Bienvenue à Berlin

Le blog de Bertrand Gallicher


Article(s) de juin 2009

Sale temps pour Karstadt

Vendredi 12 juin 2009

L’annonce du dépôt de bilan du groupe Arcandor, propriétaire des magasins Karstadt a coupé le souffle aux salariés qui ont du mal à imaginer une éventuelle fermeture de cette enseigne si familière aux Allemands. Pour les clients aussi, la faillite est vécue comme un choc, cette chaîne de grands magasins présente dans les principales villes d’Allemagne étant synonyme de commerce de proximité. Lorsque l’on parcourt les rayons de ces magasins souvent très modernes, accueillants et qui ne désemplissent pas, il est difficile de comprendre les raisons de cette déroute. Mais le gouvernement allemand refuse les crédits et les garanties pour renflouer l’entreprise. Une question de principe et presque un cas de conscience. C’est aussi l’illustration d’une vraie problématique politique.

              © BG Radio France

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Les salariés de Karstadt connaissaient bien sûr les difficultés financières d’Arcandor, mais il leur paraissait hautement improbable qu’un groupe d’une telle dimension puisse aller dans le mur. Ces dernières semaines, ils ont néanmoins eu l’intuition de faire signer aux clients une pétition de soutien qui a receuilli plus d’un million trois cent mille signatures. Ce combat symbolique ne change évidemment rien à déroute financière du groupe Arcandor, mais les employés espèrent qu’il rassurera un éventuel repreneur sur la fidélité de la clientèle. Pour beaucoup d’Allemands, Karstadt  fait depuis toujours partie du paysage et presque de la famille. On y trouve de tout sans avoir à courir à l’autre bout de la ville et les prix sont raisonnables. La faillite semble donc incompréhensible.

Sauf que pour le gouvernement Merkel, des erreurs de gestion bien antérieures à la crise économique sont à l’origine de ce revers, ce que soulignent nombre de spécialistes. Dans ces conditions, explique t’on à la Chancellerie, le contribuable n’a pas à payer pour les errements de certains gestionnaires. En principe ce raisonnement tient parfaitement la route, si l’on met de côté les quarante trois mille emplois en jeu. Car l’immense majorité des salariés de Karstadt ne sont rigoureusement pour rien dans les déficits abyssaux creusés depuis longtemps par certains décideurs. Le jour de l’annonce de la faillite, mardi 9 juin, les larmes des vendeuses -dont certaines ayant vingt ans de maison- montraient le désarroi du personnel.

            © BG Radio France

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Le dépôt de bilan d’Arcandor et ses conséquences encore imprévisibles -un repreneur partiel s’est déjà signalé, mais les négociations continuent- n’a guère été rélayé en France. C’est dommage car ce  refus d’engager de l’argent public pour une entreprise de distribution qui compte plus de salariés qu’Opel, pose le problème de la responsabilité collective face à une grande entreprise en difficulté. Sauf à considérer que les impôts jouent ce rôle régulateur, les profits d’une société privée ne bénéficient pas à l’ensemble des contribuables. C’est la base du libéralisme qui milite pour les dividendes liés à une prise de risque des investisseurs. Pourquoi pas. Mais en cas de gros temps, les tenants de l’ultralibéralisme sont aussi les premiers à vouloir se réfugier frileusement sous le parapluie de l’Etat. Sans succès cette fois-ci. Ce sont finalement les petits employés qui risquent de payer la facture la plus lourde.

Un fantôme nommé Potus

Samedi 6 juin 2009

Barack Obama a passé -presque- une journée en Allemagne. Pour ceux qui n’auraient pas suivi attentivement cet épisode entre son discours du Caire et son arrivée sur les plages de Normandie, voici quelques images de son passage éclair à Dresde le vendredi 5 juin. Obama a ensuite été se recueillir dans l’ancien camp de concentration de Buchenwald, puis il  a filé à Landstuhl près de Francfort où se trouve le grand hôpital militaire américain qui soigne les blessés des guerres d’Irak et d’Afghanistan. Les Allemands ne l’ont vu qu’à la télévision.

