Bienvenue à Berlin

Le blog de Bertrand Gallicher


Article(s) de octobre 2008

Dernier vol à Tempelhof

Jeudi 30 octobre 2008

L’ultime vol commercial de Tempelhof décolle ce jeudi soir à 20 h 50 à destination de Mannheim. Vers minuit, le dernier DC3  qui proposait des survols de Berlin aura quitté le tarmac et le silence retombera définitivement sur l’aéroport historique. Celui voulu par Adolf Hitler, mais aussi celui qui a permis à Berlin-ouest de survivre au blocus soviétique mis en place du printemps 1948 à l’automne 1949. Cette fermeture conclut un interminable feuilleton politico-juridique, pendant lequel la fréquentation de Tempelhof n’a cessé de décliner, au point de se réduire cette année à 250.000 passagers. Le maire de la capitale allemande ne jure que par le nouvel aéroport BBI -Berlin Brandenburg International- en construction à Schönefeld, donc très loin du centre, et qui devrait devenir à terme l’unique plateforme aéroportuaire de Berlin. Mais la mairie ne sait toujours pas quoi faire de l’immense bâtiment de Tempelhof et des pistes. A l’aube de la crise économique, les projets des investisseurs ne se bousculent pas. Blog en images.

Le tarmac de Tempelhof à la veille de la fermeture © BG

Le tarmac de Tempelhof à la veille de la fermeture © BG

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Le hall principal, architecture monumentale années 30 © BG

Le hall principal, architecture monumentale années 30 © BG

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Que va devenir ce colosse de plus de 9.000 pièces -le troisième bâtiment au monde en surface au sol après le Pentagone et l’ancien palais de Ceaucescu à Bucarest- d’une longueur totale de 1,4 kilomètres ? Un musée de l’air, une immense bibliothèque, le siège d’une multinationale ? L’avenir de Templehof reste à inventer.

 

 

Tout va bien

Samedi 25 octobre 2008

“Peur pour les emplois, la crise économique mondiale atteint les entreprises allemandes, les experts craignent une augmentation radicale du nombre de chômeurs, dans la seule industrie automobile 100.000 emplois vacillent”. C’est comme une nouvelle douche froide ce samedi matin à la une de Bild, le quotidien le plus lu d’Allemagne. Aucune surprise bien sûr dans ces titres alarmants, mais j’aurais bien aimé pour le week-end une parenthèse de sérénité. Seulement voilà : Pas moyen d’échapper à l’avalanche des mauvaises nouvelles. En plus il fait gris à Berlin.

J’ai vite refermé le journal après avoir englouti mon café-croissant à l’angle de la Wilmersdorferstrasse. Mais à peine rentré chez moi, la Deutschlandfunk m’apprend les sombres prévisions du ministre allemand des finances , qui a donné une interview au Bild am Sonntag à paraître demain : la crise financière va durer au moins jusqu’à fin 2009. Et pour bien enfoncer le clou,  Peer Steinbrück ajoute : “le risque d’un effondrement est encore loin d’être passé, il serait faux de lever l’alerte”. Et de rappeller à ceux qui auraient gardé un soupçon d’optimisme, que la présentation d’un budget à l’équilibre en 2011 reste un simple objectif, “mais nous ne disons pas : nous allons y arriver dans tous les cas.”  C’est tout ?

Non, dans le Berliner Zeitung, voici que la Deutsche Bank, la première banque privée allemande, s’attend carrément à une récession l’an prochain en Allemagne. Le produit intérieur brut de la première économie de la zone Euro devrait reculer de 1,5 %. C’est un porte-parole de la Deutsche Bank Research qui le dit, en estimant que la croissance dans les pays industriels devrait connaître son plus bas niveau depuis la crise des année 1930. Nous voilà prévenus. Evidemment, chacun est libre de croire ou pas ce que disent les experts, mais cette fois-ci, pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que l’économie va dans le mur.

Au milieu de ces annonces de catastrophes, un paradoxe amusant quand même : Parmi les banques allemandes qui avaient appellé l’Etat au secours, la plupart hésitent maintenant à demander le bénéfice du plan de sauvetage de 480 milliards d’Euros concocté par le gouvernement Merkel. Surprenant ? Pas vraiment. D’abord en jouant la montre, les établissements financiers espèrent que le gouvernement reverra les conditions d’attribution des garanties de prêts interbancaires ou de recapitalisation. Et surtout, certains banquiers craignent de perdre leur fauteuil s’il font appel à une aide publique qui révèlerait leur gestion hasardeuse.

