Bienvenue Ă  Berlin

Le blog de Bertrand Gallicher


Jeux de dupes Ă  Munich

Raison d'Etat

Moins de 48 heures après les propos en apparence rassurants tenus Ă  Munich par le ministre iranien des Affaires Ă©trangères sur un accord “Ă  portĂ©e de main” dans le dossier du nuclĂ©aire, l’Iran fait volte-face et annonce officiellement sa dĂ©cision d’enrichir de l’uranium Ă  20 %. C’est-Ă -dire de renoncer aux objectifs patiemment nĂ©gociĂ©s depuis des mois par les occidentaux, qui promettent dĂ©sormais de nouvelles sanctions contre TĂ©heran. Cet exemple illustre le contraste entre la rĂ©alitĂ© et  les dĂ©bats feutrĂ©s de la confĂ©rence de Munich sur la sĂ©curitĂ©, ce “Davos de la DĂ©fense” oĂą se sont retrouvĂ©s ce week-end des ministres, des chefs d’Etat et des experts. Dans le cas de l’Iran comme pour d’autres pays, la diplomatie de salon ne pèse pas lourd face aux vrais enjeux.

Wolfgang Ischinger, organisateur de la conférence de Munich © BG RF

Wolfgang Ischinger, organisateur de la conférence de Munich © BG RF

Le chef de la diplomatie iranienne Manouchehr Mottaki s’est montrĂ© aussi prolixe que conciliant lors du dĂ©bat organisĂ© tard dans la soirĂ©e de samedi, vers 23 h 30 après le dĂ®ner officiel de la confĂ©rence sur la sĂ©curitĂ©. A l’entendre, la RĂ©publique islamique qui rĂ©clame un accès au nuclĂ©aire civil Ă©tait sur le point de trouver un accord avec l’Agence Internationale de l’Energie Atomique sur l’Ă©change d’uranium enrichi. Un progrès du point de vue des occidentaux qui espèrent en contrepartie surveiller d’un peu plus près le chantier du nuclĂ©aire iranien. A la fin, le ministre a mĂŞme Ă©tĂ© un peu applaudi, par politesse ou par rĂ©flexe.

Le mĂŞme sentiment domine en entendant dimanche matin sur cette mĂŞme estrade de l’hĂ´tel Bayerischer Hof -l’un des plus luxueux hĂ´tels de la capitale bavaroise qui accueille la confĂ©rence- le prĂ©sident afghan Hamid KarzaĂŻ parler avec beaucoup de sĂ©rĂ©nitĂ© de l’avenir de son pays et des relations avec ses voisins comme le ferait par exemple un chef d’Etat de la paisible Union europĂ©enne. Un discours pour le moins dĂ©calĂ© par rapport à la guerre, aux attentats au coeur de Kaboul, Ă  la situation militaire qui dĂ©rape dangereusement en faveur des Talibans, Ă  la population prise en otage, Ă  la corruption qui ronge le pays. 

Paradoxalement, la confĂ©rence de Munich sur la sĂ©curitĂ© semble Ă©chapper Ă  la duretĂ© du monde dont elle parle.  Cette annĂ©e et pour la première fois, un ministre chinois des Affaires Ă©trangères y participait. Yang Jiechi  était très attendu sur les relations avec les Etats-Unis, Ă  cause des ventes d’armes amĂ©ricaines Ă  Taiwan qui ulcèrent PĂ©kin. Une “violation du code de conduite entre les nations” a-t’il dit. Pour le reste, le ministre s’est contentĂ© de propos aussi neutres qu’aimables. A Munich, la courtoisie et la prudence tuent parfois le message politique.

C’est beau Berlin, la nuit.

Culture

Profiter de “la longue nuit des musĂ©es” par une fraĂ®che soirĂ©e d’hiver -jusqu’Ă  moins dix degrĂ©s ce soir lĂ - en s’aventurant sur des trottoirs verglacĂ©s, pour se rĂ©chauffer ensuite devant des oeuvres d’art ou dans des lieux chargĂ©s d’histoire, en s’arrĂŞtant pour croquer une Bratwurst ou siroter un verre de Riesling  fait partie des plaisirs incontournables de la capitale allemande. Voici en quelques photos notre parcours à travers la lange Nacht der Museen qui a attirĂ© dans la nuit de samedi Ă  dimanche 27.000 visiteurs, selon le chiffre fourni par le ministère allemand de la Culture.

