Bienvenue à Berlin

Le blog de Bertrand Gallicher


Les milliards enfuis des riches Allemands

Economie

Alors que plusieurs chaînes de production de l’industrie automobile allemande sont restées immobiles pendant la période des fêtes, au moment où les prévisions les plus pessimistes annoncent un fort recul du PIB de l’Allemagne en 2009, et tandis que rôde le spectre d’une augmentation du chômage après des années d’amélioration de la situation de l’emploi, que nous apprend ce samedi le magazine Wirtschafts Woche ? Une nouvelle affreuse. Les vingt familles allemandes les plus riches auraient perdu 40 milliards d’Euros dans la crise financière.

Un désastre lié aux seuls placements boursiers de ces Promis -les notables fortunés- si l’on en croit un conseiller en gestion de patrimoine de la haute société, cité par l’hebdomadaire. Selon lui, certaines fortunes sont autant menacées aujourd’hui qu’au siècle dernier pendant la période d’inflation galopante des années vingt -quand selon l’expression populaire, il fallait une brouette de billets de banque pour acheter un pain- ou même lors de la grande dépression des années trente. Rien à voir donc avec les crises économiques des trente cinq dernières années. Cette fois, les riches Allemands craindraient d’y laisser leur chemise.

C’est évidemment une image et il est peu probable de voir dans quelques mois d’ex-milliardaires malchanceux ou imprudents faire la queue, cigare au bec, devant une soupe populaire. D’abord parce qu’une partie de ces pertes est virtuelle. Les détenteurs d’actions dont le cours a plongé et qui n’ont pas vendu peuvent toujours espérer voir ces titres reprendre de la valeur quand la vague déferlante de la crise sera passée. Ensuite parce que leur patrimoine ne se résume pas à quelques centaines de millions d’Euros en actions, mais compte aussi d’autres investissements moins sensibles à la conjoncture.

Et surtout ce qui protège les plus riches parmi les plus riches Allemands de tout souci, c’est simplement la valeur absolue de leur fortune. Un classement établi par le Manager-Magazin estime qu’ils sont 122 à détenir un patrimoine au moins égal à un milliard d’Euros. Certains se sont enrichis dans la grande distribution, d’autres sont des héritiers de l’automobile ou de l’industrie chimique. Même ceux qui se sont un peu loupés en investissant à la bourse peuvent donc continuer à mener une existence confortable. Il leur reste largement de quoi faire régulièrement le plein de kérosène de leurs jets privés.

A quoi rêvent les peintres

Culture

Ils étaient Allemands et peintres, mais à part ça, aucun rapport entre Paul Klee (1879-1940) et Walter Leistikow (1865-1908) et je ne me risquerais pas à une improbable comparaison de leur art, même si je viens de voir successivement les deux expositions qui leur sont consacrées à Berlin et dont je voudrais vous dire juste quelques mots. Le premier est installé à la Neue Nationalgalerie près de la Potsdamer Platz encore jusqu’au 8 février. Pour le second, il ne faut pas traîner , la petite exposition au Bröhan Museum de Charlottenburg, à deux pas du château, ferme ses portes le 11 janvier. Et je crois bien que c’est ma préférée.

Voilà déjà un peintre qui a  eu l’idée de représenter les paysages  du Brandebourg à la fin du XIXme siècle, c’est-à-dire à une époque où des centaines de kilomètres carrés de nature intacte aux portes de Berlin, plats comme la main,  avec à perte de vue une succession de forêts et de lacs, n’apparaissaient pas forcément comme un sujet en soi. Walter Leistikow a su en déceler la beauté. Il a même consacré une grande partie de son travail à peindre ces paysages, alternant un style figuratif très classique, mais aussi l’impressionisme et parfois l’hyperréalisme -longtemps- avant la lettre. Passant en vrac d’une technique à l’autre sans évolution chronologique lisible. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles il a été retoqué à l’exposition de Berlin en 1898.

Il faut dire aussi que Guillaume II l’avait dans le nez. L’empereur ne supportait pas  ses représentations des paysages de Grünewald. Mais  pour un peintre anticonformiste, se faire interdire de son vivant d’une grande manifestation officielle est généralement bon signe. Cette contrariété n’a pas empêché Walter Leistikow de travailler et n’a rien à voir avec son suicide le 24 juillet 1908, lié à son état de santé très dégradé. D’ailleurs les portraits de lui montrent un artiste au visage creusé qui devait trouver un certain réconfort dans la nature paisible du Brandebourg. C’est du moins ma théorie depuis que je me prends pour un spécialiste de Walter Leistikow, c’est-à-dire moins de deux semaines.

