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Le blog de Bertrand Gallicher


L’économie sociale de marché fait un tabac

Politique

“Les maîtres de l’univers se sont effondrés, les conséquences sont dramatiques, mais ce sont les autres qui trinquent. C’est ce qui nous met tellement en colère, et avec nous la majorité des gens de ce pays !”. D’émotion, Frank-Walter Steinmeier en avait la voix rauque, samedi 18 octobre, en s’adressant aux centaines de délégués du congrès extraordinaire du SPD réunis à l’Estrel Convention Center de Berlin. Le numéro deux du gouvernement Merkel a été élu -avec 95 % des voix- comme candidat du parti social démocrate allemand dans la course à la Chancellerie. Et la tempête financière lui fournit ses premiers arguments de campagne contre Angela Merkel. Seul problème : La Chancelière, qui a senti le danger politique, plaide elle aussi depuis le début de la crise pour l’économie sociale de marché à la mode allemande.

“Réguler la branche financière, remettre de l’ordre dans le rapport entre politique et économie, combattre le laisser-faire…” Le ministre des affaires étrangères et vice-chancelier égrène sa doctrine devant des délégués déjà convaincus et surtout curieux de tester la capacité de conviction de leur nouveau champion. Pour représenter le SPD face à Angela Merkel l’an prochain, Frank-Walter Steinmeier doit à tout prix marquer sa différence. Pas facile, puisque la Chancelière elle-même sonne l’alarme depuis des années sur les risques de dérive du système financier mondial. Déjà au G8 de Heiligendamm l’an dernier, Angela Merkel avait tenté d’attirer l’attention sur la gestion des hedge funds. Avec la crise, elle martèle son attachement à l’économie sociale de marché, la forme très allemande d’un libéralisme encadré.

Frank-Walter Steinmeier ne dit pas autre chose, qui approuve sous condition le plan de soutien au secteur bancaire. “Celui qui veut de l’argent public doit accepter que l’Etat ait son mot à dire” conclut-t’il en toute logique. Pour le SPD, il s’agit maintenant d’apparaître comme le principal adversaire d’un capitalisme débridé qui vient de prouver ses capacités de nuisance. Pas facile, car les conservateurs de la CDU n’ont pas été avares de critiques contre le système financier actuel. Quant aux ultra-libéraux du FDP, ils ont eux aussi voté vendredi au Bundestag le plan de soutien aux banques. Qu’il est doux de se réfugier sous le parapluie de l’Etat quand la tempête gronde.

L’une des mesures de ce plan de soutien aux établissements financiers prévoit de limiter la rémunération des dirigeants des banques qui auront fait appel à des fonds publics pour se renflouer. Cette disposition fait grincer des dents dans les hautes sphères de la finance allemande, qui dénoncent une possible fuite des cerveaux si la rémunération des banquiers était plafonnée, par exemple à moins de 500.000 Euros par an.  Autrement dit, il existerait un risque de voir certains responsables directs de la catastrophe actuelle quitter leur job qui ne serait plus assez payé à leur goût. Et d’être remplacés par des dirigeants différents, nouveaux, moins gourmands et surtout compétents. On en tremble.

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