Point de dĂ©part Alexanderplatz, dans l’est de Berlin. Un tour au Rotes Rathaus -l’hĂ´tel de ville rouge- ainsi nommĂ© non en raison de son orientation  politique, mais parce qu’il est construit en briques tirant sur cette couleur. Un coup d’oeil dans le bureau du maire SPD Klaus Wowereit, un peu de musique de chambre -admirez le lustre municipal- et cette architecture Ă©tonnante, que l’on dirait parfois d’inspiration orientale !

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Deuxième Ă©tape Ă  quelques centaines de mètres en traversant l’Alexanderplatz en diagonale, le petit musĂ©e du deux-roues de la RDA. Une exposition qui en dit long sur l’Ă©volution de la technologie est-allemande au fil des dĂ©cennies. A la fin des annĂ©es 80, le retard de l’industrie communiste était devenu irratrapable. Cette collection porte aussi un regard sur la sociĂ©tĂ© de l’ex-Allemagne de l’est Ă  travers la moto comme Ă©lĂ©ment assumĂ© d’un style de vie, souvent faute de pouvoir possĂ©der une voiture. L’Ă©quipement de la police de l’ex-RDA, lui, fait plutĂ´t toc.

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Changement d’univers pour la troisième halte, avec un passage au Bode Museum que l’on peut lĂ  aussi rejoindre Ă  pied. SituĂ© Ă  l’extrĂ©mitĂ© de l’Ă®le aux musĂ©es, il vaut autant par ses proportions que par les oeuvres -beaucoup d’art religieux- qu’il donne Ă  voir. A quelques pas de la porte monumentale, les promeneurs sont accueillis par une vendeuse de Bretzels, courageuse malgrĂ© le froid piquant. A l’intĂ©rieur règne une atmosphère majestueuse et paisible.

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Pour rejoindre la dernière visite de la soirĂ©e -parmi une offre considĂ©rable de musĂ©es, monuments et expositions- il faut retraverser une partie de Berlin, cette fois en direction de l’ouest vers le Reichpietsufer. Destination, un chef d’oeuvre de l’architecture berlinoise du dĂ©but des annĂ©es 30, l’immeuble Gasag -en quelque sorte l’Ă©quivalent allemand de GDF- également connu sous le nom de Shell Haus puisqu’il Ă©tait Ă  l’origine destinĂ© Ă  une filiale de la compagnie pĂ©trolière. La façade illustre l’ondulation de l’eau. Bien que le bâtiment soit classĂ©, l’art contemporain a pu trouver sa place Ă  l’intĂ©rieur, comme le sol multicolore d’une cage d’escalier, un mobile qui descend sur neuf Ă©tages, et souvent une brin d’humour.

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En tĂŞte de liste des lieux les plus frĂ©quentĂ©s lors de cette longue nuit des musĂ©es ,  le Berliner Dom -la cathĂ©drale- qui a accueilli 12.100 visiteurs, suivi du Deutsche Historische Museum -musĂ©e de l’histoire allemande- parcouru ce soir-lĂ  par 6.200 personnes. La lange Nacht der Museen qui permet de flâner une partie de la nuit dans des lieux parfois inattendus traduit l’ambiance de Berlin.  Simple et Ă©trange, unique, accessible Ă  tous et souvent Ă©tonnante.

