Evènement
Publié le 9 novembre 2009
Radio France en direct de Berlin aujourd’hui jusqu’Ă minuit, pour une journĂ©e exceptionnelle fusionnant toutes les chaĂ®nes du groupe. A Ă©couter aussi -si vous ĂŞtes en Allemagne- sur le rĂ©seau ondes moyennes (MW) et ondes longues (LW) de la Deutschlandfunk.
(Extrait de l’Allemagne au pied du mur , qui vient de paraĂ®tre aux Ă©ditions de La Table Ronde, avec Radio France, 400 pages) Ce 9 novembre 1989 Ă Berlin-est,  face Ă un parterre de journalistes aux aguets, le porte-parole du gouvernement GĂĽnther Schabowski s’explique sur un projet de loi permettant aux citoyens de RDA de voyager Ă l’étranger. Cinq jours plus tĂ´t, un demi-million de personnes ont manifestĂ© dans la capitale d’Allemagne de l’est. La confĂ©rence de presse est diffusĂ©e en direct Ă la tĂ©lĂ©vision. RĂ©pondant Ă une question du correspondant de l’agence italienne ANSA Riccardo Ehrman, il  annonce une libĂ©ralisation des règles administratives pour sortir du pays Ă destination de la RĂ©publique fĂ©dĂ©rale. « A partir de quand, de maintenant ? » demandent des voix dans la salle. GĂĽnther Schabowski finit par lâcher sur un ton un peu interrogatif : « A ma connaissance, tout de suite. ImmĂ©diatement ». Il est presque 19 heures. Des milliers d’Allemands de l’est commencent bientĂ´t Ă se rassembler au point de passage de la Bornholmer Strasse.
Tout près de l’appartement où vivait Sara avec son frère -de trois ans plus jeune qu’elle- et leurs parents lors de la chute du mur. Elle avait neuf ans. Aujourd’hui cette jolie jeune femme qui habite toujours à proximité de l’ancien mur garde en mémoire ses premiers pas à l’ouest. « On est allé retirer notre Begrüssungsgeld, le pécule de 100 deutschemark remis aux citoyens de RDA arrivant de l’autre côté. Je me suis achetée une petite poupée. Il y avait un enfant de Berlin-ouest qui était là avec un sac en plastique et qui donnait ses vieilles Matchbox, les autos miniatures. Je me rappelle avoir interdit à mon frère d’en prendre. Par fierté ». Le réflexe d’une petite fille élevée à l’est qui découvre un autre univers avec lequel sa relation ne sera pas si simple.
« J’ai eu une enfance divisée, comme si elle avait été coupée en deux » constate-t’elle. Un paradoxe de la réunification. « Il y a des souvenirs que je ne retrouve pas dans ma vie actuelle. Ce n’est plus le même système, la même logique. Ce ne sont plus les mêmes maisons que je vois, elles ont été rénovées. Je ressens une certaine différence mais je ne parviens pas à la mettre en place, dans un grand contexte. Je n’ai pas suffisamment vécu la RDA pour pouvoir juger. Et c’est là mon dilemme ».
Avant l’ouverture du rideau de fer, Sara connaît surtout de son grand-père maternel -originaire de Leipzig mais installé à Munich une dizaine d’années avant sa naissance- les cadeaux qu’il lui envoie. « C’était quelque chose de très spécial de recevoir les paquets avec des jouets ou des vêtements de l’ouest qui étaient toujours plus chers et plus beaux que ceux de l’est » dit-elle avec une pointe d’ironie. De République fédérale lui parviennent parfois des surprises qu’elle est fière de montrer à ses amies. Comme ces protège-oreilles envoyés par sa tante. « Ils étaient en forme de tête de Panda. C’était très cool et très à la mode ! » raconte Sara en riant.
Quand des amis de l’ouest viennent leur rendre visite, c’est l’œil sur la montre car ils doivent repasser le poste de contrôle avant minuit.  Mais la petite fille d’alors n’a pas conscience de vivre derrière un mur. « L’Allemagne de l’ouest était un autre pays, je n’imaginais pas que ce pouvait en être une autre partie. Donc forcément il y avait des frontières et ce n’était pas aussi facile d’y entrer. Mais on pouvait voyager, aller par exemple en Tchécoslovaquie -comme cela s’appelait à l’époque- ou à la mer Baltique. Et je ne me suis jamais demandée : pourquoi pas la France ou l’Angleterre ? »
Vingt ans après, la jeune femme s’identifie toujours par rapport au pays où elle est née. Même si ce n’est pas très tendance d’être de l’est, explique-t’elle. Sara comprend que des jeunes de l’ouest ne sachent souvent rien de cette période. En revanche les clichés véhiculés à l’ouest lui déplaisent, comme la façon dont certains considèrent la RDA. Elle a été heurtée un jour d’entendre une jeune collègue de bureau lui dire en riant après avoir raccroché le téléphone : « il parlait ostdeutsch, l’allemand de l’est ». «Qu’une fille ayant presque mon âge, intelligente et gentille puisse dire ça sans être gênée ! Ca n’avait rien de politique. J’ai l’impression que cette ignorance assumée et revendiquée appartient au bon goût.
Pendant une fête j’ai discuté  avec quelqu’un qui a cinq ans de moins que moi et qui m’a dit : « L’histoire de la République démocratique allemande n’est pas intéressante. Le 11 septembre en revanche a de l’importance ». Ca m’a vraiment mise en colère ! L’Allemagne de l’est n’a sans doute rien d’essentiel pour lui ni pour le monde, mais pour moi c’est important ». Sara ne se fait toutefois aucune illusion. « J’avais un prof qui qualifiait la RDA de Fussnote der Geschichte, une note en bas de page de l’histoire. Peut-être avait-il raison. Dans vingt ans il est possible que ça n’intéresse plus personne. Les gens auront vécu des vies différentes ».