Bienvenue à Berlin

Le blog de Bertrand Gallicher


Kristin et la valise

Histoire

Kristin est une lycéenne de Meschele près de Dortmund. Elle a dix-huit ans et je n’ai pas la moindre idée de ce à quoi elle ressemble, parce que je l’ai interviewée par téléphone au sujet d’une valise laissée en Allemagne il y a soixante-trois ans par un KG, un Français fait prisonnier en Normandie en 1940 et qui n’a pu rentrer chez lui que cinq ans plus tard. Cette valise, Kristin la connaît depuis qu’elle est toute petite, c’est son papa qui avait été la chercher dans le hangar à bois où elle était rangée et lui en avait montré le contenu. Des photos et des lettres, ainsi que des souvenirs du Stalag où le prisonnier de guerre était détenu. Mais bien sûr à l’époque Kristin ne parlait pas un traître mot de français, et la valise était vite retournée dans le hangar. 

Des années plus tard, la jeune fille a commencé à apprendre la langue de Molière au collège et s’est à nouveau intéressée aux documents contenus dans la valise, au point que l’an dernier elle en a fait le sujet d’un devoir d’histoire ou de français -ça n’est pas très clair- au lycée et qu’elle a eu une bonne note. Du coup, ça lui a donné l’idée d’essayer de retrouver le fils du monsieur qui était resté prisonnier près de chez elle. Elle a donc longuement cherché sur internet et s’est complètement trompée puisqu’elle a écrit une belle lettre à quelqu’un à Lyon qui était simplement un homonyme de celui qu’elle espérait trouver. Mais le destinataire de cette missive a dû être touché par ses efforts, puisqu’il a entrepris à son tour d’identifier la famille concernée par cette valise. Et il est parvenu, après plusieurs péripéties, à faire suivre ce courrier à un cousin éloigné du fils du prisonnier de guerre. Vous me suivez toujours ?  

Si bien qu’un beau jour, le fils en question, un retraité de Saône-et-Loire âgé de 70 ans, a eu la surprise de recevoir un mail avec des photos de ses parents quand ils étaient jeunes, plus la lettre de la lycéenne allemande lui expliquant qu’elle avait une valise à son intention avec plein de documents de sa famille. Tout ému, ce monsieur a fait en voiture 800 kilomètres jusqu’aux environs de Dortmund pour aller récupérer lettres et photos, et parler avec la jeune fille et toute sa famille, dont une vieille tante qui se souvenait bien du prisonnier de guerre français. Le retraité de Saône-et-Loire les a invités à venir leur rendre visite chez lui en France, et Kristin a dit oui mais pas cette année parce qu’elle doit d’abord passer son bac. 

A ce sujet, elle ferait bien de travailler les langues, Kristin. Moi qui espérais me la couler douce en l’interviewant en français -puisque je savais qu’elle l’apprenait- j’en ai été pour mes frais, car elle m’a expliqué en être incapable et nous nous sommes donc parlés en allemand. Mais je n’ai pas du tout regretté. Ceux des Français qui persistent à croire que la langue allemande est gutturale n’ont jamais entendu Kristin. Surtout quand elle évoque le hangar -der Schuppen- où était remisée la fameuse valise. Ce Schuppen là, délicatement prononcé d’une petite voix était délicieux à entendre. Cela m’a rappelé l’intonation de cette ravissante Autrichienne d’un institut de langues à Paris, qui a tenté pendant l’hiver 2006 de perfectionner mon niveau d’allemand. Son accent m’a beaucoup encouragé.

Relance : Pourquoi Angela traîne les pieds

Politique

A la veille de la présentation des mesures de relance économique que la Commission européenne doit proposer mercredi, le sommet Sarkozy-Merkel ce matin à l’Elysée  bute sur les différences d’approche entre les deux partenaires. Ces mesures, “la France y travaille, l’Allemagne y réfléchit” résume le président français. “Le risque est de confondre action et précipitation” répond la Chancelière, qui refuse de mettre la main au portefeuille pour financer le plan européen. Qu’est-ce qui chagrine tant Angela Merkel dans ce projet de relance économique à l’échelle de l’Europe ?