Quant à Paul Klee, l’exposition dans l’immense sous-sol de la Neue Nationalgalerie mérite bien deux ou trois heures pour tout voir et essayer de comprendre les oeuvres regroupées par thèmes. C’est généralement intéressant -par exemple la structure en carrés, mais aussi la relation de son art à la musique- quelquefois assez beau. Pour se détendre, on a envie d’imaginer que certains dessins ou  toiles d’apparence enfantine et qui valent aujourd’hui une fortune ne sont pas l’oeuvre de Paul Klee mais de son fils Felix quant il était tout petit. Je plaisante bien sûr.

Etrennes allemandes

Economie

On ne badine pas ici avec la trève des confiseurs. Pendant deux semaines, l’Allemagne va vivre au rythme des fêtes de famille et des vacances, c’est-à-dire pour  beaucoup de salariés avec une activité réduite. Ce sera particulièrement vrai cette année pour les ouvriers de l’industrie automobile confrontés à une chute de la demande sans précédent. Car la crise économique gagne du terrain à toute vitesse en Allemagne. Avant la trève de Noël et du nouvel an,  Angela Merkel tente donc de répondre à l’inquiétude de ses compatriotes en promettant une nouvelle initiative en janvier.

Drôle de voeux. Dans un message video diffusé par la Chancellerie, Angela Merkel demande aux Allemands de puiser des forces pendant les fêtes de fin d’année et confirme que chaque jour arrivent des nouvelles sur les difficultés rencontrées par des entreprises. La dirigeante allemande annonce aussi une année 2009 pleine de défis. “Nous voulons agir là où des emplois peuvent être maintenus ou créés” dit-elle en précisant que l’Etat va faire un nouvel effort en janvier pour soutenir la conjoncture. De quel montant ? Mystère. Seul le Spiegel croit savoir qu’il y aura pour 40 milliards d’Euros d’investissements dans les écoles, le réseau routier et l’internet à haut débit.

Ce matin dans le Welt am Sonntag, le ministre des Finances qui jusque-là ne semblait pas emballé à l’idée de dépenser de l’argent public, se montre lui aussi moins catégorique. “Nous ne pouvons verrouiller la porte de la salle des coffres, sans quoi d’autres personnes la forceront dans un mouvement de panique” dit Peer Steinbrück, qui veut pourtant éviter d’avoir à envisager chaque mois de nouvelles mesures de relance. Toute la question est de savoir à quelle hauteur renflouer l’économie allemande et jusqu’où mettre à mal le redressement chèrement acquis des comptes publics.

Cette prudence des autorités allemandes face à la crise est analysée par le nouveau secrétaire d’Etat français aux affaires européennes,  lors de son passage à Berlin jeudi 18 décembre. Bruno Le Maire me dit que l’on ne peut pas reprocher à Angela Merkel  l’attitude qu’elle a adoptée, car le contexte allemand est très différent de celui de la France. Le quasi-équilibre budgétaire de l’Allemagne ayant été obtenu grâce aux efforts demandés aux contribuables, il est normal que Berlin réfléchisse à deux fois avant d’engager de l’argent public. Et la Chancelière en situation de coalition politique, ne décide pas seule. Elle doit aussi tenir compte des Länder, qu’elle vient justement de consulter.

Où est passé l’hiver ?

Saisons

Ce pourrait être une conversation de café du commerce -pardon, de Kneipe- mais ça n’a pas dû échapper à Angela Merkel qui vient de se mettre d’accord à Bruxelles avec ses petits camarades européens sur le fameux paquet climat énergie censé limiter les dégâts pour les prochaines années en matière d’environnement et de réchauffement climatique : L’hiver à Berlin se fait rare. Il suffit de l’écrire pour que si ça se trouve dès la semaine prochaine un profond tapis de neige se dépose sur le Kudamm et que Unter den Linden ressemble à une patinoire. Mais tout de même, je demande à voir.

