Bienvenue à Berlin

Le blog de Bertrand Gallicher


Christina a du caractère

Les gens

Vous avez pu entendre samedi matin 18 avril sur France Info -et nulle part ailleurs- mon reportage sur ce conflit social à la Clochemerle qui oppose une conductrice de bus à son employeur,  la compagnie RBO de Ratisbonne en Bavière. Une histoire un peu dingue : Christina 46 ans est mise à pied pour être descendue lors d’une halte à un arrêt de bus,  afin de déplacer de quelques mètres une grenouille qui risquait de se faire écrabouiller. Une passagère, furieuse d’avoir perdu quelques secondes supplémentaires sur un trajet déjà encombré, a rouspété auprès de la compagnie qui a sanctionné le chauffeur. Là où l’histoire devient plus originale, c’est que cette conductrice de bus installée au fin fond de la Bavière est française.

Comment une Française originaire de la Creuse se retrouve-t’elle conductrice de bus en Bavière ? Christina qui multiplie les interviews avec les journaux, les radios et les télés allemandes, semblait ravie de parler à un journaliste français. Evidemment, France Info ça ne lui dit pas grand chose, puisqu’elle a quitté l’hexagone juste avant la création de la radio d’information continue, il y a vingt- deux ans. Christina m’a raconté son histoire. Née à Aubusson, elle y fréquente l’école jusqu’à l’âge de 14 ans et enchaîne sur une formation de couturière à Brive- la-Gaillarde pendant trois ans. Mais la jeune fille n’a pas très envie de travailler à l’usine. Sa passion, ce sont les tigres, les panthères, “les gros chats” dit-elle. A dix-sept ans, elle monte à Paris à l’école du cirque d’Annie Fratellini. L’aventure dure deux ans, puis Christina connaît -déjà- des problèmes de santé. Allergique à la sciure utilisée pour les animaux, elle doit tout arrêter.

Elle se fait alors engager chez Auchan à la Défense, où elle travaille pendant sept ans. Une année, avec sa copine Isabelle, elle part en vacances sac au dos à San Remo. Au camping, les filles ont comme voisins deux beaux Allemands. Christina tombe amoureuse. Son chéri l’emmène voir sa famille à Ratisbonne. En décembre suivant, Christina quitte tout : Auchan et son studio à Courbevoie. “J’ai fait une grosse bêtise” dit-elle. Car après six ou sept ans, le couple se sépare. En Bavière, Christina travaillait dans une usine qui fabriquait des costumes pour hommes. “Et puis le patron était vieux, il en a eu marre et a décidé de tout arrêter”. Christina se retrouve au chômage.

Elle veut se reconvertir dans le tourisme. L’équivalent allemand de l’ANPE lui offre une formation de conductrice de bus. Puis Christina est engagée par l’entreprise RBO qui appartient à la Deutsche Bahn. C’était il y a 13 ans. “Mais il y a toujours eu des problèmes, ça n’a jamais bien fonctionné entre nous,  même si j’ai toujours très bien fait mon travail” explique t’elle. La jeune femme qui a du caractère trouve l’entreprise trop autoritaire. “Et moi je n’étais pas du tout du genre à me laisser monter sur les panards”. Et puis elle commence à avoir des soucis de santé liés à la conduite : genoux, dos, des douleurs à une épaule, deux opérations à la main droite. Des arrêts maladie, les employeurs n’aiment pas ça.

La compagnie RBO laisse entendre que les voyageurs se plaignaient depuis longtemps de la conductrice, ce qu’elle nie. En revanche, les deux parties semblent d’accord pour dire que l’épisode de la grenouille -le 28 mars dernier- n’est que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Car si le bus ce jour-là n’avançait pas vite c’était à cause des embouteillages à la sortie de Regensburg, pas de la faute de la grenouille. La pluie, les feux rouges, les bouchons, vingt minutes de retard. A un arrêt de bus, pendant que les passagers montent, Christina voit le batracien, descend quelques secondes pour le mettre en lieu sûr et continue son chemin. Au premier rang, une femme ronchonne. C’est peut être elle qui l’a dénoncée.

Quelques jours après, Christina est suspendue. L’histoire, racontée par le quotidien local, va faire le tour du monde. “Des lecteurs d’Afrique du sud qui ont vu ce sujet sur notre site internet nous ont même écrit” me raconte avec son bel accent bavarois Helmut Wanner, le journaliste du Mittellbayerische Zeitung qui a sorti cette affaire. “Dans toute l’histoire du journal, on n’a jamais vu ça” me dit-il. Il n’en revient pas Helmut de cette vague médiatique qui s’est emparée de l’histoire. Christina non plus, qui s’inquiète pour la suite, même si elle a reçu beaucoup de soutiens, notamment de la part des défenseurs des animaux. L’employeur dit qu’il pourrait revenir sur sa décision, à condition que la conductrice “change de comportement”.

3 commentaires pour “Christina a du caractère”

  1. Helmut Wanner dit :

    Monsieur Gallicher,
    chapeau! Bien fait!
    Es hat mich sehr gefreut!

    mit herzlichen Grüßen

    Helmut Wanner

  2. Nicole Lamboley dit :

    Bien que vous ne répondiez jamais à nos commentaires, je vous suggère de transmetre au directeur de RBO la question suivante: Aurait-il fait déférer Jünger devant le Conseil de guerre, pour avoir en pleine campagne de France sauvé une petite salamandre qui se traînait lamentablement sur la route d’Hirson et menaçait de se faire écraser ?(cf. Rayonnements St Michel 1er mars 1941)Merci pour votre blog, mais écrivez-nous plus souvent. Nicole Lamboley-Kondé

  3. Rmatt dit :

    C’est quand même une histoire de dingue !!!
    Merci pour le résumé détaillé, ça m’a permis de mieux comprendre cette affaire !
    Gruss, Matthieu

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