L’économie sociale de marché fait un tabac

Dimanche 19 octobre 2008

“Les maîtres de l’univers se sont effondrés, les conséquences sont dramatiques, mais ce sont les autres qui trinquent. C’est ce qui nous met tellement en colère, et avec nous la majorité des gens de ce pays !”. D’émotion, Frank-Walter Steinmeier en avait la voix rauque, samedi 18 octobre, en s’adressant aux centaines de délégués du congrès extraordinaire du SPD réunis à l’Estrel Convention Center de Berlin. Le numéro deux du gouvernement Merkel a été élu -avec 95 % des voix- comme candidat du parti social démocrate allemand dans la course à la Chancellerie. Et la tempête financière lui fournit ses premiers arguments de campagne contre Angela Merkel. Seul problème : La Chancelière, qui a senti le danger politique, plaide elle aussi depuis le début de la crise pour l’économie sociale de marché à la mode allemande.

“Réguler la branche financière, remettre de l’ordre dans le rapport entre politique et économie, combattre le laisser-faire…” Le ministre des affaires étrangères et vice-chancelier égrène sa doctrine devant des délégués déjà convaincus et surtout curieux de tester la capacité de conviction de leur nouveau champion. Pour représenter le SPD face à Angela Merkel l’an prochain, Frank-Walter Steinmeier doit à tout prix marquer sa différence. Pas facile, puisque la Chancelière elle-même sonne l’alarme depuis des années sur les risques de dérive du système financier mondial. Déjà au G8 de Heiligendamm l’an dernier, Angela Merkel avait tenté d’attirer l’attention sur la gestion des hedge funds. Avec la crise, elle martèle son attachement à l’économie sociale de marché, la forme très allemande d’un libéralisme encadré.

Frank-Walter Steinmeier ne dit pas autre chose, qui approuve sous condition le plan de soutien au secteur bancaire. “Celui qui veut de l’argent public doit accepter que l’Etat ait son mot à dire” conclut-t’il en toute logique. Pour le SPD, il s’agit maintenant d’apparaître comme le principal adversaire d’un capitalisme débridé qui vient de prouver ses capacités de nuisance. Pas facile, car les conservateurs de la CDU n’ont pas été avares de critiques contre le système financier actuel. Quant aux ultra-libéraux du FDP, ils ont eux aussi voté vendredi au Bundestag le plan de soutien aux banques. Qu’il est doux de se réfugier sous le parapluie de l’Etat quand la tempête gronde.

L’une des mesures de ce plan de soutien aux établissements financiers prévoit de limiter la rémunération des dirigeants des banques qui auront fait appel à des fonds publics pour se renflouer. Cette disposition fait grincer des dents dans les hautes sphères de la finance allemande, qui dénoncent une possible fuite des cerveaux si la rémunération des banquiers était plafonnée, par exemple à moins de 500.000 Euros par an.  Autrement dit, il existerait un risque de voir certains responsables directs de la catastrophe actuelle quitter leur job qui ne serait plus assez payé à leur goût. Et d’être remplacés par des dirigeants différents, nouveaux, moins gourmands et surtout compétents. On en tremble.

Un gros problème

Dimanche 12 octobre 2008

Après une semaine de panique boursière et dans une ambiance de catastrophe financière, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ne peuvent pas s’offrir le luxe de laisser planer le doute sur la cohésion franco-allemande face à la crise. Le sommet de Colombey-les-deux-Eglises, prévu de longue date pour inaugurer le mémorial Charles de Gaulle, leur a donc permis samedi 11 octobre d’afficher une unité officiellement sans faille. Les relations franco-allemandes sont-elles si tourmentées que chacun doive  justifier tellement souvent de leur solidité ?

 © B. Gallicher

© B. Gallicher

Au moment où les hélicoptères se posent à quelques minutes d’intervalle en contrebas du village de Colombey-les-deux-Eglises, la brume de ce samedi matin fait place à un beau soleil. Pas de quoi y voir le présage d’un réchauffement des relations franco-allemandes mises à rude épreuve par la tempête financière mondiale. Nicolas Sarkozy, arrivé le premier pour accueillir son invitée à sa descente de voiture, plaisante en montrant les conseillers d’Angela Merkel : “J’ai beaucoup de mal avec eux, gross Problem !”. A défaut de solution, le déjeuner dans un restaurant du village et la réunion de travail suffisent à  présenter un front commun lors de la conférence de presse de l’après-midi.