L’Allemagne dans le bourbier afghan

Politique

“Envoyons-nous maintenant plus de soldats ou pas en Afghanistan, monsieur le ministre des Affaires Ă©trangères ?” Tel est le titre de l’interview de Guido Westerwelle que publie aujourd’hui le Bild am Sonntag. A dĂ©faut d’ĂŞtre limpide, la rĂ©ponse du chef de la diplomatie allemande ne manque pas de subtilitĂ© : ”Je n’ai jamais dit que nous n’enverrions en aucun cas des soldats supplĂ©mentaires, par exemple pour la formation des troupes afghanes, mais je ne donne pas non plus de chèque en blanc”. A la veille de la visite Ă  Berlin du prĂ©sident afghan Hamid KarzaĂŻ, et Ă  quatre jours de la confĂ©rence internationale sur l’Afghanistan Ă  Londres, le gouvernement Merkel se prĂ©pare Ă  annoncer un engagement accru dans ce pays. MalgrĂ© l’opposition rĂ©solue des deux tiers de l’opinion  allemande.

La Bundeswehr est autorisĂ©e à maintenir en Afghanistan un maximum de 4.500 soldats. Angela Merkel en rĂ©clamera-t’elle davantage en prononçant mercredi au Bundestag son discours sur l’Afghanistan ? Rien n’est encore sĂ»r, mais les grandes manoeuvres politiques ont commencĂ© et atteindront leur apogĂ©e cette semaine. Avant de recevoir Hamid KarzaĂŻ, la chancelière rĂ©unit lundi ses ministres de la DĂ©fense, du DĂ©veloppement, de l’IntĂ©rieur et des Affaires Ă©trangères. Le point de vue de Guido Westerwelle exprimĂ© ce matin dans le Bild am Sonntag est celui qui attire le plus mon attention. Pas seulement parce que nous habitons le mĂŞme quartier,  mais en raison de ses critiques marquĂ©es jusqu’Ă  l’Ă©tĂ© 2009 envers la politique afghane d’Angela Merkel. C’Ă©tait bien sĂ»r Ă  l’Ă©poque oĂą Guido Westerwelle appartenait Ă  l’opposition.

Son collègue de la DĂ©fense Karl Theodor zu Guttenberg fait savoir dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung qu’il proposera avant la rĂ©union de Londres “un chiffre concret pour une Ă©ventuelle hausse de la participation allemande aux troupes” en Afghanistan. MĂŞme s’il affirme que la dĂ©cision sera liĂ©e aux rĂ©sultats de la confĂ©rence internationale de jeudi, l’implication croissante de l’Allemagne en Afghanistan -sous une forme ou une autre- ne fait plus guère de doute. Reste Ă  expliquer aux Allemands qu’il s’agit d’accĂ©lerer la reconstruction du pays et permettre Ă  l’armĂ©e et Ă  la police afghanes de prendre en charge de façon autonome et le plus tĂ´t possible les missions de sĂ©curitĂ©.

Tous ceux qui souhaitent le meilleur pour  l’Afghanistan veulent croire Ă  cette vision d’un Etat bientĂ´t capable d’assumer lui-mĂŞme son avenir. Il n’en est Ă©videmment rien et les renforts qu’enverront les occidentaux n’y changeront pas grand chose. L’incursion des Talibans en plein centre de Kaboul le 18 janvier Ă©tait-elle vraiment une attaque ”dĂ©sespĂ©rĂ©e” comme le disait quelques heures plus tard l’Ă©missaire amĂ©ricain Richard Holbrooke ? En Allemagne comme dans beaucoup d’autres pays occidentaux, la presse y voit plutĂ´t l’inquiĂ©tant signal d’un dĂ©litement de la situation sĂ©curitaire. Ce qui ne donne pas raison pour autant Ă  ceux qui voudraient abandonner le terrain aux Talibans. Mais plus que jamais l’opinion allemande redoute un enlisement de la Bundeswehr.

GrĂĽne Woche

Consommation

Depuis vendredi, une foule de curieux et d’affamĂ©s se presse Ă  la GrĂĽne Woche -la semaine verte- qui est à Berlin ce que le salon de l’agriculture est Ă  Paris. Une gigantesque foire cĂ©lĂ©brant les productions du terroir et la gastronomie allemande, mais aussi europĂ©enne. D’ici dimanche prochain 24 janvier, 400.000 visiteurs sont attendus au milieu de cet immense et surprenant mĂ©lange d’animaux, de vĂ©gĂ©taux, de victuailles et de matĂ©riel de jardinage. Le plus grand au monde dit-on, le plus vaste en tout cas. Coup d’oeil en images sur cette 75ème Ă©dition -animĂ©e et chaleureuse- oĂą l’on se perd facilement.

