Bienvenue à Berlin

Le blog de Bertrand Gallicher


Obama, ouf ! et après ?

Evènement

Comme l’ensemble de la presse mondiale, les journaux allemands saluent l’élection de Barack Obama à la Maison Blanche. Mais par rapport à leurs confrères étrangers, ils ratiocinent moins sur la couleur de peau du président élu -qui faut-il le rappeler n’est pas noir mais métis- en s’interrogeant davantage sur ses projets et sur sa marge de manoeuvre face à la situation désastreuse que lui laisse l’administration Bush. Dans son principe, cette attitude frappée au coin du bon sens rappelle les éditoriaux qui avaient suivi la désignation d’Angela Merkel à la Chancellerie à l’automne 2005. Quant nombre de journaux français faisaient des gorges chaudes sur l’élection d’une femme à la tête de l’Allemagne, la presse ici se demandait surtout comment cette Ossie -c’est-à-dire originaire de RDA- poursuivrait le redressement économique hérité des années Schröder. Pour la plupart des éditorialistes allemands, la question n’est pas d’être blanc ou noir, homme ou femme, mais quelle politique incarne celui qui vient d’être élu, et quels intérêts il va servir. 

Le 24 juillet dernier, celui qui n’était encore que le candidat démocrate avait fait un tabac à Berlin en réunissant  200.000 personnes autour de la Siegessaüle, la colonne de la victoire, dans le centre-ville. Un moment fort de son passage en Europe, censé le positionner sur la scène internationale et qui avait fait enrager les Républicains pour lesquels un président aussi populaire parmi les Européens ne peut qu’être suspect. Aujourd’hui, les journaux allemands respirent. Ce succès de Barack Obama dans la capitale allemande, même s’il est anecdotique au regard des critères qui ont décidé les électeurs américains, n’a donc pas plombé sa campagne électorale.

En filigrane, le soulagement perceptible de la presse allemande tient aussi à la déroute de John McCain, définitivement renvoyé aux oubliettes de l’histoire. Celui qui a tenté contre toute évidence de faire croire qu’il n’avait pas soutenu -avec enthousiasme et pendant huit ans- l’essentiel des pires choix politiques de son ami George Bush, celui qui dans tous ses meetings se rêvait en “commandant en chef”, qui trépignait d’impatience à l’idée de diriger l’armée la plus puissante au monde, l’époux de la richissime Cindy -héritière d’un empire de distribution de bière- John McCain donc, est déjà redevenu un petit notable adulé en Arizona.

Obama reste un point d’interrogation pour les Allemands, qui ne cultivent pas l’idôlatrie et jugent sur pièces. La plupart des  journaux ici espèrent davantage que les formules fédératrices et les slogans habilement tournés du président élu, dont nul ne conteste l’exceptionnel talent politique et le charisme. L’ouverture d’esprit du futur dirigeant américain ne fait pas non plus le moindre doute. La presse allemande sait aussi qu’il faudra compter avec sa détermination. Par exemple sur la question de l’Afghanistan, où il attend des Allemands un engagement militaire plus important et un redéploiement vers les zones les plus dangereuses du sud du pays. Ce sera l’un des sujets majeurs de ses entretiens avec Angela Merkel qui l’a déjà invité à revenir à Berlin.

 

 

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