Bien sûr, les mannequins des vitrines emmitouflés dans d’épaisses pelisses, portant cols en fourrures et gants bien chauds, sont les mêmes à Berlin qu’à Paris, Rome ou Londres et partout semblent un peu décalés par rapport aux températures somme toute très raisonnables de cette mi-décembre Mais ici le contraste saute aux yeux car les hivers berlinois ont une réputation à tenir. La capitale allemande, avec son emblème d’ours que l’on imagine volontiers dans un décor de forêt enneigée,  est toute proche de la frontière polonaise. Ce n’est pas pour rien que les beaux immeubles Altbau construits au début du siècle dernier -à une époque où des négociations sur le paquet climat énergie auraient paru assez loufoques- possèdent tous des double-fenêtres.

L’hiver à Berlin peut être glacial. Enfin il pouvait l’être parce que franchement ces dernières années ce n’est plus le cas. Mais tout le monde fait comme si de rien n’était. En novembre, chaque automobiliste berlinois continue de prendre rendez-vous longtemps à l’avance chez son garagiste  pour faire changer les pneus été de sa voiture contre des pneus hiver, les terrasses des restaurants sont toujours chauffées à fond par des radiateurs à gaz -bientôt interdits justement pour cause de réchauffement climatique- et on s’emmitoufle pour sortir comme s’il gelait à pierre fendre. L’habitude.

La Chancelière l’a bien compris, qui a finalement accepté un compromis sur le climat  hier à Bruxelles, après avoir laissé planer la menace d’un veto si ces mesures devaient mettre en péril des emplois en Allemagne. Mais il faut voir dans ces réticences  la pression des industriels allemands inquiets  de devoir payer à partir de 2013 les permis d’émission de CO2 reçus gratuitement jusque là. L’ accord dont les détails très complexes échappent au commun des mortels prévoit des exemptions nombreuses préservant l’industrie allemande en  cette période de crise. Du coup, Angela Merkel peut déclarer fièrement que l’Europe est digne de son rôle d’avant-garde.

En attendant la crise

Consommation

Comment croyez-vous que les Allemands -enfin beaucoup d’entre eux- prennent possession de leur nouvelle voiture ? Vont-ils simplement la chercher chez le concessionnaire où ils l’ ont commandée ? Pas du tout. L’arrivée d’une nouvelle automobile dans la vie d’un Allemand est un évènement  important, qui mérite un cérémonial particulier et donc un trajet jusqu’à l’usine où leur future voiture chérie a été fabriquée.  Ainsi, chaque jour, près de 500 clients venus de toute l’Allemagne se déplacent à  Wolfsburg afin de contempler les premiers tours de roue du véhicule qu’ils ont soigneusement choisi et qui aurait pu tout simplement leur être livré à côté de chez eux. Pour le plaisir, et en essayant d’oublier la crise qui commence à toucher durement l’industrie automobile en Allemagne, comme partout ailleurs dans le monde.  Voici quelques photos prises -trop rapidement- dans l’immense site de production de Volkswagen en Basse Saxe.

    Le panneau indiquant aux clients que leur voiture va leur être livrée : Quelle émotion ! © BG

Le panneau indiquant aux clients que leur voiture va leur être livrée : Quelle émotion ! © BG

    Dans cette tour de stockage, les différents modèles fraîchement assemblés arrivent directement de la chaîne de montage. © BG

Dans cette tour de stockage, les différents modèles fraîchement assemblés arrivent directement de la chaîne de montage. © BG

Le système est entièrement informatisé. En sortie de chaîne, un tapis roulant puis une plate-forme élévatrice déposent à la bonne place dans une  tour de stockage chaque voiture qui doit être livrée au client  à l’usine, et vient la reprendre au moment de la mise à la disposition du nouveau propriétaire. Ci-dessous, une vue générale du site de Volkswagenstadt, du haut de l’une des deux tours où sont empilés les véhicules.

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Le parc de loisirs contigu à l’immense site de production était à l’origine destiné aux seuls clients venus prendre livraison de leur voiture. C’est désormais une attraction à part entière, surtout pour les enfants et les adolescents.  On y trouve en ce moment l’incontournable marché de Noël, sur fond de cheminées d’usine. A l’intérieur des bâtiments, une très belle collection de voitures anciennes - pas seulement des Volkswagen- et un parcours pédagogique sur l’automobile, comme cette maquette en 3D dont on peut suivre la fabrication à partir d’un bloc de matériau synthétique.   Il y aussi, toute chromée, une belle Bugatti. La marque créée par le génial Ettore est aujourd’hui la propriété de Volkswagen.