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Des fruits secs et des bonbons multicolores aux arĂ´mes Ă©videmment naturels, 5.000 sortes de bières, des miss sous une affiche proclamant les vertus de l’agriculture allemande, mais aussi le Rubik’s Cube en symbole de la Hongrie, invitĂ©e d’honneur de cette foire 2010.

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Suivent la récolte -en miniature- des asperges en Brandebourg, grande spécialité locale cultivée sur ces buttes sableuses, quelques vaches laitières à la même échelle, et de vrais  moutons avec leurs éleveurs, semblant eux aussi appartenir à une scène immobile reconstituée pour une maquette.

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Des orangers bien au chaud tandis qu’au dehors la neige tombe dru, des poissons exotiques et indiffĂ©rents, des parterres de fleurs comme dans un jardin municipal et des oiseaux qui parlent… la langue de Goethe ?

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Pour finir, l’histoire qui a Ă©gayĂ© ma visite. Dans les stands français, pas très loin d’un rayon de charcuterie oĂą les vendeurs se dĂ©brouillent très bien pour se faire comprendre par gestes, j’achète une bouteille d’eau Ă  un serveur un peu bourru. “Enfin un qui parle français !” marmonne-t-il en l’apportant.

Les luges de la montagne du diable

Saisons

27 centimètres de neige ce week-end Ă  Berlin qui se donne l’allure d’une immense station de sports d’hiver. Plate. Car pour ceux qui n’en connaissent pas la topographie, la capitale allemande est avare de dĂ©clivitĂ©s. Aussi, quand la ville blanchit, les moindres pentes sont prises d’assaut par des hordes d’enfants armĂ©s de luges. Furieusement tendance, le Teufelsberg dans l’ouest de la ville, Ă  proximitĂ© du stade olympique.

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A quinze minutes du centre-ville, il suffit de tourner Ă  gauche tout de suite après la station de S-Bahn Heerstrasse pour se retrouver sur la Teufelsee chaussee dans une ambiance de station de ski, un week-end d’affluence. Tout y est, les voitures qui se suivent prudemment sur un tapis de neige en cherchant une place sur un parking oĂą les roues patinent dans les ornières, les promeneurs emmitouflĂ©s dans les anoraks. Une fois la voiture casĂ©e le long des congères, on se surprend Ă  guetter dans le silence ouatĂ© le grĂ©sillement d’une machinerie de remonte-pente.

Peine perdue, bien sĂ»r, puisque le Teufelsberg -la montagne du diable- au pied duquel nous nous trouvons ne dĂ©passe pas 80 mètres de hauteur et que les enfants doivent grimper Ă  pied avant de dĂ©valer Ă  fond les pistes improvisĂ©es.  La particularitĂ© de cette colline est d’ĂŞtre formĂ©e d’un amoncellement de gravats, ceux de la ville aux deux-tiers rasĂ©e par les bombardements alliĂ©s de la seconde guerre mondiale. Plusieurs millions de mètres cubes de pierres, de briques et d’autres matĂ©riaux, sur lesquels poussent de maigres arbres.

Les AmĂ©ricains avaient bâti au sommet une station radar longtemps utilisĂ©e pendant la guerre froide et dĂ©sormais abandonnĂ©e. Aujourd’hui le long des pentes enneigĂ©es, les luges en  plastique rivalisent de vitesse avec les luges en bois. Au pied du Teufelsberg, des baraques proposent des Bratwurst -saucisses grillĂ©es- des Bretzel gĂ©ants et du GlĂĽhwein, du vin chaud. Bien loin des automobilistes coincĂ©s pendant des heures sur les autoroutes du nord de l’Allemagne, et loin des tarmacs enneigĂ©s oĂą les retards s’accumulent.

