Bienvenue à Berlin

Le blog de Bertrand Gallicher


Article(s) du 17 septembre 2008

Dans le bunker secret d’Erich Honecker

Mercredi 17 septembre 2008

Nous sommes en 1971, dix ans après la construction du mur de Berlin. Erich Honecker succède à Walter Ulbricht dont les Soviétiques ne veulent plus. La course aux armes atomiques s’accélère. Le nouveau dirigeant est-allemand approuve un projet de bunker qui pourrait lui servir  de poste de commandement. Le site choisi, dans la campagne du Brandebourg, mais à proximité immédiate de Berlin, constitue une protection supplémentaire : En cas de guerre, l’ennemi hésiterait à lancer une bombe si près de Berlin-ouest. Mais il faut tout prévoir. Un abri anti-atomique capable de résister à une charge quatre-vingt fois plus puissante que celle d’Hiroshima et susceptible d’accueillir jusqu’à quatre cent personnes, dignitaires et personnel militaire, pendant quatorze jours. Des premières études jusqu’à la livraison en 1983,  douze ans passent. Le bunker est opérationnel jusqu’en 1989, puis abandonné quelques années plus tard. Accessible au public depuis le mois d’août,  il sera définitivement refermé fin octobre. Un abri désormais inutile ?

 © B. Gallicher

© B. Gallicher

                           

Pour arriver jusqu’au bunker anti-atomique de l’ancien premier secrétaire du SED, le parti unique de la République Démocratique Allemande, il est préférable d’avoir un bon GPS.  A une trentaine de kilomètres au nord de Berlin, vous quittez l’autoroute pour vous enfoncer dans la campagne.  A Prenden, un village de quelques maisons perdu en lisière de forêt, il faut prendre une route pavée, qui continue par une piste en ciment et finit en chemin de terre. Tout au bout se trouve un bâtiment administratif évoquant une petite HLM de la fin des années soixante-dix. C’est par un tunnel situé au sous-sol de cette construction banale aujourd’hui délabrée que le président Honecker, des ministres et des généraux pouvaient accéder au bunker enterré une centaine de mètres plus loin. La partie du souterrain qui relie le bâtiment au bunker est désormais murée, et il faut emprunter un escalier métallique qui descend dans un puits en béton pour rejoindre le tunnel conduisant aux installations anti-atomiques.

 © B. Gallicher

© B. Gallicher

 

A chaque pas dans ce dédale de couloirs, composé de près de 300 pièces généralement exigues,  et d’installations techniques colossales, s’impose une vision de fin de monde. Pourquoi survivre, plusieurs dizaines de mètres sous terre, si la surface n’est plus que ruines ? Cette idée a peut-être traversé l’esprit d’Erich Honecker lorsqu’il a visité le bunker en décembre 1983. Le premier secrétaire est resté un quart d’heure et n’y a jamais remis les pieds. L’atmosphère est pesante. Les immenses vérins sur lesquels reposent l’édifice souterrain sont prévus pour amortir le choc de la déflagration. A l’entrée du bunker, des sas de décontamination surveillés par des caméras, avec douche froide obligatoire pour ceux qui transportent des poussières radioactives, des postes de contrôle protégés des radiations. Au milieu du bunker, le centre de commandement à l’aspect soviétique permet aussi d’ouvrir ou de fermer les portes à distance. L’univers des premiers James Bond. Et  au dessus de la salle de projection, sur les murs du bureau réservé à Erich Honecker, un papier à fleurs, dérisoire.

                            © B. Gallicher

© B. Gallicher

Pendant six ans, de 1983 à 1989, une vingtaine de personnes sont présentes jour et nuit dans le bunker pour le maintenir prêt à accueillir les dignitaires du parti unique. Il faut tester le central téléphonique capable de faire transiter simultanément 400 communications, vérifier les système de ventilation, d’air conditionné, d’approvisionnement en eau. Renouveller en permanence le stock de vivres, entretenir des kilomètres de tuyauteries, s’assurer du bon fonctionnement des énormes générateurs diesel capables de fournir de l’énergie à cette petite ville souterraine. S’entraîner à la vie en autarcie. Préparer la survie du premier secrétaire du parti pour qu’il puisse en cas de catastrophe nucléaire trouver ensuite un improbable refuge dans un pays frère.

Aujourd’hui, certains murs suintent d’humidité et le mobilier moisit. Une partie des installations a été démontée par la Bundeswehr qui a pris possession des lieux en 1990, avant de les abandonner. Des pillards ont délabré le reste. Mais le bunker garde son aspect mystérieux. Aujourd’hui, les spécialistes s’accordent à dire que ce genre de blockhaus n’a plus d’intérêt. Un bunker analogue situé près de Bonn a été déclassé en 1997. Ailleurs aussi, les Suisses qui avaient creusé des abris anti-atomiques pour la population les ont fermés. La fin de l’Union Soviétique a-t’elle véritablement tout changé ? A l’heure où la Russie de Poutine et les Etats-Unis de Bush entretiennent des relations tendues, à l’heure du Pakistan instable, de l’Iran prêt à tout pour devenir une puissance nucléaire, du trafic de matières radioactives aux quatre coins de la planète, le menace d’une bombe atomique n’existerait donc plus ? Nous voilà rassurés.