Dur week-end pour Angela Merkel. Pendant que nombre de banquiers américains et européens relisaient -en transpirant à grosses gouttes- les clauses d’attribution de leurs parachutes dorés, la Chancelière a dû batailler sur deux fronts. D’abord en renvoyant dans les cordes ceux  qui plaidaient pour un fonds de soutien européen au système financier calqué sur le modèle du plan Paulson. Et en même temps, en essayant de trouver une solution pour sauver du naufrage la banque allemande Hypo Real Estate. Ce n’est pas la première fois que l’Etat fédéral met la main au portefeuille pour soutenir le système bancaire en Allemagne. Mais cette fois, Angela Merkel demande à ceux “qui ont fait des affaires irresponsables”, de rendre des comptes. Un voeu pieux ?
Ne nous attardons pas sur le cas de la Hypo Real Estate, qui semblait sauvée à la veille du week-end grâce à plan de 35 milliards d’Euros, en grande partie garanti par l’Etat allemand, et qui a finalement necéssité un nouveau plan de survie de dernière minute ce dimanche soir, les besoins réels de financement étant très supérieurs à ce qui avait été envisagé. Depuis un an, les pouvoirs publics allemands ont été échaudés par le sauvetage d’une autre banque privée, IKB, victime de la crise des subprime, et remise à flot en grande partie par l’établissement public KfW (Kreditanstalt für Wiederaufbau) pour un total de plus de 8 milliards d’Euros. Avant que IKB ne soit finalement cédée à bas prix à un fonds d’investissement américain.
La question soulevée ce dimanche par la Chancelière dépasse ces cas particuliers, en posant le problème de la responsabilité des  banquiers, où qu’ils soient. Est-ce par suivisme, par aveuglement, à cause de la pression exercée par les actionnaires sur les résultats à court terme, ou tout simplement en raison de la perspective de primes faramineuses que certains dirigeants de banques développent des stratégies aventureuses aux conséquences catastrophiques ?Â
La gestion d’une grande banque n’est pas une science exacte. Des martingales de joueurs de casino ont souvent remplacé la maîtrise d’un système dont la complexité échappe à ceux qui l’ont mis en place et développé. La crise bat donc en brèche l’idée, soigneusement entretenue depuis des décennies, que seuls quelques centaines d’individus exceptionnels dans le monde auraient suffisamment de connaissances ou de talent -pour tout dire de génie- pour diriger le système financier mondial, leur rareté justifiant des rémunérations pharaoniques.
Le désastre auquel nous assistons démontre magistralement qu’il n’en est rien. Baucoup d’autres, bien moins payés, n’auraient pas fait pire, sûrement pas aussi mal, et sans doute vraiment mieux. Mais ceux-là n’auront pas voix au chapitre. Et comme en politique, la prime à l’échec se vérifie souvent. Certains responsables du chaos d’aujourd’hui, aux Etats-Unis et ailleurs, ont déjà empoché des millions de dollars. Parions que parmi eux  figurent de futurs dirigeants des grandes banques de demain ou d’après-demain, experts incontestés en ingénierie financière, et qui exigeront des salaires encore plus importants que ceux dont ils bénéficient jusqu’à présent. Sans avoir à rendre de comptes.