Les Allemands ont été les premiers mercredi dernier -et jusqu’à aujourd’hui les seuls- à chiffrer à 130 milliards d’Euros  le plan européen de relance économique qui sera présenté le 26 novembre à Bruxelles. Une indiscrétion du ministère allemand des finances, non confirmée par la Commission européenne, mais qui a permis au gouvernement Merkel de faire savoir, avant tous les autres, qu’il faudrait comptabiliser dans la participation allemande les 32 milliards d’Euros sur deux ans déjà engagés par l’Allemagne au profit de sa propre économie. Pourquoi tant de célérité ? Parce que Berlin n’a pas envie d’être la vache à lait de l’Europe ? Pas seulement.

Il y a d’abord une  réticence naturelle des Allemands envers les ponctions financières opérées par Bruxelles, pour des objectifs dont l’efficacité reste à démontrer. Etre la première économie de la zone Euro n’a pas que des avantages : C’est toujours le premier de la classe qui est sollicité. Le manque d’enthousiasme de l’Allemagne s’explique aussi par la crainte de voir ce plan de relance donner des ailes à Nicolas Sarkozy pour son projet de gouvernement économique européen, dont Berlin ne veut pas entendre parler.

Et puis les Allemands, fiers à juste titre du redressement de leurs finances publiques, ne sont pas emballés à l’idée de devoir sacrifier leur orthodoxie financière sur l’autel de la relance économique. Quoique. Sur ce point,  il y a débat entre ceux -comme le ministre CSU de l’Economie Michael Glos- qui réclament plus de pouvoir d’achat tout de suite par une baisse des impôts, et ceux -comme son collègue SPD des finances Peer Steinbrück- qui ne veulent pas toucher au quasi équilibre budgétaire, si difficile à réaliser. Une chose est sûre,  pas question ici de diminuer la TVA, dont le taux a été au contraire augmenté de trois points début 2007, sans grand effet négatif sur la consommation. Au moins un sujet sur lequel Berlin et Paris s’accordent.

Le palais des doutes

Culture

Du Palast der Republik, l’ancien parlement de RDA, il reste trois hauts chicots de béton armé que d’énormes pinces articulées sur des bras de pelleteuses grignotent inlassablement, comme des fraises de dentiste qui traqueraient d’improbables caries. Sauf qu’il s’agit ici de détruire les derniers vestiges du bâtiment le plus emblématique d’Allemagne de l’est, au coeur du pouvoir communiste jusqu’en 1989. Un immeuble de verre et de béton de 180 mètres de long et 85 mètres de large, haut d’une trentaine de mètres, inauguré en 1976 et qui faisait la fierté de la Nomenklatura est-allemande. Avec l’enlèvement des derniers gravats, disparaît un objet unique dans l’histoire du marketing politique, une vitrine à la gloire de la dictature est-allemande. Fallait-il pour autant détruire le palais de la République ?

    © BG

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Mercredi 12 novembre. Je couvre pour France Info  la manifestation des lycéens de Berlin qui dénoncent le manque de moyens dans les établissements scolaires, les classes surchargées et surtout l’orientation précoce des élèves vers des filières de bon niveau -les Gymnasium- ou au contraire d’enseignement bas de gamme, un système qui pénalise les milieux sociaux les plus modestes. “Moi aussi, je veux des parents riches !” dit une pancarte qui résume tout. Ils sont bien sympas, ces lycéens qui défilent dans une ambiance potache, de l’Alexanderplatz jusqu’à la Humboldt Universität  sur la grande avenue Unter den Linden. Pendant qu’ils m’expliquent leurs soucis, en arrivant à la hauteur du Berliner Dome -à mon avis l’un des bâtiments les plus laids de la ville, mais c’est peut-être parcequ’il a besoin d’un bon ravalement- un choc visuel en tournant la tête : le Palast der Republik a disparu ! D’accord, ce n’est pas un scoop, mais je n’étais pas passé devant depuis quelques semaines.