 

Réveillon au pont des espions

Histoire

A Berlin, franchir le cap de la nouvelle annĂ©e parmi le million de personnes rassemblĂ©es aux alentours de la porte de Brandebourg paraĂ®t toujours  aussi sympathique et convivial. Surtout pour le 31 dĂ©cembre 2009, l’annĂ©e du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin. Mais si l’opportunitĂ© se prĂ©sente, d’autres options plus originales peuvent offrir une toute autre atmosphère et un voyage dans le temps.

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Le Glienicker BrĂĽcke fait partie des lieux mythiques de la guerre froide. C’est Ă  l’entrĂ©e de Potsdam, Ă  la limite de la ville-Etat de Berlin et du Land de Brandebourg que se dresse ce pont mĂ©tallique qui marque pendant quatre dĂ©cennies la frontière entre l’est et l’ouest, et sur lequel s’Ă©changent alors les agents de chaque camp selon un usage retracĂ© par tant de romans et de films. La scène se passe gĂ©nĂ©ralement dans le brouillard qui monte du Tiefer See au petit matin. Aux appels de phare d’une Mercedes rĂ©pondent ceux d’une Wartburg. Et les espions se croisent en  silence dans un paysage lugubre.

Les villas autrefois abandonnĂ©es qui bordent la Havel aux abords du Glienicker BrĂĽcke sont dĂ©sormais magnifiquement restaurĂ©es. Passer le rĂ©veillon dans l’une d’elles, avec une vue imprenable sur les arches mĂ©talliques qui rythment le pont des espions tandis que tombe une neige Ă©paisse, permet de mesurer le chemin parcouru. En cette nuit de Saint Sylvestre, les explosions qui se succèdent sur les rives de la Havel donnent un coup de vieux Ă  la guerre froide. Ce ne sont que les feux d’artifice et les pĂ©tards qui Ă©clatent dans le ciel enneigĂ©, au dessus des poutrelles d’acier.

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Les fantĂ´mes de Kunduz

Raison d'Etat

Nous parlons rarement en nous croisant dans l’escalier, mais le rĂ©dacteur en chef de die Welt rĂ©sume parfaitement la situation aujourd’hui dans son journal, Ă  propos du sujet qui dĂ©fraye la chronique en Allemagne ces dernières semaines : “Le dĂ©bat sur l’attaque aĂ©rienne Ă  Kunduz touche Ă  un tabou : les Allemands et la guerre”. RĂ©sumĂ© de l’affaire : Le 4 septembre dernier en Afghanistan, des avions de combat amĂ©ricains bombardent deux camions-citernes volĂ©s par les Talibans. Cette frappe ordonnĂ©e par un officier allemand fait un nombre indĂ©terminĂ© de victimes -jusqu’Ă  142 dont des civils selon l’OTAN- et suscite un émoi considĂ©rable en Allemagne. Au point de mettre dans l’embarras le gouvernement Merkel. Nouveau rebondissement aujourd’hui.

L’engagement de la Bundeswehr en Afghanistan passe de plus en plus mal dans l’opinion publique qui est majoritairement opposĂ©e Ă  ce que des soldats allemands participent Ă  une guerre, mĂŞme prĂ©sentĂ©e comme une opĂ©ration de maintien de la paix. Le bombardement  Ă  Kunduz apparaĂ®t dĂ©sormais comme une affaire Ă  tiroirs. Après l’annonce de cette frappe aĂ©rienne, le ministère de la DĂ©fense estimait  que le colonel allemand avait donnĂ© l’ordre de bombarder pour empĂŞcher les Talibans d’utiliser les camions-citernes comme bombes roulantes en vue de commettre des attentats. Explications jugĂ©es un peu courtes au Bundestag. Indirectement, le bombardement coĂ»tera successivement leur poste au chef d’Ă©tat-major de l’armĂ©e, au secrĂ©taire d’Etat Ă  la DĂ©fense et à l’ancien ministre de la DĂ©fense qui venait de se voir attribuer le portefeuille du Travail.

