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Le blog de Bertrand Gallicher


Sous pression

Economie

L’ancien président du directoire de la Dresdner Bank vient de renoncer à son indemnité de départ de 3,6 millions d’Euros. Ce qui est assez drôle, c’est qu’il l’annonce aujourd’hui dans l’édition dominicale de Bild. Ce même journal faisait hier sa une sur les indemnités empochées par les neuf principaux dirigeants de l’établissement financier. Le quotidien populaire n’y était pas allé avec le dos de la cuillère, avec un photo montage, dans lequel chaque tête avait pour corps un sac en toile de jute d’où s’échappaient à la hauteur du cou des billets de 500, 100 et 50 Euros. La Dresdner Bank, rachetée par la Commerzbank,  fait partie des établissements financiers qui ont perdu des milliards. Et ces quelques  dirigeants se sont partagé 58 millions d’Euros de bonus. 

Toujours dans Bild, le nouveau ministre de l’Economie Karl Theodor zu Guttenberg mettait les points sur les “i” en demandant aux managers de faire preuve de décence et de rembourser leurs primes : “Je n’ai aucune indulgence pour les exigences immodérées de dirigeants dont les entreprises ne pourraient pas aujourd’hui payer les salaires et encore moins des primes sans l’aide des contribuables”. Son collègue des Finances Peer Steinbrück ne dit pas autre chose : “Ces gens qui veulent appartenir à l’élite économique du pays, nuisent gravement à notre société avec un comportement si indécent”. Herbert Walter, l’ex-président du directoire a donc cédé,  tout en rappellant qu’il avait légalement droit à cette indemnité, comme s’il traînait les pieds. Evidemment, ça ne fait jamais très plaisir de renoncer à 3,6 millions d’Euros.

Forçant un peu sur l’indignation, Bild avait même préparé un modèle de lettre en demandant à ses lecteurs de la signer et de l’adresser à Angela Merkel. Une missive dans laquelle le quotidien ne s’insurgeait pas seulement contre les indemnités colossales  empochées par les dirigeants d’une banque affichant des résultats désastreux. Si des millions de contribuables doivent payer pour ces gens-là, écrivait en substance Bild, la confiance dans notre économie sociale de marché sera sérieusement ébranlée. Et c’est bien tout l’enjeu de ce débat, dans un pays où pendant des décennies, la croissance a aussi profité au plus grand nombre. On ne touche pas impunément à la Soziale Marktwirtschaft, fondement de la société allemande. 

A la faveur de la crise,  les règles du jeu changent elles aussi, et les repères s’effacent. Longtemps impensable,  l’implication de l’Etat dans le secteur financier privé est devenu en  Allemagne comme  ailleurs une nécessité vitale, au moins temporairement. La Commerzbank qui a racheté la Dresdner Bank a été partiellement nationalisée en janvier, à hauteur de 25 % plus une action. Le nouvel ensemble a publié en 2008 une perte nette de 6,6 milliards d’Euros. Les bénéficiaires des bonus de la Dresdner Bank -y compris ceux qui n’ont pas abandonné leurs primes-  en sont bien sûr désolés.

Dans la foulée, la Hypo Real Estate, l’une des plus grandes banques du pays menacée de faillite, commence à être nationalisée. L’Etat allemand vient de prendre 8,7 % de HRE moyennant 60 millions d’Euros. Et ce n’est qu’un début, puisque le gouvernement se prépare -pour sauver la banque en urgence- à exproprier les autres actionnaires, méthode inimaginable ici il y a encore quelques mois. Une note d’humour enfin dans ce sombre tableau : Deux anciens dirigeants de la Hypo Real Estate, évincés de l’établissement qui vient d’annoncer pour 2008 une perte de 5,46 milliards d’Euros, réclament des indemnités. Mais très raisonnables finalement. L’ex-patron n’exige pas plus de 150.000 Euros, tandis qu’un autre membre de l’ancien staff se contenterait de 37.500 Euros. Pour services rendus ?

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