Après le désamiantage entre 1998 et 2001, les premiers travaux de démolition commencent début 2006. En fait, les responsables du projet préfèrent parler de déconstruction. Le résultat est le même, bien sûr, mais il est vrai que le chantier ressemble plus au démontage d’un jeu de Lego, qu’à des travaux de destruction à coups de masse. D’abord parce que la structure du bâtiment est pour l’essentiel constituée d’énormes poutrelles métalliques boulonnées ou soudées entre elles, ensuite en raison de la proximité du Berliner Dome, dont les fondations seraient menacées par un déséquilibre du terrain (ce serait dommage ! ). Il faut donc compenser au fur et à mesure, par des livraisons de tonnes de sable, le poids du Palast der Republik emporté en petits morceaux sur des barges qui accostent le long de la Spree. Voilà pour la technique.

   La façade Est, vue de la Spree en mai 2006 © BG

La façade Est, vue de la Spree en mai 2006 © BG

   ...et en novembre 2008 © BG

…et en novembre 2008 © BG

L’essentiel est bien sûr politique. Le palais de la République a été bâti à l’emplacement du château des Hohenzollern, très endommagé pendant la guerre. Un symbole du pouvoir prussien que les Soviétiques se sont empressés de démolir complètement dès 1950, pour utiliser le terrain comme lieu de parades militaires et de cérémonies officielles. Tout régime, quelque soit son degré de démocratie ou de dirigisme, a besoin de symboles forts pour justifier sa légitimité. La dictature de RDA n’y fait pas exception, qui construit en deux ans et demi ce bâtiment à usages multiples (parlement, salle de spectacle, centre culturel et de loisirs) et à vocation unique : la propagande du pouvoir en place.

   Le palais de République vu de la tour de télévision en mai 2006 © SJ

Le palais de République vu de la tour de télévision en mai 2006 © SJ

Une opération exceptionnelle de marketing politique, dont témoignent les archives audiovisuelles de l’époque. Les séances de la chambre du peuple, bien sûr, mais aussi les images tournées lors de la mise en service du Palast der Republik en 1976, avec ses restaurants, son bowling, son théâtre, ses expositions, ses jolies hôtesses d’accueil habillées et coiffées à la mode des années soixante-dix. Le artistes internationaux se succédent dans la grande salle pour les soirées de gala réservées à la Nomenklatura. Le visage people et souriant du régime, une image présentable pour compenser celle, moins visible et destinée à entretenir un climat de crainte, de la Stasi et des Vopos.

Longtemps laissé à l’abandon après la chute du mur, le palais de la République héberge plusieurs expositions à partir de 2004. En 2005, un artiste norvégien installe au dessus de la façade d’immenses lettres formant le mot “Zweifel” (doute). Car les Berlinois restent divisés sur le sort du bâtiment. Il faut un vote du Bundestag en 2006 pour en décider la démolition, après de longues polémiques. Le débat existe toujours. Beaucoup d’habitants de l’est de Berlin auraient aimé sauver le palais de la République qui fait partie du décor de leur enfance ou de leur jeunesse. Mais leurs manifestations n’ont pas été entendues.

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Imaginez un vieil habitant de Berlin qui aurait quitté la ville juste avant  la seconde guerre mondiale et qui reviendrait en 2012 sur la Schlossplatz. Sa première impression serait que rien n’a changé.  L’histoire devient schizophrène. Car la municipalité a décidé de reconstruire à l’identique la façade baroque de l’ancien château des Hohenzollern. A l’intérieur, ce sera tout autre chose. Le “Forum Humboldt”, avec un musée et une bibliothèque. Facture estimée : 670 millions d’Euros. C’est beaucoup pour une ville très endettée.