Aujourd’hui, c’est le nouveau ministre de la DĂ©fense, Karl-Theodor zu Guttenberg qui se retrouve sur la sellette. Au coeur d’un dĂ©bat beaucoup plus politique que technique, après des propos controversĂ©s selon lesquels le bombardement pour dĂ©truire des Talibans ne constituait pas en soi ”une cible illĂ©gitime”. Une dĂ©claration dont l’opposition s’est emparĂ©e, en s’interrogeant sur la vĂ©ritable mission de la Bundeswehr en Afghanistan. Maintien de la paix et aide Ă  la reconstruction ou action offensive ? Une commission parlementaire d’enquĂŞte a demandĂ© la convocation d’Angela Merkel, qui peut refuser. Selon la presse allemande, le prĂ©cĂ©dent gouvernement aurait passĂ© sous silence certains Ă©lĂ©ments liĂ©s Ă  cette affaire. Un vrai souci pour la chancelière. Elle doit dire le mois prochain si elle accepte la demande de l’OTAN qui rĂ©clame instamment Ă  la RĂ©publique fĂ©dĂ©rale 2.000 soldats supplĂ©mentaires sur place, pour renforcer les 4.500 Allemands dĂ©jĂ  prĂ©sents en Afghanistan.

Au secours, la population allemande rétrécit !

statistiques

Les chiffres que vient de publier l’office fĂ©dĂ©ral des statistiques sont très clairs. La population la plus nombreuse de l’Union europĂ©enne -82 millions d’habitants- est en passe de se rĂ©duire comme une peau de chagrin. Un recul dĂ©mographique diagnostiquĂ© de longue date. Et la contribution personnelle de la ministre allemande de la famille, Ursula von der Leyen, -sept enfants- ne suffit pas Ă  inverser la tendance ni Ă  convaincre ses compatriotes de fonder des familles nombreuses.

Sans vous accabler de statistiques, quelques chiffres rĂ©sument Ă  eux seuls la tendance au dĂ©peuplement dont souffre l’Allemagne. Ici le taux de fĂ©conditĂ© stagne Ă  1,4 depuis plus de trois dĂ©cennies. A ce rythme, le pays comptera entre 65 et 70 millions d’habitants en 2060. Le nombre de dĂ©cès, dĂ©jà supĂ©rieur Ă  celui des naissances, devrait augmenter sensiblement au cours des prochaines annĂ©es. Car c’est naturellement Ă  vieillissement de la population que l’on assiste. Dans un demi-siècle, un tiers des Allemands aura plus de 65 ans.

MĂŞme si les femmes allemandes se dĂ©cident Ă  avoir plus d’enfants (littĂ©ralement on dit ici de façon charmante “recevoir un bĂ©bĂ©”) la tendance ne peut plus ĂŞtre inversĂ©e. Et l’immigration ne suffira  sans doute pas Ă  enrayer ce phĂ©nomène de dĂ©peuplement. Première consĂ©quence, une diminution du pourcentage de la population active, par rapport au nombre de retraitĂ©s. Donc vraisemblablement des cotisations sociales de plus en plus Ă©levĂ©es et des allocations vieillesse qui s’effritent. Le deuxième rĂ©sultat de cause Ă  effet porte Ă  terme sur l’affaiblissement de la puissance Ă©conomique de l’Allemagne par rapport Ă  ses voisins europĂ©ens, mais aussi sur le plan mondial.

Ce scĂ©nario catastrophe qui paraĂ®t cohĂ©rent sur le papier est-il irrĂ©versible ? Pas sĂ»r. Parce que les politiques natalistes et d’immigration peuvent ĂŞtre prises Ă  bras le corps pour enrayer ce phĂ©nomène. En 2025, il y aura sur terre 8 milliards d’habitants. Parmi ceux issus des pays pauvres, beaucoup seront tentĂ©s -qu’on les y invite ou non- de s’installer dans un Etat europĂ©en dont les standards de vie sont Ă©levĂ©s. Si l’Allemagne le souhaite, il lui suffira d’ouvrir les bras.

La RDA, une note en bas de page

Evènement

Radio France en direct de Berlin aujourd’hui jusqu’Ă  minuit, pour une journĂ©e exceptionnelle fusionnant toutes les chaĂ®nes du groupe. A Ă©couter aussi -si vous ĂŞtes en Allemagne- sur le rĂ©seau ondes moyennes (MW) et ondes longues (LW) de la Deutschlandfunk.