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Kristin et la valise

Histoire

Kristin est une lycéenne de Meschele près de Dortmund. Elle a dix-huit ans et je n’ai pas la moindre idée de ce à quoi elle ressemble, parce que je l’ai interviewée par téléphone au sujet d’une valise laissée en Allemagne il y a soixante-trois ans par un KG, un Français fait prisonnier en Normandie en 1940 et qui n’a pu rentrer chez lui que cinq ans plus tard. Cette valise, Kristin la connaît depuis qu’elle est toute petite, c’est son papa qui avait été la chercher dans le hangar à bois où elle était rangée et lui en avait montré le contenu. Des photos et des lettres, ainsi que des souvenirs du Stalag où le prisonnier de guerre était détenu. Mais bien sûr à l’époque Kristin ne parlait pas un traître mot de français, et la valise était vite retournée dans le hangar. 

Des années plus tard, la jeune fille a commencé à apprendre la langue de Molière au collège et s’est à nouveau intéressée aux documents contenus dans la valise, au point que l’an dernier elle en a fait le sujet d’un devoir d’histoire ou de français -ça n’est pas très clair- au lycée et qu’elle a eu une bonne note. Du coup, ça lui a donné l’idée d’essayer de retrouver le fils du monsieur qui était resté prisonnier près de chez elle. Elle a donc longuement cherché sur internet et s’est complètement trompée puisqu’elle a écrit une belle lettre à quelqu’un à Lyon qui était simplement un homonyme de celui qu’elle espérait trouver. Mais le destinataire de cette missive a dû être touché par ses efforts, puisqu’il a entrepris à son tour d’identifier la famille concernée par cette valise. Et il est parvenu, après plusieurs péripéties, à faire suivre ce courrier à un cousin éloigné du fils du prisonnier de guerre. Vous me suivez toujours ?  

Si bien qu’un beau jour, le fils en question, un retraité de Saône-et-Loire âgé de 70 ans, a eu la surprise de recevoir un mail avec des photos de ses parents quand ils étaient jeunes, plus la lettre de la lycéenne allemande lui expliquant qu’elle avait une valise à son intention avec plein de documents de sa famille. Tout ému, ce monsieur a fait en voiture 800 kilomètres jusqu’aux environs de Dortmund pour aller récupérer lettres et photos, et parler avec la jeune fille et toute sa famille, dont une vieille tante qui se souvenait bien du prisonnier de guerre français. Le retraité de Saône-et-Loire les a invités à venir leur rendre visite chez lui en France, et Kristin a dit oui mais pas cette année parce qu’elle doit d’abord passer son bac. 

A ce sujet, elle ferait bien de travailler les langues, Kristin. Moi qui espérais me la couler douce en l’interviewant en français -puisque je savais qu’elle l’apprenait- j’en ai été pour mes frais, car elle m’a expliqué en être incapable et nous nous sommes donc parlés en allemand. Mais je n’ai pas du tout regretté. Ceux des Français qui persistent à croire que la langue allemande est gutturale n’ont jamais entendu Kristin. Surtout quand elle évoque le hangar -der Schuppen- où était remisée la fameuse valise. Ce Schuppen là, délicatement prononcé d’une petite voix était délicieux à entendre. Cela m’a rappelé l’intonation de cette ravissante Autrichienne d’un institut de langues à Paris, qui a tenté pendant l’hiver 2006 de perfectionner mon niveau d’allemand. Son accent m’a beaucoup encouragé.

Relance : Pourquoi Angela traîne les pieds

Politique

A la veille de la présentation des mesures de relance économique que la Commission européenne doit proposer mercredi, le sommet Sarkozy-Merkel ce matin à l’Elysée  bute sur les différences d’approche entre les deux partenaires. Ces mesures, “la France y travaille, l’Allemagne y réfléchit” résume le président français. “Le risque est de confondre action et précipitation” répond la Chancelière, qui refuse de mettre la main au portefeuille pour financer le plan européen. Qu’est-ce qui chagrine tant Angela Merkel dans ce projet de relance économique à l’échelle de l’Europe ?

