Bienvenue à Berlin

Le blog de Bertrand Gallicher


Article(s) de décembre 2008

A quoi rêvent les peintres

Lundi 29 décembre 2008

Ils étaient Allemands et peintres, mais à part ça, aucun rapport entre Paul Klee (1879-1940) et Walter Leistikow (1865-1908) et je ne me risquerais pas à une improbable comparaison de leur art, même si je viens de voir successivement les deux expositions qui leur sont consacrées à Berlin et dont je voudrais vous dire juste quelques mots. Le premier est installé à la Neue Nationalgalerie près de la Potsdamer Platz encore jusqu’au 8 février. Pour le second, il ne faut pas traîner , la petite exposition au Bröhan Museum de Charlottenburg, à deux pas du château, ferme ses portes le 11 janvier. Et je crois bien que c’est ma préférée.

Voilà déjà un peintre qui a  eu l’idée de représenter les paysages  du Brandebourg à la fin du XIXme siècle, c’est-à-dire à une époque où des centaines de kilomètres carrés de nature intacte aux portes de Berlin, plats comme la main,  avec à perte de vue une succession de forêts et de lacs, n’apparaissaient pas forcément comme un sujet en soi. Walter Leistikow a su en déceler la beauté. Il a même consacré une grande partie de son travail à peindre ces paysages, alternant un style figuratif très classique, mais aussi l’impressionisme et parfois l’hyperréalisme -longtemps- avant la lettre. Passant en vrac d’une technique à l’autre sans évolution chronologique lisible. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles il a été retoqué à l’exposition de Berlin en 1898.

Il faut dire aussi que Guillaume II l’avait dans le nez. L’empereur ne supportait pas  ses représentations des paysages de Grünewald. Mais  pour un peintre anticonformiste, se faire interdire de son vivant d’une grande manifestation officielle est généralement bon signe. Cette contrariété n’a pas empêché Walter Leistikow de travailler et n’a rien à voir avec son suicide le 24 juillet 1908, lié à son état de santé très dégradé. D’ailleurs les portraits de lui montrent un artiste au visage creusé qui devait trouver un certain réconfort dans la nature paisible du Brandebourg. C’est du moins ma théorie depuis que je me prends pour un spécialiste de Walter Leistikow, c’est-à-dire moins de deux semaines.

Quant à Paul Klee, l’exposition dans l’immense sous-sol de la Neue Nationalgalerie mérite bien deux ou trois heures pour tout voir et essayer de comprendre les oeuvres regroupées par thèmes. C’est généralement intéressant -par exemple la structure en carrés, mais aussi la relation de son art à la musique- quelquefois assez beau. Pour se détendre, on a envie d’imaginer que certains dessins ou  toiles d’apparence enfantine et qui valent aujourd’hui une fortune ne sont pas l’oeuvre de Paul Klee mais de son fils Felix quant il était tout petit. Je plaisante bien sûr.

Etrennes allemandes

Dimanche 21 décembre 2008

On ne badine pas ici avec la trève des confiseurs. Pendant deux semaines, l’Allemagne va vivre au rythme des fêtes de famille et des vacances, c’est-à-dire pour  beaucoup de salariés avec une activité réduite. Ce sera particulièrement vrai cette année pour les ouvriers de l’industrie automobile confrontés à une chute de la demande sans précédent. Car la crise économique gagne du terrain à toute vitesse en Allemagne. Avant la trève de Noël et du nouvel an,  Angela Merkel tente donc de répondre à l’inquiétude de ses compatriotes en promettant une nouvelle initiative en janvier.

Drôle de voeux. Dans un message video diffusé par la Chancellerie, Angela Merkel demande aux Allemands de puiser des forces pendant les fêtes de fin d’année et confirme que chaque jour arrivent des nouvelles sur les difficultés rencontrées par des entreprises. La dirigeante allemande annonce aussi une année 2009 pleine de défis. “Nous voulons agir là où des emplois peuvent être maintenus ou créés” dit-elle en précisant que l’Etat va faire un nouvel effort en janvier pour soutenir la conjoncture. De quel montant ? Mystère. Seul le Spiegel croit savoir qu’il y aura pour 40 milliards d’Euros d’investissements dans les écoles, le réseau routier et l’internet à haut débit.

Ce matin dans le Welt am Sonntag, le ministre des Finances qui jusque-là ne semblait pas emballé à l’idée de dépenser de l’argent public, se montre lui aussi moins catégorique. “Nous ne pouvons verrouiller la porte de la salle des coffres, sans quoi d’autres personnes la forceront dans un mouvement de panique” dit Peer Steinbrück, qui veut pourtant éviter d’avoir à envisager chaque mois de nouvelles mesures de relance. Toute la question est de savoir à quelle hauteur renflouer l’économie allemande et jusqu’où mettre à mal le redressement chèrement acquis des comptes publics.

Cette prudence des autorités allemandes face à la crise est analysée par le nouveau secrétaire d’Etat français aux affaires européennes,  lors de son passage à Berlin jeudi 18 décembre. Bruno Le Maire me dit que l’on ne peut pas reprocher à Angela Merkel  l’attitude qu’elle a adoptée, car le contexte allemand est très différent de celui de la France. Le quasi-équilibre budgétaire de l’Allemagne ayant été obtenu grâce aux efforts demandés aux contribuables, il est normal que Berlin réfléchisse à deux fois avant d’engager de l’argent public. Et la Chancelière en situation de coalition politique, ne décide pas seule. Elle doit aussi tenir compte des Länder, qu’elle vient justement de consulter.