(Extrait de l’Allemagne au pied du mur , qui vient de paraĂ®tre aux Ă©ditions de La Table Ronde, avec Radio France, 400 pages) Ce 9 novembre 1989 Ă  Berlin-est,  face Ă  un parterre de journalistes aux aguets, le porte-parole du gouvernement GĂĽnther Schabowski s’explique sur un projet de loi permettant aux citoyens de RDA de voyager Ă  l’étranger. Cinq jours plus tĂ´t, un demi-million de personnes ont manifestĂ© dans la capitale d’Allemagne de l’est. La confĂ©rence de presse est diffusĂ©e en direct Ă  la tĂ©lĂ©vision. RĂ©pondant Ă  une question du correspondant de l’agence italienne ANSA Riccardo Ehrman, il  annonce une libĂ©ralisation des règles administratives pour sortir du pays Ă  destination de la RĂ©publique fĂ©dĂ©rale. « A partir de quand, de maintenant ? » demandent des voix dans la salle. GĂĽnther Schabowski finit par lâcher sur un ton un peu interrogatif : « A ma connaissance, tout de suite. ImmĂ©diatement ». Il est presque 19 heures. Des milliers d’Allemands de l’est commencent bientĂ´t Ă  se rassembler au point de passage de la Bornholmer Strasse.

Tout près de l’appartement où vivait Sara avec son frère -de trois ans plus jeune qu’elle- et leurs parents lors de la chute du mur. Elle avait neuf ans. Aujourd’hui cette jolie jeune femme qui habite toujours à proximité de l’ancien mur garde en mémoire ses premiers pas à l’ouest. « On est allé retirer notre Begrüssungsgeld, le pécule de 100 deutschemark remis aux citoyens de RDA arrivant de l’autre côté. Je me suis achetée une petite poupée. Il y avait un enfant de Berlin-ouest qui était là avec un sac en plastique et qui donnait ses vieilles Matchbox, les autos miniatures. Je me rappelle avoir interdit à mon frère d’en prendre. Par fierté ». Le réflexe d’une petite fille élevée à l’est qui découvre un autre univers avec lequel sa relation ne sera pas si simple.

« J’ai eu une enfance divisée, comme si elle avait été coupée en deux » constate-t’elle. Un paradoxe de la réunification. « Il y a des souvenirs que je ne retrouve pas dans ma vie actuelle. Ce n’est plus le même système, la même logique. Ce ne sont plus les mêmes maisons que je vois, elles ont été rénovées. Je ressens une certaine différence mais je ne parviens pas à la mettre en place, dans un grand contexte. Je n’ai pas suffisamment vécu la RDA pour pouvoir juger. Et c’est là mon dilemme ».

Avant l’ouverture du rideau de fer, Sara connaît surtout de son grand-père maternel -originaire de Leipzig mais installé à Munich une dizaine d’années avant sa naissance-  les cadeaux qu’il lui envoie. « C’était quelque chose de très spécial de recevoir les paquets avec des jouets ou des vêtements de l’ouest qui étaient toujours plus chers et plus beaux que ceux de l’est » dit-elle avec une pointe d’ironie. De République fédérale lui parviennent parfois des surprises qu’elle est fière de montrer à ses amies. Comme ces protège-oreilles envoyés par sa tante. « Ils étaient en forme de tête de Panda. C’était très cool et très à la mode ! » raconte Sara en riant.

