Un fantôme nommé Potus
Barack Obama a passé -presque- une journée en Allemagne. Pour ceux qui n’auraient pas suivi attentivement cet épisode entre son discours du Caire et son arrivée sur les plages de Normandie, voici quelques images de son passage éclair à Dresde le vendredi 5 juin. Obama a ensuite été se recueillir dans l’ancien camp de concentration de Buchenwald, puis il a filé à Landstuhl près de Francfort où se trouve le grand hôpital militaire américain qui soigne les blessés des guerres d’Irak et d’Afghanistan. Les Allemands ne l’ont vu qu’à la télévision.
Dresde avait pourtant fait des efforts pour accueillir le Potus -President of the United States, comme l’appelle la presse américaine- arrivé sur place le jeudi 4 juin au soir à bord d’Air Force one. Cette ville proche de la frontière tchèque a été presque entièrement détruite du 13 au 15 février 1945 par un déluge de bombes anglo-américaines qui ont tué au moins 35.000 personnes, à un moment où il était clair que l’Allemagne avait déjà perdu la guerre. Ceux qui ont décidé d’aplatir la ville n’avaient aucun objectif stratégique, seulement celui de briser les reins du nationalisme allemand qui se confondait alors avec la vénération d’Adolf Hitler. Les neo-nazis l’ont bien compris, qui utilisent aujourd’hui cet évènement tragique à leur profit. Les survivants du bombardement sont scandalisés par cette récupération et militent pour la paix. Ils ont même écrit dans ce sens à Barack Obama.
Le président des Etats-Unis, justement, a un peu frustré les habitants de Dresde qui lui avaient préparé un accueil chaleureux, avec des stickers de bienvenue sur les tramways et les bus. Mais comme l’écrit la presse locale, les mesures de sécurité ont tenu la foule à l’écart de Barack Obama au point de le transformer en fantôme. Le centre-ville historique autour de la Frauenkirche a été entièrement bouclé et il fallait aux touristes des accréditations spéciales pour accéder à des secteurs proches du quartier où le numéro un américain a passé quelques heures. Seuls les journalistes dûment accrédités et munis d’un Sonderausweiss -un laisser passer spécial- ont pu voir de près le Potus, après deux heures d’attente dans la cour du  Residenz Schloss, qui abrite un magnifique musée.
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© B. Gallicher Radio France
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© B. Gallicher Radio France
Barack Obama ne n’est pas attardé sur les bombardements de Dresde, se contentant d’une allusion au début de la conférence de presse, où il a beaucoup été question du Proche-Orient après son discours de la veille au Caire. Le président a ensuite expliqué le sens de cette visite en Allemagne, le souvenir de son grand-oncle qui a participé à la libération du camp de concentration de Buchenwald. Vu de près, Obama ressemble tout à fait à ce que l’on perçoit de lui à travers les médias. Imperturbable. Un charisme très fort, mais pas si impressionnant que ça, des gestes posés, une voix profonde. Même quand il ne dit rien d’exceptionnel, le Potus donne du relief et éclaire le sujet dont parle. C’est peut-être sa force principale, celle qui permet aux Etats-Unis de changer leur image dans le monde.
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© B. Gallicher Radio France
La plus émouvante dans cette conférence de presse est Angela Merkel, lorsqu’elle évoque le chemin parcouru par l’Allemagne depuis la libération des camps de concentration -dont Buchenwald était un monstrueux exemple-en passant par l’époque de la RDA car cette région proche de Weimar est restée plus de quarante ans à l’est du rideau de fer, jusqu’à la démocratie d’aujourd’hui dans un pays réunifié. “Voilà ce que l’histoire rend possible lorsque suffisamment de gens croient à la liberté”  dit la Chancelière qui prend toute la mesure des horreurs passées et des transformations de la société intervenues en quelques décennies.
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© B. Gallicher Radio France
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© B. Gallicher Radio France
De cette étape allemande, c’est le passage de Barack Obama à Buchenwald que retient aujourd’hui la presse, plus que cette visite à Dresde. Angela Merkel voulait montrer au président américain une ville de l’est reconstruite et moderne. En vingt ans, l’agglomération a beaucoup changé, le paysage urbain délabré et enlaidi par les années de la RDA a été raccommodé avec un certain succès. Tout n’est pas fini et il reste en centre-ville quelques trous béants. La ville risque aussi d’être pénalisée par la construction d’un pont sur l’Elbe. Cet ouvrage pourrait valoir au site d’être déclassé par l’Unesco qui l’avait inscrit au patrimoine mondial de l’humanité. Mais les défenseurs de l’environnement  qui voulaient en parler à Obama n’ont pas pu l’approcher.















14 juin 2009 Ã 9:02
Oui, beaucoup de frustration pour être à 300m de lui, et ne même pouvoir le voir…J’avais pensé que à Paris serait été impossible l’approcher, mais à Dresde…et non.
Comme même ça n’empêche pas que j’ai apprécie beaucoup son discours à Buchenwald : moi et mon mari on est resté scotché à la télé tout l’après-midi pour voir la directe et le commentaire de Dresde de ZDF. Inoubliable.
Obama me plaît : est simple. Il donne de lui même une image multiculturale, comme doive être aujourd’hui un chef d’état. Avec simplicité(pouvait le comprendre un enfant de 12 ans) il a parle de son oncle, de sa connaissance des champs de concentration, on peut facilement le comprendre et identifier ça propre pensée avec lui. Je n’avait encore lu son discours au Cairo, mais là aussi il a confirmé son talent en affrontant grosse thématique avec simplicité et clarté et fermeté aussi.La choix aussi de Buchenwald(Obama est seulement le 2nd président américain a visiter un champ de concentration)est la démonstration de son soutien à Israel, après son discours au Cairo. C’etait vraiment bien choisie.
C’est ça que à mon avis, fait de lui un grand.
14 juin 2009 Ã 9:06
Et merci Bertrand pour les photos à l’intérieur du Schloss…elle sont uniques!