Les Allemands ont été les premiers mercredi dernier -et jusqu’à aujourd’hui les seuls- à chiffrer à 130 milliards d’Euros  le plan européen de relance économique qui sera présenté le 26 novembre à Bruxelles. Une indiscrétion du ministère allemand des finances, non confirmée par la Commission européenne, mais qui a permis au gouvernement Merkel de faire savoir, avant tous les autres, qu’il faudrait comptabiliser dans la participation allemande les 32 milliards d’Euros sur deux ans déjà engagés par l’Allemagne au profit de sa propre économie. Pourquoi tant de célérité ? Parce que Berlin n’a pas envie d’être la vache à lait de l’Europe ? Pas seulement.

Il y a d’abord une  réticence naturelle des Allemands envers les ponctions financières opérées par Bruxelles, pour des objectifs dont l’efficacité reste à démontrer. Etre la première économie de la zone Euro n’a pas que des avantages : C’est toujours le premier de la classe qui est sollicité. Le manque d’enthousiasme de l’Allemagne s’explique aussi par la crainte de voir ce plan de relance donner des ailes à Nicolas Sarkozy pour son projet de gouvernement économique européen, dont Berlin ne veut pas entendre parler.

Et puis les Allemands, fiers à juste titre du redressement de leurs finances publiques, ne sont pas emballés à l’idée de devoir sacrifier leur orthodoxie financière sur l’autel de la relance économique. Quoique. Sur ce point,  il y a débat entre ceux -comme le ministre CSU de l’Economie Michael Glos- qui réclament plus de pouvoir d’achat tout de suite par une baisse des impôts, et ceux -comme son collègue SPD des finances Peer Steinbrück- qui ne veulent pas toucher au quasi équilibre budgétaire, si difficile à réaliser. Une chose est sûre,  pas question ici de diminuer la TVA, dont le taux a été au contraire augmenté de trois points début 2007, sans grand effet négatif sur la consommation. Au moins un sujet sur lequel Berlin et Paris s’accordent.

Le palais des doutes

Culture

Du Palast der Republik, l’ancien parlement de RDA, il reste trois hauts chicots de béton armé que d’énormes pinces articulées sur des bras de pelleteuses grignotent inlassablement, comme des fraises de dentiste qui traqueraient d’improbables caries. Sauf qu’il s’agit ici de détruire les derniers vestiges du bâtiment le plus emblématique d’Allemagne de l’est, au coeur du pouvoir communiste jusqu’en 1989. Un immeuble de verre et de béton de 180 mètres de long et 85 mètres de large, haut d’une trentaine de mètres, inauguré en 1976 et qui faisait la fierté de la Nomenklatura est-allemande. Avec l’enlèvement des derniers gravats, disparaît un objet unique dans l’histoire du marketing politique, une vitrine à la gloire de la dictature est-allemande. Fallait-il pour autant détruire le palais de la République ?

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Mercredi 12 novembre. Je couvre pour France Info  la manifestation des lycéens de Berlin qui dénoncent le manque de moyens dans les établissements scolaires, les classes surchargées et surtout l’orientation précoce des élèves vers des filières de bon niveau -les Gymnasium- ou au contraire d’enseignement bas de gamme, un système qui pénalise les milieux sociaux les plus modestes. “Moi aussi, je veux des parents riches !” dit une pancarte qui résume tout. Ils sont bien sympas, ces lycéens qui défilent dans une ambiance potache, de l’Alexanderplatz jusqu’à la Humboldt Universität  sur la grande avenue Unter den Linden. Pendant qu’ils m’expliquent leurs soucis, en arrivant à la hauteur du Berliner Dome -à mon avis l’un des bâtiments les plus laids de la ville, mais c’est peut-être parcequ’il a besoin d’un bon ravalement- un choc visuel en tournant la tête : le Palast der Republik a disparu ! D’accord, ce n’est pas un scoop, mais je n’étais pas passé devant depuis quelques semaines.

Après le désamiantage entre 1998 et 2001, les premiers travaux de démolition commencent début 2006. En fait, les responsables du projet préfèrent parler de déconstruction. Le résultat est le même, bien sûr, mais il est vrai que le chantier ressemble plus au démontage d’un jeu de Lego, qu’à des travaux de destruction à coups de masse. D’abord parce que la structure du bâtiment est pour l’essentiel constituée d’énormes poutrelles métalliques boulonnées ou soudées entre elles, ensuite en raison de la proximité du Berliner Dome, dont les fondations seraient menacées par un déséquilibre du terrain (ce serait dommage ! ). Il faut donc compenser au fur et à mesure, par des livraisons de tonnes de sable, le poids du Palast der Republik emporté en petits morceaux sur des barges qui accostent le long de la Spree. Voilà pour la technique.

