du groupe Arcandor, mais les employés espèrent qu’il rassurera un éventuel repreneur sur la fidélité de la clientèle. Pour beaucoup d’Allemands, Karstadt  fait depuis toujours partie du paysage et presque de la famille. On y trouve de tout sans avoir à courir à l’autre bout de la ville et les prix sont raisonnables. La faillite semble donc incompréhensible.

Sauf que pour le gouvernement Merkel, des erreurs de gestion bien antérieures à la crise économique sont à l’origine de ce revers, ce que soulignent nombre de spécialistes. Dans ces conditions, explique t’on à la Chancellerie, le contribuable n’a pas à payer pour les errements de certains gestionnaires. En principe ce raisonnement tient parfaitement la route, si l’on met de côté les quarante trois mille emplois en jeu. Car l’immense majorité des salariés de Karstadt ne sont rigoureusement pour rien dans les déficits abyssaux creusés depuis longtemps par certains décideurs. Le jour de l’annonce de la faillite, mardi 9 juin, les larmes des vendeuses -dont certaines ayant vingt ans de maison- montraient le désarroi du personnel.

            © BG Radio France

© BG Radio France

Le dépôt de bilan d’Arcandor et ses conséquences encore imprévisibles -un repreneur partiel s’est déjà signalé, mais les négociations continuent- n’a guère été rélayé en France. C’est dommage car ce  refus d’engager de l’argent public pour une entreprise de distribution qui compte plus de salariés qu’Opel, pose le problème de la responsabilité collective face à une grande entreprise en difficulté. Sauf à considérer que les impôts jouent ce rôle régulateur, les profits d’une société privée ne bénéficient pas à l’ensemble des contribuables. C’est la base du libéralisme qui milite pour les dividendes liés à une prise de risque des investisseurs. Pourquoi pas. Mais en cas de gros temps, les tenants de l’ultralibéralisme sont aussi les premiers à vouloir se réfugier frileusement sous le parapluie de l’Etat. Sans succès cette fois-ci. Ce sont finalement les petits employés qui risquent de payer la facture la plus lourde.

Laisser un commentaire

wiki

Recopiez le code ci-dessus afin que votre commentaire soit pris en compte.