Le Palast der Republik aurait pu être sauvé, indépendamment de toute nostalgie du régime communiste évidemment. Sa reconversion, à la place du  faux-château Hohenzollern qui va être édifié, aurait coûté beaucoup moins cher . Le bâtiment utilisé pendant seulement une petite quinzaine d’années, présentait des volumes harmonieux et méritait d’être conservé. Il n’allait pas  avec l’architecture environnante ? A Berlin, l’argument ne tient pas. La capitale allemande est constituée d’une juxtaposition totalement hétéroclite de bâtiments, souvent plus intéressants les uns que les autres, qui racontent l’histoire de la ville. En arrière-plan du château à reconstruire, se dressera toujours l’immense tour de télévision, que personne ne songe à faire disparaître du paysage.

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Obama, ouf ! et après ?

Evènement

Comme l’ensemble de la presse mondiale, les journaux allemands saluent l’élection de Barack Obama à la Maison Blanche. Mais par rapport à leurs confrères étrangers, ils ratiocinent moins sur la couleur de peau du président élu -qui faut-il le rappeler n’est pas noir mais métis- en s’interrogeant davantage sur ses projets et sur sa marge de manoeuvre face à la situation désastreuse que lui laisse l’administration Bush. Dans son principe, cette attitude frappée au coin du bon sens rappelle les éditoriaux qui avaient suivi la désignation d’Angela Merkel à la Chancellerie à l’automne 2005. Quant nombre de journaux français faisaient des gorges chaudes sur l’élection d’une femme à la tête de l’Allemagne, la presse ici se demandait surtout comment cette Ossie -c’est-à-dire originaire de RDA- poursuivrait le redressement économique hérité des années Schröder. Pour la plupart des éditorialistes allemands, la question n’est pas d’être blanc ou noir, homme ou femme, mais quelle politique incarne celui qui vient d’être élu, et quels intérêts il va servir. 

Le 24 juillet dernier, celui qui n’était encore que le candidat démocrate avait fait un tabac à Berlin en réunissant  200.000 personnes autour de la Siegessaüle, la colonne de la victoire, dans le centre-ville. Un moment fort de son passage en Europe, censé le positionner sur la scène internationale et qui avait fait enrager les Républicains pour lesquels un président aussi populaire parmi les Européens ne peut qu’être suspect. Aujourd’hui, les journaux allemands respirent. Ce succès de Barack Obama dans la capitale allemande, même s’il est anecdotique au regard des critères qui ont décidé les électeurs américains, n’a donc pas plombé sa campagne électorale.

En filigrane, le soulagement perceptible de la presse allemande tient aussi à la déroute de John McCain, définitivement renvoyé aux oubliettes de l’histoire. Celui qui a tenté contre toute évidence de faire croire qu’il n’avait pas soutenu -avec enthousiasme et pendant huit ans- l’essentiel des pires choix politiques de son ami George Bush, celui qui dans tous ses meetings se rêvait en “commandant en chef”, qui trépignait d’impatience à l’idée de diriger l’armée la plus puissante au monde, l’époux de la richissime Cindy -héritière d’un empire de distribution de bière- John McCain donc, est déjà redevenu un petit notable adulé en Arizona.

Obama reste un point d’interrogation pour les Allemands, qui ne cultivent pas l’idôlatrie et jugent sur pièces. La plupart des  journaux ici espèrent davantage que les formules fédératrices et les slogans habilement tournés du président élu, dont nul ne conteste l’exceptionnel talent politique et le charisme. L’ouverture d’esprit du futur dirigeant américain ne fait pas non plus le moindre doute. La presse allemande sait aussi qu’il faudra compter avec sa détermination. Par exemple sur la question de l’Afghanistan, où il attend des Allemands un engagement militaire plus important et un redéploiement vers les zones les plus dangereuses du sud du pays. Ce sera l’un des sujets majeurs de ses entretiens avec Angela Merkel qui l’a déjà invité à revenir à Berlin.