   La façade Est, vue de la Spree en mai 2006 © BG

La façade Est, vue de la Spree en mai 2006 © BG

   ...et en novembre 2008 © BG

…et en novembre 2008 © BG

L’essentiel est bien sûr politique. Le palais de la République a été bâti à l’emplacement du château des Hohenzollern, très endommagé pendant la guerre. Un symbole du pouvoir prussien que les Soviétiques se sont empressés de démolir complètement dès 1950, pour utiliser le terrain comme lieu de parades militaires et de cérémonies officielles. Tout régime, quelque soit son degré de démocratie ou de dirigisme, a besoin de symboles forts pour justifier sa légitimité. La dictature de RDA n’y fait pas exception, qui construit en deux ans et demi ce bâtiment à usages multiples (parlement, salle de spectacle, centre culturel et de loisirs) et à vocation unique : la propagande du pouvoir en place.

   Le palais de République vu de la tour de télévision en mai 2006 © SJ

Le palais de République vu de la tour de télévision en mai 2006 © SJ

Une opération exceptionnelle de marketing politique, dont témoignent les archives audiovisuelles de l’époque. Les séances de la chambre du peuple, bien sûr, mais aussi les images tournées lors de la mise en service du Palast der Republik en 1976, avec ses restaurants, son bowling, son théâtre, ses expositions, ses jolies hôtesses d’accueil habillées et coiffées à la mode des années soixante-dix. Le artistes internationaux se succédent dans la grande salle pour les soirées de gala réservées à la Nomenklatura. Le visage people et souriant du régime, une image présentable pour compenser celle, moins visible et destinée à entretenir un climat de crainte, de la Stasi et des Vopos.

Longtemps laissé à l’abandon après la chute du mur, le palais de la République héberge plusieurs expositions à partir de 2004. En 2005, un artiste norvégien installe au dessus de la façade d’immenses lettres formant le mot “Zweifel” (doute). Car les Berlinois restent divisés sur le sort du bâtiment. Il faut un vote du Bundestag en 2006 pour en décider la démolition, après de longues polémiques. Le débat existe toujours. Beaucoup d’habitants de l’est de Berlin auraient aimé sauver le palais de la République qui fait partie du décor de leur enfance ou de leur jeunesse. Mais leurs manifestations n’ont pas été entendues.

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Imaginez un vieil habitant de Berlin qui aurait quitté la ville juste avant  la seconde guerre mondiale et qui reviendrait en 2012 sur la Schlossplatz. Sa première impression serait que rien n’a changé.  L’histoire devient schizophrène. Car la municipalité a décidé de reconstruire à l’identique la façade baroque de l’ancien château des Hohenzollern. A l’intérieur, ce sera tout autre chose. Le “Forum Humboldt”, avec un musée et une bibliothèque. Facture estimée : 670 millions d’Euros. C’est beaucoup pour une ville très endettée.

Le Palast der Republik aurait pu être sauvé, indépendamment de toute nostalgie du régime communiste évidemment. Sa reconversion, à la place du  faux-château Hohenzollern qui va être édifié, aurait coûté beaucoup moins cher . Le bâtiment utilisé pendant seulement une petite quinzaine d’années, présentait des volumes harmonieux et méritait d’être conservé. Il n’allait pas  avec l’architecture environnante ? A Berlin, l’argument ne tient pas. La capitale allemande est constituée d’une juxtaposition totalement hétéroclite de bâtiments, souvent plus intéressants les uns que les autres, qui racontent l’histoire de la ville. En arrière-plan du château à reconstruire, se dressera toujours l’immense tour de télévision, que personne ne songe à faire disparaître du paysage.

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Obama, ouf ! et après ?