Où est passé l’hiver ?

Samedi 13 décembre 2008

Ce pourrait être une conversation de café du commerce -pardon, de Kneipe- mais ça n’a pas dû échapper à Angela Merkel qui vient de se mettre d’accord à Bruxelles avec ses petits camarades européens sur le fameux paquet climat énergie censé limiter les dégâts pour les prochaines années en matière d’environnement et de réchauffement climatique : L’hiver à Berlin se fait rare. Il suffit de l’écrire pour que si ça se trouve dès la semaine prochaine un profond tapis de neige se dépose sur le Kudamm et que Unter den Linden ressemble à une patinoire. Mais tout de même, je demande à voir.

Bien sûr, les mannequins des vitrines emmitouflés dans d’épaisses pelisses, portant cols en fourrures et gants bien chauds, sont les mêmes à Berlin qu’à Paris, Rome ou Londres et partout semblent un peu décalés par rapport aux températures somme toute très raisonnables de cette mi-décembre Mais ici le contraste saute aux yeux car les hivers berlinois ont une réputation à tenir. La capitale allemande, avec son emblème d’ours que l’on imagine volontiers dans un décor de forêt enneigée,  est toute proche de la frontière polonaise. Ce n’est pas pour rien que les beaux immeubles Altbau construits au début du siècle dernier -à une époque où des négociations sur le paquet climat énergie auraient paru assez loufoques- possèdent tous des double-fenêtres.

L’hiver à Berlin peut être glacial. Enfin il pouvait l’être parce que franchement ces dernières années ce n’est plus le cas. Mais tout le monde fait comme si de rien n’était. En novembre, chaque automobiliste berlinois continue de prendre rendez-vous longtemps à l’avance chez son garagiste  pour faire changer les pneus été de sa voiture contre des pneus hiver, les terrasses des restaurants sont toujours chauffées à fond par des radiateurs à gaz -bientôt interdits justement pour cause de réchauffement climatique- et on s’emmitoufle pour sortir comme s’il gelait à pierre fendre. L’habitude.

La Chancelière l’a bien compris, qui a finalement accepté un compromis sur le climat  hier à Bruxelles, après avoir laissé planer la menace d’un veto si ces mesures devaient mettre en péril des emplois en Allemagne. Mais il faut voir dans ces réticences  la pression des industriels allemands inquiets  de devoir payer à partir de 2013 les permis d’émission de CO2 reçus gratuitement jusque là. L’ accord dont les détails très complexes échappent au commun des mortels prévoit des exemptions nombreuses préservant l’industrie allemande en  cette période de crise. Du coup, Angela Merkel peut déclarer fièrement que l’Europe est digne de son rôle d’avant-garde.

En attendant la crise

Samedi 6 décembre 2008

Comment croyez-vous que les Allemands -enfin beaucoup d’entre eux- prennent possession de leur nouvelle voiture ? Vont-ils simplement la chercher chez le concessionnaire où ils l’ ont commandée ? Pas du tout. L’arrivée d’une nouvelle automobile dans la vie d’un Allemand est un évènement  important, qui mérite un cérémonial particulier et donc un trajet jusqu’à l’usine où leur future voiture chérie a été fabriquée.  Ainsi, chaque jour, près de 500 clients venus de toute l’Allemagne se déplacent à  Wolfsburg afin de contempler les premiers tours de roue du véhicule qu’ils ont soigneusement choisi et qui aurait pu tout simplement leur être livré à côté de chez eux. Pour le plaisir, et en essayant d’oublier la crise qui commence à toucher durement l’industrie automobile en Allemagne, comme partout ailleurs dans le monde.  Voici quelques photos prises -trop rapidement- dans l’immense site de production de Volkswagen en Basse Saxe.

    Le panneau indiquant aux clients que leur voiture va leur être livrée : Quelle émotion ! © BG

Le panneau indiquant aux clients que leur voiture va leur être livrée : Quelle émotion ! © BG

    Dans cette tour de stockage, les différents modèles fraîchement assemblés arrivent directement de la chaîne de montage. © BG

Dans cette tour de stockage, les différents modèles fraîchement assemblés arrivent directement de la chaîne de montage. © BG

Le système est entièrement informatisé. En sortie de chaîne, un tapis roulant puis une plate-forme élévatrice déposent à la bonne place dans une  tour de stockage chaque voiture qui doit être livrée au client  à l’usine, et vient la reprendre au moment de la mise à la disposition du nouveau propriétaire. Ci-dessous, une vue générale du site de Volkswagenstadt, du haut de l’une des deux tours où sont empilés les véhicules.

     © BG

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Le parc de loisirs contigu à l’immense site de production était à l’origine destiné aux seuls clients venus prendre livraison de leur voiture. C’est désormais une attraction à part entière, surtout pour les enfants et les adolescents.  On y trouve en ce moment l’incontournable marché de Noël, sur fond de cheminées d’usine. A l’intérieur des bâtiments, une très belle collection de voitures anciennes - pas seulement des Volkswagen- et un parcours pédagogique sur l’automobile, comme cette maquette en 3D dont on peut suivre la fabrication à partir d’un bloc de matériau synthétique.   Il y aussi, toute chromée, une belle Bugatti. La marque créée par le génial Ettore est aujourd’hui la propriété de Volkswagen.

     © BG

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