 

 

Dernier vol à Tempelhof

Evènement

L’ultime vol commercial de Tempelhof décolle ce jeudi soir à 20 h 50 à destination de Mannheim. Vers minuit, le dernier DC3  qui proposait des survols de Berlin aura quitté le tarmac et le silence retombera définitivement sur l’aéroport historique. Celui voulu par Adolf Hitler, mais aussi celui qui a permis à Berlin-ouest de survivre au blocus soviétique mis en place du printemps 1948 à l’automne 1949. Cette fermeture conclut un interminable feuilleton politico-juridique, pendant lequel la fréquentation de Tempelhof n’a cessé de décliner, au point de se réduire cette année à 250.000 passagers. Le maire de la capitale allemande ne jure que par le nouvel aéroport BBI -Berlin Brandenburg International- en construction à Schönefeld, donc très loin du centre, et qui devrait devenir à terme l’unique plateforme aéroportuaire de Berlin. Mais la mairie ne sait toujours pas quoi faire de l’immense bâtiment de Tempelhof et des pistes. A l’aube de la crise économique, les projets des investisseurs ne se bousculent pas. Blog en images.

Le tarmac de Tempelhof à la veille de la fermeture © BG

Le tarmac de Tempelhof à la veille de la fermeture © BG

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Le hall principal, architecture monumentale années 30 © BG

Le hall principal, architecture monumentale années 30 © BG

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Que va devenir ce colosse de plus de 9.000 pièces -le troisième bâtiment au monde en surface au sol après le Pentagone et l’ancien palais de Ceaucescu à Bucarest- d’une longueur totale de 1,4 kilomètres ? Un musée de l’air, une immense bibliothèque, le siège d’une multinationale ? L’avenir de Templehof reste à inventer.

 

 

Tout va bien

Economie

“Peur pour les emplois, la crise économique mondiale atteint les entreprises allemandes, les experts craignent une augmentation radicale du nombre de chômeurs, dans la seule industrie automobile 100.000 emplois vacillent”. C’est comme une nouvelle douche froide ce samedi matin à la une de Bild, le quotidien le plus lu d’Allemagne. Aucune surprise bien sûr dans ces titres alarmants, mais j’aurais bien aimé pour le week-end une parenthèse de sérénité. Seulement voilà : Pas moyen d’échapper à l’avalanche des mauvaises nouvelles. En plus il fait gris à Berlin.

J’ai vite refermé le journal après avoir englouti mon café-croissant à l’angle de la Wilmersdorferstrasse. Mais à peine rentré chez moi, la Deutschlandfunk m’apprend les sombres prévisions du ministre allemand des finances , qui a donné une interview au Bild am Sonntag à paraître demain : la crise financière va durer au moins jusqu’à fin 2009. Et pour bien enfoncer le clou,  Peer Steinbrück ajoute : “le risque d’un effondrement est encore loin d’être passé, il serait faux de lever l’alerte”. Et de rappeller à ceux qui auraient gardé un soupçon d’optimisme, que la présentation d’un budget à l’équilibre en 2011 reste un simple objectif, “mais nous ne disons pas : nous allons y arriver dans tous les cas.”  C’est tout ?

Non, dans le Berliner Zeitung, voici que la Deutsche Bank, la première banque privée allemande, s’attend carrément à une récession l’an prochain en Allemagne. Le produit intérieur brut de la première économie de la zone Euro devrait reculer de 1,5 %. C’est un porte-parole de la Deutsche Bank Research qui le dit, en estimant que la croissance dans les pays industriels devrait connaître son plus bas niveau depuis la crise des année 1930. Nous voilà prévenus. Evidemment, chacun est libre de croire ou pas ce que disent les experts, mais cette fois-ci, pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que l’économie va dans le mur.