Evènement

Comme l’ensemble de la presse mondiale, les journaux allemands saluent l’élection de Barack Obama à la Maison Blanche. Mais par rapport à leurs confrères étrangers, ils ratiocinent moins sur la couleur de peau du président élu -qui faut-il le rappeler n’est pas noir mais métis- en s’interrogeant davantage sur ses projets et sur sa marge de manoeuvre face à la situation désastreuse que lui laisse l’administration Bush. Dans son principe, cette attitude frappée au coin du bon sens rappelle les éditoriaux qui avaient suivi la désignation d’Angela Merkel à la Chancellerie à l’automne 2005. Quant nombre de journaux français faisaient des gorges chaudes sur l’élection d’une femme à la tête de l’Allemagne, la presse ici se demandait surtout comment cette Ossie -c’est-à-dire originaire de RDA- poursuivrait le redressement économique hérité des années Schröder. Pour la plupart des éditorialistes allemands, la question n’est pas d’être blanc ou noir, homme ou femme, mais quelle politique incarne celui qui vient d’être élu, et quels intérêts il va servir. 

Le 24 juillet dernier, celui qui n’était encore que le candidat démocrate avait fait un tabac à Berlin en réunissant  200.000 personnes autour de la Siegessaüle, la colonne de la victoire, dans le centre-ville. Un moment fort de son passage en Europe, censé le positionner sur la scène internationale et qui avait fait enrager les Républicains pour lesquels un président aussi populaire parmi les Européens ne peut qu’être suspect. Aujourd’hui, les journaux allemands respirent. Ce succès de Barack Obama dans la capitale allemande, même s’il est anecdotique au regard des critères qui ont décidé les électeurs américains, n’a donc pas plombé sa campagne électorale.

En filigrane, le soulagement perceptible de la presse allemande tient aussi à la déroute de John McCain, définitivement renvoyé aux oubliettes de l’histoire. Celui qui a tenté contre toute évidence de faire croire qu’il n’avait pas soutenu -avec enthousiasme et pendant huit ans- l’essentiel des pires choix politiques de son ami George Bush, celui qui dans tous ses meetings se rêvait en “commandant en chef”, qui trépignait d’impatience à l’idée de diriger l’armée la plus puissante au monde, l’époux de la richissime Cindy -héritière d’un empire de distribution de bière- John McCain donc, est déjà redevenu un petit notable adulé en Arizona.

Obama reste un point d’interrogation pour les Allemands, qui ne cultivent pas l’idôlatrie et jugent sur pièces. La plupart des  journaux ici espèrent davantage que les formules fédératrices et les slogans habilement tournés du président élu, dont nul ne conteste l’exceptionnel talent politique et le charisme. L’ouverture d’esprit du futur dirigeant américain ne fait pas non plus le moindre doute. La presse allemande sait aussi qu’il faudra compter avec sa détermination. Par exemple sur la question de l’Afghanistan, où il attend des Allemands un engagement militaire plus important et un redéploiement vers les zones les plus dangereuses du sud du pays. Ce sera l’un des sujets majeurs de ses entretiens avec Angela Merkel qui l’a déjà invité à revenir à Berlin.

 

 

Dernier vol à Tempelhof

Evènement

L’ultime vol commercial de Tempelhof décolle ce jeudi soir à 20 h 50 à destination de Mannheim. Vers minuit, le dernier DC3  qui proposait des survols de Berlin aura quitté le tarmac et le silence retombera définitivement sur l’aéroport historique. Celui voulu par Adolf Hitler, mais aussi celui qui a permis à Berlin-ouest de survivre au blocus soviétique mis en place du printemps 1948 à l’automne 1949. Cette fermeture conclut un interminable feuilleton politico-juridique, pendant lequel la fréquentation de Tempelhof n’a cessé de décliner, au point de se réduire cette année à 250.000 passagers. Le maire de la capitale allemande ne jure que par le nouvel aéroport BBI -Berlin Brandenburg International- en construction à Schönefeld, donc très loin du centre, et qui devrait devenir à terme l’unique plateforme aéroportuaire de Berlin. Mais la mairie ne sait toujours pas quoi faire de l’immense bâtiment de Tempelhof et des pistes. A l’aube de la crise économique, les projets des investisseurs ne se bousculent pas. Blog en images.

Le tarmac de Tempelhof à la veille de la fermeture © BG

Le tarmac de Tempelhof à la veille de la fermeture © BG

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Le hall principal, architecture monumentale années 30 © BG

Le hall principal, architecture monumentale années 30 © BG

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Que va devenir ce colosse de plus de 9.000 pièces -le troisième bâtiment au monde en surface au sol après le Pentagone et l’ancien palais de Ceaucescu à Bucarest- d’une longueur totale de 1,4 kilomètres ? Un musée de l’air, une immense bibliothèque, le siège d’une multinationale ? L’avenir de Templehof reste à inventer.