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Le blog de Bertrand Gallicher


Les casseurs étaient en noir

Politique

Parmi les bâtiments dĂ©truits ou endommagĂ©s aux abords du pont de l’Europe qui relie Kehl Ă  Strasbourg, les casseurs du Schwarzer Block hostiles au sommet de l’OTAN ont mis le feu samedi Ă  un poste dĂ©saffectĂ© de la police des frontières, vestige d’une Ă©poque oĂą on ne passait pas si facilement d’un pays Ă  l’autre. Il n’est pas certain que ceux qui ont incendiĂ© ce symbole dĂ©laissĂ© de l’Etat aient eu conscience de dĂ©truire un ancien reste de frontière. Mais au fait, qui sont ces activistes du bloc noir -dont beaucoup venus d’Allemagne- et que veulent-ils ?

Pantalons noirs, parkas noires, capuches noires couvrant la tĂŞte, portant quelque fois un masque de ski pour se protĂ©ger les yeux des gaz lacrymogènes, les autonomes du Schwarzer Block ont une façon très particulière de dĂ©filer avant d’affronter les forces de l’ordre. Ils marchent en rangs serrĂ©s, tenant sur les cĂ´tĂ©s et souvent au dessus de leurs tĂŞtes des banderoles anticapitalistes, antifascistes et plus gĂ©nĂ©ralement hostiles Ă  tout ce qui reprĂ©sente le système, le reste Ă©tant adaptĂ© aux circonstances de la manifestation. Cette technique qui rappelle un peu  celle de la tortue utilisĂ©e par les lĂ©gions romaines -souvenez vous d’ AstĂ©rix- prĂ©sente aussi l’avantage pour les interĂ©ssĂ©s de se rendre difficiles à identifier. 

De Cologne Ă  Hambourg et de Berlin Ă  Dresde, les activistes du Schwarzer Block seraient aujourd’hui  un  peu plus de 6.000,  regroupĂ©s dans des squats ou rĂ©partis dans des communautĂ©s, frĂ©quentant les milieux anarchistes  et vivant parfois isolĂ©s.  Ils ont commencĂ© Ă  faire parler d’eux à la fin des annĂ©es soixante-dix avec l’intensification du mouvement antinuclĂ©aire et se font rĂ©gulièrement remarquer depuis trois dĂ©cennies. Chaque sommet regroupant des pays riches ou des organisations internationales occidentales semble exercer sur eux une attraction irrĂ©sistible. Avec presque toujours des violences Ă  la clĂ©, comme hier, et plus encore lors de la mĂ©morable manifestation du 2 juin 2007 Ă  Rostock qui avait fait des centaines de blessĂ©s Ă  la veille du G8 de Heiligendamm.

Si la police a quelquefois du mal Ă  identifier les autonomes du Schwarzer Block, leurs motivations restent un profond sujet d’interrogation pour les sociologues. La rĂ©volte contre un système injuste et le sentiment de n’avoir aucun autre moyen de se faire entendre joue sans doute un rĂ´le essentiel. D’oĂą leur goĂ»t pour la provocation envers les forces de l’ordre et leur volontĂ© de dĂ©truire tout symbole de l’Etat, mais aussi de l’ordre social, donc de l’argent. Ce qui frappe aussi, c’est le manque de maturitĂ© politique des activistes du bloc noir, qui semblent jouer contre la police comme dans une cour de rĂ©crĂ©ation, la violence et la haine en plus. Mais voir dans cette nĂ©buleuse plus ou moins spontanĂ©e un simple dĂ©sir de saccager des paysages urbains serait un peu court.

2 commentaires pour “Les casseurs Ă©taient en noir”

  1. E. dit :

    Éléments de réponse :

    Nous faisions partie d’un groupe affinitaire d’une vingtaine de personnes à nous rendre à Strasbourg la semaine passée pour manifester contre l’OTAN au sein du Black Bloc. Notre présence sur place n’avait pas pour objet de militer pour la paix, mais d’exprimer notre opposition radicale à des logiques de domination que non seulement nous réprouvons, mais souhaitons combattre avec virulence. Pour nous, l’OTAN s’inscrit dans une architecture globale mise en place par le bloc des puissances occidentales afin d’imposer ses modes de fonctionnement au reste du monde, de façon oppressive et en totale inadéquation avec la liberté des peuples à s’autodéterminer.
    Par notre présence auprès de 6000 autres radicaux que la presse qualifie simplistement de « casseurs », nous souhaitions exprimer notre rejet à l’égard de l’impérialisme occidental qui, pour la sauvegarde et l’extension de ses intérêts économiques, exporte la guerre et la mort dans le reste du monde, transformant des espaces autrefois prospères en véritables no man’s lands et exploitant aveuglément les ressources des territoires ainsi colonisés.
    Nous considérons l’OTAN comme un Yalta permanent qui trace des saillies entre les peuples et exacerbe les tensions locales pour mieux partager le monde entre les puissants, entretenant avec la Russie et la Chine des conflits d’un autre âge et poussant l’ensemble de la planète à une insupportable course à l’armement.
    N’ayant rien d’autre à offrir que du « sang et des larmes », l’OTAN jette sur les routes du globe des millions de réfugiés que l’occident refuse obstinément d’accueillir chez lui, renforçant toujours plus son arsenal sécuritaire et répressif.
    En tant que participants au Black Bloc, qui n’est ni une organisation constituée ni une idéologie, nous rejetons les logiques ultra sécuritaires adoptées par les pays de l’OTAN et les choix politiques des pays européens, la persistance archaïque des frontières nationales, ainsi que le retour des prisons et camps pour étrangers.
    Enfin, nous sommes là pour nous attaquer aux structures du système militaire-capitaliste, ainsi qu’à ses symboles (banques, assurances, concessionnaires automobiles, agences immobilières, casernes et militaires, commissariats et forces de police, stations essence, hypermarchés, fast foods, publicités).

    Pas de haine.
    Pas de violence physique.
    Pas de destruction aveugle (Ă  l’exception de certaines personnes qui n’ont pas compris ce que nous combattons et parasite nos blocs).
    Juste des milliers de gens - essentiellement jeunes - qui expriment leur désaccord politique de façon radicale et non conformiste.
    Ne pensez pas Ă  travers les Ă©crans de vos tĂ©lĂ©viseurs, vous cesserez peut-ĂŞtre de nous appeler “casseurs”…
    Disons plutĂ´t “iconoclastes”.

  2. bertrandgallicher dit :

    L’argumentation très complète que vous dĂ©veloppez contredit en effet ce que j’ai appellĂ© “le manque de maturitĂ© politique” des activistes du bloc noir. Mais tous les militants du black block ont-ils le mĂŞme niveau de rĂ©flexion ?
    Par ailleurs, comme je l’indique dans la dernière phrase de ce post, je suis persuadĂ© que ce mouvement correspond Ă  une vraie rĂ©volte contre un système et non Ă  un simple dĂ©sir de dĂ©truire des vitrines ou du mobilier urbain, comme certains veulent le faire croire.
    Quant Ă  l’appellation de “casseurs”, elle ne dĂ©signe… que ceux qui cassent.

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