Au milieu de ces annonces de catastrophes, un paradoxe amusant quand même : Parmi les banques allemandes qui avaient appellé l’Etat au secours, la plupart hésitent maintenant à demander le bénéfice du plan de sauvetage de 480 milliards d’Euros concocté par le gouvernement Merkel. Surprenant ? Pas vraiment. D’abord en jouant la montre, les établissements financiers espèrent que le gouvernement reverra les conditions d’attribution des garanties de prêts interbancaires ou de recapitalisation. Et surtout, certains banquiers craignent de perdre leur fauteuil s’il font appel à une aide publique qui révèlerait leur gestion hasardeuse.

L’économie sociale de marché fait un tabac

Politique

“Les maîtres de l’univers se sont effondrés, les conséquences sont dramatiques, mais ce sont les autres qui trinquent. C’est ce qui nous met tellement en colère, et avec nous la majorité des gens de ce pays !”. D’émotion, Frank-Walter Steinmeier en avait la voix rauque, samedi 18 octobre, en s’adressant aux centaines de délégués du congrès extraordinaire du SPD réunis à l’Estrel Convention Center de Berlin. Le numéro deux du gouvernement Merkel a été élu -avec 95 % des voix- comme candidat du parti social démocrate allemand dans la course à la Chancellerie. Et la tempête financière lui fournit ses premiers arguments de campagne contre Angela Merkel. Seul problème : La Chancelière, qui a senti le danger politique, plaide elle aussi depuis le début de la crise pour l’économie sociale de marché à la mode allemande.

“Réguler la branche financière, remettre de l’ordre dans le rapport entre politique et économie, combattre le laisser-faire…” Le ministre des affaires étrangères et vice-chancelier égrène sa doctrine devant des délégués déjà convaincus et surtout curieux de tester la capacité de conviction de leur nouveau champion. Pour représenter le SPD face à Angela Merkel l’an prochain, Frank-Walter Steinmeier doit à tout prix marquer sa différence. Pas facile, puisque la Chancelière elle-même sonne l’alarme depuis des années sur les risques de dérive du système financier mondial. Déjà au G8 de Heiligendamm l’an dernier, Angela Merkel avait tenté d’attirer l’attention sur la gestion des hedge funds. Avec la crise, elle martèle son attachement à l’économie sociale de marché, la forme très allemande d’un libéralisme encadré.

Frank-Walter Steinmeier ne dit pas autre chose, qui approuve sous condition le plan de soutien au secteur bancaire. “Celui qui veut de l’argent public doit accepter que l’Etat ait son mot à dire” conclut-t’il en toute logique. Pour le SPD, il s’agit maintenant d’apparaître comme le principal adversaire d’un capitalisme débridé qui vient de prouver ses capacités de nuisance. Pas facile, car les conservateurs de la CDU n’ont pas été avares de critiques contre le système financier actuel. Quant aux ultra-libéraux du FDP, ils ont eux aussi voté vendredi au Bundestag le plan de soutien aux banques. Qu’il est doux de se réfugier sous le parapluie de l’Etat quand la tempête gronde.

L’une des mesures de ce plan de soutien aux établissements financiers prévoit de limiter la rémunération des dirigeants des banques qui auront fait appel à des fonds publics pour se renflouer. Cette disposition fait grincer des dents dans les hautes sphères de la finance allemande, qui dénoncent une possible fuite des cerveaux si la rémunération des banquiers était plafonnée, par exemple à moins de 500.000 Euros par an.  Autrement dit, il existerait un risque de voir certains responsables directs de la catastrophe actuelle quitter leur job qui ne serait plus assez payé à leur goût. Et d’être remplacés par des dirigeants différents, nouveaux, moins gourmands et surtout compétents. On en tremble.