Quand des amis de l’ouest viennent leur rendre visite, c’est l’œil sur la montre car ils doivent repasser le poste de contrôle avant minuit.  Mais la petite fille d’alors n’a pas conscience de vivre derrière un mur. « L’Allemagne de l’ouest était un autre pays, je n’imaginais pas que ce pouvait en être une autre partie. Donc forcément il y avait des frontières et ce n’était pas aussi facile d’y entrer. Mais on pouvait voyager, aller par exemple en Tchécoslovaquie -comme cela s’appelait à l’époque- ou à la mer Baltique. Et je ne me suis jamais demandée : pourquoi pas la France ou l’Angleterre ? »

Vingt ans après, la jeune femme s’identifie toujours par rapport au pays où elle est née. Même si ce n’est pas très tendance d’être de l’est, explique-t’elle. Sara comprend que des jeunes de l’ouest ne sachent souvent rien de cette période. En revanche les clichés véhiculés à l’ouest lui déplaisent, comme la façon dont certains considèrent la RDA. Elle a été heurtée un jour d’entendre une jeune collègue de bureau lui dire en riant après avoir raccroché le téléphone : « il parlait ostdeutsch, l’allemand de l’est ». «Qu’une fille ayant presque mon âge, intelligente et gentille puisse dire ça sans être gênée ! Ca n’avait rien de politique. J’ai l’impression que cette ignorance assumée et revendiquée appartient au bon goût.

Pendant une fête j’ai discuté  avec quelqu’un qui a cinq ans de moins que moi et qui m’a dit : « L’histoire de la République démocratique allemande n’est pas intéressante. Le 11 septembre en revanche a de  l’importance ». Ca m’a vraiment mise en colère ! L’Allemagne de l’est n’a sans doute rien d’essentiel pour lui ni pour le monde, mais pour moi c’est important ». Sara ne se fait toutefois aucune illusion. « J’avais un prof qui qualifiait la RDA de Fussnote der Geschichte, une note en bas de page de l’histoire. Peut-être avait-il raison. Dans vingt ans il est possible que ça n’intéresse plus personne. Les gens auront vécu des vies différentes ».

La théorie des dominos (J-1)

Evènement

La journĂ©e spĂ©ciale “Radio France fait le mur” diffusĂ©e sur l’ensemble des chaĂ®nes du groupe, peut aussi ĂŞtre Ă©coutĂ©e en Allemagne sur le rĂ©seau ondes moyennes (MW) de la Deutschlandfunk.

Radio France cĂ©lèbre demain le vingtième anniversaire de la chute du mur. En direct de Berlin -et en public pour tous les francophones de la capitale allemande- de deux studios installĂ©s l’un Ă  l’est (sur le plateau de la ZDF, Unter den Linden 36) et l’autre Ă  l’ouest (Institut français, KurfĂĽrstendamm 211). Un programme de 24 heures diffusĂ© sur une antenne unique.

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Des centaines de dominos gĂ©ants et multicolores ont Ă©tĂ© placĂ©s samedi 7 novembre 2009 sur le tracĂ© de l’ancien mur de Berlin, de la Spree -la rivière qui traverse la capitale- jusqu’Ă  la Potsdamer Platz. Ces rectangles de polystyrène s’entraĂ®neront les uns les autres dans leur chute, lundi 9 novembre. Une façon de rappeler l’effondrement en chaĂ®ne des rĂ©gimes communistes d’Europe de l’est. Une attraction temporaire -comme le souligne le maire de Berlin Klaus Wowereit ci-dessous- mais qui suscite un fort engouement des Allemands comme des touristes Ă©trangers.

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Pendant ce temps, les Ă©quipes de Radio France prĂ©parent activement la journĂ©e spĂ©ciale d’information, de reportages et de dĂ©bats consacrĂ©e Ă  ce vingtième anniversaire de la chute du mur. Dans les locaux de la ZDF sur Unter den Linden -les Champs ElysĂ©es de l’est- le studio public est opĂ©rationnel. Si l’on en juge par le nombre de Français qui dĂ©ambulent le long des dominos gĂ©ants, il devrait faire salle comble lundi.

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Des Ă©missions Ă  suivre lundi 9 novembre 2009 sur l’antenne unique de Radio France, sur internet et sur le rĂ©seau ondes moyennes (MW) de la Deutschlandfunk. Des prĂ©cisions sur le programme  http://www.radiofrancefaitlemur.fr/ Et pour dĂ©couvrir l’Allemagne d’aujourd’hui, vingt ans après la première brèche l’Allemagne au pied du mur, aux Ă©ditions de La Table Ronde avec Radio France, 400 pages.

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