Bienvenue à Berlin

Le blog de Bertrand Gallicher


Article(s) du 23 septembre 2008

Pour la mosquée ou contre l’extrême-droite ?

Mardi 23 septembre 2008

Par dizaines de milliers, des habitants de Cologne se sont rassemblés sur le parvis de la cathédrale, samedi matin, pour dénoncer une manifestation d’extrême-droite hostile à la construction d’une grande mosquée. Prévu dans l’après-midi, le défilé des partis de la droite radicale, à laquelle risquaient de se joindre des neo-nazis et des skinheads, a été interdit à la mi-journée par la police qui craignait des affrontements. Ce sont finalement quelques centaines de jeunes militants d’extrême gauche qui ont manifesté dans le centre-ville. Le tout s’est terminé par des incidents sporadiques et quand même 500 arrestations. Même si l’immense majorité des habitants de Cologne s’est mobilisée sans ambiguité contre l’extrême-droite, tous ne sont pas enthousiastes à l’idée de la construction de cette mosquée de deux-milles places.

 © B. Gallicher

© B. Gallicher

 Vendredi soir, entre l’aéroport Köln-Bonn et le centre-ville de Cologne, je me demande qui sont ces neo-nazis redoutés et détestés par tous. Sans doute les mêmes petits groupes de manifestants qui défrayent la chronique en défilant de temps à autre avec capuches et lunettes de soleil pour ne pas être identifiés. L’an dernier à Rostock au bord de la Baltique, en marge du sommet du G8, ils avaient déclenché une des manifestations les plus violentes que l’Allemagne ait jamais connu, malgré la présence de milliers de policiers en tenue anti-émeute. Pour autant ces jeunes crétins, isolés et rejetés par la population allemande, ne me semblent pas politiquement bien dangereux. Ce n’est pas l’avis du chauffeur de taxi. Il ne mâche pas ses mots, tandis qu’il tourne en rond, cherchant une rue qui ne soit pas barrée par la police pour arriver jusqu’à mon hôtel.

“Ces gens sont une honte pour l’Allemagne, avec le passé de ce pays pendant les années trente et quarante. Il faudrait simplement les interdire” dit-il avant de me déposer à deux cent mètres de l’hôtel, faute de pouvoir y accéder en voiture. “Ecrivez la vérité !” conclut-t’il en sortant mon sac du coffre. Je promets. La vérité, d’abord, ce sont plus de 30.000 personnes réunies le lendemain matin sur le parvis de la cathédrale, pour manifester pacifiquement pour la tolérance entre les religions et aussi contre l’extrême-droite. Mais parmi ceux qui dénoncent le rassemblement prévu à la mi-journée de la droite radicale -des délégations venues de plusieurs pays européens, mais pas le Front national qui a décliné l’invitation- combien sont vraiment ravis de cette mosquée dont les deux minarets atteindront 55 mètres de haut ?

  © B. Gallicher

© B. Gallicher

Un peu à l’écart, un groupe de réfugiés iraniens muni d’un porte-voix dénonce les thèses de l’extrême-droite, tout en s’insurgeant contre le projet de mosquée. Si elle est construite, dit une femme, les risques liés à l’islamisme augmenteront et nos enfants seront radicalisés. “Nous savons de quoi nous parlons, nous avons vécu en Iran”, ajoute-t’elle. Plus loin, un vieil homme me dit que Cologne doit rester une ville chrétienne. Un jeune militant des Grünen -les écologistes allemands- qui distribue des tracts à côté commence à lui répondre. Le ton monte. Le plus âgé affirme que les manifestants anti-mosquée ne sont pas des fanatiques, mais des citoyens ordinaires. Excellente illustration pour mon reportage.

 © B. Gallicher

© B. Gallicher

Un peu avant 13 heures, la police annonce que la manifestation de l’extrême-droite est interdite. Trop de risques. Des incidents ont déjà eu lieu ce matin à proximité de Heumarkt où devaient se rassembler les adversaires de la mosquée. Du coup, dans l’après-midi, ce sont des centaines de jeunes manifestants d’extrême-gauche qui défilent au bord du Rhin en scandant “Nazis raus !”. Un peu avant 18 heures, j’envoie mon sujet aux rédactions. Je jette un dernier coup d’oeil aux dépêches et je comprends que mon reportage ne sera pas beaucoup diffusé. A 6.000 kilomètres d’ici, à Islamabad, l’hôtel Marriott où j’avais passé une nuit en rentrant d’ un reportage au Cachemire pakistanais en 2002, vient d’exploser. Des dizaines de morts et de bléssés,  le bâtiment est en flammes. Le débat politique autour de la venue de l’extrême-droite à Cologne ne fait pas le poids.