Un gros problème

Politique

Après une semaine de panique boursière et dans une ambiance de catastrophe financière, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ne peuvent pas s’offrir le luxe de laisser planer le doute sur la cohésion franco-allemande face à la crise. Le sommet de Colombey-les-deux-Eglises, prévu de longue date pour inaugurer le mémorial Charles de Gaulle, leur a donc permis samedi 11 octobre d’afficher une unité officiellement sans faille. Les relations franco-allemandes sont-elles si tourmentées que chacun doive  justifier tellement souvent de leur solidité ?

 © B. Gallicher

© B. Gallicher

Au moment où les hélicoptères se posent à quelques minutes d’intervalle en contrebas du village de Colombey-les-deux-Eglises, la brume de ce samedi matin fait place à un beau soleil. Pas de quoi y voir le présage d’un réchauffement des relations franco-allemandes mises à rude épreuve par la tempête financière mondiale. Nicolas Sarkozy, arrivé le premier pour accueillir son invitée à sa descente de voiture, plaisante en montrant les conseillers d’Angela Merkel : “J’ai beaucoup de mal avec eux, gross Problem !”. A défaut de solution, le déjeuner dans un restaurant du village et la réunion de travail suffisent à  présenter un front commun lors de la conférence de presse de l’après-midi.

 © B. Gallicher

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Aucun fonds européen de soutien aux banques ne verra le jour. La Chancelière n’en veut décidemment pas. Nicolas Sarkozy approuve aussitôt en se lançant dans la démonstration de  l’inefficacité d’une telle mesure face à une crise qui impose des réactions immédiates. Mais au fait, qui en a eu l’ idée ?  Sûrement pas Christine Lagarde, quoiqu’en dise la presse allemande, tranche le président en rendant un hommage appuyé à la ministre de l’Economie. Le sujet est clos, l’entente franco-allemande débarrassée d’un malentendu. C’est toujours çà.

Dimanche soir, après la réunion de l’Eurogroupe à l’Elysée, le dispositif  attendu se confirme. Il consiste à garantir les prêts interbancaires et ouvre la voie à une recapitalisation des banques. Angela Merkel annonce qu’elle présentera ce lundi à Berlin lors d’un conseil des ministres exceptionnel son plan de soutien au secteur bancaire. “Son” plan de soutien ? “Nous allons le faire de façon simultanée avec la France” ajoute la Chancelière. Ouf.

Des banquiers rendront-ils des comptes ?

Fin du monde

Dur week-end pour Angela Merkel. Pendant que nombre de banquiers américains et européens relisaient -en transpirant à grosses gouttes- les clauses d’attribution de leurs parachutes dorés, la Chancelière a dû batailler sur deux fronts. D’abord en renvoyant dans les cordes ceux  qui plaidaient pour un fonds de soutien européen au système financier calqué sur le modèle du plan Paulson. Et en même temps,  en essayant de trouver une solution pour sauver du naufrage la banque allemande Hypo Real Estate. Ce n’est pas la première fois que l’Etat fédéral met la main au portefeuille pour soutenir le système bancaire en Allemagne. Mais cette fois, Angela Merkel demande à ceux “qui ont fait des affaires irresponsables”, de rendre des comptes. Un voeu pieux ?

Ne nous attardons pas sur le cas de la Hypo Real Estate, qui semblait sauvée à la veille du week-end grâce à plan de 35 milliards d’Euros, en grande partie garanti par l’Etat allemand, et qui a finalement necéssité un nouveau plan de survie de dernière minute ce dimanche soir, les besoins réels de financement étant très supérieurs à ce qui avait été envisagé. Depuis un an, les pouvoirs publics allemands ont été échaudés par le sauvetage d’une autre banque privée, IKB, victime de la crise des subprime, et remise à flot en grande partie par l’établissement public KfW (Kreditanstalt für Wiederaufbau) pour un total de plus de 8 milliards d’Euros. Avant que IKB ne soit  finalement cédée à bas prix à un fonds d’investissement américain.