 © B. Gallicher

© B. Gallicher

Aucun fonds européen de soutien aux banques ne verra le jour. La Chancelière n’en veut décidemment pas. Nicolas Sarkozy approuve aussitôt en se lançant dans la démonstration de  l’inefficacité d’une telle mesure face à une crise qui impose des réactions immédiates. Mais au fait, qui en a eu l’ idée ?  Sûrement pas Christine Lagarde, quoiqu’en dise la presse allemande, tranche le président en rendant un hommage appuyé à la ministre de l’Economie. Le sujet est clos, l’entente franco-allemande débarrassée d’un malentendu. C’est toujours çà.

Dimanche soir, après la réunion de l’Eurogroupe à l’Elysée, le dispositif  attendu se confirme. Il consiste à garantir les prêts interbancaires et ouvre la voie à une recapitalisation des banques. Angela Merkel annonce qu’elle présentera ce lundi à Berlin lors d’un conseil des ministres exceptionnel son plan de soutien au secteur bancaire. “Son” plan de soutien ? “Nous allons le faire de façon simultanée avec la France” ajoute la Chancelière. Ouf.

Des banquiers rendront-ils des comptes ?

Dimanche 5 octobre 2008

Dur week-end pour Angela Merkel. Pendant que nombre de banquiers américains et européens relisaient -en transpirant à grosses gouttes- les clauses d’attribution de leurs parachutes dorés, la Chancelière a dû batailler sur deux fronts. D’abord en renvoyant dans les cordes ceux  qui plaidaient pour un fonds de soutien européen au système financier calqué sur le modèle du plan Paulson. Et en même temps,  en essayant de trouver une solution pour sauver du naufrage la banque allemande Hypo Real Estate. Ce n’est pas la première fois que l’Etat fédéral met la main au portefeuille pour soutenir le système bancaire en Allemagne. Mais cette fois, Angela Merkel demande à ceux “qui ont fait des affaires irresponsables”, de rendre des comptes. Un voeu pieux ?

Ne nous attardons pas sur le cas de la Hypo Real Estate, qui semblait sauvée à la veille du week-end grâce à plan de 35 milliards d’Euros, en grande partie garanti par l’Etat allemand, et qui a finalement necéssité un nouveau plan de survie de dernière minute ce dimanche soir, les besoins réels de financement étant très supérieurs à ce qui avait été envisagé. Depuis un an, les pouvoirs publics allemands ont été échaudés par le sauvetage d’une autre banque privée, IKB, victime de la crise des subprime, et remise à flot en grande partie par l’établissement public KfW (Kreditanstalt für Wiederaufbau) pour un total de plus de 8 milliards d’Euros. Avant que IKB ne soit  finalement cédée à bas prix à un fonds d’investissement américain.

La question soulevée ce dimanche par la Chancelière dépasse ces cas particuliers, en posant le problème de la responsabilité des  banquiers, où qu’ils soient. Est-ce par suivisme, par aveuglement, à cause de la pression exercée par les actionnaires sur les résultats à court terme, ou tout simplement en raison de la perspective de primes faramineuses que certains dirigeants de banques  développent des stratégies  aventureuses aux conséquences catastrophiques ? 

La gestion d’une grande banque n’est pas une science exacte. Des martingales de joueurs de casino ont souvent remplacé la maîtrise d’un système dont la complexité échappe à ceux qui l’ont mis en place et développé. La crise bat donc en brèche l’idée, soigneusement entretenue depuis des décennies, que seuls quelques centaines d’individus exceptionnels dans le monde auraient suffisamment de connaissances ou de talent -pour tout dire de génie- pour diriger le système financier mondial, leur rareté justifiant des rémunérations pharaoniques.

Le désastre auquel nous assistons démontre magistralement qu’il n’en est rien. Baucoup d’autres, bien moins payés, n’auraient pas fait pire, sûrement pas aussi mal, et sans doute vraiment mieux. Mais ceux-là n’auront pas voix au chapitre. Et comme en politique, la prime à l’échec se vérifie souvent. Certains responsables du chaos d’aujourd’hui, aux Etats-Unis et ailleurs, ont déjà empoché des millions de dollars. Parions que parmi eux  figurent de futurs dirigeants des grandes banques de demain ou d’après-demain, experts incontestés en ingénierie financière, et qui exigeront des salaires encore plus importants que ceux dont ils bénéficient jusqu’à présent. Sans avoir à rendre de comptes.