Kristin et la valise
Dimanche 30 novembre 2008Kristin est une lycĂ©enne de Meschele près de Dortmund. Elle a dix-huit ans et je n’ai pas la moindre idĂ©e de ce Ă quoi elle ressemble, parce que je l’ai interviewĂ©e par tĂ©lĂ©phone au sujet d’une valise laissĂ©e en Allemagne il y a soixante-trois ans par un KG, un Français fait prisonnier en Normandie en 1940 et qui n’a pu rentrer chez lui que cinq ans plus tard. Cette valise, Kristin la connaĂ®t depuis qu’elle est toute petite, c’est son papa qui avait Ă©tĂ© la chercher dans le hangar Ă bois oĂą elle Ă©tait rangĂ©e et lui en avait montrĂ© le contenu. Des photos et des lettres, ainsi que des souvenirs du Stalag oĂą le prisonnier de guerre Ă©tait dĂ©tenu. Mais bien sĂ»r Ă l’époque Kristin ne parlait pas un traĂ®tre mot de français, et la valise Ă©tait vite retournĂ©e dans le hangar.Â
Des annĂ©es plus tard, la jeune fille a commencĂ© Ă apprendre la langue de Molière au collège et s’est Ă nouveau intĂ©ressĂ©e aux documents contenus dans la valise, au point que l’an dernier elle en a fait le sujet d’un devoir d’histoire ou de français -ça n’est pas très clair- au lycĂ©e et qu’elle a eu une bonne note. Du coup, ça lui a donnĂ© l’idĂ©e d’essayer de retrouver le fils du monsieur qui Ă©tait restĂ© prisonnier près de chez elle. Elle a donc longuement cherchĂ© sur internet et s’est complètement trompĂ©e puisqu’elle a Ă©crit une belle lettre Ă quelqu’un Ă Lyon qui Ă©tait simplement un homonyme de celui qu’elle espĂ©rait trouver. Mais le destinataire de cette missive a dĂ» ĂŞtre touchĂ© par ses efforts, puisqu’il a entrepris Ă son tour d’identifier la famille concernĂ©e par cette valise. Et il est parvenu, après plusieurs pĂ©ripĂ©ties, Ă faire suivre ce courrier Ă un cousin Ă©loignĂ© du fils du prisonnier de guerre. Vous me suivez toujours ? Â
Si bien qu’un beau jour, le fils en question, un retraitĂ© de SaĂ´ne-et-Loire âgĂ© de 70 ans, a eu la surprise de recevoir un mail avec des photos de ses parents quand ils Ă©taient jeunes, plus la lettre de la lycĂ©enne allemande lui expliquant qu’elle avait une valise Ă son intention avec plein de documents de sa famille. Tout Ă©mu, ce monsieur a fait en voiture 800 kilomètres jusqu’aux environs de Dortmund pour aller rĂ©cupĂ©rer lettres et photos, et parler avec la jeune fille et toute sa famille, dont une vieille tante qui se souvenait bien du prisonnier de guerre français. Le retraitĂ© de SaĂ´ne-et-Loire les a invitĂ©s Ă venir leur rendre visite chez lui en France, et Kristin a dit oui mais pas cette annĂ©e parce qu’elle doit d’abord passer son bac.Â
A ce sujet, elle ferait bien de travailler les langues, Kristin. Moi qui espérais me la couler douce en l’interviewant en français -puisque je savais qu’elle l’apprenait- j’en ai été pour mes frais, car elle m’a expliqué en être incapable et nous nous sommes donc parlés en allemand. Mais je n’ai pas du tout regretté. Ceux des Français qui persistent à croire que la langue allemande est gutturale n’ont jamais entendu Kristin. Surtout quand elle évoque le hangar -der Schuppen- où était remisée la fameuse valise. Ce Schuppen là , délicatement prononcé d’une petite voix était délicieux à entendre. Cela m’a rappelé l’intonation de cette ravissante Autrichienne d’un institut de langues à Paris, qui a tenté pendant l’hiver 2006 de perfectionner mon niveau d’allemand. Son accent m’a beaucoup encouragé.