La question soulevée ce dimanche par la Chancelière dépasse ces cas particuliers, en posant le problème de la responsabilité des  banquiers, où qu’ils soient. Est-ce par suivisme, par aveuglement, à cause de la pression exercée par les actionnaires sur les résultats à court terme, ou tout simplement en raison de la perspective de primes faramineuses que certains dirigeants de banques  développent des stratégies  aventureuses aux conséquences catastrophiques ? 

La gestion d’une grande banque n’est pas une science exacte. Des martingales de joueurs de casino ont souvent remplacé la maîtrise d’un système dont la complexité échappe à ceux qui l’ont mis en place et développé. La crise bat donc en brèche l’idée, soigneusement entretenue depuis des décennies, que seuls quelques centaines d’individus exceptionnels dans le monde auraient suffisamment de connaissances ou de talent -pour tout dire de génie- pour diriger le système financier mondial, leur rareté justifiant des rémunérations pharaoniques.

Le désastre auquel nous assistons démontre magistralement qu’il n’en est rien. Baucoup d’autres, bien moins payés, n’auraient pas fait pire, sûrement pas aussi mal, et sans doute vraiment mieux. Mais ceux-là n’auront pas voix au chapitre. Et comme en politique, la prime à l’échec se vérifie souvent. Certains responsables du chaos d’aujourd’hui, aux Etats-Unis et ailleurs, ont déjà empoché des millions de dollars. Parions que parmi eux  figurent de futurs dirigeants des grandes banques de demain ou d’après-demain, experts incontestés en ingénierie financière, et qui exigeront des salaires encore plus importants que ceux dont ils bénéficient jusqu’à présent. Sans avoir à rendre de comptes.

Marathonsuperman

Evènement

Parti comme une flèche du centre-ville de Berlin, ce dimanche 28 septembre,  l’Ethiopien Haile Gebrselassie est arrivé sur le même rythme  à la porte de Brandebourg  moins de deux heures et quatre minutes plus tard, après avoir parcouru les 42 kilomètres et 195 mètres du marathon. En battant de 27 secondes son propre record du monde établi l’an dernier sur le même tracé, il signe aussi sa troisième victoire à Berlin. Un marathon au parcours très plat qui favorise cette performance exceptionnelle. La course à laquelle participent 40.000 coureurs est aussi un évènement populaire qui réunit un million de spectateurs, dans une ambiance très  berlinoise. Donc extrêmement sympathique.

 © B. Gallicher

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Longtemps après  que le héros du jour Haile Gebrselassie a répondu aux journalistes et pris sa douche, ils étaient encore des milliers à franchir par paquets la ligne d’arrivée à la porte de Brandebourg. Toutes générations confondues, chacun à son rythme, beaucoup avec des écouteurs de mp3 vissés dans les oreilles. Un marathon normal, bien sûr. Mais ce qu’il y a de bien à Berlin, c’est que si le parcours plat permet à quelques uns des performances hors du commun, il offre aussi à la plupart des concurrents la possibilité de  finir l’épreuve en profitant vraiment de ce point de vue unique sur la capitale allemande débarrassée pour la circonstance d’une bonne partie de la circulation automobile.

 © B. Gallicher

© B. Gallicher

Au delà du record du monde, le marathon était cette année béni des Dieux. Soleil et température idéale, au moins pour les tout premiers qui ont bénéficié d’un peu de fraîcheur matinale. Ensuite, il a fait presque trop chaud. C’est du moins ce que m’a dit un participant expérimenté - il court des marathons aux quatre coins de la planète depuis des années- et dont les auditeurs de Radio France connaissent aussi la passion pour l’aéronautique. Frederic Beniada a bouclé ce tour de Berlin en  3 heures 35 minutes et 31 secondes. Bravo. Et si moi aussi je courais le marathon l’année prochaine ?