  © B. Gallicher Radio France

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Dresde avait pourtant fait des efforts pour accueillir le Potus -President of the United States, comme l’appelle la presse américaine- arrivé sur place le jeudi 4 juin au soir à bord d’Air Force one. Cette ville proche de la frontière tchèque a été presque entièrement détruite du 13 au 15 février 1945 par un déluge de bombes anglo-américaines qui ont tué au moins 35.000 personnes, à un moment où il était clair que l’Allemagne avait déjà perdu la guerre. Ceux qui ont décidé d’aplatir la ville n’avaient aucun objectif stratégique, seulement celui de briser les reins du nationalisme allemand qui se confondait alors avec la vénération d’Adolf Hitler. Les neo-nazis l’ont bien compris, qui utilisent aujourd’hui cet évènement tragique à leur profit. Les survivants du bombardement sont scandalisés par cette récupération et militent pour la paix. Ils ont même écrit dans ce sens à Barack Obama.

Le président des Etats-Unis, justement, a un peu frustré les habitants de Dresde qui lui avaient préparé un accueil chaleureux, avec des stickers de bienvenue sur les tramways et les bus. Mais comme l’écrit la presse locale, les mesures de sécurité ont tenu la foule à l’écart de Barack Obama au point de le transformer en fantôme. Le centre-ville historique autour de la Frauenkirche a été entièrement bouclé et il fallait aux touristes des accréditations spéciales pour accéder à des secteurs proches du quartier où le numéro un américain a passé quelques heures. Seuls les journalistes dûment accrédités et munis d’un Sonderausweiss -un laisser passer spécial- ont pu voir de près le Potus, après deux heures d’attente dans la cour du  Residenz Schloss, qui abrite un magnifique musée.

                    © B. Gallicher Radio France

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Barack Obama ne n’est pas attardé sur les bombardements de Dresde, se contentant d’une allusion au début de la conférence de presse, où il a beaucoup  été question du Proche-Orient après son discours de la veille au Caire. Le président a ensuite expliqué le sens de cette visite en Allemagne, le souvenir de son grand-oncle qui a participé à la libération du camp de concentration de Buchenwald. Vu de près, Obama ressemble tout à fait à ce que l’on perçoit de lui à travers les médias. Imperturbable. Un charisme très fort, mais pas si impressionnant que ça, des gestes posés, une voix profonde. Même quand il ne dit rien d’exceptionnel, le Potus donne du relief et éclaire le sujet dont parle. C’est peut-être sa force principale, celle qui permet aux Etats-Unis de changer leur image dans le monde.

                    © B. Gallicher Radio France

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La plus émouvante dans cette conférence de presse est Angela Merkel, lorsqu’elle évoque le chemin parcouru par l’Allemagne depuis la libération des camps de concentration -dont Buchenwald était un monstrueux exemple-en passant par l’époque de la RDA car cette région proche de Weimar est restée plus de quarante ans à l’est du rideau de fer, jusqu’à la démocratie d’aujourd’hui dans un pays réunifié. “Voilà ce que l’histoire rend possible lorsque suffisamment de gens croient à la liberté”  dit la Chancelière qui prend toute la mesure des horreurs passées et des transformations de la société intervenues en quelques décennies.

                     © B. Gallicher Radio France

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De cette étape allemande, c’est le passage de Barack Obama à Buchenwald que retient aujourd’hui la presse, plus que cette visite à Dresde. Angela Merkel voulait montrer au président américain une ville de l’est reconstruite et moderne. En vingt ans, l’agglomération a beaucoup changé, le paysage urbain délabré et enlaidi par les années de la RDA a été raccommodé avec un certain succès. Tout n’est pas fini et il reste en centre-ville quelques trous béants. La ville risque aussi d’être pénalisée par la construction d’un pont sur l’Elbe. Cet ouvrage pourrait valoir au site d’être déclassé par l’Unesco qui l’avait inscrit au patrimoine mondial de l’humanité. Mais les défenseurs de l’environnement  qui voulaient en parler à Obama n’ont pas pu l’approcher.